Comment la viande est-elle devenue banale dans nos assiettes ? Un produit « comme les autres » ? La consommation de viande mondiale a quintuplé depuis 1950 et sa production s’est industrialisée. Les conséquences humaines, environnementales et éthiques sont désastreuses.
Impact de la production de viande sur l'environnement
En 2050, nous serons 9 milliards d’individus. Pour nous nourrir en viande, il faudra 36 milliards d’animaux d’élevage. Épuisement des ressources naturelles, pollution, réchauffement climatique, la terre paie le prix. L’Homme aussi : obésité, cancers, diabète, résistance aux antibiotiques.... Élevages hors sol et viandes industrielles ont provoqué une rupture dans l’équilibre entre l’Homme, l’animal et la terre. La production fermière traditionnelle intégrée demeure la réponse adaptée aux défis de la faim dans le monde.
La valse des chiffres est sidérante, 80% des animaux élevés ne voient jamais le soleil, 70% des terres cultivées le sont pour nourrir les animaux et pour nourrir ces animaux qui finiront dans nos assiettes, ce sont des milliers d’hectares de forêts rasés, des tonnes de pesticides qui extermineront des millions d’insectes et les animaux qui en dépendent, sans parler du transport et du bilan carbone associé. Nous sommes le nombre et le boycott est notre arme la plus efficace pour stopper notre système agricole, machine à fabriquer des obèses et à détruire la biodiversité.
Consommation de viande en France
Mis en place en France en 2001, le PNNS vise à améliorer la santé de l’ensemble de la population à travers des initiatives promouvant des habitudes alimentaires et des activités physiques bénéfiques pour la santé. On lui doit les célèbres recommandations « manger cinq fruits et légumes par jour », ou encore « évitez de manger trop gras, trop sucré et trop salé », mentions sanitaires obligatoirement apposées sur les publicités alimentaires.
En ce qui concerne la viande, le programme recommande de « privilégier la volaille et limiter les autres viandes (porc, bœuf, veau, mouton, agneau, abats) à 500 g par semaine » et de « limiter la charcuterie à 150 g par semaine. » Cela n’inclut pas la volaille, pour laquelle aucune limitation n’est préconisée.
La viande, si elle est consommée en bonne quantité et avec une alimentation variée et équilibrée, est « favorable à une bonne santé », rappelle Béatrice Morio, directrice de recherche à l’INRAE et vice-présidente de la SFN. « Elle apporte des nutriments indispensables au bon fonctionnement de l'organisme. Bien sûr, des protéines de bonne qualité, mais aussi des vitamines du groupe B (dont B12) et minéraux (dont fer et zinc). »
Pour autant, la viande, rouge particulièrement, n’est pas un aliment sans risques et une trop forte consommation peut entraîner une « augmentation du risque cardiovasculaire et métabolique (diabète) et de cancer (estomac et colorectal surtout) », précise l’experte. « Ce risque est observé pour des apports élevés, supérieurs à 500 g de viande rouge (comptée cuite) par semaine selon l'ANSES (2016) ».
L’étude conjointe relève que « les recommandations du PNNS ont été élaborées en prenant en compte les enjeux de nutrition et de santé humaine, mais pas les enjeux environnementaux. » Selon la synthèse, ces recommandations « présentent un écart significatif avec la littérature scientifique sur les régimes alimentaires durables, en particulier en ce qui concerne la consommation de viande ».
En effet, la quantité de viande consommée par habitant en France représente deux fois la valeur de la moyenne mondiale. Et cette consommation est en légère hausse depuis une dizaine d’années. Elle a progressé d’un peu plus de 2 % entre 2013 et 2022, toujours selon l’étude. Ces chiffres entrent en contradiction avec les enquêtes déclaratives sur le sujet. En effet en 2023, 57 % des Français affirmaient avoir réduit leur consommation de viande au cours des trois dernières années, selon une enquête Toluna Harris interactive pour Réseau Action Climat.
L’explication se trouve dans la modification des habitudes de consommation alimentaire. Si l’achat des pièces de viande des ménages pour la consommation effective est effectivement en diminution, celui-ci a été compensé par la consommation de viande en restauration hors domicile, dans les plats préparés ou encore dans les plats livrés à domicile.
« Le constat actuel est que nos sociétés occidentales, et surtout la France, consomment plus de viande qu'il n'est nécessaire », déclare Béatrice Morio. « 125g de viande par jour » (soit 875 g par semaine) pour être exact, selon la dernière enquête nationale sur les consommations alimentaires des français (INCA3). « Or, de nombreux scénarios et prospectives indiquent qu’une consommation de viande deux fois moins élevée pourrait contribuer à faciliter l’atteinte des objectifs climatiques et le respect des limites planétaires ».
