Casu Marzu: Le Fromage Corse aux Asticots

Le casu marzu, parfois nommé "casgiu merzu" en Corse ou "fromage pourri" en français, est une spécialité sarde qui a suscité de nombreuses discussions en raison de sa méthode de fabrication pour le moins originale et des controverses qui l'entourent. Le casu marzu ou casu martzu est un fromage de brebis d’origine italienne, provenant de Sardaigne. Ce fromage est connu comme étant le « fromage à larves » ou « fromage aux vers ». Peu ragoûtant au premier abord, il fait pourtant énormément parler de lui dans le monde entier, suscitant une curiosité particulière.

Casu Marzu, fromage sarde avec des larves vivantes.

Origines et Histoire

Le casu marzu trouve ses racines plusieurs siècles en arrière, en Sardaigne et en Corse. Le casu marzu est plus qu'un simple fromage pour les Sardes et les Corses. Tout commence sur des terres où la passion pastorale est reine : la Sardaigne. Depuis des siècles, bergers et paysans vivent au rythme de leurs troupeaux de brebis, avec des méthodes d’élevage qui laissent souvent une large place aux traditions.

Appellations

En langue sarde, « Casu Marzu » ou « Casu Martzu » se traduit littéralement par « Fromage pourri ». Alors, oui, le terme est un brin repoussant, mais il a le mérite d’annoncer la couleur : on est loin des fromages « propres sur eux ». En Sardaigne, Il est aussi appelé « Casu Frazigu », « Casu Modde » ou « Casu Cundhídu ». En Corse, on l’appelle « Casgiu Merzu », tout aussi explicite puisque la traduction reste la même et peut y être préparé à partir de tomme de brebis ou de chèvre. Au fil du temps, ces appellations ont nourri la légende d’un fromage tabou, réservé aux habitants les plus téméraires...

Fabrication Artisanale

Pour comprendre le Casu Marzu, il faut d’abord parler du Pecorino Sardo, ce fromage de brebis typiquement sarde. En réalité, le Casu Marzu n’est rien d’autre qu’un Pecorino poussé dans ses derniers retranchements : même lait, même base, mais un final... explosif ! La base du casu marzu est un fromage de brebis appelé "pecorino".

C’est ici que l’aventure du Casu Marzu prend toute sa dimension : on laisse la mouche Piophila casei pondre directement sur le Pecorino, ou on lui prépare carrément un terrain propice en incisant la croûte. Les larves naissantes vont alors creuser leur chemin à l’intérieur, se nourrissant de la pâte et libérant des enzymes qui la transforment en une matière presque onctueuse. Les larves de mouches présentes dans le fromage le consomment, et par leur digestion, accélèrent sa fermentation. C'est ce processus qui donne au casu marzu sa texture crémeuse et son goût distinctif.

Pourquoi délibérément accepter ces minuscules « squatteuses » ? Parce que leur passage apporte de la douceur là où le fromage était encore ferme, et réveille des saveurs plus intenses, plus brutes. Sans elles, on aurait un simple Pecorino de bonne facture ; avec elles, on obtient un produit hors normes, au caractère bien trempé. Bien sûr, tout ça exige un certain doigté : trop de larves, et l’ensemble peut se dégrader de manière incontrôlée ; pas assez, et le fameux effet « magique » n’opère pas. Une fois « ensemencé » par les larves, le fromage est placé dans un lieu aéré mais frais, histoire de ne pas trop brusquer tout ce petit monde.

Phase 3 : on vérifie régulièrement la texture, la couleur et l’odeur. Quand le fromage atteint ce stade ultime, on le dit « lacrimoso » (larmoyant, en italien). On voit même parfois perler un petit liquide surnommé « lagrima » (larme, en italien) qui s’écoule doucement. À l’intérieur, la pâte est si fondante qu’elle peut être tartinée sur du pain, un contraste saisissant avec la croûte plus dure laissée par le Pecorino d’origine. Certains y verront un côté « coulant », d’autres diront « presque liquide », mais tous s’accordent sur un point : c’est une texture inimitable, née d’une alliance improbable entre l’homme, l’animal...

Si ce fromage est toujours fabriqué artisanalement, il est si fort que ceux qui l’apprécient ne font guère de disciples. Sachez que si vous tombez un jour sur un autre fromage « qui bouge tout seul » sur l’extérieur du fromage, ce n’est pas normal.

Aspect et Goût

Visuellement, le Casu Marzu surprend : souvent, on remarque un sommet découpé comme un chapeau retiré, dévoilant un cœur qui peut sembler « habité ». Au nez, on perçoit rapidement l’intensité : c’est un parfum de lait de brebis bien avancé, parfois décrit comme fermier ou légèrement « animale », avec une touche d’acidité pouvant chatouiller les narines. En bouche, le côté piquant se fait sentir, accompagné d’un léger picotement dû à la fermentation très poussée. Le tout laisse une trace aromatique durable qui peut évoquer les vieux fromages à la personnalité marquée.

Nous avons attisé votre curiosité ? Vous aimeriez savoir quel goût peut avoir ce fromage de brebis affiné aux larves ? Certains témoignages le décrivent comme « piquant » ; « brulant ».

Comment le Déguster

Pour adoucir son caractère parfois brûlant, on sert volontiers le Casu Marzu sur du Pane Carasau, ce pain sarde ultrafin et croustillant. Le croquant du pain répond alors à la texture plus coulante du fromage, offrant un contraste plaisant. Question boisson, le Cannonau, un vin rouge de l’île, est souvent cité comme compagnon idéal : ses notes robustes s’harmonisent avec la puissance de ce fromage hors norme. Traditionnellement, le casu marzu est savouré avec du pain de campagne et accompagné d'un verre de vin corse robuste. L'association du casu marzu avec un vin rouge corsé, comme un Patrimonio, est très appréciée.

