Les Grandes Cocottes : Reines de Paris à la Belle Époque

Elles furent les reines sans couronne d’un Paris assoiffé de plaisir et de scandale. Marie Duplessis, Apollonie Sabatier, Cora Pearl, Caroline Otero, Liane de Pougy ou encore Valtesse de la Bigne… Ces noms résonnent encore comme des échos de la Belle Époque et du Second Empire, lorsque le luxe et la volupté s’affichaient sans retenue.

À partir de 1850, les courtisanes prennent le pouvoir et mettent Paris à leurs pieds. Étrangers et provinciaux sont inexorablement attirés par la réputation de lieu où tout semble possible, et surtout le meilleur. Il est vrai que la cité est métamorphosée par le développement du chemin de fer, les grands travaux d'Haussmann, la multiplication des grands magasins et des lieux de divertissement.

L'argent y afflue, la misère aussi. Si certains y voient une capitale sulfureuse, lieu de rendez-vous de tous les jouisseurs, d'autres en rêvent comme la promesse d'un nouveau départ. Mais pour les Rastignac en jupons, il n'y a alors guère d'autre moyen de s'élever rapidement dans la société qu'en vendant ses charmes. L'époque, d'ailleurs, n'est pas contre.

Si la prostitution est toujours considérée comme un fléau, elle est aussi jugée indispensable pour le bien-être de la population. Comment vivre dans la sérénité si ces messieurs, enfermés à vie dans des mariages où l'amour n'est bien souvent pas l'essentiel, ne peuvent aller voir ailleurs ? C'est pourquoi la prostitution ne constitue alors pas un délit selon le code pénal. Cette tolérance n'empêche pas la police de procéder à des arrestations pour surveiller son petit monde et tenter de limiter le grand péril des contaminations vénériennes.

Au milieu du XIXe siècle à Paris, alors que le Second Empire se veut un exemple de vertu, le capitalisme en plein essor bouleverse les conventions et favorise, entre autres, la marchandisation des corps. La prostitution explose, les maisons closes se multiplient mais l’amour tarifé prend également ses aises en de multiples autres endroits. Témoins vigilants et passionnés de cette société corsetée, oscillant entre hypocrisie sociale et débauche, des artistes vont s’emparer du sujet et croquer courtisanes, demi-mondaines, cocottes, grandes horizontales, danseuses, lorettes, grisettes, filles de brasserie, trotteuses ou pierreuses.

Nouvelles muses aux apparences très diverses (pseudo-princesse luxueusement parée, miséreuse des faubourgs, danseuse ou modeste blanchisseuse), elles vont inspirer de nombreux peintres qui, de Manet à Picasso en passant par Degas ou Toulouse-Lautrec, vont leur consacrer quelques-unes de leurs toiles les plus célèbres et parfois les plus intrigantes. S’affranchissant des règles académiques, ils vont, de fait, marquer l’histoire de la peinture à travers leurs visions de la prostitution.

En 2012, la réalisatrice avait, dans son Degas mis nu, découvert comment l’Opéra Garnier était devenu, dans la seconde moitié du XIXe siècle, un véritable foyer de prostitution clandestine. En enquêtant pour « Cocottes et courtisanes dans l’œil des peintres », en consultant les archives de la Préfecture de police de Paris où elle a pu feuilleter le fameux registre des courtisanes, Sandra Paugam a découvert d’autres facettes encore à cette société française complexe, hypocrite et jouisseuse.

A Paris, pendant que Napoléon III fréquente ses multiples favorites, la ville devient la capitale des plaisirs. De toute l’Europe, les hommes les plus riches viennent y trouver les plus belles filles. Et les bourgeois vont en masse au bordel chercher ce que leurs épouses corsetées ne leur offrent pas. Au sommet de la hiérarchie des femmes vénales, la courtisane chasse l’argent et le pouvoir, loge dans de somptueux hôtels particuliers.

Mais l’amour tarifé se développe aussi dans des lieux beaucoup plus modestes et concerne aussi de simples couturières, modistes, blanchisseuses ou serveuses de brasserie qui améliorent leur ordinaire. Sans oublier les jolies danseuses de l’Opéra qui s’offrent après le spectacle à leurs riches prétendants.

Courtisanes, demi-mondaines, cocottes, filles de joie, grandes horizontales, danseuses, lorettes, grisettes, filles de brasserie, buveuses, trotteuses, pierreuses… : si le vocabulaire désignant les prostituées au XIXe siècle s’avère si riche, c’est qu’il prit la mesure de l’ampleur nouvelle que connaissait à cette époque le plus vieux métier du monde. Alors en plein essor, le capitalisme bouleverse les conventions, et, en opposition avec un second Empire obsédé par la vertu, favorise la marchandisation des corps féminins.

