Cuir de vache et production de viande : impact environnemental

Le cuir est un matériau largement utilisé dans l'industrie de la mode, de l'ameublement et d'autres secteurs. Cependant, sa production est sujette à controverse en raison de son impact environnemental et des questions éthiques liées au bien-être animal. Cet article examine de près l'impact de la production de cuir de vache et de viande sur l'environnement, les alternatives possibles et les efforts déployés pour une production plus responsable.

Origine et production du cuir

Le cuir peut être issu de plusieurs animaux, les plus courants étant la vache, le porc, le serpent, l’alligator, le veau et la chèvre. Dans l'industrie de la mode, le cuir utilisé est issu à 90 % de vaches. Le cuir de mouton et de chèvre est également utilisé, dans une moindre mesure. Plus rare, le cuir de kangourou est apprécié pour sa robustesse. Le cuir est le produit de la transformation par tannage de la peau d’animal, qu’il soit bovin, ovin, reptile, poisson, etc.

Pour la très grande majorité, une peau est structurée ainsi :

  • L’épiderme, partie supérieure de la peau riche en kératine, qui sera enlevée au moment de l’épilage et du pelanage ;
  • Le derme, qui constituera le cuir à proprement parler. Il est séparé de l’épiderme par la couche hyaline dans laquelle s’enracinent les poils.

Les animaux étant élevés pour leur lait et pour leur viande, l’industrie du cuir récupère un sous-produit de l’industrie agro-alimentaire : la peau. Cette peau serait considérée comme un déchet si elle n’était pas transformée en cuir. Chaque année ce sont donc plus de 145 000 tonnes de peaux qui sont ainsi transformées, soit l’équivalent de vingt fois le poids de la Tour Eiffel.

Si l’on met de côté la question des cuirs exotiques (crocodiles, serpents, etc.), les peaux utilisées dans le tannage du cuir sont issus d’animaux élevés pour leur viande uniquement.

Selon l’étude de Textile Exchange en 2020, la production mondiale de cuir est estimée à plus de sept millions de tonnes par an.

La filière du cuir est la filière la plus obscure de l’industrie de l’habillement. Les peaux proviennent du monde entier et la prise en compte des normes RSE est bien différente selon les pays. Ainsi, les peaux de chèvres proviennent d’Inde, du Pakistan ou du Nigeria, alors que l’Espagne est la référence pour les ovins, la France et des Pays-Bas pour la peau de veau.

Un cuir brut venu de Hollande ou d’Espagne peut être exporté vers l’Italie, faire l’objet d’une opération de tannage, puis revenir pour une finition spécifique en France.

En France, un total de 7 millions de tonnes de cuirs « finis » sont produits chaque année par les tanneurs (qui traitent les peaux de veaux, vaches, taureaux) et les mégisseurs (chèvres, moutons, agneaux).

Impact environnemental de la production de cuir

La pollution due à la production de cuir animal est effroyable : chaque jour, presque 400 kg de charges polluantes sont rejetées dans nos eaux à cause de cette production.

Pour produire une tonne de cuir, c’est 20 à 80m3 d’eau - soit l’équivalent d’environ 20 000 à 80 000 baignoires remplies d’eau qui sont utilisées.

Le premier argument souvent présenté à l’encontre du cuir est l’impact écologique. Il est vrai que le tannage, au chrome en particulier, est polluant et nécessite une grande rigueur dans le retraitement des eaux usées afin d’en limiter les conséquences négatives.

A l’échelle de la production mondiale, c’est 85% des cuirs qui sont tannés au chrome. Une méthode pointée du doigt pour ces dégâts sur la santé et l’environnement - notamment dans les pays en voies de développements. Les rejets industriels chargés en métaux lourds empoisonnent l’homme et les écosystèmes.

Toutefois, les tanneries françaises sont des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). À ce titre, elles respectent l’Arrêté Ministériel du 2 février 1998 sur les prélèvements, sur la consommation d’eau et les rejets de toutes natures. Au niveau européen, la Directive 2010/75/UE relative aux émissions industrielles (Directive IED), a pour objectif de parvenir à un niveau élevé de protection de l’environnement grâce à une prévention et à une réduction intégrées de la pollution provenant d’un large éventail d’activités industrielles dont la tannerie.

Dans le reste du monde, quasiment tous les pays disposent de réglementation relative à la protection de l’environnement.

Dans le monde, plus de 80% des cuirs sont tannés au chrome. Il s’agit d’un chrome sous forme trivalente (chrome III). Dans certains cas et dans certaines conditions seulement, une infime partie de ce chrome III s’oxyde en chrome hexavalent (chrome VI), composé allergène par contact cutané et de ce fait réglementé par l’Union Européenne dans les cuirs en contact avec la peau.