Au-delà des aspects visuels et gustatifs, un débat revient sans cesse : faut-il enlever les petits asticots avant dégustation ? Les plus sensibles n’hésitent pas à les retirer, voire à tapoter doucement le fromage pour s’en débarrasser. À l’inverse, d’autres considèrent qu’ils font partie intégrante de l’expérience : c’est ce contact direct avec l’affinage « vivant » qui nourrit la légende. Il arrive même que ces hôtes se mettent à sauter si on les dérange de trop près !… d’où la recommandation (pas toujours suivie) de se protéger les yeux si l’on est vraiment près du fromage.

Risques et Controverses

La simple présence de larves vivantes a de quoi refroidir plus d’un gourmand. Ajoutez-y la légende urbaine qui le qualifie de « fromage le plus dangereux du monde », et vous obtenez un produit pointé du doigt par certains organismes de santé. Les autorités estiment que ce niveau avancé de fermentation, ainsi que l’action digestive des larves, peut favoriser la prolifération de micro-organismes indésirables, voire pathogènes.

Avaler des larves encore actives peut provoquer une myase entérique : ces petites bêtes, survivant au passage dans l’estomac, pourraient s’installer quelque temps dans l’intestin et, au pire, provoquer des lésions internes. L’inconfort se traduirait par des nausées, des douleurs abdominales ou des diarrhées. Pourtant, en pratique, les cas recensés sont extrêmement rares, et nombre de Sardes soulignent qu’ils n’ont jamais rencontré le moindre souci.

Soyons clairs , jamais nous ne vous encouragerons à vous mettre en danger. Compte tenu des dangers potentiels encourus, nous vous conseillons de garder une distance avec ce fromage. Selon plusieurs spécialistes ayant alarmé les consommateurs, le casu marzu et ses larves vivantes pourrait provoquer des symptômes dangereux. Les larves s’installant dans les intestins, finissent par créer des lésions douloureuses.

Dans le camp des sceptiques, on rappelle que les bactéries du fromage pourraient être (re)contaminées si les mouches ont butiné sur des surfaces déjà porteuses de germes dangereux. D’autres, plus rassurants, expliquent que la forte acidité gastrique détruirait la plupart des larves.

Tableau des Risques Potentiels :

RisqueConséquenceProbabilité
Myase entériqueLésions intestinales, douleurs abdominalesRare
Contamination bactérienneInfections, troubles digestifsFaible

Statut Légal et Disponibilité

Le Casu Marzu est officiellement interdit à la vente dans l’Union européenne, principalement pour des questions d’hygiène et de sécurité alimentaire. Les autorités considèrent donc que ce stade poussé de fermentation, couplé à la présence de larves vivantes, sort des normes sanitaires classiques. Derrière cette prohibition, il y a la crainte de pathogènes potentiels et la difficulté de garantir une production parfaitement maîtrisée.

Malgré ce statut marginal, les producteurs sardes n’ont pas baissé les bras. Ils cherchent à faire reconnaître leur fromage comme un « produit agroalimentaire traditionnel » (PAT). L’idée ? Obtenir une dérogation spéciale, prouvant que leur pratique est bien codifiée, transmise depuis des générations et peut être réalisée dans le respect de critères d’hygiène adaptés. En attendant, la réalité sur place est plus nuancée. Si on ne le trouve pas dans les rayons des supermarchés, on peut encore en dénicher sous le manteau, généralement via le bouche-à-oreille dans les villages sardes. Cette vente discrète se fait à des prix parfois trois fois plus élevés qu’un Pecorino classique, signe de la rareté et de l’engouement local.

Il est difficile de donner un prix précis pour le casu marzu, car il varie en fonction de plusieurs facteurs. Toutefois, on peut s'attendre à payer entre 50 et 100 euros le kilogramme. Bien que le casu marzu ne soit pas disponible dans tous les magasins, il peut être commandé auprès de certaines fromageries spécialisées ou en ligne.

Certains petits producteurs tentent toutefois d’organiser un véritable circuit semi-officiel, afin de garantir la traçabilité et de montrer patte blanche aux instances sanitaires. Soutenus par des spécialistes, ils explorent des méthodes de « production sous contrôle » : élever soi-même les mouches dans un environnement maîtrisé, effectuer des analyses rigoureuses, etc.

Vous n’en trouverez qu’en Corse et en Sardaigne où il se vend à prix d’or sur le marché noir (près de 1 000 euros le kilo), mais il faudra bien chercher (ceux qui osent vendre le Casu marzu sous leur manteau en Italie risquent une amende pouvant aller jusqu’à 50 00 euros).

Conclusion

Et pourtant, on ne peut nier qu’il divise : certains se régalent de son goût puissant et de sa texture si particulière, tandis que d’autres reculent à la seule idée de ces petites bêtes logées dans la pâte. La définition de plus dangereux est certainement très excessive ! Néanmoins, si, malgré ces éventualités, votre curiosité est plus forte que tout, sachez que ce fromage existe, quelque part. Vous pourrez le voir et le sentir en Corse ou en Sardaigne, mais il faudra bien le chercher.

Malgré la controverse qui l'entoure, le casu marzu demeure un fromage corse aux asticots, fascinant, avec son goût unique et son histoire riche. Que vous soyez un gourmand aventureux ou simplement curieux de découvrir des traditions culinaires nouvelles, le casu marzu est un mets qui mérite d'être exploré. Alors, pourquoi ne pas se renseigner sur le prix du casu marzu et tenter l'expérience ?

Why Casu Marzu is the world’s most dangerous cheese

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