La Crise des Pizzas Buitoni : Origines, Conséquences et Réponses

Le 18 mars, Buitoni a rappelé ses pizzas Fraich’Up, après avoir été informée de la présence d’Escherichia coli dans la pâte. Une soixantaine de victimes de la bactérie ont été recensées, dont deux sont décédées. Cet événement a déclenché une crise sanitaire majeure en France, mettant en lumière des failles dans la sécurité alimentaire et suscitant l'inquiétude des consommateurs.

« Buitoni, c’est la marque que je prenais toujours ! » Entre dépit et colère, Audrey ne se laisse pas abattre.

Le Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU)

Le SHU, une maladie rare qui concerne moins de 160 personnes par an en France, touche essentiellement des enfants. Le fils d’Audrey a été contaminé fin janvier 2022, alors que les services de néphro-pédiatrie commençaient à tirer le signal d’alarme, inquiets du nombre inhabituel de passages aux urgences pour des diarrhées hémorragiques, souvent accompagnées de crampes abdominales et de vomissements : 58 sur les 10 premières semaines de l’année, dont un seul dans la région Occitanie.

Par chance, Noah est sorti de l’hôpital le 12 mars avec un régime sans sel et l’interdiction à vie de prendre des anti-inflammatoires. Un moindre mal alors que, quelques semaines plus tôt, son pronostic vital était engagé. À ce moment-là, Audrey n’avait pas encore fait le lien avec la pizza mangée fin janvier.

Mais avant d’arriver au diagnostic, il a fallu qu’Audrey insiste pour que les médecins fassent des analyses complémentaires. « En une journée, mon fils s’est retrouvé transféré en hélicoptère à Lille en service de réanimation pédiatrique. Deux transfusions sanguines en ont finalement décidé autrement. Dorénavant, comme beaucoup d’autres parents d’enfants victimes de ce syndrome, Audrey entend transmettre son expérience. Et elle répond aux parents inquiets qui l’interrogent à propos d’un fils ou d’une fille victime d’une diarrhée qui ne passe pas. Les témoignages se multiplient, entre angoisse et incompréhension. Des parents évoquent aussi la méconnaissance de la maladie comme des processus de contamination.

L'Escherichia Coli et la Contamination

Des analyses ont bel et bien montré la présence d'E. coli dans les pizzas Buitoni. « Les investigations se poursuivent », a prévenu la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes le 18 mars, tandis que Buitoni rappelait tous les invendus et demandait aux consommateurs de jeter celles qu’ils avaient dans leur frigo.

Audrey, elle, "ne compte pas en rester là". Comme elle, certains parents envisagent une action en justice pour que des responsabilités soient établies.

Épidémiologie de l'E. coli

  • La Norme : Escherichia coli représente 80 % des bactéries de notre tube digestif. On peut aussi la retrouver dans l’eau dès lors qu’elle a été souillée par des déjections humaines ou animales.
  • L’Incidence : Elle est variable selon les classes d’âge. Elle atteint son maximum chez les enfants de moins de 3 ans. En France, la plus grande épidémie liée à des steaks hachés surgelés contaminés date de 2005.
  • Période d'Incubation : Non spécifiée dans le texte.
  • Les Symptômes : Lorsque la bactérie est responsable d’une infection intestinale, celle-ci se manifeste par des diarrhées associées ou non à des douleurs abdominales. Dans les cas les moins virulents, cette diarrhée peut guérir spontanément en une semaine environ. Dans 10 % des cas, l’épisode se complique d’une diarrhée sanglante (colite hémorragique accompagnée de crampes abdominales).
  • La Prévalence : 100 à 165 cas de SHU sont recensés chaque année en France depuis 1996.

Le SHU (syndrome hémolytique urémique) touche particulièrement l’enfant en bas âge et la personne âgée.

Conséquences et Actions Juridiques

Nestlé France s’est engagée à indemniser des dizaines de victimes du scandale des pizzas Buitoni contaminées par la bactérie Escherichia coli, dans le cadre d’un accord « d’indemnisation amiable » signé le 31 mars, clôturant ce volet civil de l’affaire, ont annoncé les parties lundi 17 avril sans dévoiler de montant. Deux enfants sont morts et des dizaines d’autres sont tombés grièvement malades après l’ingestion en 2022 de pizzas de la gamme Fraîch’Up de Buitoni, filiale de Nestlé.

