La Chine est le premier producteur de porc au monde, et sa production ne cesse de croître. Cet essor est marqué par l'émergence de fermes à plusieurs étages et des méthodes d'élevage intensif, notamment en réponse aux défis sanitaires et à la demande croissante.
L'élevage intensif se développe en Chine, avec des structures de plus en plus imposantes. L'entreprise privée agricole Yangxiang avait inauguré un bâtiment de 12 étages en 2020, considéré à l’époque comme le « plus gros élevage de porc du monde ». Elle expliquait alors que ce type de ferme-usine répondait à deux enjeux : le rendement et la protection sanitaire. Ces installations bénéficient de « normes de sécurité très élevées » et de « systèmes de nettoyage et d’élimination sophistiqués », rapportait la société Yangxiang toujours dans The Guardian.
Avec ses 26 étages, l’unité de Zhongxin Kaiwei Modern Farming, installée dans la banlieue de Wuhan, pulvérise tous les records et est devenu la plus grande porcherie du monde : sa capacité de production est de plus de 600 000 porcs charcutiers par an. Un deuxième bâtiment est déjà en construction à côté, qui portera la capacité de production à 1,2 million de porcs chaque année, révèle Le Monde dans son édition du 29 octobre dernier. La structure, gérée par la société Zhongxin Kaiwei Modern Farming, est opérationnelle depuis fin août. Elle a réceptionné ses premiers reproducteurs dans un contexte de demande réévaluée puisque la consommation annuelle de porc en Chine devrait atteindre 60,77 millions de tonnes dans les dix prochaines années, soit 9 millions de plus qu’aujourd’hui.
Zhuge Wenda, propriétaire de la structure à Wuhan, a équipé son bâtiment « d’équipements d'alimentation automatisée et de systèmes intelligents de filtration et de désinfection de l’air ». Autre exemple, en 2019, la Guifei Mountain Sow Farm, abritant 28 000 truies réparties dans huit bâtiments de neuf étages chacun. Fin 2020, la firme Muyuan Foods ouvrait une méga-ferme refermant 84 000 truies pour produire 2,1 millions de porcs chaque année.
Pour Mathilde Le Boulch, ingénieure d'études économiques à l’Ifip, « cette nouvelle mode des usines porcines sur différents étages avec parfois même la présence de l’usine d’aliment sur place, a été soutenue par le récent épisode de FPA en Chine qui a abouti à l’arrêt progressif de l’élevage individuel et familial. Le gouvernement a encouragé cette industrialisation et cette augmentation de la production dans le but d’atteindre l’auto-suffisance ».
En 2019, la peste porcine africaine a décimé 200 millions de porcs avec pour conséquences d’augmenter fortement les importations et faire monter le prix de la viande. Le modèle économique de ce type d’élevage repose sur « des subventions de l’État et des économies d’échelles ». Il se traduit par une « légère augmentation du cheptel au cours du dernier semestre, pointe Mathilde Le Boulch avant de préciser : La Chine n’est pas encore prête à exporter cette production ».
L’Union Européenne est le deuxième producteur mondial de produits à base de viande de porc, après la Chine.
| Pays | Millions de tonnes produites | Part de production |
|---|---|---|
| Allemagne | 5,57 | 24% |
| Espagne | 4,06 | 17,5% |
| France | 1,99 | 8,6% |
| Pologne | 1,96 | 8,5% |
| Danemark | 1,57 | 6,7% |
En France, les conditions intensives dans lesquelles sont encore élevés plus de 95 % des porcs, sont inacceptables. Pour éviter qu’elles n’écrasent leurs porcelets, les truies sont bloquées dans des stalles métalliques où elles ne peuvent effectuer aucun mouvement. Sur l’étiquetage des viandes, seules les mentions « agriculture biologique » ou « plein air » garantissent un élevage non intensif.
La filière porcine française représente près de 22 300 entreprises au total : alimentation animale, élevages, abattage /découpe et charcuterie / salaison, distribution. Les éleveurs sont les plus nombreux : ils sont 10 000, dont 8 400 possédant plus de 20 truies. Il s’agit de fermes familiales pour la plupart réunies au sein de coopératives agricoles (90 % de la production). De plus, la filière française se distingue par les nombreuses recettes de charcuterie : plus de 450, proposées par les 300 entreprises de charcuteries et les milliers d’artisans charcutiers.
Avec une moyenne de 214 truies, soit environ 5 000 porcs produits par an, la taille des élevages porcins français est l’une des plus faibles en Europe. Les élevages de porcs français sont implantés sur des fermes qui se distinguent par leurs surfaces conséquentes : en moyenne 102 ha. Cette vaste étendue de terres présente deux atouts notables : les fermes ont la possibilité de cultiver leurs propres céréales et des protéagineux pour nourrir les porcs sur place.
La filière porcine est engagée dans une démarche de progrès continu en matière de conditions sanitaires et de bien-être animal. La France est en particulier un des deux seuls pays d’Europe à procéder à une anesthésie locale en cas de castration des porcs. Elle a en effet interdit la castration à vif depuis le 1er janvier 2022. Elle a également réduit l’utilisation des antibiotiques de -58,5 % en 10 ans, de 2011 à 2021, au-delà de la moyenne de l’ensemble des animaux d’élevages, située à 47 %.
Mobilisée pour continuer les avancées en la matière, la filière travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec le Gouvernement sur le projet de nouvelle réglementation européenne et a même déjà entamé la mise en place des cases liberté pour les truies. Une généralisation qui prendra du temps et ne sera pas possible sans un accompagnement financier car son coût est évalué à environ 2 milliards d’euros.
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