L'Alimentation de l'Âne : Un Guide Complet

L'alimentation de l'âne est un sujet crucial pour assurer sa santé et son bien-être. Issu de régions désertiques et semi-désertiques, l'âne a développé des caractéristiques anatomiques, physiologiques et éthologiques spécifiques, qu'il a conservées malgré sa domestication. Cet article vise à fournir une approche pratique et éclairée de la nutrition de l'âne, en abordant ses besoins spécifiques, les particularités de son régime alimentaire, et les ajustements nécessaires pour maintenir sa santé.

Un âne dans son environnement

Les Besoins Nutritionnels de l'Âne

L'âne est un herbivore monogastrique, ce qui signifie qu'il possède un seul estomac et ne rumine pas. Cependant, il mastique longuement et plus méticuleusement que le cheval, ce qui lui permet d'assimiler des aliments même très secs, comme le foin grossier, les grains, les écorces, les ronces et les chardons. Les ânes, animaux originaires d'Afrique, continent sec où l'herbe est plus que rare, mangent plutôt des aliments secs et ligneux à faible teneur en énergie.

Adaptation à un Régime Fibreux

L'appareil digestif de l'âne est particulièrement adapté à la valorisation d'aliments fibreux, tels que les herbes dures et les broussailles, en fonction des ressources disponibles. Son transit intestinal est plus lent, permettant une meilleure digestibilité de cette nourriture pauvre. De plus, la digestibilité des protéines et des fibres est plus élevée que chez le cheval ou le poney.

Besoins Énergétiques

L’efficience énergétique de l’âne est supérieure de 30% à celle du cheval. Ses besoins alimentaires sont ainsi nettement inférieurs, même à ceux du poney ! Cela est d'autant plus vrai pour les ânes de petit gabarit. Les besoins d’entretien pour un âne d’agrément sont souvent surestimés : dans la majeure partie des cas, l’herbe pâturée et/ou les fourrages séchés distribués suffisent largement ! Il est donc primordial de proscrire la distribution d'aliments destinés aux chevaux, non adaptés à l'alimentation de l'âne car beaucoup trop riches par rapport à ses besoins.

Besoins en Minéraux et Vitamines

Les besoins en minéraux et vitamines de l'âne semblent pouvoir être déduits des apports recommandés pour les chevaux et poneys. L’équilibre phosphocalcique doit en particulier être respecté, avec un rapport Ca/P compris entre 1,5 et 2. Afin de combler les éventuels déficits en oligoéléments des fourrages, un complément minéral et vitaminé (CMV) doit être apporté aux animaux exclusivement nourris avec des fourrages secs. Pour les animaux conduits au pâturage, ces besoins sont en revanche couverts par l’herbe pâturée et l'apport d'un CMV n'est donc pas nécessaire.

Besoins en Eau

Les besoins en eau de l'âne varient de 35 à 75 g/kg de poids vif selon l’activité, les conditions climatiques et la nature de son régime alimentaire. Bien que rustique et capable de supporter une restriction d'eau pendant un certain temps, l'âne est assez exigeant sur la qualité de l'eau. Veiller à lui laisser un accès à de l’eau propre et fraîche en permanence. En pratique, certains ânes ont des difficultés à boire dans les lieux équipés d’abreuvoirs automatiques.

Gestion de l'Alimentation au Pâturage

À l’état naturel, l’âne est un animal rustique habitué à parcourir de longues distances au quotidien pour se nourrir. Sous nos latitudes, l’âne est souvent hébergé au pré et les propriétaires sont généralement peu informés concernant leurs besoins spécifiques par rapport aux chevaux. Il paraît donc essentiel d’insister sur ses besoins en fourrages, et de faire un point sur les plantes toxiques qui peuvent être rencontrées, afin de conseiller les propriétaires désireux de constituer le meilleur environnement possible pour leur animal.

Gestion du pâturage pour les ânes

Adapter le Pâturage

Au pâturage, l’herbe pâturée sous nos latitudes est souvent trop riche par rapport aux besoins énergétiques peu élevés de l'âne. Il est donc indispensable d'adapter la conduite de pâturage en fonction de la quantité/qualité de l'herbe :

  • Réserver le pâturage permanent sur des prairies où l'herbe est moins riche (après la fauche, en été ou encore après passage d'autres herbivores sur la parcelle par exemple).
  • Aux périodes où l'herbe est riche (printemps et automne, pousse du regain), limiter la taille des parcelles allouées et/ou prévoir une rotation sur de petites surfaces afin de restreindre l’offre.
  • Réserver les parcelles avec un couvert végétal de moindre qualité (après passage d'autres herbivores par exemple) à l'âne à l'entretien.

Laisser l’accès à la pâture seulement quelques heures par jour n’est pas forcément une bonne option : il est démontré que l’âne augmente sa vitesse d’ingestion pour compenser ! De plus, s’il est privé de nourriture le reste du temps, l’effet est également délétère.

Fourrages et Compléments

Lorsque la ressource en herbe vient à manquer au pâturage et qu’une complémentation est nécessaire, privilégier des fourrages fibreux à faible valeur alimentaire, comme un foin récolté tardivement (moins riche en éléments nutritifs qu’un foin récolté précocement) voire de la paille (l'âne valorisant mieux les fibres que le cheval, le risque de coliques d'impaction est moins élevé). Les aliments concentrés sont à proscrire pour l'âne à l'entretien. De même, la distribution de « friandises » comme les pommes, les carottes etc. doit rester exceptionnelle, notamment pour les animaux qui ne travaillent pas. Les ânes au travail ou en croissance et les ânesses en fin de gestation / début de lactation peuvent quand à eux être légèrement supplémentés, mais de façon raisonnée, suivant la valeur alimentaire des fourrages constituant la base de la ration.