« Afin de contribuer, dans un délai raisonnable, à l’apaisement des victimes et de leurs familles, Nestlé France a décidé de s’inscrire dans une démarche d’indemnisation amiable », a annoncé Nestlé France. « Chacune des personnes concernées recevra de la part de Nestlé France une proposition indemnitaire, qui fera suite à une évaluation médicale et qui tiendra compte, de manière équitable, de la gravité des préjudices et de chaque situation », a souligné la filiale du géant suisse, numéro un mondial de l’agroalimentaire. Ce processus doit « permettre à terme une juste réparation à la hauteur de leurs préjudices », a expliqué dans un communiqué séparé l’avocat Pierre Debuisson, qui représente soixante-trois victimes.

M. Debuisson avait assigné Nestlé pour faute lourde devant le tribunal judiciaire de Nanterre et demandé une indemnisation à hauteur de 250 millions d’euros pour ses clients. L’audience avait été fixée au 9 mai. L’accord amiable suspend cette assignation.

« L’action pénale suit son cours ». Une information judiciaire avait été ouverte en mai 2022 à Paris, notamment pour homicide involontaire à l’égard de deux victimes et pour blessures involontaires à l’égard de quatorze autres, selon une source judiciaire. Nestlé n’a pour l’heure pas été mis en examen.

Le 18 mars 2022, le groupe avait rappelé ses pizzas et fermé les deux lignes de production de l’usine de Buitoni de Caudry, dans le Nord, après des cas d’intoxication graves par la bactérie E. coli et la mort de deux enfants. Le 1er avril 2022, la préfecture y avait interdit toute activité, les autorités sanitaires ayant établi un lien avec la consommation des pizzas Fraîch’Up. Un an après l’affaire, Nestlé a annoncé fin mars la fermeture définitive de l’usine de Caudry, qui avait partiellement redémarré mi-décembre, évoquant une chute de ses ventes.

Rappels et Recommandations

Le gouvernement et les autorités sanitaires rappellent qu’il ne faut pas consommer ces pizzas de la gamme Fraîch’Up de la marque Buitoni, qui ont été retirées des rayons depuis le 18 mars 2022.

Il est demandé aux personnes qui détiendraient des pizzas Fraîch’Up de marque Buitoni de ne pas les consommer et de les détruire. Munis d’une photo de l’emballage avec les références du produits (Date Limite de Consommation, numéro de code barre, numéro de lot, heure de production), les consommateurs peuvent appeler le numéro de téléphone mis à disposition par l’entreprise pour obtenir un remboursement : 0800 22 32 42.

Les personnes qui dans les 3-4 jours après la consommation des produits ci-dessus (10 jours maximum) présenteraient de la diarrhée, des douleurs abdominales ou des vomissements, sont invitées à consulter rapidement leur médecin traitant en lui signalant cette consommation et le rappel des produits par l’entreprise et à conserver l’emballage du produit. En l’absence de symptômes il n’y a pas lieu de s’inquiéter.

Au 17 mars 2022, 27 cas de SHU ou infection grave, liés à des bactéries E. coli présentant des caractéristiques similaires, ont été identifiés, et 31 cas supplémentaires sont en cours d’investigation. Ces 58 cas sont survenus dans 12 régions de France métropolitaine : Hauts-de-France (13 cas), Nouvelle Aquitaine (9 cas), Pays de la Loire (9 cas), Bretagne (6 cas), Ile-de-France (6 cas), Grand Est (5 cas), Auvergne-Rhône-Alpes (3 cas), Bourgogne Franche-Comté (2 cas), Centre Val-de-Loire (2 cas) Normandie (1 cas), Occitanie (1 cas) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (1 cas). Les enfants malades, âgés de 1 à 18 ans avec un âge médian de 5 ans ½, ont présenté des symptômes entre le 10/01/2022 et le 10/03/2022. Deux enfants sont décédés.

Santé publique France, en lien avec les Centres Nationaux de Référence des E. coli, la Direction générale de l’Alimentation, la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes, et en coordination avec la Direction générale de la Santé, poursuit les investigations sur l’ensemble des cas de SHU pédiatriques signalés depuis le 1er janvier 2022 sur le territoire national.

Prévention du SHU

Les E. coli responsables du SHU sont présentes dans les intestins de nombreux animaux ruminants (vaches, veaux, chèvres, moutons, daims, etc.) et sont éliminées par les excréments qui peuvent alors contaminer l’environnement (eaux, fumiers, sols) et les aliments. Ces bactéries supportent bien le froid (survie dans un réfrigérateur ou congélateur), mais sont détruites par la cuisson.

