Production de Porc en Chine : Statistiques et Tendances Actuelles

Le marché de la viande en Chine a connu une faible croissance en 2023, avec une augmentation des ventes totales de 1% pour atteindre environ 77 millions de tonnes. Cependant, cette croissance a été quelque peu entravée par une baisse des volumes de vente au détail, principalement due à la fin de la politique “zéro Covid” de la Chine en 2022, entraînant une fréquentation en forte hausse des établissements de restauration. Par conséquent, la demande de viande est supérieure aux niveaux d’avant la pandémie.

Le porc reste la viande préférée des consommateurs chinois. En 2023, les prix du porc en Chine ont continué à baisser, principalement en raison d’un excédent d’offre et d’une demande consommateurs en baisse. Étant donné le scénario actuel de la production de porc, l’offre de porc devrait rester stable jusqu’à la fin de l’année 2024.

Un phénomène de « premiumisation » du porc émerge avec l’augmentation de produits tels que le porc noir et le porc biologique sur le marché local. On s’attend à ce que cette tendance persiste, poussée par la volonté des consommateurs de mieux manger et de manière plus responsable. Cela devrait entraîner une augmentation du prix unitaire moyen, stimulant ainsi la croissance de la valeur.

Selon le Bureau national des statistiques, la production porcine chinoise a connu une légère baisse au cours du premier trimestre. La production porcine chinoise a baissé de 0,4 % au premier trimestre. À la fin du premier trimestre, les effectifs de porcs enregistrés étaient de 408,50 millions, soit une baisse de 5,2 % par rapport à la même période de l'année précédente. Le nombre de porcs abattus s'est élevé à 194,55 millions, soit une baisse de 2,2 % au cours du premier trimestre (16 avril 2024).

La production nationale de porc s’est stabilisée au 1er trimestre à 194 M têtes. Toutefois, les carcasses se sont nettement alourdies, en raison d’un commerce peu fluide et de stocks suffisants en viandes. Le dernier recensement des cheptels truies indique une légère reprise du cheptel reproducteur à la fin du premier semestre (+1,2 % par rapport à 2024), et le nombre total de porc est lui aussi en hausse (+2,2 %). La reprise de la rentabilité courant 2024 a incité les éleveurs à repeupler leurs élevages en truies.

Analyse du Marché Chinois

En termes de production, il y a eu une offre abondante de porc tout au long de l’année. Selon les données du Bureau national des statistiques, fin septembre 2023, le stock d’élevage de truies s’élevait à 42,4 M, soit 3,4% de plus que la quantité moyenne pré-Covid. De plus, l’efficacité reproductive des truies est en hausse. Ces facteurs combinés ont entraîné une augmentation de 3,6% de la production causant une surproduction de porc.

En termes de consommation, la demande de porc reste supérieure aux niveaux d’avant la pandémie, mais est en baisse depuis le Festival du Printemps. Les saisons traditionnelles de forte consommation, telles que la fête du travail, la fête de la mi-automne et la fête nationale, n’ont pas connu la hausse habituelle de la consommation de porc. Cependant la demande liée à la restauration reste élevée.

Dans ce graphique, à gauche, volume total en millier de tonnes par catégories. A droite le pourcentage de la croissance annuelle composée (CAGR) des différentes catégories de viandes en Chine :

  • Bœuf et Veau: Avec une consommation de 8 390 milliers de tonnes, cette catégorie a connu une forte augmentation de la croissance annuelle composée entre 2018-2023. On prévoit également une légère augmentation pour la période 2023-2028.
  • Agneau, Mouton et Chèvre: Avec une consommation de 4 189,8 milliers de tonnes, cette catégorie a également connu une légère augmentation de la CAGR entre 2018-2023. Sur la période 2023-2028 une faible croissance est attendue.
  • Porc: Dominant le marché avec une consommation significativement plus élevée de 44 930 milliers de tonnes, le porc a connu une augmentation modérée de la CAGR sur la période 2018-2023. Une diminution des volumes est prévue sur la période 2023-2028.
  • Volaille: Avec une consommation de 17 789,8 milliers de tonnes, la volaille a connu une forte croissance de la CAGR sur la période 2018-2023. Comme pour la catégorie précédente une baisse des volumes est prévue sur la période 2023-2028.
  • Autre Viande: Cette catégorie, avec la plus faible consommation de 1 274,8 milliers de tonnes, n’a montré aucun changement (0%) de la CAGR de 2018-2023, mais une augmentation est attendue pour la période 2023-2028.