L'Importance de l'Observation et de l'Ajustement

Prenez l’habitude d’observer vos ânes dans leur milieu de vie au quotidien, leur comportement, leur intégration dans le groupe, leur façon de se déplacer, de manger, de boire… Examinez régulièrement leur corps et leurs pieds. Contrôlez également chaque jour l’état de leur lieu de vie (points de rassemblement, clôtures, abris…).

Note d'état corporel du cheval

Note d'État Corporel (NEC)

De la même manière que chez le cheval, le suivi alimentaire de l’âne doit se faire par le biais d'une évaluation régulière de son état corporel, c'est-à-dire de ses réserves en graisse. Réalisée régulièrement, la notation d'état corporel (NEC) permet de surveiller et prévenir tout état d’embonpoint ou, à l'inverse, une éventuelle perte de poids. L’obésité, qui est le risque majeur chez l’âne au vu de ses faibles besoins énergétiques, est en effet associée à un risque important de fourbure. Dans ce cas, il est important d’ajuster rapidement la ration.

Si le principe est le même que chez le cheval, l’évaluation de la NEC d’un âne présente cependant des caractéristiques spécifiques, la graisse se déposant préférentiellement au niveau de la nuque puis des côtes. Comme les transitions alimentaires, la conduite d’une perte de poids sur un animal obèse doit se faire de façon progressive, en limitant les quantités (et non le nombre de repas), en distribuant des aliments moins riches et en introduisant progressivement plus d’exercice physique.

Transitions Alimentaires

Que ce soit lors de la mise à l’herbe au printemps après hivernage ou lors d'un changement de ration avec introduction/suppression d’un aliment, les transitions alimentaires doivent se faire de façon progressive, en changeant/complétant petit à petit la ration antérieure. Bien gérée, la mise à l'herbe peut néanmoins entraîner de légères diarrhées en début de transition.

Distribution des Aliments en Groupe

La distribution des aliments peut être collective. Les ânes entretenant parfois des liens étroits avec un ou des compagnon(s) privilégié(s), veiller à ce que ces derniers puissent être ensemble ou au moins se voir pour manger (certains refusent de manger sans l’autre). Dans un troupeau mixte (avec des mules, poneys et/ou chevaux), bien s'assurer que tous les animaux aient suffisamment accès aux zones de distribution pour limiter les conflits et donc les blessures. Pour faciliter la gestion de l'alimentation, il est conseillé d'alloter les animaux en fonction de leurs besoins nutritifs.

Alimentation Spécifique : Ânes au Travail, Ânesses Gestantes et Ânons

Les besoins alimentaires varient en fonction de l'état physiologique de l'âne. Les ânes au travail, les ânesses gestantes ou allaitantes, et les ânons en croissance ont des besoins spécifiques qui doivent être pris en compte.

Ânes au Travail

Un âne de bât, de traction ou de débardage a non seulement des besoins énergétiques liés à son activité, mais aussi moins de temps disponible pour s’alimenter, ce qui justifie qu’une partie de sa ration soit donnée sous la forme de concentrés. Par exemple, il est possible de distribuer, sur la base d’une ingestion de 2 % du poids vif (en kilo de matière sèche), un fourrage de qualité moyenne ad libitum, auquel est ajouté un aliment concentré équivalent à 40 % de la ration (en kilo de matière sèche) pour 4 heures de travail par jour. Les concentrés sont incorporés à hauteur de 60 % de la ration si l’âne travaille 8 heures par jour.

Ânesses Gestantes et Allaitantes

Les besoins de l’ânesse en gestation excèdent les besoins d’entretien pendant les 3?derniers mois de gestation, en raison de la croissance fœtale. Avant ces 3 mois, une alimentation d’entretien bien équilibrée en minéraux et vitamines est suffisante. Les besoins énergétiques de l’ânesse en lactation sont également plus élevés et en général une perte de poids est notée durant les 2 premiers mois ou autour du sevrage de l’ânon vers 6 mois.

Ânons en Croissance

Il n’existe pas d’étude précise sur les besoins énergétiques de l’ânon. Après la naissance, un monitorage de la prise de poids est conseillé toutes les 2 semaines. Il est également utile de vérifier à la naissance l’absence d’anomalies congénitales au niveau de la dentition. L’accès de l’ânon à la nourriture de la mère doit être permis pour préparer au sevrage vers l’âge de 6 mois (déconseillé plus tôt). Après le sevrage, il est possible de nourrir l’ânon avec de la paille et du foin ou de l’ensilage d’herbe, ou de le laisser pâturer en ajoutant un complément minéral vitaminé.

Tableau Récapitulatif des Besoins Alimentaires

Voici un tableau récapitulatif des besoins alimentaires de l'âne en fonction de son état physiologique :

État Physiologique Besoins Énergétiques Fourrage Compléments
Entretien Faibles Foin de qualité moyenne, paille Minéral vitaminé si fourrage sec
Travail Accrus Foin de qualité moyenne Concentrés (orge, avoine)
Gestation (3 derniers mois) Accrus Foin de bonne qualité Concentrés, minéral vitaminé
Lactation Accrus Foin de bonne qualité Concentrés, minéral vitaminé
Croissance (ânon) Élevés Foin, paille, ensilage d'herbe Minéral vitaminé, concentrés

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