La transmission de la bactérie peut être évitée par des gestes simples, en particulier chez les enfants de moins de 16 ans et les personnes âgées :

  • Le lavage des mains doit être systématique avant la préparation des repas.
  • Les viandes, et surtout la viande hachée de boeuf, mais aussi les préparations à base de viande hachée, doivent être bien cuites à coeur (et non pas rosées à coeur).
  • Le lait cru, les fromages à base de lait cru et les produits laitiers fabriqués à partir de lait cru ne doivent pas être consommés par les enfants de moins de 5 ans ; préférer les fromages à pâte pressée cuite (type Emmental, Comté, gruyère, Beaufort), les fromages fondus à tartiner et les fromages au lait pasteurisé.
  • Les préparations à base de farine (pizza/pâte à cookies/gâteau/à tarte...) ne doivent pas être consommées crues ou peu cuites.
  • Les légumes, la salade, les fruits et les herbes aromatiques, en particulier ceux qui vont être consommés crus doivent être soigneusement lavés avant consommation, après épluchage le cas échéant.

Les Défis de l'Usine et les Accusations

Il y d’abord un sentiment de culpabilité. "On cogite, on ne dort plus. On se demande comment on en est arrivé là. Qu'est-ce qu'on a fait de mal ?" Les traits tirés, Pierre*, un salarié de l’usine de Caudry (Nord) où étaient fabriquées les pizzas Fraîch’Up de la marque Buitoni contaminées à l’Escherichia coli, ressent aujourd’hui le besoin de se livrer. Depuis que le scandale a éclaté, il se sent "responsable quelque part" de ce qui est arrivé.

Il y a ensuite le choc de la fermeture de l’usine dans laquelle eux et d’autres salariés travaillent parfois depuis plusieurs décennies. Le 1er avril dernier, un arrêté de la préfecture du Nord ordonne l’arrêt de la production "jusqu’à la remise en conformité avec la réglementation en matière d’hygiène". Patrick, Pierre et leurs collègues tournent alors en rond.

Il y a enfin le besoin de donner leur version des faits sur les "manquements graves" pointés dans l’arrêté de la préfecture du Nord pour justifier la fermeture de l’usine. Ces manquements, les salariés ne les contestent pas. Mais ils veulent s’expliquer. Ils précisent d’emblée qu’ils n’ont aucune information sur l’origine de la contamination. L’enquête a néanmoins permis de révéler des défaillances dans la gestion de l’usine. Celles-ci avaient déjà été pointées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) dans trois rapports datant de 2012, 2014 et 2020 (comme l’a révélé le média d’investigation en ligne Disclose). Le récit des salariés permet d'éclairer ces dérives.

"En 2012, Nestlé a mis en place une nouvelle manière de gérer le site. On appelle ça la méthode Lean, explique Maryse Tréton, de de la fédération CGT de l’agroalimentaire. L'objectif est de réduire au maximum tous les temps qui ne sont pas dédiés à la production. Selon eux, les conséquences de cette réorganisation ne se font pas attendre : "Pour nous, ça voulait dire aller plus vite sur le nettoyage. Du coup, la priorité, c'était de nettoyer la ligne de production et les machines. Mais pas ce qu’il y avait autour, comme par exemple les murs et les plafonds. Ce n’était plus possible de tout faire." Interrogée sur ce point, la direction de Nestlé France confirme que le temps de nettoyage est aujourd’hui de moins de 5 heures.

Cette réduction du temps de nettoyage aurait eu d’autres conséquences. Selon les salariés que la Cellule investigation de Radio France a rencontrés, certaines zones de l'usine qui étaient nettoyées au moins une fois par an avant 2015, ne le seraient plus. "Avant, explique l’un d'eux, on fermait l’usine trois semaines au mois d’août. Pendant ce temps, l’entreprise de nettoyage qui avait un contrat avec l’usine pouvait faire du nettoyage de fond. Depuis, Nestlé ne veut arrêter l’usine qu'une seule semaine en été. Dans l’atelier de boulangerie où est fabriquée la pâte des pizzas Fraîch’Up, "avant 2015, les gaines de la climatisation étaient nettoyées tous les six mois-un an, explique Pierre. Maintenant, ce n’est plus fait et ça se bouche. Quand il fait 40 degrés dehors, comme il y a de la tôle sur les toits, la température monte très haut dans l’atelier, il fait très chaud, ça peut monter jusqu’à 27 degrés."

Gilles Salvat, le directeur général délégué du pôle recherche et référence de l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire, précise : "Les produits comme la farine, qui se présentent sous la forme de poudre, créent des poussières dans l'environnement de l'usine qui vont ensuite encrasser ces gaines de filtration. Il faut les démonter et les nettoyer beaucoup plus régulièrement. Sinon, on altère le fonctionnement des systèmes de climatisation et de ventilation.

