La néophobie alimentaire est un phénomène courant chez les enfants, généralement entre 2 et 6 ans. Il s’agit d’une peur ou d’une méfiance face à la nouveauté, en particulier lorsqu’il s’agit d’aliments inconnus.
Bien que cette peur puisse sembler irrationnelle aux yeux des adultes, elle a une fonction évolutive : elle permet aux jeunes enfants d’éviter les aliments potentiellement dangereux.
La néophobie alimentaire c’est la réticence et/ou le rejet à manger des aliments nouveaux. Cela va alors se traduire par un comportement différent de l’enfant face à son assiette. Il va passer plus de temps à explorer sa nourriture : la triturer, l’observer, la sentir…
Mais cette définition pose une autre question, prévient Virginie Soulet, psychologue pour enfants qui réalise une thèse sur la néophobie alimentaire. : « Qu’est ce qu’un aliment nouveau pour un enfant ? »
En effet, un bébé qui a souvent mangé de la carotte en purée, la reconnaît-elle quand elle est râpée ? Considère t-il la carotte râpée comme un nouvel aliment ?
« Les aliments nouveaux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense, nous, en tant qu’adultes. C’est « nouveau » quand l’enfant ne le reconnaît pas comme connu », explique la psychologue.
« Il suffit parfois d’ ajouter des brins de persil sur le plat pour qu’il soit identifié comme nouveau et que l’enfant refuse de le manger » poursuit-elle.
Il semblerait que certains enfants présentent une réticence à gouter de nouveaux aliments dès 6 mois. Ils seraient néanmoins peu nombreux. En revanche, à 18/24 mois, ça touche beaucoup plus d’enfants !
Ils vont alors fermer la bouche quand la cuillère s’approche, détourner la tête, pousser l’assiette, observer l’aliment pendant de longues minutes sans jamais vouloir le goûter…
« Il y aurait plusieurs niveaux dans l’intensité de la néophobie alimentaire », détaille Virginie Soulet.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la néophobie alimentaire chez l’enfant. En effet, historiquement, les jeunes enfants qui évitaient les nouveaux aliments avaient moins de chances d’ingérer des substances toxiques, ce qui augmentait leurs chances de survie. Cette tendance pourrait encore persister aujourd’hui.
Les enfants apprennent alors à travers l’observation des comportements de leurs parents et de leur entourage. Si les adultes montrent eux-mêmes une certaine réticence à essayer de nouveaux aliments, l’enfant peut développer les mêmes habitudes.
Ils deviennent ainsi très sensibles aux textures, aux odeurs et aux goûts.
La néophobie n’existe pas uniquement chez l’humain. Elle a aussi été observée chez les animaux.
Quand l’enfant devient autonome, il développerait un mécanisme de défense qui permettrait à l’organisme de se prémunir d’éventuels empoisonnements. C’est la raison pour laquelle la néophobie alimentaire apparaitrait plus précisément autour de 18/24 mois : l’âge où l’enfant est en mesure d’explorer activement son environnement (ouvrir les placards, attraper tout ce qu’il veut…).
L’étude que Virginie Soulet est en train de mener tend aussi à montrer que le degré d’intensité de néophobie alimentaire est étroitement lié à la phase d’individuation de l’enfant. A 18/24 mois, l’enfant affirme son caractère. L’alimentation serait donc un domaine supplémentaire dans lequel il peut s’affirmer.
La néophobie alimentaire peut entraîner plusieurs conséquences sur la santé et le bien-être de l’enfant. Le plus évident est la limitation de la diversité alimentaire, ce qui peut conduire à des carences nutritionnelles.
Bien que la néophobie alimentaire soit une phase normale du développement, il est possible d’aider les enfants à surmonter cette peur. La recherche montre qu’il faut parfois jusqu’à 10 à 15 expositions à un nouvel aliment avant qu’un enfant ne l’accepte. Il est donc essentiel de persister tout en restant patient.
