Efficacité du Programme Alimentaire Mondial (PAM) : Défis et Perspectives

Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) est l’agence des Nations unies chargée de l’aide alimentaire, œuvrant à lutter contre la faim et à améliorer la sécurité alimentaire dans les pays les plus pauvres. Il appuie le développement économique et social, et répond aux situations d’urgence. Le PAM a reçu le prix Nobel de la paix en 2020.

Structure et Fonctionnement du PAM

Le PAM veille à ce que la conception et l’exécution de ses programmes d’assistance se fonde sur une très large participation des bénéficiaires, et des femmes en particulier. Il est dirigé par un conseil d’administration de 36 membres (auxquels s’ajoute l’Union européenne en tant qu’observateur), élus pour un mandat de trois ans renouvelable. Le directeur exécutif est élu conjointement par le secrétaire général des Nations unies et par le directeur général de la FAO, en consultation avec le conseil d’administration.

Le siège du PAM compte huit départements :

  • Bureau du directeur exécutif
  • Opérations
  • Transport et logistique
  • Mobilisation des ressources et relations extérieures
  • Finances et système d’information
  • Stratégie et politique
  • Services administratifs
  • Ressources humaines

En 1996, le PAM s’est engagé dans un processus de décentralisation qui a abouti à la création de bureaux régionaux décentralisés qui disposent d’une forte autorité décisionnelle. Le PAM intervient sur requête du gouvernement.

Budget et Ressources

Le budget proposé du PAM pour 2012 était de 5,49 milliards de dollars. 30 % des ressources du PAM concernent les projets de développement. Il participe, par le mécanisme du "food for work", à la réalisation d’infrastructures agricoles et d’aménagement du territoire (construction de routes). Il dispose pour cela de la Réserve alimentaire internationale d’urgence (RAIU), constituée depuis 1976 à la demande de l’Assemblée générale. Le plancher annuel de cette réserve est fixé à 500 000 tonnes de denrées.

Le PAM gère aussi le compte d’intervention immédiate (CII), qui assure un démarrage immédiat des opérations d’urgence sans attendre la mise à disposition des fonds par les donateurs, au plancher annuel fixé à 35 millions de dollars. La fragilité de ce système réside dans le fait qu’il repose exclusivement pour son financement sur les contributions volontaires des États (3,7 milliards de dollars en 2011). Les contributions sont fournies pour moitié en nature et pour moitié en cash. Elles sont basées depuis 1996 sur le principe du « recouvrement intégral des coûts », qui assure la couverture des frais administratifs et des besoins en cash.

Logistique et Transport

Le travail du PAM comporte un important volet d’activité logistique. Le PAM est en effet responsable de l’acheminement jusqu’au lieu de distribution. Cela implique un acheminement international, puis un acheminement à l’intérieur du pays de destination jusqu’au point de distribution. Le PAM doit trouver une solution, pour remplacer le « chaînon manquant » dans le circuit de transport et se frayer l’accès aux populations qu’il a mission d’assister. C’est ainsi qu’il aménage des infrastructures portuaires, des aéroports, des routes.

Cette tâche logistique est reconnue par le Conseil maritime mondial, qui reconnaît au PAM le droit d’utiliser son propre document de transport (le Worldfood Waybill Charter ), qui certifie qu’il achemine des denrées à usage humanitaire, et doit lui faciliter les procédures administratives de dédouanement et de transit des marchandises.

Coordination et Partenariats

Pour améliorer l’efficacité de ses actions, le PAM s’efforce de les coordonner avec les autres organes compétents du système onusien. En matière d’aide alimentaire aux réfugiés, déplacés et rapatriés, cette volonté s’est concrétisée par la signature en 1985 d’un accord cadre de partenariat ( Memorandum of Understanding , MOU), avec le HCR. Cet accord a été modifié en 1991, 1994 et 1997. Un MOU a également été signé avec l’UNICEF en janvier 1998.

Le PAM travaille étroitement avec les instances des Nations unies qui s’occupent de coordination dans le domaine humanitaire. Depuis plusieurs années, le PAM a aussi beaucoup développé ses relations avec les ONG. Des accords formels ont été signés avec quinze partenaires ONG et un mécanisme de consultation annuel a été mis en place en 1995. Le PAM coopère sur le terrain avec près de 1 000 ONG. La collaboration repose sur la signature d’un accord de partenariat ad hoc ( Letter of Understanding, LOU) qui est en général un accord tripartite entre le PAM, l’ONG et le gouvernement du pays d’accueil.

Évolution et Défis Actuels du PAM

Institué en 1961 à la demande du président des États-Unis Dwight Eisenhower, le Programme Alimentaire Mondial avait vocation à une existence courte : c’était un projet de trois ans ayant pour objectif la mise à disposition du surplus alimentaire des pays développés aux pays dans lesquels les populations souffrent de la faim. Le programme s’est pérennisé rapidement et est devenu une activité permanente de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 1965.

Tandis que les deux premières agences accusent une perte de vitesse progressive à partir de la fin des années 1990, le PAM ne cesse de croître, se faisant une place jusque dans l’imaginaire commun des réponses d’urgence. Une de ses premiers slogans, « we deliver », donne le ton d’une volonté d’apporter aussi loin qu’il le faudra une aide d’urgence aux populations les plus vulnérables.

Dans son expansion, l’organisation onusienne diversifie ses activités d’aide alimentaire et se spécialise notamment dans la distribution de repas scolaires et les transferts en effectif sous forme de bons en supermarché ou directement en liquide aux bénéficiaires. Sa réactivité, sa plasticité ainsi que sa neutralité politique ont fait du PAM l’enfant chéri des bailleurs de fonds gouvernementaux avec un budget annuel pour 2022 de 14 milliards de dollars.

