Interdit Alimentaire Orthodoxe: Un Chemin Spirituel à Travers l'Abstinence

Les interdits alimentaires ne sont pas un phénomène confiné aux grandes religions, mais sont présents depuis la nuit des temps, influençant les choix alimentaires disponibles, qu'ils soient d'origine végétale ou animale. Dès lors, la tentation est grande de réprouver les habitudes alimentaires d’autrui et de les tenir pour absurdes, inefficaces, voire de les rejeter du côté de la sauvagerie», écrit Isabelle Bouard dans Regard anthropologique sur les interdits alimentaires.

L'origine religieuse des interdits alimentaires est un fait universel et constant. Ces prescriptions alimentaires font leur apparition dès les premiers pas de l’homme, dès les premières pages de la Bible.

Les Prescriptions Alimentaires dans la Bible

À la fin de la Création, Dieu dit à l’homme qu’il vient de créer: «Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence: telle sera votre nourriture». Mais c’est avec Noé, après le Déluge, qu’intervient le premier commandement alimentaire de la Bible: l’interdiction de manger un animal encore vivant. «Alors qu’à la fin de la Création, l’homme ne semble devoir être que végétarien et frugivore, il lui est permis, après le Déluge et sous condition, de manger de la viande».

Dans l’Evangile de Marc (VII, 19), on découvre que «c’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments». Au début, l’apôtre Pierre était persuadé qu’il fallait suivre les règles alimentaires des juifs, mais il comprit ensuite que la réforme amenée par Jésus ne s’adressait pas qu’aux seuls juifs, mais aussi bien aux païens, à tous les autres peuples. Il partagera ainsi à Césarée le repas d’un non-juif, celui du centurion romain Corneille, qui sera le premier non-juif converti au christianisme. non-juifs.

Les Interdits Alimentaires dans le Judaïsme

Les prescriptions alimentaires sont énoncées dans la Torah et la tradition juive en donne de nombreuses interprétations à travers les siècles. La consommation du sang, du nerf sciatique et du mélange de produits laitiers et carnés sont des interdits explicitement cités. Pour les juifs pratiquants, respecter la cacherout et les interdits alimentaires est fondamental.

La cacherout, l’ensemble des lois et coutumes alimentaires, énonce les aliments permis ou non à la consommation et la manière dont ils doivent être préparés. Le troisième interdit est cité à trois reprises dans la Torah : « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère » (Exode XXIII, 19 et XXXIV, 26 et Deutéronome XIV, 21).

L’interdit du mélange lacté/carné est commenté depuis longtemps : certains y voient une mise en œuvre du même principe de séparation que celui des animaux permis ou non à la consommation, d’autres une prohibition de certains mélanges énoncés dans la Torah, comme celui d’accoupler des bêtes d’espèces différentes. Ainsi, plusieurs règles sont à suivre pour respecter l’interdit de cuisiner et de consommer des produits carnés avec des produits lactés.

Traditionnellement, la séparation s’applique déjà dans l’espace de la cuisine : dans le réfrigérateur, les aliments carnés et lactés ne sont pas en contact. Ainsi, pour les personnes pratiquantes, respecter les lois de la cacherout et ses interdits est difficilement compatible avec une alimentation prise en dehors de l’espace domestique. Cela implique notamment de choisir des restaurants sous surveillance rabbinique.

Un temps entre deux repas doit être respecté pour consommer du lait après de la viande afin de ne pas mélanger les deux produits dans l’estomac. Cet espace est moins long dans le cas où un plat carné est consommé après un plat lacté.

Le Jeûne dans la Tradition Orthodoxe

L’église orthodoxe établit des jours de jeûne pour que nous ralentissions parfois la course folle de la vie terrestre vaine. Afin que nous puissions aller plus loin, regarder à l’intérieur de nous-mêmes. Les chrétiens orthodoxes jeûnent et participent aux Saints Mystères. Or, Il est essentiel de préciser que l’ascèse extérieure n’est qu’un instrument pour la purification intérieure et la repentance. C’est une aide qui permet aux fidèles de se concentrer plus sur la vie spirituelle, et l’orientation de leur vie vers Dieu.

Le jeûne, à côté de la prière, de l’aumône, de la confession etc. prépare la personne humaine, elle le fait exercer comme un athlète son corps, sa raison et son âme en vue d’une fête, un entraînement qui illustre aussi l’espoir des chrétiens orthodoxes de se retrouver préparés lors du nouvel Avènement du Christ. C’est aussi pour cette raison qu’on ne célèbre pas de mariage pendant les jours et les périodes de jeûne.

Dans le Nouveau Testament, nous voyons que les disciples de Jean le Baptiste, ainsi que ceux des Pharisiens, jeûnaient et que Jésus lui-même, avant d’entreprendre sa vie publique a jeûné pendant quarante jours. À la suite de ce jeûne il a été tenté par Satan (Mt 4, 1-11; Lc 4, 1-13). Ce n’est pas par hasard que la première tentation de Jésus concerne justement la nourriture, car le Malin cherche à éprouver Jésus là où il perçoit un point faible, là où Jésus a volontairement affaibli son corps humain ; l’Évangile nous dit qu’après avoir jeûné pendant quarante jours, Jésus « eut faim ».

Ainsi, le « jeûne » ne signifie pas seulement la nourriture dont l’homme a besoin pour la vie de son corps, mais plutôt tout ce qui « nourrit » les sens, tout ce qui convient au corps. Dans son sens plus large le « pain » est également tout ce qui est créé, toute créature, tout ce qui nourrit l’affectivité et l’intellect de l’homme. Bref, tout ce qui n’est pas Dieu lui-même. Ainsi que le corps de l’homme se nourrit d’aliments physiques pour survivre, l’esprit de l’homme, créé à l’image de Dieu, se nourrit de la parole de Dieu, donc de Dieu lui-même.