Voici quelques conseils pour que tous les repas se déroulent au mieux :
Impliquer les enfants dans la préparation des repas peut les rendre plus enclins à essayer de nouveaux aliments.
Forcer un enfant à manger un nouvel aliment peut renforcer sa résistance. Au lieu de cela, adoptez une approche détendue.
Les enfants imitent souvent les comportements alimentaires des adultes.
Souvent, les parents sont très anxieux dès que cela concerne l’alimentation. Vous avez alors un véritable rôle à jouer dans la réassurance. « Dédramatisez la situation », insiste Virginie Soulet. « Ce n’est pas parce qu’un enfant n’a pas mangé son déjeuner que c’est dramatique» poursuit-elle.
Rassurez-les pour qu’ils puissent ensuite être plus détendus face aux repas. Discutez avec eux, échangez sur le sujet… Ils seront alors plus enclins à lâcher-prise.
« Dès qu’il y a une forme de lâcher-prise sur l’alimentation de l’enfant, on observe un changement de comportement » commente la psychologue. L’enfant voit qu’il y a moins d’enjeux sur son assiette et recommence à manger.
Les professionnels de la petite enfance peuvent donc être des interlocuteurs de choix pour calmer les angoisses des parents et les aider à gérer au mieux la phase de néophobie alimentaire que traverse leur enfant.
La kinésiologie peut jouer un rôle complémentaire dans la gestion de la néophobie alimentaire chez l’enfant. Un enfant peut avoir développé une aversion pour un aliment particulier à la suite d’une expérience négative (comme une indigestion ou une pression excessive pour manger).
Au cours d’une séance de kinésiologie, le praticien utilise des tests musculaires pour identifier les déséquilibres énergétiques dans le corps de l’enfant. Une fois ces déséquilibres détectés, différentes techniques sont utilisées pour rétablir l’harmonie, comme l’acupressure, le toucher énergétique ou des exercices spécifiques.
Un conseiller en nutrition peut jouer un rôle clé dans la gestion de la néophobie alimentaire chez l’enfant en parallèle à un kinésiologue et à un traitement traditionnel donné par un médecin. Le conseiller en nutrition est spécialisé dans l’élaboration de plans alimentaires adaptés aux besoins spécifiques de chaque individu, y compris des enfants aux comportements alimentaires restrictifs.
Un conseiller en nutrition peut travailler avec les parents pour créer un plan alimentaire personnalisé qui intègre de petits changements progressifs, en tenant compte des préférences de l’enfant et en introduisant de nouveaux aliments sous des formes différentes (par exemple, en purée, en soupe ou en smoothie).
Le conseiller en nutrition joue également un rôle éducatif. Il peut fournir aux parents des informations précieuses sur la manière d’équilibrer l’alimentation de leur enfant, malgré les réticences de celui-ci à essayer de nouveaux aliments.
Les troubles de l’oralité alimentaire chez l’enfant sont des motifs de consultation de plus en plus fréquents. Pour la plupart des enfants, manger est un acte naturel, spontané et source de plaisir. Pourtant, pour certains d’entre eux, les repas peuvent devenir un moment difficile, source d’anxiété et de tensions.
Difficultés à s’alimenter, refus de voir, de sentir ou de toucher certains aliments, réaction de dégoût à la vue de la nourriture… les troubles de l’oralité alimentaire concernent de nombreux enfants pour des raisons variées.
Avant qu’un aliment soit mis en bouche, tous les sens interviennent. « On commence par voir l’aliment, on le sent, on le touche, on le porte à la bouche, on le mâche et enfin, on l’avale. Si toutes les étapes de ce cycle ne sont pas respectées, des difficultés peuvent apparaître », souligne le Dr Marc Bellaïche, gastro-pédiatre responsable d’une consultation dédiée aux troubles du comportement alimentaire chez l’enfant à l’hôpital Robert Debré à Paris.
