Si tu te demandes ce qu’est un western spaghetti, plonge dans l’univers unique de ce genre venu tout droit d’Italie. Ces films, qui portent aussi le nom de western à l’italienne, ont été produits essentiellement dans les années 60 et 70, et ils se distinguent par leur approche brute et réaliste, bien loin des westerns hollywoodiens traditionnels.
Les films western spaghetti, un sous-genre particulier du western, sont apparus dans les années 1960, principalement en Italie. Ces films, caractérisés par leurs petits budgets, leur style visuel unique et leur musique innovante, s’écartent considérablement des westerns américains traditionnels de l’époque.
Le terme « western spaghetti » a d’abord été inventé par des critiques et des journalistes américains, qui l’ont utilisé de manière quelque peu désobligeante pour décrire les westerns réalisés en Italie qui ont inondé le marché international dans les années 1960 et 1970. Malgré les connotations négatives initiales du terme, ces films allaient redéfinir en profondeur le genre du western.
Les origines des westerns spaghetti sont ancrées dans le paysage économique de l’Italie après la Seconde Guerre mondiale et dans le désir de l’industrie cinématographique italienne de percer sur le marché international. Les cinéastes italiens, influencés par les westerns américains classiques, ont cherché à réinterpréter le genre à travers leur propre prisme culturel. Cette réinterprétation n’était pas seulement une tentative de capitaliser sur la popularité des westerns, mais aussi un moyen d’injecter des sensibilités européennes dans un genre traditionnellement américain.
Les westerns spaghetti présentent plusieurs caractéristiques qui les distinguent des westerns traditionnels. L’une des caractéristiques les plus remarquables est leur style visuel. Des réalisateurs comme Sergio Leone ont utilisé de vastes paysages désolés pour créer un sentiment de grandeur épique et d’isolement existentiel.
Sur le plan thématique, les westerns spaghetti s’intéressent aux aspects les plus sombres de la condition humaine, explorant les thèmes de la vengeance, de la cupidité et de l’ambiguïté morale.
La musique a joué un rôle essentiel dans les westerns spaghetti, avec des compositeurs comme Ennio Morricone qui ont révolutionné les musiques de films avec leurs compositions innovantes.
Le western spaghetti se démarque d’abord par sa violence brute et son humour noir, souvent macabre. Ici, les personnages n’incarnent pas de nobles causes, bien au contraire : la loi du plus fort règne, et chaque situation est propice aux règlements de comptes sanglants. On y retrouve des duels intenses, des gros plans marquants, des décors poussiéreux, et des personnages marqués par les cicatrices et la fatigue.
Les westerns spaghettis sont aussi célèbres pour leur absence de morale manichéenne ; les héros ne sont pas des sauveurs, mais des survivants. La violence est omniprésente, à la différence des westerns américains où la brutalité est souvent édulcorée.
Côté esthétique, ces films mettent en avant des paysages arides et des gros plans sur les visages, les regards, et les mains sur les revolvers. Sergio Leone a popularisé cette esthétique, et Ennio Morricone, le compositeur légendaire, a apporté une ambiance sonore unique, avec des thèmes inoubliables comme dans Pour une poignée de dollars.
Contrairement aux cow-boys américains immaculés, les personnages des westerns spaghettis sont des anti-héros : cyniques, souvent crasseux, et motivés par la vengeance ou l’appât du gain.
Ce nouveau type de western casse les codes du genre. A la place, les personnages des westerns spaghetti sont sales, mal rasés, sans morale, cyniques. La loi, c'est celle du plus fort. Ils sont violents et sans pitié, mais ils ont des gueules, comme Henry Fonda ou Charles Bronson. Les femmes sont sexy.
Le style cinématographique de ces westerns se caractérise par des plans très larges sur des paysages grandioses. Et à l'inverse, de très gros plans. On se souvient des yeux d'Henry Fonda qui mangent tout l'écran dans "Il était une fois dans l'ouest ". Les scènes s'étirent pendant de longues minutes et les dialogues sont réduits au maximum. La musique est omniprésente et raconte l’histoire. C’est surtout celle d'Ennio Morricone qui excelle dans le genre.
L’évolution des westerns spaghetti ne peut être abordée sans mentionner les figures de proue qui ont façonné le genre. Sergio Leone, sans doute le réalisateur le plus influent des westerns spaghetti, a redéfini le genre avec sa « Trilogie du dollar », qui comprend « Une poignée de dollars » (1964), « Pour quelques dollars de plus » (1965) et « Le bon, la brute et le truand » (1966).