Pour les chrétiens orthodoxes, il existe plusieurs types de jeûne, en fonction du jour ou de la période liturgique. Le jeûne ascétique suit un certain nombre de règles monastiques. Ces règles ascétiques du jeûne ne sont pas un but en soi, mais sont des moyens d’élévation spirituelle. Le jeûne se pratique dans et pour l’amour de Dieu et l’intensification de la prière aide l’expérience du jeûne.

Le jeûne intégral ou total signifie l’abstention de toute nourriture ou boisson pour une brève période - un jour ou une partie d’une journée - afin de nous aider à fixer notre attention spirituelle sur un évènement présent ou à venir. Tel est le cas du jeûne du Vendredi Saint, ou à la veille de Noël, de Pâques ou avant de recevoir la Sainte Communion. Ainsi faut-il respecter un jeûne intégral (sans rien boire ou manger) avant la Liturgie dès le réveil et jusqu’au moment-même de la Communion.

Exceptions au jeûne : La discipline du jeûne peut être relâchée, si nécessaire, lorsqu’on voyage ou qu’on est malade (cancer, diabète, affaiblissement), lorsqu’on attend un enfant ou qu’on allaite, lorsqu’on est âgé. Il convient également de prêter attention aux enfants, pour eux, il n’est pas souhaitable de refuser certains aliments.

De même, les chrétiens orthodoxes ne devraient pas jeûner au détriment de leur santé, car le jeûne est un moyen, non pas un but en soi. Il est une période de six semaines précédant la Semaine Sainte, période de préparation pour la grande fête de la Résurrection du Seigneur. On le connait aussi comme le jeûne de St. Philippe, puisqu’il commence immédiatement après sa fête (14 novembre) . Il commence le lundi du lundi qui suit le premier dimanche après la Pentecôte au 28 juin, fête mobile dans le calendrier orthodoxe, et il dure jusqu’à la fête des Sts.

Les jours de jeûne hebdomadaires sont le mercredi et le vendredi. Mercredi, le jeûne a été instauré en mémoire de la trahison du Christ par Judas, vendredi - en mémoire des souffrances sur la croix et de la mort du Sauveur. Ces jours-là de la semaine, la Sainte Église interdit la consommation de viande et de produits laitiers, et pendant la semaine de la Toussaint avant la Nativité du Christ, il est nécessaire également de s’abstenir de poisson et d’huile végétale.

Les règles du jeûne alimentaire diffèrent beaucoup quant aux catégories de nourriture permises ou interdites. Pendant les jours de jeûne, la quantité de nourriture et le nombre de repas se réduisent. Pour le Grand Carême, l’Église orthodoxe propose une préparation progressive et pédagogique au jeûne.

Pendant le Grand Carême, l’Église propose des offices, en particulier le Canon de Saint André de Crête et la Liturgie des Présanctifiés, qui aident les fidèles à vivre le Carême comme expérience spirituelle d’ascèse personnelle en préparation de la Semaine Sainte. L’Église orthodoxe, en général, donne des directives plutôt que des prescriptions littérales.

L’enseignement le plus important à retenir est la nécessité d’associer la prière au jeûne. La prière afin de pouvoir accomplir l’effort nécessaire, mais encore plus important, la prière en tant que rapprochement de Dieu. En d’autres termes, il sera un réel combat et probablement nous succomberons bien des fois.

L’ascèse personnelle, familiale et paroissiale, en particulier dans la prière et dans le jeûne, est caractéristique de l’Orthodoxie. Le Triode de carême dans l’Église orthodoxe, est la période pré-pascale.

Pendant le carême de Pâques, ou « Grand Carême », les chrétiens orthodoxes gardent donc la tradition ancestrale de ne consommer, sauf rare exception, aucune nourriture animale. Quant au jeûne proprement dit, certains s’abstiennent de toute nourriture jusqu’au soir, la semaine et surtout mercredi et vendredi.

Tableau Récapitulatif des Interdits Alimentaires Orthodoxes Pendant le Grand Carême

Voici un tableau récapitulatif des interdits alimentaires orthodoxes pendant le Grand Carême, offrant une vue d'ensemble des restrictions et des exceptions :

Catégorie d'Aliment Interdit Autorisé (avec Modération) Exceptions
Viande Oui Non Aucune
Produits Laitiers Oui Non Femmes enceintes ou allaitantes
Oeufs Oui Non Femmes enceintes ou allaitantes
Poisson Oui (la plupart du temps) Oui (certains jours) Annonciation (25 mars), Dimanche des Rameaux
Huile et Vin Oui (certains jours) Oui (Samedis et Dimanches) Fêtes importantes
Nourriture d'Origine Animale Oui Non Rares exceptions

Ce tableau offre une vue d'ensemble des principales restrictions alimentaires pendant le Grand Carême, tout en soulignant les exceptions et les moments où certaines concessions sont faites.

La croix est portée au milieu du Carême pour encourager et renforcer la force spirituelle de ceux qui jeûnent, en souvenir de la passion du Seigneur ressuscité pour notre salut et de la glorieuse résurrection du Seigneur d’entre les morts qui a suivi.

Glorifiant la Croix du Seigneur, l’Église chante : Nous adorons Ta Croix, Seigneur, et le saint Nous glorifions Ta Résurrection.

« Alimentation et jeûne dans l’Église orthodoxe » – 1re partie

Rappelez-vous, le jeûne n'est pas qu'une question de restrictions alimentaires, mais une opportunité de croissance spirituelle et de rapprochement avec Dieu.

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