Fromage Blanc et Arthrose : Ce Que Disent les Études Scientifiques

L'arthrose touche près de 10 millions de Français. C'est une maladie qui s’attaque au cartilage, ce tissu qui recouvre les os au niveau des articulations. Lorsque le cartilage devient trop usé, il devient plus fin, se fissure et peut finir par disparaître : c’est l’arthrose. Cela entraîne alors des douleurs avec une perte de mobilité.

Une alimentation anti-inflammatoire bien pensée peut atténuer les douleurs, protéger les cartilages, favoriser un poids santé et améliorer la mobilité. Elle ne remplace pas un traitement médical, mais elle s’inscrit parmi les leviers validés : équilibre alimentaire, activité physique et gestion du poids.

Le Rôle de l'Alimentation dans l'Arthrose

L’alimentation joue un rôle essentiel dans le cadre d’une maladie inflammatoire, telle que l’arthrose. Jusqu’à maintenant les travaux sur les bonnes pratiques nutritionnelles dans l’arthrose concernaient essentiellement des nutriments susceptibles de diminuer l’inflammation ou d’améliorer l’immunité (vitamines C, E, D, oméga 3, sélénium, magnésium …).

Produits Laitiers et Arthrose : Bon ou Mauvais ?

La polémique autour des produits laitiers enfle. Préconisé pour ses apports en calcium, le lait serait à l’origine de certains maux, dont les troubles articulaires. En cause : le lactose qu’il contient, mais aussi les protéines laitières. Le lait est-il mauvais pour les articulations ? Peut-il provoquer ou aggraver l'inflammation ?

Depuis quelques années, des médecins soupçonnent les produits laitiers d’être à l’origine de nombreux maux, dont les troubles articulaires. Alors que la majorité du corps médical se rallie au (PNNS) qui recommande d’en consommer deux par jour en variant les produits (lait, yaourt, fromage blanc, fromages), des voix discordantes les accusent de favoriser des dysfonctionnements au sein de l’organisme et de générer de nombreuses pathologies.

Justifiées ou pas, ces accusations finissent par semer le doute : « la relation entre lait et articulations constitue un sujet de questionnement chez nos patients », confient les Dr Catherine Hernandez et Jean-Paul Bernard, respectivement nutritionniste et rhumatologue aux thermes d’Aix-les-Bains.

D’emblée, le supposé rapport entre laitages et articulations laisse perplexe : comment la consommation de lait, de yaourt ou de fromage peut-elle avoir une répercussion sur les cartilages, les tendons ou les ligaments ?

Les Arguments Contre les Produits Laitiers

Le lactose est une molécule complexe, composée de galactose et de glucose. Pour être assimilée, elle doit être scindée en deux dans le tube digestif par une enzyme, la lactase. Celle-ci est présente chez les enfants jusqu’à 6-7 ans, puis disparaît à l’âge adulte chez 85 % de la population. « La plupart des adultes ne digèrent pas le lactose qui se retrouve comme un corps étranger dans le système digestif.

Les détracteurs accusent aussi les protéines laitières, auxquelles nous ne serions pas adaptés. « Le lait contient des protéines spécifiques d’espèces qui ne sont pas interchangeables, alerte le Dr Jean-Pierre Poinsignon, rhumatologue. Lorsqu’on donne du lait de vache à un nourrisson, on le vaccine contre les maladies bovines ! Dès lors, on perturbe le système immunitaire.

Les Arguments en Faveur des Produits Laitiers

Selon une étude d'observation de l'American College of Rhumatology publiée en 2014, la consommation de lait aiderait à ralentir la progression de l'arthrose du genou chez les femmes. Une autre étude néerlandaise publiée en 2019 démontrait de son côté qu'"une consommation plus élevée de produits laitiers entiers et de fromage hollandais, mais pas de lait, était transversalement associée à la présence plus faible d'arthrose du genou".

Cependant, les expériences ne s’avèrent pas toujours fructueuses : aucune étude ne montre que les produits laitiers sont néfastes pour les articulations. Il peut y avoir des personnes qui observent des symptômes.

Il est difficile d'établir une conclusion sur l'effet de la consommation du lait, et des produits laitiers sur l'arthrose et les articulations. En réalité, les résultats semblent très dépendants de la population étudiée. De plus, on sait peu de choses sur les composants des produits laitiers qui pourraient être utiles ou nocifs.

Les produits à base de lait contiennent toutes sortes de nutriments et de composés actifs, notamment du calcium, de la vitamine D et une variété de graisses et de protéines. L'homme fait partie des mammifères. Bizarre tout de même. Pour bien le digérer, il faut posséder une enzyme appelée lactase, dont les mammifères disposent à la naissance. Voilà pourquoi, l'intolérance au lactose peut toucher un grand nombre de la population.

