Viandes Center Amir Avis : Un Récit de Voyage au Panama

L’histoire commence il y a huit mois. La publicité pour un tour du monde en avion me donnait des envies. J’en parle à ma femme et à des amis, et nous sommes quatre, prêts à nous inscrire. Mais en fait, les hésitations se sont multiplées et je me suis retrouvé seul à vouloir confirmer une inscription. Ce récit de voyage est un récit personnel, avec mes réactions qui ne dont pas les mêmes que les réactions des autres voyageurs. C’est exactement la même chose que pour les vins : les réactions de chacun lui sont personnelles. Les photos du voyage sont mises dans des articles à chaque date du voyage.

Je commande un taxi pour 6h30 un dimanche matin, à une heure où les rues sont vides. Au terminal 3 de l’aéroport de Roissy la présence du voyagiste est forte et l’on offre des viennoiseries aux arrivants ce qui est très agréable et gentil. Nous sommes environ 160 à voyager dans un avion portugais, au personnel portugais, qui va nous suivre pendant les trois semaines. Nous embarquons pour un vol direct vers Panama distant de 8.700 kilomètres.

A l’apéritif, on nous sert un petit coffret Kaviari qui contient une « ligne » de caviar qui constitue une aimable mise en appétit. Je goûte cet agréable caviar bien équilibré avec un Champagne Ruinart Brut sans année qui convient à cet exercice. Le déjeuner est très acceptable pour un repas en avion. Je bavarde avec mes voisins qui sont d’Albertville et d’Annecy et connaissent le restaurant Les Morainières à Jongieux. Nous sommes donc en terrain de connaissance. La discussion se poursuit et il s ‘avère que Didier a été dans le même métier que moi, celui de l’acier. Le voyage étant fort long je regarde le film »La La Land » qui est joliment romantique.

Le voyagiste s’est attaché les services d’un historien qui nous racontera des anecdotes tout au long du voyage. Il prend la parole pour parler du canal de Panama mais surtout pour mettre en valeur, avec une insistance particulière, les turpides de Ferdinand de Lesseps qui a ruiné des milliers de souscripteurs et n’a jamais pu achever le canal après moult faillites. Il a même égratigné Gustave Eiffel qui aurait financé la tour Eiffel avec de l’argent détourné des fonds versés par des souscripteurs au canal de Panama. Cet exposé fut beaucoup trop long, avec des redites sans cesse mais j’ai noté une citation qui m’a frappé sur le rôle de la presse : « la presse lèche, lâche et lynche ».

Nos bagages sont pris en charge par le voyagiste et nous les trouverons plus tard dans nos chambres. Nous partons pour un tour en ville en bus. Notre guide est José qui parle un bon français. Il nous explique une chose absolument astucieuse. Ferdinand de Lesseps ayant creusé avec succès le canal de Suez n’avait trouvé que du sable à enlever. A Panama, sur la chaîne des Cordillères, c’est de la roche qu’il n’a jamais réussi à percer avec les budgets dont il disposait. Quand les Etats Unis sont intervenus après les faillites françaises, au lieu de creuser ils ont créé le plus grand lac artificiel du monde, à une hauteur de 26 mètres au-dessus des niveaux des deux océans. Les écluses servent donc à monter les bateaux sur ce lac en hauteur et à les redescendre ensuite. Il n’y avait donc quasiment rien à creuser mais juste à consolider les rives du lac.

Le bus nous montre quelques aspects de la ville où les buildings montent jusqu’au ciel avec une densité aussi forte qu’à Miami. Le bus s’arrête devant un site d’attrape-touristes pour du shopping sans intérêt. Nous passons devant le musée de la biodiversité que nous visiterons demain, fait par Frank Gehry, l’architecte de nombreux monuments dont celui de la fondation Vuitton et du musée Guggenheim de Bilbao.

Nous arrivons à l’hôtel Trump Ocean Sun Casino de Panama situé sur la côte Pacifique. L’immeuble est gigantesque. Ma chambre est spacieuse et fonctionnelle. Après une douche réparatrice car cela fait 21 heures que je suis levé, je me rends au 13ème étage. Le dîner se tient devant les nombreuses piscines de cet étage. Le buffet est de qualité moyenne, les saveurs étant passe-partout. On nous offre à tous des chapeaux panamas, ce qui est une attention charmante.

Visite des Écluses de Miraflores et de la Vieille Ville

Nous nous rendons aux écluses Miraflores du canal de Panama qui sont les dernières avant le Pacifique (ou les premières dans l’autre sens). Nous aurons la chance de voir passer par les écluses des deux canaux deux gigantesques bateaux. Le canal initial de 1913 permet le passage de bateaux avec 6.800 containers du format international. Le deuxième canal construit en 2006 par le Panama qui s’était affranchi de la tutelle des Etats Unis le 31 décembre 1999 permet le passage de bateaux avec 14.200 containers. Sur le plus ancien nous verrons un bateau de croisière de la « Norwegian Sun » de Nassau, avec une grande partie des croisiéristes regardant la lente opération de franchissement d’écluse, et sur le nouveau canal un énorme bateau, le »Glovis Crown » qui transporte des gaz liquéfiés.

