L'Espagne s'est imposée comme le leader de la production porcine en Europe, transformant le paysage du marché de la viande. Cet article explore les facteurs clés de ce succès, les dynamiques d'exportation, les défis rencontrés et les perspectives d'avenir pour l'industrie porcine espagnole.
Le porc est la viande la plus consommée dans l'Union Européenne, représentant 50 % des volumes, surpassant la volaille (35 %) et le bœuf (12 %). L'Espagne représente un quart des abattages de porcs de l'UE. C'est aussi le deuxième pays consommateur de porc de l'UE avec 2,75 millions de tonnes équivalent carcasse (tec) en 2024 et une progression de + 9 % par rapport à 2015. Le premier pays consommateur est l’Allemagne avec 3,25 millions de tec en retrait de - 22 % comparé à 2015.
« Depuis longtemps c’est l’export qui tire la croissance de la production en Espagne. En 2024, le taux d’auto-approvisionnement était de 178 %. En comparaison, l’Allemagne est à 134 % et la France à 105 %. Sur la période 2015-2021, la production espagnole a augmenté de 1,2 million de tec qui ont trouvé intégralement leurs débouchés sur les marchés d’export. Sur 2021-2024 la production a diminué du fait des problèmes sanitaires et l’export a reculé en lien avec les pertes de débouchés », décrit Christine Roguet.
Le succès à l’export de l’Espagne se traduit avec une balance commerciale qui a augmenté de façon exponentielle en valeur. La présence de l’Espagne à l’international s’est intensifiée et diversifiée. La part des marchés tiers (hors UE) dans les exportations totales était de 26 % en 2013, elle a atteint 62 % en 2021.
Sur le marché intra-communautaire, le portefeuille de clients de l’Espagne est très diversifié avec des clients historiques comme la France, l’Italie et le Portugal tout en développant de nouveaux marchés à l’Est : Pologne, Roumanie, République tchèque… « Hors UE, c’est moins diversifié avec une forte dépendance au marché asiatique en particulier la Chine tout en saisissant des opportunités d’exporter vers le Mexique (2e pays importateur au monde), Canada, USA. Sur ces 3 destinations, les 10 dernières années, l’Espagne a multiplié par près de 8 ses exportations.
L’Espagne exporte vers l’UE principalement des pièces de découpe fraîches désossées et des jambons avec os (Italie et France) pour la transformation. Le volume des exportations désossées a doublé ces 10 dernières années. 10 % des exportations vers l’UE sont des produits transformés destinés aux marchés français et portugais. Sur les marchés asiatiques la demande en abats est forte en Chine, aux Philippines et au Vietnam. Le Japon, la Malaisie, la Corée du Sud et Taïwan sont plus demandeurs de pièces de découpe.
« L’Espagne parvient à mieux valoriser ses exportations sur le marché intra-communautaire. L’écart de valorisation est notable avec l’Espagne qui était à 2,57 €/kg (tous produits hors vif) sur 2014-2021 quand la France était à 2,35 €/kg, les Pays-Bas et le Danemark étaient à moins de 2 €/kg.
Le ciel de cette success story s’assombrit un peu. Les défis de la filière porcine espagnole sont multiples. Ils sont sociaux : les éleveurs vieillissent et la transmission des exploitations et le renouvellement des actifs ne s’annonce pas si simple que ça. Ils sont sociétaux, avec la montée des controverses et des oppositions entourant l’élevage intensif. Ils sont réglementaires avec l’entrée en application depuis 2022 d’une multitude d’applications pour réduire l’usage des antibiotiques, la biosécurité, la protection animale. Ils sont sanitaires avec le SDRP et la PPA.
Au premier trimestre 2025, le commerce européen des porcs vivants est marqué par la poursuite de la hausse des importations espagnoles, portée par la demande en porcelets et en porcs charcutiers. Cette dynamique bouleverse les flux traditionnels entre les principaux pays producteurs. L’Espagne a fortement augmenté ses importations d’animaux vivants au premier trimestre 2025. Le leader européen recoure davantage aux importations d’animaux vivants en raison de difficultés sanitaires persistantes (SDRP) et de la surcapacité de ses outils d’abattage-découpe.