NB : Il semblerait que certains des problèmes suggérés précédemment ne seraient pas retrouvés lorsqu'il s'agit de lait non pasteurisé et cru ou de produits laitiers non pasteurisés et entiers. La pasteurisation, qui détruit les organismes vivants contenus dans le lait, pourrait supprimer de nombreux micro-organismes ayant une action positive sur la santé des intestins et la diversité de la flore intestinale.

Étude Américaine sur la Consommation de Lait et la Gonarthrose

La publication récente d’une étude américaine analysant l’effet de la consommation du lait sur la progression de la gonarthrose relance le débat. Selon le Pr. Chalès, " le lait contient beaucoup de nutriments dignes d’intérêt : calcium, magnésium, protéines, vitamines B et D. De plus, la prise de nutriments spécifiques du lait est corrélée à un meilleur état osseux et musculaire, et à une diminution des paramètres d’adiposité chez les obèses". Mais attention aux conclusions hâtives !

Les chercheurs de cette équipe de Boston ont suivi 2148 patients atteints d’arthrose du genou durant 48 mois. Ce groupe de personnes était constitué de 888 femmes et 1260 hommes. A l’entrée dans l’étude, la consommation de produits laitiers a été évaluée par un questionnaire de fréquence alimentaire.

Cette mesure, appelée par les rhumatologues, mesure de l’interligne articulaire, sert classiquement au diagnostic de la maladie et à l’évaluation de sa progression au cours du temps. Plus l’arthrose évolue et plus cet interligne se réduit aboutissant à ce que l’on appelle le pincement articulaire.

Au cours de l’étude, les chercheurs ont observé une corrélation significative dose-dépendante entre la consommation de produits laitiers et la hauteur de l’interligne articulaire : celui-ci diminuait en moyenne de 0,38 mm en l’absence de consommation de lait, de 0,29 mm pour une consommation faible ou notable (inférieur à 3 ou 4 à 6 verres de lait par semaine) et de 0,26 mm pour une consommation égale ou supérieure à 7 verres de lait par semaine.

Cette étude semble révéler que les femmes qui consomment régulièrement du lait voient la progression de leur arthrose du genou ralentir. Plusieurs éléments nous incitent cependant à la prudence face à ces résultats. Par exemple, aux Etats-Unis le lait est enrichi en vitamine D. La question se pose de l’influence de cette vitamine sur l’effet observé et de sa pertinence en France ?

D’autre part, les chercheurs ont simplement observé l’effet sur l’interligne articulaire. Quid de l’effet sur la douleur et les capacités fonctionnelles et donc sur le ressenti du patient ? Par ailleurs, on ne dispose pas des variations de poids des femmes durant la période de suivi (les buveuses de lait avaient-elles maigri, ce qui pourrait expliquer l’amélioration observée). Enfin, le lait semble être le seul produit laitier, comparé au yaourt et fromage, responsable de cet effet. Comment l’expliquer ?

Recommandations Nutritionnelles et Produits Laitiers

Le groupe de travail recommande deux à trois produits laitiers journaliers, ce qui permet un apport en calcium (Ca++) d’environ 1g/j (150-200 mg/portion), mais aussi un apport en protéines et en nutriments (phosphore, vitamines, préprobiotiques, lipides…).

Une méta-analyse récente a montré l’effet bénéfique de la consommation de produits laitiers sur la DMO (rachis, col fémoral, hanche totale). Les apports protéiques de l’adulte doivent être suffisants (0,83 g/kg/j), car ils sont bénéfiques à la santé osseuse et musculaire (rôle de l’IGF1 [Insulin-Like Grow factor1]).

Une mesure précise des apports calciques quotidiens (GRIO : outil de calcul en ligne) est donc recommandée en cas de régimes d’exclusion.

Les eaux minérales riches en calcium (250-300 mg Ca++/L) offrent un apport calcique intéressant. La biodisponibilité du calcium dans les eaux minérales est équivalente à celle du calcium des produits laitiers (en particulier les eaux riches en bicarbonates). Mais, attention aux apports sodés (risque d’hypercalciurie). Et, contrairement aux produits laitiers, les eaux minérales ne contiennent pas de protéines.

La biodisponibilité du calcium issu des sources végétales est moins satisfaisante que celle provenant des produits animaux (calcium complexé aux acides phytiques ou oxaliques). De plus, les boissons végétales (« jus ») ont une composition nutritionnelle différente de celle du lait : moins de calcium (si jus non enrichis) et moins de protéines (excepté le jus de soja).

Pour l’arthrose comme pour l’ostéoporose, le calcium est essentiel, notamment pour la solidité des os ! Si l’ostéoporose touche directement les os, l’arthrose les touche elle aussi indirectement, les os étant voisins du cartilage.