Pourtant, l’agrandissement exponentiel des activités du PAM porte en son sein les limites de cette superstructure de l’aide. L’augmentation inexorable de son volume s’accompagne ainsi d’une inflation au moins aussi importante des procédures bureaucratiques et activités de sous-traitance, ayant un impact souvent négatif sur l’efficacité de l’aide. Avec plus de 22 000 employés répartis dans les bureaux de 80 pays du monde, le PAM semble se figer dans son immensité et ne plus toucher sol.

Or, une crise de légitimité, de gestion et de solvabilité semble se profiler au sein des grands acteurs de l’aide humanitaire. Ces organisations sont-elles devenues trop grosses pour continuer de faire face aux urgences de manière pertinente ?

Ce changement en interne a des conséquences sur les activités de l’agence : les programmes se standardisent d’une opération à l’autre, la communication et le marketing occupent une part de plus en plus importante ainsi que la pérennisation des projets, donc des emplois. Au pic de sa croissance, les portes du PAM se ferment et l’organisation rentre dans une dynamique de recherche d’équilibre : il faut « fead the beast » ; nourrir le monstre administratif dans une course effrénée aux financements.

Ainsi, si le PAM n’est pas officiellement en crise, c’est un risque grandissant qu’il ne faut pas minimiser. Si le géant de l’aide tombe, beaucoup d’autres organisations suivront, en sentiront les conséquences ou feront inévitablement face au même problème.

Les nécessités actuelles du secteur humanitaire poussant à une reconsidération du rôle des acteurs nationaux et privilégiant les formes directes de l’aide obligeront d’une manière ou d’une autre à positionner les thématiques de la localisation de l’action humanitaire au cœur des programmes onusien de demain.

En analysant les tensions à l’œuvre et en assumant ses limitations structurelles et politiques, le PAM pourrait devenir le fer de lance de la restructuration profonde du secteur de l’aide onusienne, ouvrant la voie à de nouvelles manières de répondre aux urgences.

Crise Alimentaire Mondiale et Initiatives

Le monde est confronté à une crise alimentaire mondiale d’une ampleur sans précédent. 345 millions de personnes dans 82 pays sont confrontées à une insécurité alimentaire croissante. Les besoins mondiaux en matière d’alimentation et de nutrition risquent d’excéder la capacité de réponse de la communauté humanitaire.

En agressant l’Ukraine, la Russie a porté un coup sévère à la sécurité alimentaire de millions de personnes. Fin 2021, 193 millions de personnes étaient confrontées à une situation de crise alimentaire, dans 53 pays ou territoires. Avant la crise ukrainienne, plusieurs pays se trouvaient déjà dans une situation de grande précarité, du fait de fragilités sécuritaires, économiques ou climatiques, et notamment des effets de la pandémie de la Covid-19, qui a conduit à une augmentation de près de + 120 millions du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde. Tous ces éléments font de cette agression le déclencheur d’une aggravation majeure de l’insécurité alimentaire mondiale, déjà particulièrement forte dans le contexte de la pandémie de Covid-19.

La France travaille en lien étroit avec le PAM pour définir un mécanisme de solidarité qui pourrait jouer un rôle « tampon » en cas d’aggravation de la crise. Ce mécanisme permettrait au PAM et/ou aux pays les plus fragiles de s’approvisionner à des prix inférieurs à ceux du marché.

Le rapport annuel avertit que le monde est loin d’atteindre l’objectif de développement durable (ODD) n° 2, Faim « zéro », d’ici 2030. Malgré quelques progrès enregistrés dans certains domaines spécifiques tels que les retards de croissance et l’allaitement maternel exclusif, un nombre préoccupant de personnes continuent d’être confrontées à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

En 2023, environ 2,33 milliards de personnes dans le monde étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou sévère, un nombre qui n’a guère évolué depuis la forte hausse de 2020, au milieu de la pandémie de COVID-19. Plus de 864 millions d’entre elles ont connu une insécurité alimentaire grave, se privant parfois de nourriture pendant une journée entière ou plus.

Le thème du rapport de cette année, « Des financements pour éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition », attire l’attention sur le fait que la réalisation de l’ODD 2, à savoir l’élimination de la faim, exige une approche multidimensionnelle, et notamment de transformer et renforcer les systèmes agroalimentaires, de s’attaquer aux inégalités et de garantir une alimentation saine pour tous, abordable et accessible.

Statistiques Clés et Tendances Mondiales

Voici un aperçu des principales statistiques et tendances concernant la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde :

Les pays qui ont le plus besoin de ressources supplémentaires rencontrent des difficultés pour accéder aux financements. Parmi les 119 pays à revenu faible ou intermédiaire analysés, environ 63 % ont un accès limité ou modéré aux financements. De surcroît, la majorité de ces pays (74 %) sont touchés par un au plusieurs facteurs majeurs contribuant à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition.

Cindy McCain, directrice exécutive du PAM : « Un avenir libéré de la faim est possible si nous pouvons réunir les ressources et la volonté politique nécessaires pour investir dans des solutions à long terme éprouvées. J’appelle les dirigeants du G20 à suivre l’exemple du Brésil et à donner la priorité à une action mondiale ambitieuse visant à éliminer la faim et la pauvreté. Nous disposons des technologies et du savoir-faire nécessaires pour venir à bout de l’insécurité alimentaire, mais nous devons obtenir d’urgence les fonds permettant d’investir à la hauteur des besoins. »

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