Ce spécialiste estime plus pertinent de parler de troubles du comportement alimentaire du petit enfant (TCAPE), un acronyme qu’il a créé, plutôt que de troubles de l’oralité.
Les troubles du comportement alimentaire chez le petit enfant peuvent apparaître dès la naissance, mais ils se manifestent le plus souvent au moment de la phase de diversification alimentaire, lorsque les parents commencent à introduire des goûts et des textures différents. Dans certains cas, ils peuvent survenir plus tardivement.
Chez l’enfant, les troubles du comportement alimentaire peuvent s’exprimer de différentes manières.
Petits mangeurs, souvent incapables de rester assis à table pendant le repas, certains enfants peuvent picorer toute la journée. « Ce sont souvent des enfants minces et très actifs », raconte le Dr Marc Bellaïche.
D’autres enfants vont exprimer des troubles du comportement alimentaire par le biais d’une sélectivité alimentaire, réduite parfois à une dizaine d’aliments. Ce qui compromet la mise en place d’une alimentation variée et équilibrée.
« Certains enfants ne peuvent manger que des aliments blancs ou ont la nausée à la vue d’une purée verte, tandis que d’autres ne supportent pas les morceaux ou la texture humide de certains fruits », illustre le gastro-pédiatre.
Difficile pour les parents d’introduire de nouveaux aliments. « Ces enfants refusent de goûter tout aliment nouveau et peuvent exprimer une peur de manger proche de la phobie », ajoute Réjane Poidvin Defrasne, orthophoniste.
Parmi les nombreux facteurs possibles de ces troubles, on trouve des problèmes digestifs sévères. « Si l’enfant a subi une intervention chirurgicale précoce, qu’il a été intubé ou qu’il a souffert de vomissements répétés sur une longue période, l’acte de manger peut être assimilé à une agression de la sphère orale. L’enfant a, dès lors, perdu le plaisir de manger », explique le Dr Marc Bellaïche.
Outre des pathologies digestives, des malformations congénitales ou des causes neurologiques, peuvent également intervenir. « Un enfant qui avale de travers ou qui conserve un douloureux souvenir d’une gastro-entérite sévère peut développer par la suite une anxiété à l’idée de s’alimenter », ajoute l’orthophoniste.
Des particularités anatomiques, ainsi que des difficultés pour mastiquer ou déglutir peuvent aussi jouer un rôle dans l’apparition de ces troubles. « Apprendre à mastiquer n’est pas spontané. Cela passe par la répétition des mêmes gestes sur une certaine période », explique le Dr François Cunin, pédiatre à la fondation Ildys à Brest.
Des spécificités individuelles peuvent intervenir. « Un enfant qui bave beaucoup ou dont la langue manque de mobilité peut aussi favoriser l’expression de ces troubles », explique le Dr Marc Bellaïche.
Enfin, une hypo ou une hypersusceptibilité sensorielle peut aussi être en cause. Sans que l’on en connaisse les raisons profondes, certains enfants ne supportent pas la vue, l’odeur, voire la texture de certains aliments.
Les textures molles, visqueuses, lisses ou agrémentées de morceaux peuvent être source de dégoût, occasionner nausées et vomissements. « Les légumes et les fruits collants et humides, comme les kiwis ou les poires, par exemple, font partie des aliments rejetés par de nombreux enfants », illustre le Dr Marc Bellaïche.
Si l’on parle davantage des troubles de l’oralité ou du comportement alimentaire du petit enfant à notre époque, cette problématique n’est pourtant pas récente. Mieux formés, les professionnels ont pu bénéficier de l’avancée de la recherche grâce à de nombreux travaux publiés sur le sujet.
Les changements de modèle éducatif (auparavant, l’enfant était tenu de finir son assiette, par exemple) et la prise en charge de ces difficultés ont également évolué.