L'Impact de la Peste Porcine Africaine (PPA)

L’apparition de la PPA en Asie remonte à août 2018, lorsque la Chine a signalé son premier cas. Pour limiter la propagation de la maladie, la Chine a publié des directives sur la prévention et la lutte contre la PPA, déclarant qu’elle allait « promouvoir l’élevage porcin à grande échelle et réduire le nombre de petites exploitations porcines comme moyens de prévenir et de lutter contre les épidémies de PPA ». Le gouvernement a ensuite publié une déclaration insistant sur le fait qu’il accorderait des subventions à la production aux élevages porcins à grande échelle dans les zones fortement touchées par la maladie.

Comme promis, une longue liste de subventions et de prêts destinés à rétablir l’approvisionnement en viande de porc ont été accordés exclusivement aux plus grandes exploitations. Confronté à la menace constante de la PPA, le gouvernement a lancé un système de certification basé sur des « zones exemptes de PPA » pour maintenir l’ouverture des circuits commerciaux aux élevages de porcs industriels.

Les données recueillies au cours des quatre dernières années montrent cependant que la construction d’élevages porcins plus grands et plus centralisés n’a pas arrêté le virus. Au contraire, cette approche pourrait faciliter la propagation de la PPA et nuire gravement aux moyens de subsistance des populations rurales en Chine.

Les statistiques montrent que la Chine comptait 21 millions d’élevages porcins en 2020, ce qui représente une baisse massive par rapport aux 105 millions d’élevages porcins qui existaient dans le pays il y a vingt ans. Ce déclin a été amorcé par des mesures environnementales qui ont conduit à l’élimination de millions de petites exploitations porcines qui n’étaient pas en mesure de s’y conformer. Aujourd’hui, en raison des politiques gouvernementales en matière de PPA, la centralisation et l’industrialisation du secteur porcin se sont accrues.

Les éleveurs et éleveuses de porcs peuvent soumettre une demande de reconnaissance de conformité à un ensemble de normes de biosécurité émises par le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales. Cependant, en raison de critères d’évaluation rigoureux, les exploitations sélectionnées n’appartiennent qu’à de grandes entreprises. Ce mécanisme est même utilisé comme outil institutionnel pour s’attaquer aux petits élevages de porcs. Depuis son lancement en février 2021, 166 labels de zones exemptes de PPA ont été accordés à de grandes entreprises.

La mise en place de zones exemptes de PPA fait désormais partie du programme d’incitation à la performance politique du gouvernement, un moyen pour les autorités locales de pouvoir se prévaloir de remplir leurs fonctions et services. Dans le cadre de ce dispositif, les autorités provinciales et locales sont encouragées à offrir une série d’avantages aux exploitations agricoles industrielles qui satisfont aux critères des zones exemptes de PPA, comme un financement subventionné, des baux fonciers favorables et des réductions sur les frais de surveillance du virus. Les grandes entreprises certifiées zones exemptes de PPA peuvent également échapper aux lourdes restrictions imposées au transport de porcs dans les territoires nationaux ou étrangers.

Les bénéfices de Muyuan Food ont augmenté de 1 413 % au cours des neuf premiers mois de 2020 pour atteindre 3,21 milliards de dollars. Ces bénéfices ont renforcé la capacité de l’entreprise à développer ses élevages porcins et à renforcer ses mesures de biosécurité et son niveau d’automatisation. L’expansion des activités de Muyuan repose fortement sur la numérisation, les systèmes d’IA et les infrastructures agricoles. Tout ceci a valu à l’entreprise de bénéficier d’un haut niveau de reconnaissance de la part du gouvernement chinois, qui lui a accordé 23 zones exemptes de PPA en 2022, soit plus de 45 % du total des nouvelles zones exemptes de PPA accordées.

En janvier de l’année dernière, les autorités thaïlandaises ont confirmé un cas de PPA dans la province de production porcine de Nakhon Pathom. Depuis lors, la PPA a été régulièrement détectée dans des élevages porcins de 18 provinces et le nombre de petits élevages de porcs a chuté de 43,35 %. Dans le même temps au Népal, en seulement 8 mois d’épidémie (de mars à novembre 2022) plus de 15 000 porcs d’élevage sont morts de la PPA.

Lorsque les autorités chinoises ont élaboré des mesures pour stopper la propagation de la PPA, elles ont négligé le fait que la quasi-totalité des grandes épidémies avait commencé dans de grands élevages industriels, malgré leurs installations modernes censées permettre les meilleurs niveaux de prévention des maladies. L’une de ces exploitations, située dans la province de Heilongjiang au nord-est du pays, comptait 73 000 porcs et est détenue conjointement par la Heilongjiang Asia-Europe Animal Husbandry Company et le fonds d’investissement danois IFU.