Parmi l’ensemble des produits laitiers, ce sont les fromages qui contiennent le plus de calcium, et notamment les plus affinés pouvant atteindre quasi 1000 mg de calcium pour 100 g de fromage (comté : 993 mg/100 g11, emmental : 898 mg/100 g, nos Tranches de Chèvre : 810 mg/100 g…). Il n’en reste pas moins que les laits et les yaourts contiennent une teneur importante en calcium, aux alentours de 120 mg/100 g en moyenne.

La vitamine D est indispensable pour les os, les muscles et le cartilage. Les produits laitiers contiennent également une bonne dose de sélénium. De manière globale, cet oligo-élément possède des propriétés antioxydantes qui aident à lutter contre le stress oxydatif.

Tableau : Teneur en Calcium de Quelques Produits Laitiers

Produit Laitier Teneur en Calcium (mg/100g)
Comté 993
Emmental 898
Tranches de Chèvre 810
Lait et Yaourts (en moyenne) 120

Que Faire en Cas de Doutes ?

« En l’absence de preuves scientifiques, on ne peut se fier qu’à notre pratique clinique courante, j’ai donc réalisé une étude sur 60 de mes patients souffrant de troubles articulaires, détaille le Dr Hernandez. Il y en a 59 pour lesquels rien n’a changé et 1 dont la vie a été transformée. Dans le doute, la quasi-unanimité des médecins conseille, s’il y a des douleurs articulaires avérées, de supprimer tous les produits laitiers (vache, chèvre, brebis…), pendant trois à quatre semaines.

Mais ne risque-t-on pas alors des carences en calcium ? Dans le camp “antilait”, on enfonce le clou : « le calcium laitier est peu assimilé par l’homme, souligne le Dr Poinsignon. De plus, en France, les apports recommandés sont gonflés : 900 à 1 200 mg par jour selon les types de population, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) les estime à 600 mg!

Dans le rang des “classiques”, on reste prudent : « supprimer les laitages expose à de nombreuses carences, souligne le Dr Catherine Hernandez. Et pas seulement en calcium, mais aussi en protéines, acides gras et vitamines. Pas question donc de ne plus en consommer sans raison valable ». Le Dr Catherine Serfaty renchérit : « sans produits laitiers, il est impératif de se supplémenter en calcium.

L'essentiel : le lait de vache n'est ni un produit miraculeux ni un vilain démon. J'ai recommandé à bon nombre de mes patients de stopper totalement les produits laitiers non pasteurisés durant 15 jours pour tester lorsqu'ils ne sont pas convaincus.

Certains composants des produits laitiers, en particulier les acides gras saturés et les protéines de lait de vache, pourraient être impliqués dans l’exacerbation de l’inflammation chez les personnes sensibles. Il est donc essentiel d’adopter une approche individualisée en matière de consommation de produits laitiers, en tenant compte de la tolérance personnelle et des réactions inflammatoires potentielles.

Astuce minceur et anti-douleur : Alternez avec des aliments contenant des protéines végétales complètes : Tofu, Tofinelles, Steaks de soja, Tempeh ou Haché végétal, qui contiennent au moins 13-15 % de protéines.

Dans la grande famille des féculents, l’idéal est d’alterner sa consommation de pâtes, riz, légumes secs… et de pain (ce dernier étant très salé).

Aux Thermes de Brides-les-Bains, nous savons qu’un excès de poids aggrave l’inflammation et la pression sur les articulations. C’est pourquoi, nous proposons la cure thermale double orientation, Appareil Digestif (AD) et Rhumatologie (RH).

Un régime occidental déséquilibré (Western Diet) est principalement caractérisé par un apport important en boissons gazeuses, sucres, céréales raffinées, viande rouge, produits transformés.

De même une consommation importante et quotidienne d’alcool est délétère pour l'os.

Les régimes occidentaux déséquilibrés, végétaliens (végans), et hypocaloriques chez des personnes non obèses, sont déconseillés.

Le régime méditerranéen, encore appelé régime crétois, consiste en un apport en fruits et légumes, légumineuses, céréales, huile d’olive, produits laitiers (1-2/j), poisson, viande de façon occasionnelle.

La consommation quotidienne de sodas (1-2/j) est néfaste pour la santé osseuse.

Le rôle du microbiote sur la santé osseuse est probable. La recherche foisonne, mais la diversité des préprobiotiques rend la littérature éparse. Les prébiotiques (oligosaccharides) peuvent avoir un effet bénéfique (et modeste) sur la balance calcique, mais les études sont insuffisantes pour évaluer l'impact osseux.

Le recours à une supplémentation médicamenteuse en vitamine D est souvent nécessaire (l’alimentation ne couvrant que 20 % des besoins recommandés).

Une alimentation acidifiante (riche en protéines animales) ne modifie pas le pH systémique. La production endogène acide n’a pas d’impact osseux. Un taux élevé en protéines entraîne une hypercalciurie par élévation concomitante des apports calciques et de leur absorption intestinale sans affecter la balance calcique.

Arthrose : les aliments à éviter / les aliments à privilégier

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