Les Tontons flingueurs est plus qu'un simple film, c'est un totem national, un symbole de l'"esprit français". Ce statut, il le doit à Michel Audiard, le dialoguiste de génie dont les répliques sont devenues des formules proverbiales. Que Georges Lautner soit le réalisateur importe peu, l'essentiel réside dans les bons mots d'Audiard, ancrés dans une France gaullienne idéalisée.
Sur son lit de mort, le Mexicain fait promettre à son ami d’enfance, Fernand Naudin, de veiller sur ses intérêts et sa fille Patricia. Fernand découvre alors qu’il se trouve à la tête d’affaires louches dont les anciens dirigeants entendent bien s’emparer. Mais, flanqué d’un curieux notaire et d’un garde du corps, Fernand impose d’emblée sa loi.
Il y a dans l’histoire des Tontons flingueurs quelque chose de symptomatique. Fernand Naudin, malfrat repenti, est convoqué par un vieux camarade, le « Mexicain », qui souhaite qu'il s'occupe de sa fille Patricia et de son patrimoine douteux. L'amitié chez les gangsters étant sacrée, Fernand accepte et reprend les affaires, ce qui irrite les seconds couteaux, vexés de voir un étranger prendre les commandes.
Fernand se retrouve pris entre les règlements de comptes et les caprices de Patricia, une jeune lycéenne éprise d'un musicien post-moderne. Le point culminant est la fameuse « fiesta » où les tontons, réunis pour s'entretuer, se retrouvent à préparer des en-cas dans la cuisine pour les jeunes indifférents à leurs querelles.
Il est tentant de voir dans ces gangsters usés les représentants d'un cinéma poussiéreux, dont les enjeux laissent indifférente une jeunesse snob et intellectuelle, spectatrice typique de la Nouvelle Vague. Dépassés, les vieux briscards se biturent (scène culte) et mettent tout le monde dehors.
À l'origine, le projet avait tout d'un film de gangster classique, adaptation du roman d'Albert Simonin, Grisbi or not Grisbi. Cependant, Lautner a orienté son film vers la parodie, sentant une époque révolue. Il accepte de réduire l'intrigue à un simple prétexte, un prétexte pour mettre des bons mots dans la bouche de bons comédiens.
Les comédiens se régalent de ce qu'on leur donne à mâcher, se figeant dans les rôles qui leur colleront à jamais à la peau : Lino Ventura en bourru antisexuel, Bernard Blier en faux caïd minable, Francis Blanche et Jean Lefebvre en seconds rôles savoureux.
La pratique du « dialoguiste », propre à la Qualité Française, trouve chez Audiard son apogée et sa limite. Si le film distille un plaisir certain de la métaphore saugrenue et de l'argot sauvage, la réalisation de Lautner ne dissimule pas que le film est avant tout le réceptacle de l'inspiration du parolier, le véritable maître d'œuvre.
C'est le dilemme de la parodie : elle est faite de la même matière que les films qu'elle parodie. Un crime est un business comme un autre. Une comédie avec ses acteurs, sa hiérarchie et ses règles.
Fernand, un ancien gangster reconverti dans l'immobilier, accepte de reprendre les affaires de son ami mourant, Louis. Il découvre un business mal géré, avec des dettes et des rivalités. Fernand doit remettre de l'ordre, tout en gérant Patricia, la fille de Louis.
Fernand s'impose comme un chef, s'appuyant sur Pascal pour consolider son pouvoir. Il invite les frères Volfoni à boire un coup pour arrondir les angles. Il sait gérer le plus compliqué : passer la main. Patricia est entre de bonnes mains, car c’est le père d’Antoine qui va récupérer l’administration de la dot de sa belle-fille.
Fernand regrette la disparition de l’esprit fantassin. L’armée n’est plus composée de soldats dévoués et aux intentions irréprochables. Au contraire, l’armée est désormais faite de mercenaires grossiers et sans scrupule. Maître Folace joue les arbitres en rappelant à tout le monde de ne pas faire de fausse note. Dans l’entreprise, il n’y a pas d’amis. Juste des concurrents qui veulent la place.
Gaumont et Celluloid ont sorti une restauration 4K Ultra HD du film, offrant un rendu visuel inédit. Cette restauration est un véritable travail d'orfèvre, avec un scan du négatif original en très haute définition, un nettoyage des poussières, une correction des rayures et une stabilisation de l'image.
Le son a également bénéficié d'un lifting, avec un nettoyage minutieux des pistes originales et une remasterisation pour une clarté accrue. Les dialogues claquent, les ambiances retrouvent leur relief, et la scène de la cuisine n'a jamais été aussi savoureuse.
Cette restauration permet de redécouvrir le film avec des yeux neufs, en appréciant la finesse des détails et la modernité de la mise en scène. Ce n'est pas de la nostalgie, mais de la redécouverte.
Les Tontons flingueurs est un film qu'on croyait connaître par cœur, mais qui nous surprend encore, nous fait rire, nous touche, et nous rappelle que le vrai cinéma, c'est d'abord une histoire de passion, de transmission, et de plaisir partagé.
Avant d’être un film culte, Les Tontons flingueurs est d’abord un roman : Grisbi or not grisbi d’Albert Simonin, dernier volet de la trilogie consacrée au truand Max le Menteur, après Touchez pas au grisbi ! et Le cave se rebiffe. Mais là où les deux premiers tomes baignaient dans un réalisme sombre, Simonin et Lautner décident de changer de braquet : on garde les gangsters, mais on troque la noirceur pour la comédie, l’ironie, la gaudriole.
Si les mots d’Audiard font mouche, la musique de Michel Magne n’est pas en reste. Georges Lautner lui-même qualifiait la musique de Magne de « géniale à la frontière du canular » C’est dire si la BO participe à l’ambiance unique du film, entre pastiche et hommage, second degré et efficacité redoutable.
Les références et le langage des Tontons sont riches et complexes. Michel Audiard, tel un orfèvre, joue avec la langue, bouleverse la syntaxe, invente des expressions, emprunte à tous les lexiques et à tous les registres, parlant aussi bien en argot qu'à l'imparfait du subjonctif.
Le film fait référence à l'Histoire, de Charlemagne à la guerre d'Algérie, et réunit des références aussi diverses que Plutarque, Sagan, Céline et Borowski. Il parle de musique baroque, des écrivains français du Grand Siècle, de la porcelaine de Paris et s'inspire d'Orson Welles et d'Alfred Hitchcock.
La réplique « Les cons, ça ose tout ; c’est même à ça qu’on les reconnaît » est analysée comme une définition du con par ses actes, et non par sa nature. Le con est un audacieux téméraire qui ne sait pas limiter son audace, qui est irréfléchie. La connerie ne se manifeste que dans l’acte irréfléchi supplémentaire.
Sorti en 1963, Les Tontons flingueurs connaît un succès immédiat. Au fil des décennies, le film acquiert le statut de culte. Les répliques s'affichent sur des mugs, des tee-shirts, des affiches. Les scènes sont parodiées, détournées, célébrées.
Dans les années qui suivent sa sortie en salle, il deviendra une sorte d’étalon de mesure de la qualité cinématographique, comique et populaire. Jacques Siclier de Télérama le qualifiera (en 1987) de classique des classiques.
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