Le traumatisme de la FPA en Chine Pour Mathilde Le Boulch, ingénieure d'études économiques à l’Ifip, « cette nouvelle mode des usines porcines sur différents étages avec parfois même la présence de l’usine d’aliment sur place, a été soutenue par le récent épisode de FPA en Chine qui a abouti à l’arrêt progressif de l’élevage individuel et familial. Le gouvernement a encouragé cette industrialisation et cette augmentation de la production dans le but d’atteindre l’auto-suffisance ». En 2019, la peste porcine africaine a décimé 200 millions de porcs avec pour conséquences d’augmenter fortement les importations et faire monter le prix de la viande.

Dans ce contexte, la montée en puissance des fermes industrielles est perçue comme un levier de sécurisation sanitaire, avec des standards de biosécurité renforcés : air filtré, contrôle de l’eau, aliments testés et quarantaines strictes du personnel. Cette évolution a entrainé une disparition massive des petites fermes. Le nombre des exploitations comptant moins de 500 porcs a ainsi reculé de plus de 75 % ces dernières années.

Élevage Porcin Vertical : Une Nouvelle Tendance

Paradoxalement, face à la propagation continue de la PPA, l’élevage porcin industriel en Chine est en train de « se moderniser ». En août 2022, un nouvel élevage porcin de 26 étages est entré en production. Cette exploitation géante est située à Ezhou, une ville de la province centrale du Hubei en Chine, et sa capacité d’abattage est de 1,2 million de porcs par an. L’entreprise porteuse du projet, Hubei Zhongxin Kaiwei Modern Farming, était à l’origine un groupe d’investissement dans le ciment, mais elle s’est tournée vers l’élevage porcin lorsque le secteur de la construction a connu un ralentissement en raison de la Covid. Au total, 4 milliards de yuans (580 millions de dollars) ont été investis dans cette méga-exploitation.

Ferme porcine de 26 étages à Ezhou, en Chine. Capture d'écran de la vidéo Weibo

Avec ses 26 étages, l’unité de Zhongxin Kaiwei Modern Farming, installée dans la banlieue de Wuhan, pulvérise tous les records et est devenu la plus grande porcherie du monde : sa capacité de production est de plus de 600 000 porcs charcutiers par an. Un deuxième bâtiment est déjà en construction à côté, qui portera la capacité de production à 1,2 million de porcs chaque année, révèle Le Monde dans son édition du 29 octobre dernier.

Selon Big Herdsman Co., une entreprise de construction d’installations d’élevage basée à Tsingdao, le nombre porcheries à plusieurs étages a augmenté à un rythme annuel de 30 % depuis 2020. L’entreprise elle-même a participé à plus de 200 projets de construction d’élevages de truies sur plusieurs étages depuis 2019. Ce boom serait le résultat des politiques récentes sur la PPA et d’une politique de gestion de l’utilisation des terres agricoles de 2019 qui a officiellement autorisé l’élevage dans des bâtiments à plusieurs étages.

La structure, gérée par la société Zhongxin Kaiwei Modern Farming, est opérationnelle depuis fin août. Elle a réceptionné ses premiers reproducteurs dans un contexte de demande réévaluée puisque la consommation annuelle de porc en Chine devrait atteindre 60,77 millions de tonnes dans les dix prochaines années, soit 9 millions de plus qu’aujourd’hui.

L’entreprise privée agricole Yangxiang, interrogée par The Guardian en 2020, avait inauguré un bâtiment de ce genre de 12 étages en 2020 - considéré à l’époque comme le « plus gros élevage de porc du monde ». Elle expliquait alors que ce type de ferme-usine répondait à deux enjeux : le rendement et la protection sanitaire. Ces installations bénéficient de « normes de sécurité très élevées » et de « systèmes de nettoyage et d’élimination sophistiqués », rapportait la société Yangxiang toujours dans The Guardian.

Fin 2020, la firme Muyuan Foods ouvrait une méga-ferme refermant 84 000 truies pour produire 2,1 millions de porcs chaque année. Autre exemple, en 2019, la Guifei Mountain Sow Farm, abritant 28 000 truies réparties dans huit bâtiments de neuf étages chacun. Zhuge Wenda, propriétaire de la structure à Wuhan, a équipé son bâtiment « d’équipements d'alimentation automatisée et de systèmes intelligents de filtration et de désinfection de l’air ».

