L'Industrie de la Viande en France : Analyse et Enjeux

L'industrie de la viande désigne l'ensemble des activités industrielles agroalimentaires spécialisées dans la transformation des animaux d'élevage dévolus à l'alimentation humaine. Cela va de l'abattage-découpe-stockage des animaux devenant carcasses bouchères à la viande prête à cuisiner et autres plats cuisinés à base de viande. En France, ce secteur représente une part significative des industries alimentaires, avec un chiffre d'affaires de 33 milliards d'euros.

La France se positionne comme 1er producteur européen de viande bovine et de volaille, et 3ème producteur de viande porcine. Son premier client ? La filière Viande poursuit les initiatives pour répondre à de nouveaux défis et enjeux. Cela se traduit par le développement de nouveaux modèles de production plus responsables, équitables, respectueux de l’environnement et engagés sur le bien-être animal, en s’adaptant aux évolutions réglementaires de sécurité alimentaire. Les efforts menés visent notamment une montée en gamme de la production pour reconquérir le marché européen, notamment par l’augmentation des exploitations et produits bio labellisés. Le plaisir tient toujours une place prépondérante dans la culture et les habitudes alimentaires des français. Les consommateurs, parallèlement à la recherche de nouvelles saveurs et de praticité, privilégient le bio, la recherche de transparence, l’origine des produits. De nombreuses perspectives sont proposées en matière de robotique, d’éco-conception, d’optimisation des flux, pour répondre à l’importante capacité de recherche et d’innovation de la filière. Les fournisseurs du CFIA proposent des compétences et savoir-faire ciblés pour répondre aux interrogations liées au quotidien d’un site de production.

Consommation de viande en France

Structure et Importance Économique

En 2016, 2 600 entreprises, au sens des unités légales, sont présentes dans ce secteur et emploient 99 000 salariés en équivalent temps plein. Les entreprises de 250 salariés ou plus, bien qu'elles ne représentent que 3 % du nombre total d'entreprises, réalisent 92 % du chiffre d’affaires du secteur. La concentration y est donc plus importante, avec une part de 21 % du chiffre d'affaires des industries alimentaires détenue par les cinq premiers groupes, contre 32 % pour l'ensemble des industries alimentaires.

Le chiffre d’affaires de la branche viande représente 21 % de celui des industries alimentaires. La part des achats de produits agricoles dans le chiffre d’affaires est plus élevée dans l’industrie de la viande (64 %) que dans l’ensemble des industries alimentaires (54 %).

Économie de la filière porcine en France

Défis et Controverses

Le secteur déploie d’intenses efforts pour minimiser voire nier ses responsabilités, que ce soit sur des aspects environnementaux ou sociétaux, pour maintenir ses parts de marché au niveau national. La novlangue utilisée pour édulcorer la réalité des pratiques d’élevage est bien rodée. Par exemple, les mutilations des cochons comme la coupe des queues, la castration à vif et le meulage des dents deviennent dans le vocable des filières des… « soins aux porcelets ». De la même façon, les filières parlent de « bien-être animal ». Si ces libertés étaient respectées, il n’existerait que des élevages à très faible densité et surtout tournés vers le plein air. La réalité est bien différente. Les filières cultivent très bien cette ambiguïté, et ne se privent pas de parler de « bien-être animal » dès qu'elles le peuvent, allant jusqu'à s'en revendiquer les garantes. Les consommateurs aspirent en effet à consommer les produits d’animaux ayant vécu “heureux”, selon l’idée anthropocentriste qu’ils se font du bien-être animal, dans des élevages soucieux de préserver la qualité de leur environnement.

Pour inciter à acheter toujours plus de produits animaux, les filières dépensent des sommes considérables en publicités. Il n'y a aucun doute au niveau scientifique depuis de nombreuses années : l’alimentation représente une part importante de l’empreinte carbone individuelle et changer sa façon de consommer est un levier significatif. Par exemple, adopter un régime végétarien est de loin le geste individuel le plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais les filières nient cette réalité. Il est difficile de faire évoluer les pratiques et mentalités en matière d’élevage ; les rapports scientifiques et leurs recommandations sont attaqués avant même que le moindre débat puisse avoir lieu.

Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), qui fait l’état des lieux des connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique, a relevé à plusieurs reprises qu’une alimentation plus végétale permettrait de tenir les objectifs climatiques. De nombreuses publications indépendantes concluent à la nécessité de prendre des mesures pour réduire significativement la consommation de viande afin de lutter contre le réchauffement climatique.