Environ 90% des travailleurs de tanneries décèdent pour seule et unique cause leur emploi occupé dans les tanneries (conditions de travail affreuses dûes à l’utilisation de produits toxiques pour la santé tous les jours d’une vie) : en contact avec le chrome, des solvants lourds, insecticides, épilation à l’arsenic, … mais pas que ! Toujours les mêmes problèmes liés aux salariés et leurs conditions de travail : faibles revenus pour des cadences de production ….

Bien-être animal et production de cuir

Bien-être animal non respecté, principes éthiques mis à mal, impact environnemental néfaste… Le cuir est sujet à controverse et débats sensibles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus d’1 milliard d’animaux sont tués chaque année pour leur viande, dans des conditions souvent décriées, et leur peau est récupérée par l’industrie du cuir.

Si les élevages intensifs de bovins sont limités en France - contrairement à certains autres pays - les pratiques allant à l’encontre du bien-être animal demeurent : absence d’abattoirs de proximité, conditions de vie, etc.

Produire du cuir sans souffrance animale peut apparaitre de ce fait quasiment impossible tant que les élevages industriels ne changeront pas leur procédé et que la traçabilité du cuir ne sera pas renforcée.

Par ailleurs, pour certains, tuer un animal engendre nécessairement de la souffrance, quand bien même l’animal a été élevé dans des conditions convenables.

Il est un enjeu d’ordre sociétal, dans la mesure où la bientraitance animale constitue une préoccupation croissante pour les citoyens et les professionnels de l’industrie textile. Toutefois dans les faits, cette réglementation n’est pas toujours respectée. Afin de réduire les mauvaises pratiques, l’État effectue plus de 15 000 contrôles par an.

Tous les animaux d’élevage présents sur ou transitant par le sol européen sont identifiés et tracés. Leur abattage est réglementé et à l’abattoir, la peau, qui fait partie du 5ème quartier au même titre que les ongles, les abats, les cornes ou les viscères, représente moins de 5 % du prix de la carcasse. Il est donc impensable de croire que les animaux de boucherie ne sont élevés et abattus que pour la seule production de cuir.

C’est un fait : la qualité d’un cuir est liée aux conditions de vie des animaux. Dans tous les cas, mieux l’animal est traité, plus sa peau sera de qualité.

Comme indiqué précédemment, seulement 20% des peaux sont de qualité suffisante pour être transformées en cuirs pleine fleur, le reste étant trop marqué par différents défauts.

La filière cuir et notamment le syndicat général des cuirs et peaux fait depuis plusieurs années maintenant un travail très important auprès des éleveurs et des abattoirs afin d’augmenter la qualité des peaux, ce qui leur permettrait de les valoriser.

Les actions mises en places sont nombreuses : remplacement des barbelés - pouvant provoquer blessures et cicatrices - par des barrières, vaccination contre les maladies de peau, nettoyage des excréments afin de ne pas brûler la peau, diminution du stress, qui par augmentation de la pression sanguine rend les peaux veineuses (ou creuses), amélioration des conditions de transport pour éviter les blessures, etc.

Pour parvenir à une production de cuir plus éthique, la solution pourrait être d’optimiser le système de traçabilité du cuir afin que les professionnels de l’industrie textile puissent choisir des peaux provenant d’élevage de qualité. La réglementation française et européenne au sujet de la protection animale est l’une des plus avancées au monde.

Comme le souligne le président du Conseil National du Cuir, Franck Boehly : « plus de 15 000 opérations de contrôle sont réalisées tous les ans par les services de l’Etat ».

Franck Boehly, président du Conseil national du cuir qui rassemble une filière forte de 130 000 salariés répartis dans l'Hexagone souligne : « Mais notre industrie est l'activité de recyclage la plus ancienne au monde : nous transformons la peau, qui est un sous-produit du secteur de la viande et du lait, en un cuir de grande qualité. Car personne dans le monde n'a jamais élevé un bovin pour sa peau ».

La traçabilité est un instrument indispensable d'assurance pour les clients », renchérit David Grangeré, directeur industriel de Bigard, leader français de l'abattage des viandes qui emploie quelque 12 000 personnes. Il met en avant « le système d'identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l'un des plus performants : il y a une banque de données nationale, un enregistrement qui suit dès sa naissance le bovin, grâce à deux boucles d'oreille ».

Sur la base de cinq engagements, la Filière Française du Cuir a établi des critères mesurables, afin de pouvoir communiquer régulièrement sur ses avancements en matière de RSE.