De plus, les niveaux élevés de prix pratiqués sur le marché espagnol favorisent l’intensification des flux de porcs vivants à destination du sud de l’Europe. Sur le premier trimestre, les importations de porcelets ont bondi de 76 % par rapport à l’an dernier, atteignant 1,1 million de têtes. Les Pays-Bas restent le principal fournisseur de porcelets à l’Espagne, avec 835 000 têtes exportées sur le trimestre (+81 % sur un an). Du côté des porcs charcutiers, la Belgique a envoyé 66 400 têtes (+707 %) et la France 25 500 têtes (+711 %).
Pour des raisons économiques et structurelles, le Portugal exporte un flux régulier de porcs vivants à destination de l’Espagne. Du côté de la France, les exportations de porcs charcutiers ont progressé de 41,5 % sur les trois premiers mois de 2025, atteignant 89 500 têtes. Malgré cette hausse, ces flux restent marginaux. Chaque mois, les exportations de porcs charcutiers représentent moins de 2 % des abattages nationaux. Au mois de mars par exemple, 30 500 porcs charcutiers étaient exportés vers l’UE. Les principaux destinataires sont la Belgique (+ 2,7 %) et l’Espagne (+ 711 %).
La production porcine biologique européenne est estimée à 1,4 millions de porcs en 2018. En 2019, la production française de porcs bio dépasse les 207 000 porcs, + 32 % par rapport à 2018. Sur le territoire, 3 grandes régions de l’Ouest représentent près de 70 % du cheptel national de truies :
La filière porcine française représente près de 22 300 entreprises au total : alimentation animale, élevages, abattage /découpe et charcuterie / salaison, distribution. Les éleveurs sont les plus nombreux : ils sont 10 000, dont 8 400 possédant plus de 20 truies. Il s’agit de fermes familiales pour la plupart réunies au sein de coopératives agricoles (90 % de la production). De plus, la filière française se distingue par les nombreuses recettes de charcuterie : plus de 450, proposées par les 300 entreprises de charcuteries et les milliers d’artisans charcutiers.
Avec une moyenne de 214 truies, soit environ 5 000 porcs produits par an, la taille des élevages porcins français est l’une des plus faibles en Europe. Les élevages de porcs français sont implantés sur des fermes qui se distinguent par leurs surfaces conséquentes : en moyenne 102 ha. Cette vaste étendue de terres présente deux atouts notables : les fermes ont la possibilité de cultiver leurs propres céréales et des protéagineux pour nourrir les porcs sur place.
La filière porcine est engagée dans une démarche de progrès continu en matière de conditions sanitaires et de bien-être animal. La France est en particulier un des deux seuls pays d’Europe à procéder à une anesthésie locale en cas de castration des porcs. Elle a en effet interdit la castration à vif depuis le 1er janvier 2022. Elle a également réduit l’utilisation des antibiotiques de -58,5 % en 10 ans, de 2011 à 2021, au-delà de la moyenne de l’ensemble des animaux d’élevages, située à 47 %. Mobilisée pour continuer les avancées en la matière, la filière travaille aujourd’hui en étroite collaboration avec le Gouvernement sur le projet de nouvelle réglementation européenne et a même déjà entamé la mise en place des cases liberté pour les truies. Une généralisation qui prendra du temps et ne sera pas possible sans un accompagnement financier car son coût est évalué à environ 2 milliards d’euros.
| Pays | Taux d'auto-approvisionnement (2024) | Consommation (millions de tec, 2024) |
|---|---|---|
| Espagne | 178 % | 2,75 |
| Allemagne | 134 % | 3,25 |
| France | 105 % | N/A |
tags: #premier #producteur #de #porc #en #Europe
Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
© 2021 - Du bocal à l'assiette - Tous droits réservés / création web : 6cyic