La salubrité d’autres zones de l’usine laissait apparemment à désirer. Il s’agit des silos, ces quatre tours géantes de l’usine très visibles de loin, et qui stockent chacune 25 tonnes de farine. "Avant, ils étaient nettoyés une fois par an, au mois d’août pendant la fermeture de l’usine. Depuis 2015, ils ne l’ont plus été à ma connaissance", affirme Patrick.

Autre manquement relevé dans l’arrêté de fermeture pris par la préfecture : la présence de rongeurs dans l’atelier de boulangerie. Patrick dit avoir observé un point de passage possible pour les rats : "Juste à côté de la ligne de fabrication de la pizza Fraîch’Up, raconte-t-il, il y a un local où on met les matières premières. Le cariste [le livreur, NDLR] ne ferme pas la porte à chaque fois qu’il descend une palette du camion. Donc la porte reste ouverte et les rongeurs peuvent entrer." Or là encore, selon Gilles Salvat, la présence de rongeurs est "évidemment à éviter absolument dans l'industrie agroalimentaire, parce que ce sont des sources notamment d'infections bactériennes très importantes, y compris potentiellement à la bactérie Escherichia coli, même si c'est rarement la source principale."

Interrogée, la direction de Nestlé nous a affirmé qu’elle a fait de la lutte contre les rongeurs une priorité depuis plusieurs années.

Contamination de la Farine : Une Autre Piste

La piste d’une contamination à l’intérieur de l’usine est l’une des hypothèses avancées par les scientifiques, mais elle n’est pas la seule. Il n'est pas exclu que la farine ait pu être contaminée avant d'être livrée à l’usine. Cette éventualité a été avancée par Christophe Cornu, le PDG de Nestlé France, dans une interview au Figaro en juillet dernier. Et elle est prise au sérieux par Éric Oswald, professeur de bactériologie à la faculté de médecine de Toulouse Purpan.

"Ce ne serait pas habituel mais la farine peut avoir été contaminée par du blé souillé par des épandages ou du fumier dans les champs. Pour parer à cette éventualité, il existe un type de farine traitée thermiquement, c’est-à-dire chauffée pour tuer les bactéries. Elle est régulièrement employée pour la fabrication de pâtes crues, plus propice à la présence de bactéries. Et Buitoni, selon des salariés, utilisait ce type de farine jusqu’en 2021 pour fabriquer la pâte de sa gamme Fraîch’Up. Mais ils affirment qu’après cette date, c’est une autre farine non traitée thermiquement qui aurait été utilisée. "Début 2021, il y a eu changement de farine alors que ça faisait 20 ans qu'on faisait la Fraîch’Up avec la même, nous a-t-on affirmé. On n'avait jamais eu de problème avec cette farine pasteurisée. Et on nous a dit : maintenant vous allez utiliser une pâte classique qui n'est pas pasteurisée.

En 2009 aux États-Unis, une contamination avec de la farine non chauffée avait intoxiqué près de 80 personnes. "Les victimes avaient mangé de la pâte à cookie crue de la marque Toll Cookie Dough de Nestlé qui contenait la bactérie Escherichia coli", explique Ilana Korchia, une avocate française du cabinet Marler Clark, spécialisé dans les maladies d’origine agro-alimentaire. Ce cabinet a défendu 40 victimes qui avaient dû être hospitalisées, dix d'entre elles ont développé un syndrome hémolytique et urémique (SHU). Ilana Korchia voit dans cette affaire des similitudes avec le scandale Buitoni en France : "Il s’agit de la même marque, du même type de pâte crue et la farine était déjà en cause."

À la suite de cette contamination, en 2010 les autorités américaines ont classé la farine dans la catégorie des produits "présentant un danger" et pouvant causer des épidémies d’Escherichia coli. Depuis, aux États-Unis, les produits à consommer crus sont fabriqués avec de la farine traitée thermiquement.

Buitoni visée par une nouvelle plainte : trois gammes de pizzas contaminées

Mise en Examen de Nestlé et Fermeture de l'Usine

Nestlé France et une de ses filiales ont été mis en examen dans l’enquête sur le scandale des pizzas Buitoni contaminées à la bactérie E. La filiale exploitant l’usine de Caudry (Nord), où les pizzas avaient été fabriquées, et Nestlé France ont été mis en examen « respectivement les 2 et 4 juillet derniers », selon un communiqué de l’entreprise, relayé par l’AFP.

« Il s’agit d’une étape cruciale dans la compréhension de l’origine de ce drame, a réagi auprès de l’AFP l’avocat Pierre Debuisson, qui représente une soixantaine de victimes. Nous ne pouvons qu’espérer que la mise en examen (inculpation, ndlr) de Nestlé incitera vivement les grands groupes agroalimentaires à renforcer considérablement les contrôles internes afin de garantir la sécurité alimentaire des consommateurs.