Alternatives au cuir traditionnel

Au vu des nombreuses polémiques autour de la production de cuir, de nombreuses marques ont voulu faire des efforts en produisant un cuir animal, certes, mais avec l’utilisation du tannage de façon végétale. On pourrait en apparence croire que c’est tout beau tout rose pour l’environnement, le mot « végétal » fait tellement rêver, il fait penser au vert, au respect de notre planète. Alors, meprenez vous, le cuir végétal est bel et bien du cuir. Donc quand vous achetez du cuir végétal, même chez une marque éthique comme Veja… c’est du cuir.

Pour ces derniers, on parle alors de cuirs tannés végétal, qui bien souvent se transforment - sciemment ou pas - en cuir végétal, ajoutant à la confusion déjà grande au sujet des matières d’origine végétale.

Le tannage végétal évite l’utilisation de chrome en le remplaçant par des extraits végétaux concentrés, provenant du bois, de l’écorce, de baies ou encore de feuilles. Il permet de valoriser les peaux sans être source de pollution et de problèmes de santé. Si cette technique est moins utilisée, c’est pour une raison : le coût. Le tannage végétal demande 3 fois plus de temps de pose que le tannage minéral, d’autres contraintes le rendent plus exclusif comme une gamme de couleur plus limitées. Le tannage végétal possède la grande vertu de pouvoir recycler le cuir.

Il existe de nombreuses alternatives au cuir, à base, notamment, de cactus (conçu par l’entreprise Desserto), d’eucalyptus, de champignon (Muskin), de liège, de déchets de pomme (appleskin), de raisin, d'ananas (piñatex)...

Parmi ces nouveaux matériaux, il y a ce que l’on appelle - à tort donc - les cuirs « végétal ». Faits à partir de champignon (le Muskin), de fibre d’ananas, de liège, ou encore de marc de raisin, ce sont des agglomérés de fibres transformées.

Cependant, la grande majorité de ces nouveaux matériaux nécessitent une chimie assez lourde pour leur transformation, ainsi qu’une consommation importante de résine et/ou de colle afin d’agglomérer les fibres. Ils sont parfois également recouverts de polyuréthane pour former une surface résistante et similaire au cuir.

Le simili cuir, ou le skaï selon le terme que tu préfères, est un « cuir » artificiel né non pas de la peau tannée des animaux mais du plastique à base de produits pétroliers et chimiques, versés dans des cuves de mélange métallique. Ce qui pose problème dans ce cas, c’est le mot pétrôle. On est bien d’accord. Et ire que le pétrole ne tue pas, ce serait bien mentir.

Le problème ? Les résultats ne sont pas tout à fait au rendez-vous. L’usage des végétaux requièrent d’y ajouter un liant, des enductions, bien souvent en polyuréthane ou d’autres polymères issus de la pétrochimie à hauteur de 42% par exemple pour le cuir d’ananas de Pinatex. Les mêmes que dans le similicuir que l’on appelle aussi PVC ou skaï. Des dérivés de pétroles toxiques pour l’environnement et impossible à recycler!

Du côté de la durabilité, nous sommes loin des compétences naturelles que possède le vrai cuir, qui est dans la structure même de la peau possède de l’élastine et les fibroblastes, petits ressorts naturels, lui permettant d’avoir une élasticité, une matière qui se plisse et se patine plutôt qui se cassent et qui se ternie.

Car finalement, tous ces produits peuvent avoir un impact néfaste si leurs durées de vies sont limitées et leurs recyclages impossibles.

Et oui, il existe de plus en plus d’alternatives végétales, encore mieux que le simili. Plus cher à priori que le simili, mais sûrement plus qualitatif ET plus écologique. Des marques font des efforts, trouvent des alternatives de folie.

Cuir végan, cuir de mycélium, pour nous d’autres alternatives existent incluant davantage de circularité. En image, des chutes de cuirs. 30%, c’est la quantité de déchets générés en moyenne dans les usines de production de maroquinerie dans le monde.

Revaloriser des stocks de cuirs dormants, c’est le crédo d’Adapta qui source des cuirs délaissés dans des usines ou de maisons de prêt à porter pour les revendre après un minutieux contrôle qualité à des jeunes créateurs ou des maisons de prêt à porter.

Le cuir recyclé de Recyc leather TM, fabrique un cuir à partir de 60% de cuir issus de chute de production de gants de jardin, avec 30% d’hévéa un liant naturel et 10% de revêtement en polyuréthane à base d’eau. Le cuir recyclé aurait un impact carbone deux fois plus faible que du cuir commun.

Le cuir recyclé comme celui proposé par ou « RecycLeather » constitue également une alternative plus saine et tout aussi résistante, car elle limite la production de déchets. Il est composé de chutes de cuir broyées à 80% et de matière végétale et synthétique à 20%.