Nous nous rendons ensuite dans la vieille ville qui est d’une influence espagnole très forte. Comme elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, les maisons sont entretenues voire reconstruites du fait de la richesse nouvelle que connait le Panama depuis que les ressources du canal ne sont plus versées aux Etats Unis qui ont été concessionnaires exclusifs de 1913 à fin 1999. Les maisons sont belles, colorées. Une église datant de 1675 est lourdement décorée d’or. L’Ambassade de France est sur la Plaza Francia sur un site magnifique, avec sur une place une reproduction de l’obélisque de la Concorde, surmontée d’un coq gaulois.

Sous la pluie nous rejoignons le restaurant Santa Rita où nous est servi le déjeuner. J’ai pris une salade maison avec laitue, tomate , oignons œufs et pommes fort agréable et un saumon grillé à la plancha avec des légumes sautés puis une tarte au citron. J’ai bu une bière Balboa, du nom de l’espagnol qui découvrit Panama en 1513. Après le repas, en programme optionnel, j’ai visité le musée de la biodiversité conçu par l’architecte Frank Gehry dont la femme est panaméenne. Le toit est fait de panneaux inclinés de très nombreuses couleurs qui figurent les diversités raciales du pays. Un parcours destiné à enseigner l’histoire de la biodiversité au Panama est assez intéressant mais scolaire. Sous la pluie l’eau coule partout dans l’immeuble ce qui fait tout drôle. La visite s’est faite pour notre groupe seulement, car le musée était normalement fermé aujourd’hui.

Nous revenons à l’hôtel et on nous a promis une surprise au moment du dîner. Pour retourner à ma chambre je dois prendre l’ascenseur qui est un véritable cauchemar. Il semblerait qu’une pièce détériorée doit venir d’Europe puisque le fournisseur des ascenseurs est allemand et cette pièce mettra plusieurs jours pour venir. Alors le temps pour monter ou descendre atteint facilement les dix minutes. Après une douche en chambre je rejoins le rez-de-chaussée où nous découvrons des « diables rouges ». Ce sont des bus qui ressemblent aux bus scolaires américains, de vieux Mack avec les pots d’échappement chromés qui à l’arrière remontent vers le ciel, déchargeant des nuages de pollution. Nous allons nous rendre dans un des salons de l’American Trade Center avec ces vétustes autobus. C’est encore une fois une attention délicate du voyagiste.

Des bus sont déjà partis, un autre nous suit et tout-à-coup notre bus est arrêté par la police. Ces bus ont normalement des trajets immuables et le chemin que nous prenons n’est pas un chemin habituel ce qui justifie le zèle d’un policier. Les accompagnateurs de notre groupe palabrent avec le policier zélé. Il faut bien vingt minutes pour que l’ardeur et le zèle du policier soient récompensés. Nous arrivons avec retard dans la magnifique salle de l’American Trade Center. Un mini orchestre va jouer une musique sympathique et deux couples de danseurs costumés vont danser autour des tables des salsas et autres danses tropicales. Leur danse fait très danse de concours, avec les sourires figés de circonstance et les déhanchements excessifs. Rejoignant une table déjà occupée depuis longtemps par des membres du groupe ayant échappé aux contrôles, on me donne un verre de mojito de grand plaisir. C’est copieux, comme si notre voyagiste avait pour mission de nous engraisser. Le thon et le bœuf sont bons, je prends des bières Balboa après avoir fini trois mojitos puisque le serveur a interprété un refus de doubler ou tripler la mise pour des acceptations.

Pour aider les clients de l’hôtel déroutés par les ascenseurs, l’hôtel a prévu des accompagnateurs, des liftiers. Notre cabine se remplit, chacun doit saisir sur un écran son étage et tout-à-coup tout s’efface. Le brave liftier essaie toutes les touches possibles mais notre ascenseur est bloqué, ne voulant ni s’ouvrir ni monter. Cela dure près de dix minutes. L’ascenseur redémarre. Ouf, j’arrive enfin dans ma chambre.

Il y a au Panama sept races différentes d’amérindiens, populations qui vivent dans la forêt tropicale et sont des semi-nomades, adeptes de la cueillette, de la chasse et de la pêche. Ces populations étaient voisines de la Colombie ou en Colombie mais les événements et guérillas qui ont agité ce pays les ont poussées à se rapprocher de Panama. Nous allons visiter dans un parc national de la forêt tropicale un village de la tribu des Emberas Puru. C’est un village de 130 habitants ce qui est plutôt élevé puisque les villages de cette communauté comptent plutôt de l’ordre de cent habitants. Le nomadisme apparaît lorsque le village a épuisé les ressources des cueillettes et de la pêche. Ils se déplacent alors de quelques kilomètres, là où il y a plus de ressources.