Inquiets, les parents viennent consulter lorsqu’ils estiment que leur enfant ne s’alimente pas comme il le devrait. Ils évoquent souvent les risques de dénutrition face à une courbe de poids qui s’éloigne de la norme. Certains signes doivent amener à s’interroger.
« Dès lors que l’enfant pleure ou hurle à l’idée de passer à table, qu’il refuse systématiquement tout aliment nouveau ou que le repas dure trop longtemps, il est important de consulter rapidement », explique Réjane Poidvin Defrasne.
Pour le Dr François Cunin, une consultation s’impose quand l’enfant n'est pas en mesure d’avoir une alimentation en quantité suffisante avec un panel d’aliments évitant les carences. La dimension sociale, à travers la convivialité des repas, doit également être prise en compte.
« Si les troubles empêchent l’enfant de partir en colonie de vacances, d’aller déjeuner chez sa grand-mère ou de participer à un repas en classe, il est important de consulter ».
Après un bilan médical visant à élucider des causes organiques possibles, le médecin proposera des solutions personnalisées. « Forcer l’enfant, le punir ou utiliser la distraction pour lui mettre une cuillère dans la bouche, par exemple, peut potentiellement générer une anxiété supplémentaire », prévient le Dr Marc Bellaïche.
Pour les petits mangeurs ayant tendance à « picorer », instaurer des parcours alimentaires sous forme de pique-niques ludiques, par exemple, peut occasionner un changement efficace.
Impliquer l’enfant dans la confection des repas, recourir à des jouets et jeux sensoriels (jouets à mâcher…) peuvent s’avérer des stratégies gagnantes. En revanche, le cadre et le rythme des repas doivent être décidés par les parents.
Une autre piste consiste à utiliser des petites assiettes dans lesquelles on placera de modestes quantités de nourriture pour rassurer l’enfant. Intégrer systématiquement un aliment apprécié de l’enfant dans l’assiette, lui laisser la possibilité de cracher sont autant de procédés utiles pour amener à un changement progressif de comportement.
Cela nécessite parfois de faire preuve de créativité. « Si l’enfant aime les chips, présenter tous les aliments sous forme de chips peut être une bonne idée », ajoute Réjane Poidvin Defrasne, orthophoniste.
Pour les enfants sélectifs, voire phobiques, « il s’agit de présenter, chaque jour, d’abord visuellement, l’aliment refusé. Progressivement, on va demander à l’enfant de prendre en main l’aliment, de l’écraser, de le sentir, puis de le mettre à sa bouche. La séance suivante, on lui demandera de le mâcher, puis de le cracher, enfin de l’avaler », explique le Dr Marc Bellaïche.
Ce long travail de désensibilisation requiert beaucoup de patience de la part des parents. Ainsi, entre le jour où l’aliment est présenté et celui où il est enfin avalé, il peut se passer de nombreux mois (6 à 18 mois en moyenne).
« Ce temps de réadaptation est nécessaire car si une étape manque, la stratégie thérapeutique se soldera par un échec », poursuit le gastro-pédiatre.
Si les parents perdent patience ou se sentent découragés, différents professionnels paramédicaux (orthophonistes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychomotriciens…) peuvent proposer des soins complémentaires. « Prodiguer des massages intra-buccaux, au niveau de la gencive et de chaque côté des arcades dentaires, pour désensibiliser la cavité buccale peut être bénéfique chez certains enfants », explique l’orthophoniste.
Quelle qu’en soit l’origine, face aux troubles du comportement alimentaire d’un jeune enfant, il convient de consulter rapidement un médecin ou un professionnel de santé spécialisé dans la prise en charge de cette problématique.
La néophobie alimentaire est une étape normale du développement chez l’enfant, mais elle peut devenir un obstacle à une alimentation variée et équilibrée. En adoptant des stratégies adaptées, telles que l’exposition répétée, la création d’une expérience positive autour de la nourriture, et en utilisant des approches complémentaires comme la kinésiologie, il est possible d’aider les enfants à surmonter cette peur.
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