Clint Eastwood a explosé grâce à ce genre et est devenu une super star en incarnant le fameux Homme sans nom dans la Trilogie du dollar. Ce personnage, avec son poncho et son cigare, reste une des icônes du genre. D’autres acteurs, comme Lee Van Cleef et Eli Wallach, ont également laissé leur empreinte.
Clint Eastwood, qui a joué dans la « Trilogie du dollar » de Leone, est devenu la quintessence du héros de western spaghetti. On ne saurait trop insister sur la contribution d’Ennio Morricone au genre grâce à ses partitions révolutionnaires.
Parmi les réalisateurs, trois noms reviennent souvent : Sergio Leone, Sergio Corbucci (qui a signé le classique Django), et Sergio Sollima, surnommés « les trois Sergio ».
Mais c’est Sergio Leone qui va donner au genre ses lettres de noblesse en tournant "Pour une poignée de dollars". On reprend les passages obligés « nobles et propres » (le duel, le saloon, la partie de cartes) mais en les détournant par une violence gratuite, un schématisme des situations, un anti héros crasseux, vénal, ambigu et cynique…
Les coups de feu sifflent et résonnent, les corps se démantibulent à l’impact, projetés en arrière dans un fracas de poussière, de douleur et de sang …la mort n’est pas propre dans ces contrées arides.
Dans le western-spaghetti, il est fréquent, pour des raisons de simplicité, de centrer les historiques autour de ses trois personnalités les plus marquantes, les "trois Sergio" : Leone, bien sur, Sergio Sollima, spécialiste des westerns politisés, et Sergio Corbucci.
Leone et Corbucci, deux anciens collaborateurs qui devinrent frères ennemis, nourrissant une rivalité de bonne guerre, qui était sans doute plus folklorique que légitime. Car à bien y regarder, les westerns de Leone et Corbucci n'ont pas grand chose à voir. Là où Leone apparaît comme un metteur en scène exigeant, méticuleux, s'interrogeant sur chaque attitude ou dialogue, Sergio Corbucci ressemble davantage à l'un de ces mercenaires qui pullulaient dans le cinéma transalpin d'alors. Si Leone est l'artiste, Corbucci est un artisan, dont la filmographie imposante compose avec des genres diversifiés. D'honnêtes factures, ses films n'ont pas la majesté de ceux de Leone, mais s'en différencient néanmoins par leur dureté, leur violence graphique et leurs idées jusque-boutistes. Les films les plus sombres de Leone n'ont jamais atteint le niveau de noirceur de certains Corbucci.
Après avoir touché au film type "blaxploitation" (Jackie Brown), au film de guerre (Inglorious Basterds) ou encore s'être inspiré du film de kung-fu (Kill Bill), le réalisateur Quentin Tarantino se penche sur un nouveau sous-genre du cinéma : le western spaghetti.
Sergio Leone sur le tournage de "Pour une poignée de dollars"
Les westerns spaghetti ont principalement été tournés dans des paysages époustouflants et sauvages de l’Europe, notamment dans le désert de Tabernas en Andalousie, au sud de l’Espagne. Cette région offre des décors naturels qui rappellent les déserts américains, avec leurs canyons, dunes, steppes et collines arides, ressemblant aux vastes étendues de l’Arizona et du Nevada.
Avec un climat sec, des conditions météorologiques exceptionnelles, et une main-d’œuvre bon marché, cette zone a attiré des réalisateurs, devenant ainsi un lieu privilégié pour ce genre cinématographique.
Ces sites de tournage emblématiques sont devenus des destinations incontournables pour les passionnés de cinéma et de culture western, attirant des visiteurs du monde entier. Le désert de Tabernas et ses environs continuent de faire vivre l’héritage des westerns spaghetti, perpétuant la magie de ces films iconiques qui ont marqué l’histoire du cinéma.