Comme ils vivent dans un parc naturel, il y a une très curieuse adaptation des lois et coutumes pour que les intérêts des uns et des autres se rejoignent. La vie des indigènes est commandée par le respect de la nature et la vie sur une rivière nourricière. Nous partons en car et une heure plus tard, à l’intérieur du parc naturel, nous prenons des pirogues pilotées par un indien à l’avant et un autre à l’arrière qui actionne le moteur du bateau pour rejoindre au bout d’une demi-heure de navigation leur village.

Un exemple de cohabitation : l’administration a interdit aux indiens d’abattre des grands arbres précieux au bois dense qui permettent de sculpter des pirogues d’un seul morceau. Alors, ils rafistolent de vieilles pirogues avec du goudron et des pièces d’acier. Le long du cours d’eau dans une nature luxuriante nous voyons de jolis oiseaux dont des martins-pêcheurs aux belles couleurs bleues, des ibis de couleur bleu-gris, des cormorans et de nombreux autres dont un rapace de couleur brun orangé. La pirogue dans laquelle je suis assis fuit au point que nous avons dû nous arrêter pour que l’un des indiens écope.

Lorsque nous arrivons des jeunes du villages jouent une musique rythmée, les femmes aux fronts ceints de fleurs d’hibiscus et aux seins nus sont alignées pour nous sourire. De nombreux enfants sont eux-mêmes décorés. Tous sont tatoués de noir avec des encres qui disparaîtront dans quelques jours. Laurent, notre guide nous avait vanté l’intelligence de ces peuplades et le calme absolu des enfants qui ne pleurent jamais et sourient. J’ai pu bavarder avec un jeune couple de jeunes mariés, souriants et intelligents. Malgré tout on songe que tout ceci est commercial. Car tout est fait pour que l’on achète les produits qu’ils fabriquent. Le contact est plus commercial que profond même si l’on sent leur chaleur humaine.

Nous repartons en pirogue et c’est alors qu’une lourde pluie nous inonde. Nous avons pris un bus pour aller sur les écluses du nord, qui sont celles de l’Atlantique. Nous allons manger dans un restaurant qui surplombe les écluses, tenu par un chef français. Mais j’ai plus envie de m’effondrer de fatigue que de déguster. Je m’alimente plus que je ne mange. Nous nous rendons ensuite au point de départ de la ligne de chemin de fer Panama Canal Railway qui relie les écluses du nord sur l’Atlantique aux écluses du sud sur le Pacifique.

C’est un train qui existe depuis 1855 et permettait en un temps record de changer d’océan, les bateaux laissant des voyageurs d’une rive océanique rejoindre un bateau partant sur l’autre océan. Les ascenseurs de l’hôtel Trump sont une calamité, incapables d’absorber l’afflux de clients, et imposant de l’ordre de 20 minutes avant que l’on atteigne l’étage désiré.

Il faut faire vite les valises qui seront mises dans le couloir avant 23h30 et prises par le staff du voyagiste pour un enregistrement pour le vol vers Quito sans qu’on se préoccupe des formalités. La gymnastique de ce dont on a besoin un matin avant de partir en avion lorsque l’on n’a plus ses valises est un exercice qui me mine. Les valises sont dans le couloir, il est 23h00.

Que dire du Panama ? Depuis 1999 il recueille la manne du passage du canal de milliers de bateaux. Cela a donné un coup de fouet à l’économie du pays, et ne s’est pas traduit par une corruption visible, faisant de ce pays un pays stable. Une politique fiscale attractive a fait venir beaucoup d’américains et d’autres étrangers. La création d’une zone franche à Colon, ville qui accueille le départ du train Panama Canal Railway, gérée à la façon de Hong-Kong, a donné une activité colossale dans la région et le pays. Tout sourit au Panama. Mais l’érection d’une ville moderne avec des buildings à touche-touche comme à Miami ou à Hong-Kong entraîne une circulation épouvantable. L’explosion démographique du Panama qui est passé de 500.000 personnes en 1900 à 4.000.000 aujourd’hui les inquiète.

A 5 heures je me réveille car nous devons partir prendre l’avion à 8 heures et le problème des ascenseurs est un tel cauchemar que j’ai choisi de me lever tôt. Le petit déjeuner est toujours bien organisé. Je remonte à ma chambre puis, le moment venu je descends au rez-de-chaussée pour prendre le bus. A un point de ralliement une responsable du voyagiste doit me donner ma carte d’embarquement mais elle ne veut pas car semble-t-il j’ai des dépenses à régler. Il me faut remonter par l’ascenseur et je suis contrarié car je n’ai rien dépensé. A la caisse de l’hôtel qui se situe au 15ème étage je vois une note de 8,60 dollars pour une bouteille d’eau alors que j’avais pris celle qui est donnée en signe de courtoisie. Les formalités à l’aéroport se passent aisément et nous embarquons vers Quito pour un vol d’une heure et demie. Nous retrouvons nos mêmes places et les mêmes hôtesses qu’au vol précédent. Un repas léger nous est servi.

Carte du Canal de Panama

Le Canal de Panama : Une Merveille d'Ingénierie Qui a Changé le Monde

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