Le modèle économique de ce type d’élevage repose sur « des subventions de l’État et des économies d’échelles ». Il se traduit par une « légère augmentation du cheptel au cours du dernier semestre, pointe Mathilde Le Boulch avant de préciser : La Chine n’est pas encore prête à exporter cette production ».

Les cours du porc progressent depuis le début de l’année en Chine. À 1,576 €/kg, le prix du porc chinois a gagné 4,1 centimes en une semaine. Toutefois, cette reprise reste contenue par une offre toujours abondante marquée par des poids à l’abattage élevés, ce qui freine la progression de la cotation.

Production Record en Chine

La production porcine chinoise a atteint un niveau historique en 2025, à 59,38 millions de tonnes, soit une hausse de 4,1 % par rapport à l’année précédente selon les données du bureau national chinois des statistiques et du ministère de l’Agriculture. Cette performance confirme la puissance de l’appareil productif chinois, désormais largement restructuré et industrialisé. Le pays abrite notamment la plus grande ferme porcine au monde, composée de deux bâtiments de 26 étages situés dans le centre de la Chine, capables de produire jusqu’à 1,2 million de porcs par an.

Ces élevages porcins « verticaux » s’inscrivent dans une stratégie plus large de l’État visant à renforcer l’autosuffisance en protéines animales et à réduire la dépendance aux importations.

Le marché du porc en Chine est saturé de viande locale, ainsi les importations de produits porcins ont de nouveau diminué en 2025. Évaluées à 970 000 tonnes, les importations de viande porcine affichent une baisse de 8,5 %, tandis que celles d’abats s’établissent à 1,1 million de tonnes, en repli plus modéré de 3,3 % par rapport à 2024. La contraction des importations chinoise est encore plus marquée sur le rapport de 2025/2020.

Au cours des vingt dernières années, la consommation chinoise a plus que doublé, estime l’US Department of Agriculture (USDA).

Ouvertures de Marchés à l’Export : Entre Négociations et Statuts Sanitaires

Lors de la visite en France du président Chinois Xi Jimping le 6 mai dernier, plusieurs protocoles ont été signés entre les deux pays. Marc Fesneau, l’actuel ministre de l’Agriculture, et ses homologues chinois sont parvenus à la signature d’un accord de zonage en cas de foyer d’influenza aviaire hautement pathogène en France. Un accord similaire sur du zonage avait également été signé pour la filière porcine en décembre 2021 dans le cadre de la Peste Porcine Africaine.

La visite du Président Chinois a également permis la signature d’accords pour l’accès au marché chinois des abats blancs porcins et des protéines transformées de porc. Ces accords permettent d’envisager de belles perspectives de croissance du chiffre d’affaires de la filière à l’export. La croissance attendue est d’environ 10% soit un revenu supplémentaire potentiel de 26 M EUR. Selon Inaporc, « Ces échanges permettent d’optimiser la valorisation du porc français dans le monde ».

A l’issue de ces signatures, Marc Fesneau a affirmé que « La France continuera de travailler dans l’approfondissement des échanges avec la Chine dans le domaine agricole ».

L’ouverture de la Corée du Sud à la viande bovine actée ce mois de juin est un nouvel exemple du travail conjoint mené par l’administration et la filière bovine pour élargir les marchés d’export de nos viandes françaises vers des pays en forte demande de ce produit.

Pour la filière volaille, le travail actuel est fortement lié à l’accord de réouverture des marchés à la suite de l’influenza aviaire et l’acceptation de l’utilisation de vaccins pour la filière des canards gras (Foie gras, magret de canard et confits de canard). Avec le retour du niveau de risque épizootique d’Influenza aviaire hautement pathogène à « négligeable » sur l’ensemble du territoire métropolitain depuis le 3 mai 2024, il s’agit désormais d’assurer les débouchés export avec un retour de la disponibilité des produits issus de cette production.

En 2023, le marché de la viande en France a connu une croissance de 2%, atteignant 3,3 M de tonnes. La catégorie “Agneau, Mouton et Chèvre” a été la plus performante, avec une augmentation des ventes totales de 5% pour atteindre 94 000 tonnes. Les ventes totales devraient augmenter à un taux de croissance annuel composé de 1% sur la période 2023-2028 pour atteindre 3,4 M de tonnes.

La France travaille étroitement avec les filières pour que ces développements de la production s’équilibrent entre consommation intérieur et opportunités à l’export. A ce titre, de nouvelles perspectives d’ouvrent.

3/02/2021 : L’impact de la Peste Porcine Africaine sur l’élevage porcin dans le monde

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