Impact Environnemental

Le rapport Livestock's Long Shadow (2006) a été le premier à mettre en évidence que l’élevage dans son ensemble produisait une quantité importante de gaz à effet de serre (GES) : environ 18 % des émissions d'origine humaine. Suite à un partenariat de la FAO avec des industriels, cette estimation va chuter à 14,5 % (2013) avant d’être rehaussée à 16,5 % (2019). Les plus gros producteurs de viande mondiaux (JBS, Tyson, Danish Crown, etc.) ont été épinglés à plusieurs reprises pour leurs déclarations d’émissions de GES galvaudées.

L’industrie de la viande est de 2 à 3 fois plus exposée aux risques d’accident du travail que la moyenne nationale des autres activités. L’abattage et la découpe présentent les risques les plus élevés : 150 accidents avec arrêt pour 1 000 salariés en 2008 (contre 38 en moyenne). Risques liés aux manutentions des quartiers et carcasses (abattoirs, grossistes, grande distribution, transporteurs et bouchers détaillants). Les manutentions peuvent occasionner déchirures musculaires, lombalgies, hernies discales… et générer à moyen ou long terme des TMS.

Notre alimentation a des impacts très variables sur l’environnement selon les produits consommés. On estime ainsi qu’entre une alimentation « classique » et un régime moins carné, les émissions de gaz à effet de serre passent de 1,6 tonne à 1 tonne de CO2 équivalent par an et par habitant. Ceci est lié au fait que la production de viandes et laitages est plus émettrice de gaz à effet de serre que celle des fruits et légumes. Toutefois, selon les études, le niveau d’émissions varie selon le type de produits carnés : un kg de bœuf émet beaucoup plus de gaz à effet de serre qu’un kg de poulet, par exemple.

Au-delà du réchauffement climatique, l’élevage est une source d’émissions de polluants atmosphériques (ammoniac, particules) et de pollution de l’eau (nitrates issus des effluents). Par ailleurs la production d’aliments pour les animaux mobilise non seulement des surfaces agricoles, mais aussi des ressources en eau. Elle peut également recourir aux pesticides, eux-mêmes à l’origine de pollutions de l’eau, du sol et de l’air.

COMMENT LES LOBBIES DE LA VIANDE NOUS MANIPULENT

Lobbying et Influence Politique

L’empire agricole bâti par la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, premier syndicat agricole en France) a une grande influence au niveau politique. En 2018, le projet de loi issu des États généraux de l’alimentation portait des mesures ambitieuses : interdiction de l’élevage en cage des poules pondeuses, de la castration à vif des porcelets, du broyage des poussins ; instauration du contrôle vidéo obligatoire dans les abattoirs ; végétalisation de l’alimentation… Aucune de ces propositions n’a été retenue à l’époque.

Agra Presse a réalisé en mai 2022 une enquête sur le lobbying dans le secteur agricole, sur la base des chiffres de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). La FNSEA et l’ensemble de ses fédérations départementales demeurent la principale force avec au moins 600 000 euros (national) et 820 000 euros (régional et département) cumulés de budget dédié au lobbying en moyenne depuis 2017, pour environ 70 et 406 actions annuelles respectivement.

Lobbying de l'industrie agroalimentaire

Tendances de Consommation

La consommation individuelle de viande en France dépasse les 80 kgec/an/habitant depuis 1975, selon FranceAgriMer. Cette consommation a fortement augmenté de l’après-guerre à la fin des années 90, quand elle a atteint un pic de 94 kg par habitant. Depuis, elle connaît une évolution à la baisse, avec une exception toutefois pour la volaille qui représente 32,8 % de la consommation en 2020.

Sur la décennie 2010, la baisse de la consommation globale de viande en France s’accompagne d’une augmentation de la part de produits carnés d’origine biologique qui passe de 8 % à 18 % entre 2013 et 2020.

Accords Commerciaux et Menaces

Dans l’ombre du traité du Mercosur qui est très médiatisé, un autre traité de Libre-échange est en passe d’être signé entre l’Union européenne en l’Australie.

En 2026 avec le projet de traité entre l'Union Européenne et l'Australie, les éleveurs d'ovins français tirent à nouveau la sonnette d'alarme à l'image de Frédérique Mariaud, qui élève 200 brebis sur la commune de Château-Chervix et qui craint une importation massive de viande à faible prix."Si je ne vends pas au bon prix, je n'aurai pas de quoi payer les charges et continuer l'exploitation au pire, du cas. Mais c'est au niveau de la filière que c'est un problème. C'est le nombre d'éleveurs qui diminue, c'est les outils de la filière qui ne sont plus disponibles non plus comme les abattoirs. On peine aujourd'hui à abattre nos brebis et moins il y aura de brebis et d'élevage ovin, moins il y aura d'outils pour les commercialiser et les vendre", explique l'éleveuse.

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