Nicole Darmon, directrice de recherche honoraire à l’INRAE, membre de la SFN et experte en nutrition santé, explique : « Les travaux menés par la Société Française de Nutrition (SFN) et le Réseaux Action Climat (RAC) montrent qu'il est possible de maintenir un apport optimal en nutriments en diminuant de moitié la consommation de viande et en complétant les apports protéiques par des sources végétales (céréales, légumineuses, oléagineux) qui sont également vectrices de nutriments favorables à une bonne santé (fibres, vitamines (dont B9 et béta-carotène), minéraux (fer, magnésium, zinc et potassium) et polyphénols) ».
Impact environnemental de la viande
Le rapport indique ainsi que réduire de moitié notre consommation en viande conduirait à une réduction de l’impact carbone de l’alimentation comprise entre -20 % et -50 % selon le type de changements alimentaires associés à la réduction de la viande. De fait, la viande est un aliment au très lourd bilan carbone.
« Les études scientifiques montrent que les produits d’origine animale représentent la majeure partie de l’impact carbone de notre alimentation » explique Benoit Granier, Responsable Alimentation chez Réseau Action Climat. En France, la consommation de produits animaux représente 61 % de l’impact carbone de notre alimentation.
Le dernier rapport de la FAO, publié en 2013, estime que l’élevage de bétail dans le monde était responsable, en 2005, de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette activité émet environ sept milliards de tonnes de CO2 par an, soit plus que les États-Unis et la France réunis.
« L’élevage est un contributeur important aux émissions de gaz à effet de serre, directement de par les émissions de méthane rejetées par les ruminants et de protoxyde d’azote issues des déjections animales, et indirectement par l’intermédiaire de la production de l’alimentation des animaux qui nécessite l’utilisation d’engrais azotés et participe fortement au changement d’affectation des terres et à la déforestation », poursuit-il.
L'étude incite donc le PNNS à mieux prendre en compte les enjeux environnementaux, comme le font déjà les programmes de recommandations alimentaires en Espagne, au Danemark ou aux Pays-Bas. « La plupart des autres pays européens, notamment ceux qui ont intégré les enjeux environnementaux dans leurs recommandations de consommation alimentaire, recommandent eux aussi de limiter la consommation de viande, mais indiquent des quantités maximales plus faibles », relate en ce Nicole Darmon.
Ainsi, selon les pays, les quantités maximales recommandées sont « de l’ordre de 300 à 630 grammes par semaine, et cette limitation inclut non seulement la charcuterie et les autres viandes transformées mais aussi souvent la volaille. » À titre d’exemple, les Pays-Bas recommandent un maximum de 500g par semaine toutes viandes confondues, l’Espagne 375g et le Danemark 350g. L’étude recommande quant à elle de ne pas dépasser les 450 g par semaine, toutes viandes confondues.
Toutefois attention, « remplacer la viande par des pâtes ou des chips réduirait aussi l’impact environnemental et le coût de l’alimentation, mais dégraderait considérablement sa qualité nutritionnelle. C’est donc vers une végétalisation diversifiée et colorée qu’il faut aller pour concilier nutrition, environnement et budget », conclut la spécialiste.
Le mode d’élevage pourrait être aussi davantage pris en compte. Ainsi, des bovins nourris au pâturage jouent un rôle favorable au maintien des prairies dont le rôle dans le stockage de carbone s’approche de celui des forêts, en plus de leur rôle important sur le maintien de la biodiversité.
| Pays | Recommandation Maximale (viande, toutes viandes confondues) |
|---|---|
| Pays-Bas | 500g par semaine |
| Espagne | 375g par semaine |
| Danemark | 350g par semaine |
| Étude | 450g par semaine |
Je vous propose une liste car il est important d’avoir des sources diversifiées, et non pas de croire sur parole une seule personne.
En 2050, nous serons selon les estimations, 10 milliards. « L’évolution vers un régime alimentaire moins riche en viande et plus riche en légumes réduirait certainement la pression sur l’usage des sols dans le monde.
Prenons l’exemple du gaspillage alimentaire. Entre 30 et 40 % des aliments produits sont gaspillés en Europe. Ce gaspillage commence dans les cultures, se poursuit dans le transport et la vente au détail et enfin, dans nos foyers.
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