Dans un contexte de pénurie mondiale d’organes, la xénotransplantation, qui consiste à transplanter un organe d’un donneur dont l’espèce biologique est différente de celle du receveur, est une solution prometteuse pour y remédier et a récemment connu d’importantes avancées.
La greffe de rein est le traitement de référence pour les patients dont les reins ne fonctionnent plus. Elle est faite le plus souvent à partir de donneurs décédés ou de donneurs vivants, famille ou proche.
La technique chirurgicale a peu évolué depuis son introduction mais de grands progrès ont été réalisés sur le plan immunologique pour faire tolérer au corps cette implantation extérieure.
Les avancées s’avèrent telles que, pour pallier le fait que le nombre de donneurs soit bien inférieur au nombre de patients ayant besoin d’un nouveau rein, la recherche aux États-Unis se tourne à présent vers des implantations de rein de porc génétiquement modifié.
Le 25 novembre 2024, Towana Looney, une Américaine de 53 ans, est devenue la sixième personne au monde à bénéficier d’une xénotransplantation porcine : la greffe, sur un être humain, d’un organe de porc.
En raison de sa proximité morphologique et de sa disponibilité, c’est l’animal privilégié, après modifications génétiques, pour ces opérations. Les premiers essais concernent le cœur, les reins et le foie.
Jusqu’ici, la survie des patients n’était jamais allée au-delà de deux mois, un cap que Towana vient tout juste de franchir.
Opérée avec succès le 24 novembre 2024, Towana Looney vit désormais avec un rein de porc. Cette Américaine est la seule à avoir survécu plus de deux mois après ce type de transplantation et ne présente plus de signes de rejet.
Towana Looney vient de devenir un cas unique pour la médecine. Cette Américaine de 53 ans a été transplantée avec succès le 25 novembre 2024 et vit depuis plus de deux mois avec un rein de porc, relate l’agence Associated Press .
Mais le cas de Towana Looney est exceptionnel à plus d’un titre. En effet, cette femme originaire de l’Alabama a fait don d’un rein à sa mère en 1999, avant de voir le second défaillir.
Elle a vécu pendant huit ans sous dialyse et a développé des anticorps ne lui permettant pas de recevoir une greffe humaine.
À ce jour, seuls quatre autres Américains ont reçu un organe porcin et aucun n’a survécu plus de deux mois. À chaque fois, il s’agissait de patients qui avaient épuisé toutes les options.
Si Towana Looney a présenté quelques signes de rejet à sa sortie de l’hôpital, ceux-ci ont pu être rapidement traités grâce aux expériences passées des médecins sur d’autres cas.
« La vérité, c’est que nous ne savons pas vraiment quels seront les prochains obstacles, car c’est la première fois que nous arrivons aussi loin », tempère cependant Robert Montgomery.
« Nous devrons continuer à la surveiller de près », assure-t-il.
De son côté, Towana Looney prend la suite de sa convalescence avec le sourire et a décidé de devenir une ambassadrice pour les autres patients sur les réseaux sociaux. « J’aime parler aux gens, j’aime les aider.
L’exploit médical de la transplantation d’un rein de porc sur un sujet humain a eu lieu aux Etats-Unis en 2021. La greffe a été réalisée par l’équipe new-yorkaise de NYU Langone Health à partir d’un porc génétiquement modifié.
L’équipe chirurgicale en charge de la transplantation a ensuite observé la réaction du sujet transplanté pendant plus de cinquante heures.
L’organe a été implanté à l’extérieur du corps d’une femme en état de mort cérébrale sous assistance respiratoire et dont les reins ne fonctionnaient plus correctement.
Une fois greffé, le rein a assuré sa fonction attendue (filtrer les déchets et produire de l’urine) sans être rejeté. « Le taux de créatinine - un indicateur d’une mauvaise fonction rénale - est revenu à la normale après la greffe », a déclaré Montgomery.
Les scientifiques ont procédé à la transplantation d’un greffon issu d’un cochon comportant dix modifications génétiques pour améliorer la compatibilité immunitaire entre donneur et receveur, ainsi que la coagulation du sang.
Le patient a survécu 171 jours grâce à ce foie de porc, prouvant, selon les scientifiques, que le foie de porc génétiquement modifié peut soutenir des fonctions métaboliques et synthétiques clés chez l’homme.