En février 2022, les autorités sanitaires avaient été alertées par la recrudescence de cas d’insuffisance rénale chez des enfants, liés à une contamination par Escherichia coli. Jusqu’à 56 cas de contamination avaient été confirmés par Santé publique France, quelques mois plus tard. Un an après, Nestlé a annoncé la fermeture définitive de cette usine, qui avait partiellement redémarré quelques mois plus tôt, évoquant la chute des ventes.

Un Système Défaillant ?

Un an après « l’affaire des pizzas contaminées », le groupe Nestlé a annoncé ce jeudi la fermeture définitive de son usine Buitoni de Caudry (Nord), qui était au cœur de ce scandale sanitaire. Le site produisait les pizzas surgelées Fraîch’Up, qui pourraient avoir provoqué la mort de deux enfants et l’intoxication de dizaines d’autre part la bactérie Escherichia coli.

Des pizzas contaminées à l'E.coli, des fromages à l’origine de listérioses et des chocolats infectés à la salmonelle… Les rappels sanitaires s’enchaînent ces dernières semaines et commencent à ressembler à une série noire. Mercredi dernier, les autorités sanitaires ont confirmé que la hausse subite des contaminations à la bactérie E.coli était liée à un lot contaminé de pizza Buitoni de la marque Nestlé. Gabrielle Jones, épidémiologiste à Santé publique France, a estimé sur FranceInfo que cette épidémie d’E.coli a « la plus grande ampleur jamais décrite en France ».

Maria Pardos de la Gandara, responsable adjointe du Centre National de Référence (CNR) Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur l’assure, « on ne peut pas parler de recrudescence des contaminations » aux Salmonelles. En revanche, « nous avons amélioré notre capacité de détection des cas groupés. Nous sommes passés de 10 cas groupés détectés par notre CNR en 2017 à plus de 90 en 2020 », illustre la chercheuse.

« De manière générale, les infections à ces pathogènes sont dues à des contaminations des matières premières (viande, lait cru et produits dérivés, œufs…) qui n’ont pas été détectées lors des autocontrôles aux différentes étapes de la chaîne alimentaire », explique-t-elle. Pour ce qui est de la bactérie E. coli, l’institut Pasteur a toutefois noté une légère augmentation annuelle depuis 1996, le début de sa surveillance.

Pourtant, la directrice de l’information de l'ONG Foodwatch n’est pas de cet avis. Il ne s’agit « ni d’une série noire, ni d’une coïncidence, ni du fait qu’on communique mieux » mais plutôt « la conséquence d’un système défaillant », estime Ingris Kragl.

Les entreprises « ont des processus stricts et doivent faire énormément de prélèvements et d’autocontrôle », confirme-t-elle mais elle juge le contrôle de ces autocontrôles insuffisant. Dans le cas de Buitoni, alors que les autorités sanitaires soupçonnaient les pizzas Fraich’Up, Nestlé a affirmé « avoir fait 75 tests négatifs [à la bactérie E. coli] dans l’usine ». Le lien a depuis été confirmé et des images dénonçant les conditions d'hygiène de l'usine de Coudry ont été publiées. La production de ces pizzas a même été interdite dans cette usine du Nord par le préfet après des inspections d’hygiènes menées les 22 et 29 mars derniers.

A propos de cette bactérie, plus rare mais plus meurtrière, le parquet de Paris a annoncé avoir ouvert une enquête notamment pour blessures et homicides involontaires. Deux enfants sont décédés et des dizaines d’autres ont été hospitalisés suite à une infection à la bactérie E. coli.

Mais « ce sont les autorités sanitaires qui ont dû sonner l’alarme et pas les entreprises ! », constate Ingrid Kragl qui estime qu’on « ne peut pas faire confiance » à ces entreprises qui « semblent tomber des nues et n’avoir rien vu alors que des personnes sont malades depuis un moment ».

« Le fait d’avoir trouvé la source alimentaire à l’origine de ces 2 épidémies [les pizzas et les chocolats] met bien en avant l’efficacité de notre système de surveillance nationale et le bon fonctionnement de la collaboration européenne en termes de santé publique », se félicite en revanche Sophie Lefèvre, elle aussi responsable adjointe du CNR Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur.

Ingrid Kragl, elle, réclame un système plus préventif et pointe du doigt les suppressions de postes au sein de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). L’Association pour la santé des enfants s’insurge, elle aussi, de « l’insuffisance de la sécurité sanitaire dans l’industrie agroalimentaire en Europe » dans un communiqué mercredi.

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