Il faut rester vigilant à l’alternative du « cuir vegan”, aussi appelé skaï ou similicuir, qui n’est, par définition, pas du cuir. Si cette matière n’engendre pas directement de souffrance animale, elle demande une production de plastique destructrice et énergivore.

Si vous optez quand même pour le cuir, choisissez des produits que vous êtes sûrs de chérir et de porter plusieurs années.

Les cuirs issus de la biotechnologie avec la culture de cellules fongiques en mycélium ou en champignon nourrit de sciure de bois sont en pleins essors. Le matériau Mylo de Bolt Threads, l’un des cuirs de laboratoire les plus prometteurs à apparaître sur le marché.

« Dans un monde où nous cherchons à nous éloigner des produits animaux d’une part, et des produits pétrochimiques d’autre part, il faut vraiment donner naissance à cette troisième catégorie », explique Andras Forgacs, PDG de Modern Meadow, une entreprise qui crée des matériaux sans animaux.

Pointé du doigt par certains écologistes, à bannir pour quelques défenseurs de la cause animale, le cuir - pour autant que l’on s’accorde sur ce que c’est exactement - a eu mauvaise presse ces derniers temps. Pour autant, à y regarder de plus près, l’alternative la plus écologique au cuir reste… le cuir.

Lorsque l’on fait référence à l’empreinte écologique d’un produit (ici le cuir), on oublie souvent de le rapporter au temps d’utilisation de ce même produit. Comment peut-on ne pas prendre en compte cette composante essentielle qui change fondamentalement notre regard sur certains produits. Et à ce compte, le cuir - d’autant plus s’il est de bonne qualité et tanné en France - est loin devant ses alternatives étant donné sa grande durée de vie.

Le cuir s’entretient, se répare, se transmet, il est inscrit dans le temps long. Finalement, tout ce que l’on doit attendre des matériaux de demain.

Pour éviter toute erreur, on peut retenir que l’appellation « cuir » répond à une définition bien précise, encadrée par l’article L.214-1 du code de la consommation : « L’utilisation du mot « cuir » […] est interdite dans la désignation de toute autre matière que celle obtenue de la peau animale au moyen d’un tannage ou d’une imprégnation conservant la forme naturelle des fibres de la peau ».

La filière française du cuir

Aussi, à l’échelle de la France le cuir représente une véritable économie : 12.800 entreprises générant 132.600 emplois et un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros, dont 12 milliards à l’export.

La France produit environ 3,5 millions de cuirs et peaux de gros bovins et 1,5 million de peaux de veaux et en est un exportateur net principalement vers l’UE (Italie en premier lieu) mais aussi l’Asie. Le commerce français est particulièrement dynamique dans le domaine des cuirs finis.

Déjà bien positionnée sur les marchés de qualité, la France peut encore améliorer la qualité de ses cuirs (traitement antiparasitaire, parcours des animaux exempt d’éléments blessant..).

Lundi s'est tenu à Paris le tout premier forum international dédié à la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) des métiers du cuir et à ses « bonnes pratiques », organisé par le Conseil national du cuir en présence de quelque 200 professionnels, français et étrangers.

« La RSE, pendant longtemps, c'était une option. Aujourd'hui, c'est une obligation. « La traçabilité est un instrument indispensable d'assurance pour les clients », renchérit David Grangeré, directeur industriel de Bigard, leader français de l'abattage des viandes qui emploie quelque 12 000 personnes. Il met en avant « le système d'identification et de traçabilité des bovins en France, qui est reconnu comme l'un des plus performants : il y a une banque de données nationale, un enregistrement qui suit dès sa naissance le bovin, grâce à deux boucles d'oreille ».

Mais l'Hexagone, malgré l'existence d'un cheptel important, a dû importer l'an dernier quelque 43 millions d'euros de peaux et cuirs bruts de bovins, veaux et ovins. En cause notamment : le recul de la consommation de viande en France, qui réduit les volumes disponibles de peaux de qualité, et fait grimper les prix.

Cuir de poisson ou matériaux « intelligents », la France multiplie parallèlement les innovations pour diversifier la filière, même s'il s'avère complexe de passer au « tout naturel ».

« Nos ancêtres les Gaulois tannaient déjà les peaux avec du végétal, et on utilise depuis trois générations, dans notre petite PME du Tarn, des tanins naturels comme le québracho (un arbre d'Amérique du sud), le mimosa ou le châtaigner », explique Olivier Raynaud, gérant de la tannerie Raynaud Jeune.

Pour poursuivre ce sujet, j’aurais le plaisir de m’entretenir en Live Instagram avec le co-fondateur de Recyc’Leather® , Oliver Grammont depuis le compte consciousfashion.fr en juillet.

Tannerie végétale, développe une alternative au cuir animal : une peau cultivée en laboratoire à …

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