De la courtisane de haut vol à la pierreuse, arpentant les mauvais trottoirs des faubourgs, l’image de la femme « légère » s’étoffe et se diversifie. L’œil des peintres ne manquera pas d’accompagner cette évolution des mœurs. Ces muses d’un genre particulier inspirent de nouveaux défis à la modernité picturale. De Manet à Picasso en passant par Degas, Van Gogh et Toulouse-Lautrec, les peintres qui les représentent s’affranchissent des règles académiques et trouvent de nouvelles voies. En revisitant certaines œuvres et les archives de la police des mœurs, le film de Sandra Paugam explore la relation incandescente entre l’art et le sexe tarifé. Richement documenté, Cocottes et courtisanes est autant un documentaire sur la condition des prostituées qu’une réflexion sur le regard artistique qui lui est lié.

Henri de Toulouse-Lautrec - Au Salon de la Rue des Moulins

L'Âge d'Or des Courtisanes

Dans une société bouleversée par trois révolutions, les grandes courtisanes, également appelées cocottes, biches, lionnes ou horizontales, ont su se tailler un empire à la mesure de leur beauté, de leurs talents érotiques, mais aussi de leur esprit et de leur sens des affaires. Ces femmes ont prospéré dans un milieu où se mêlaient les élites de la naissance, de la finance, de l'industrie, des arts, des lettres et de la presse.

Pour certaines, comme Caroline Otero, Sarah Bernhardt et Hortense Schneider, la danse, le théâtre ou le chant étaient une authentique vocation, complétant leurs revenus grâce aux dons généreux de leurs admirateurs. D'autres, en revanche, n'avaient aucun talent particulier, à l'image de Liane de Pougy, dont la beauté et la nullité étaient saluées par la presse : « Mlle de Pougy joue mieux couchée que debout ! ».

Les Cocottes et la Mode

Elles régnaient autant sur les cœurs que sur la mode : tout ce qu’elles portaient faisait fureur, tout ce qu’elles désiraient se vendait. Leur pouvoir dépassait les alcôves : véritables prescriptrices, elles orientaient le goût de leur temps.

Sacrées reines de la Belle Époque, Caroline Otero, Liane de Pougy, Cléo de Mérode, Émilienne d’Alençon, Mata Hari et d’autres oubliées font une entrée fracassante dans le demi-monde de la galanterie. Ces « cocottes » font chavirer les cœurs et tourner bien des têtes, de préférence couronnées.

Rivales acharnées, chacune avait son créneau. Exotisme garanti avec la Belle Otero, danseuse de flamenco d'origine espagnole, dont on dit qu'elle contient tout l'Orient entre ses hanches. Extase assurée avec la marquise de Païva, qualifiée de bête de sexe dans le documentaire. Frisson aristocratique avec la comtesse de Castiglione, maîtresse de Napoléon III, qui rendait trop étroits les pantalons des hommes. Amours à plusieurs avec Liane de Pougy, qui préférait les femmes, et qui avait pour devise « La femme plaît, l'homme paie ».

Rivales, elles se détestaient et se chipaient leurs clients. Pour assurer leur promo, elles se produisaient sur scène, imprimaient leurs photos sur des cartes postales, offraient gratuitement leurs faveurs aux journalistes pour un article.

Les Cocottes dans l'Art et la Culture Populaire

L'image de la poule, et par extension de la cocotte, est politisée dès l'orée du XXe siècle. Si le coq est du côté des conquérants, le poulet et la poule sont surtout du côté des opprimés. À travers l'élevage avicole, la bande dessinée se fait l'écho des pratiques sociales et économiques de son temps.

Animal abondamment figuré dans la bande dessinée (environ 1 500 histoires dont 30 % ont des gallinacés pour héros), icône de la ruralité, la poule est très souvent anthropomorphisée. Tantôt elle incarne des valeurs maternelles (protectrice et avisée), tantôt elle est présentée comme stupide et devient source de gags.

Les Cocottes Modernes: Un Quatuor Artistique

Aujourd'hui, le terme "cocotte" peut également évoquer un quatuor de femmes artistes, motivées par l'amitié et une passion commune pour le chant et le spectacle. Ces artistes, vivant à Préfailles, Pornic et Saint-Brevin, se sont rencontrées à Pornic dans une association de comédie musicale. Ensemble, elles créent des pièces musicales empreintes d'humour et de burlesque, explorant des thèmes tels que la vie de couple et l'amitié.

Un exemple de leur travail est la pièce "Eve (re) lève-toi", qui relate la vie de couple et l'amitié à travers quatre personnages : une working girl, une baba cool, une fleur bleue naïve et une femme qui doit se relever, soutenue par ses amies.

Tableau Récapitulatif des Époques et Caractéristiques des Cocottes

Époque Caractéristiques Exemples Notables
Monarchie de Juillet - Première Guerre mondiale Courtisanes influentes, reines d'un monde en mutation, mélange d'élégance, d'esprit et de sens des affaires Caroline Otero, Sarah Bernhardt, Liane de Pougy
Fin du XIXe siècle Présence dans les cabarets artistiques, participation à la vie culturelle et artistique de Montmartre Artistes du Chat Noir
XXe siècle Représentation dans l'art et la culture populaire, souvent anthropomorphisées et porteuses de valeurs symboliques Personnages de bandes dessinées
Aujourd'hui Groupes artistiques féminins, créations musicales et théâtrales explorant des thèmes contemporains Les Cocottes (quatuor artistique)

La Païva, la maîtresse du tout Paris

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