Oasys Mini Hollywood, un parc à thème western en Andalousie
Entre les années 1960 et 1978, environ 450 films ont été produits dans ce genre ! Les titres les plus emblématiques incluent des œuvres comme Et pour quelques dollars de plus, Le Grand Silence, et Il était une fois dans l’Ouest.
| Titre du Film | Réalisateur |
|---|---|
| Pour une poignée de dollars | Sergio Leone |
| Et pour quelques dollars de plus | Sergio Leone |
| Le Bon, la Brute et le Truand | Sergio Leone |
| Django | Sergio Corbucci |
| Le Grand Silence | Sergio Corbucci |
| Mon nom est Personne | Tonino Valerii |
| Il était une fois dans l'Ouest | Sergio Leone |
Lorsque les premiers westerns spaghetti sont apparus, le genre a été accueilli avec méfiance et parfois même avec un certain mépris. Les critiques et le public, influencés par la longue tradition du western américain, avaient du mal à accepter qu’un genre aussi ancré dans l’imaginaire collectif américain puisse être adapté par des réalisateurs européens, et notamment italiens.
Cette distance culturelle a conduit les distributeurs à américaniser les génériques des films pour qu’ils paraissent plus authentiques aux yeux du public, masquant souvent les noms des acteurs et réalisateurs italiens par des pseudonymes américains.
Pour certains critiques de l’époque, le western italien n’était qu’un « sous-produit frelaté », motivé uniquement par des objectifs mercantiles. C’est notamment le point de vue du critique Jean Gili, qui voyait dans ce nouveau genre une simple exploitation commerciale d’un mythe purement américain. Cette critique négative s’appuyait en partie sur le fait que le western, selon une vision puriste, appartenait aux valeurs et à la culture protestante nord-américaine.
Même parmi les réalisateurs de westerns spaghetti, le terme « western » faisait débat. Damiano Damiani, célèbre réalisateur de El Chuncho, rejetait l’idée que son film puisse être considéré comme un western. Selon lui, El Chuncho était avant tout un film politique, un récit sur la révolution mexicaine.
En insistant sur le contexte historique et le message politique de son œuvre, Damiani soulignait que le film se distinguait fondamentalement des westerns classiques américains. Pour lui, qualifier un film se déroulant au Mexique de « western » revenait à ignorer la dimension historique et culturelle du film, et à passer à côté de son essence révolutionnaire.
Ainsi, malgré les critiques, le western spaghetti a su imposer son propre style, distinct du western hollywoodien, en explorant des thématiques plus sombres et en abordant des sujets politiques comme la révolution et la justice sociale.
Au-delà des scènes de fusillades, ce genre a aussi révolutionné le cinéma avec des techniques de cadrage novatrices et des thèmes musicaux inoubliables. Ennio Morricone, avec ses compositions audacieuses, a donné une identité sonore à ces films, qui est encore aujourd’hui associée au genre western.
Des réalisateurs modernes comme Quentin Tarantino rendent hommage aux westerns spaghettis, que ce soit dans Kill Bill ou Django Unchained, montrant que ce style unique reste gravé dans l’histoire du cinéma.
En 1976, le western spaghetti est mort, malgré de nombreuses tentatives pour le ressusciter.
Au début des années 1970, le western avait évolué vers deux sous-genres antagonistes, d'un côté le « western spaghetti », de l'autre une série de films qui tentaient de peindre sous un jour réaliste l'histoire du Wild West américain. Quant au western-spaghetti, qui avait connu quelques réussites et d'autres réalisateurs de talent, comme Sergio Corbucci, il ne survécut pas longtemps à l'écrasante supériorité et à la popularité des films de Leone.
À la fin des années 1970, la popularité des westerns spaghetti a commencé à décliner. Plusieurs facteurs ont contribué à ce déclin, notamment la saturation du marché - avec la production de nombreux films, la qualité variait considérablement et le public commençait à se lasser.
Malgré leur déclin, l’héritage des westerns spaghetti a perduré, influençant non seulement les westerns mais aussi d’autres genres cinématographiques. Des réalisateurs comme Quentin Tarantino, Robert Rodriguez et Martin Scorsese ont cité les westerns spaghetti comme des influences majeures dans leur travail, comme en témoignent des films tels que « Django Unchained » (2012), qui rend hommage au « Django » original, et « The Hateful Eight » (2015), qui canalise l’esprit de la narration épique de Leone et des partitions obsédantes de Morricone.
Pour les curieux, ou ceux qui cherchent à revivre ces instants cinématographiques cultes, voici une petite sélection à découvrir :
Voilà, tu connais maintenant l’essentiel du western spaghetti : ses héros cabossés, ses paysages arides, et ses musiques inoubliables.
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