C’est par la suite que les choses se sont gâtées. Au 38e jour post-greffe, le greffon a dû être retiré, suite à une angiopathie thrombotique, soit l’obstruction de vaisseaux sanguins liés à des bouchons de plaquettes.
Dans une étude publiée le 18 août 2023 dans la revue The Lancet, l’équipe française de l’Institut de Transplantation et de Régénération d’Organes PITOR (Université Paris Cité, Inserm, AP-HP), en collaboration avec l’Institut NYU Langone Health aux États-Unis, a pour la première fois élucidé les mécanismes en jeu dans la réponse immunitaire survenant après la greffe de reins de porcs génétiquement modifiés chez l’humain et identifié des solutions thérapeutiques pour prévenir le rejet de l’organe greffé.
« Soyons chauvins et ne nous laissons pas voler la paternité de cette intervention une nouvelle fois par nos collègues américains », commence Marc-Olivier Timsit. Car la première transplantation d’un rein de porc à un humain était bel et bien française : c’est en effet en 1906 que Mathieu Jaboulay, dernier chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Lyon, transplanta un rein de porc au pli du coude d’une receveuse de 48 ans.
« Ce qui justifie à chaque fois la primeur attribuée aux Américains, c’est le succès : alors que le transplant de Jaboulay n’excréta de l’urine que quelques minutes, le rein transplanté à New York a fonctionné pendant les 3 jours de l’expérimentation », explique le Pr Timsit, qui reconnaît qu’il s’agit tout de même bien d’un premier succès.
Le Pr Timsit rappelle que tous les mammifères - sauf les primates et les hommes - expriment à la surface des cellules de leurs vaisseaux un certain type d’antigènes (Ag) que l’on nommera A, sorte de code barre de reconnaissance des tissus.
« Mais chez l’homme et les primates de l’ancien monde, l’enzyme qui produit ces Ag A est non fonctionnelle », précise-t-il.
Ces derniers n’expriment donc pas le même Ag que le reste des mammifères, et développent de ce fait des anticorps naturels contre celui-ci. Cela représente un obstacle majeur pour la xénotransplantation, c’est à dire la transplantation d’un organe de mammifère vers l’homme.
« Dans un contexte de pénurie d’organes, pouvoir disposer de reins génétiquement modifiés pour traiter nos patients représente un immense espoir et une véritable révolution médicale », conclut le Pr Timsit, qui ajoute qu’il existe toutefois quelques limites à la transplantation d’un organe animal à l’homme.
Ces limites ont déjà été rappelées dans un chapitre du rapport du congrès de l’AFU, intitulé « La transplantation rénale en 2046 » (Timsit et al. Prog Urol. 2016). À savoir, la possibilité d’un risque infectieux mal maîtrisé, mais aussi l’existence de différences physiques entre le rein de porc et le rein humain.
Il y aurait 100 000 patients en attente d’organes chaque année, rien qu’aux Etat-Unis. Près de 10% d’entre eux (90 000 personnes) attendent un rein selon le United Network for Organ Sharing, alors que le temps d’attente est en moyenne de 3 à 5 ans.
La transplantation d’organes d’animaux vers les humains pourrait pallier le manque fréquent d’organes souvent constaté.
Le recours à une greffe d’origine animale - en particulier de porcs - est une piste avancée par les équipes de recherche, en raison de la similarité entre organes humains et porcins mais aussi parce qu’il est aisé de trouver des spécimens (les porcs ont un rythme de reproduction rapide, et une durée de gestation courte).
Le principal écueil étant la présence d’un certain sucre présent dans les cellules de porc qui attaque le système immunitaire humain, et provoque un rejet immédiat du greffon.
Le porc utilisé pour cette expérience concluante était génétiquement modifié pour favoriser le succès de la greffe. Surnommé GalSafe, le porc donneur a été développé par une société américaine de biotechnologie United Therapeutics Corp. (ayant obtenu une approbation de la Food and Drug Administration en décembre 2020).
Depuis, une révolution est venue rebattre les cartes : Crispr-Cas9. Ces ciseaux moléculaires, couronnés d’un prix Nobel en 2020, permettent de modifier très précisément le génome et de rendre ainsi un cœur ou un rein de cochon plus compatible avec le corps humain.
| Date | Patient | Lieu | Particularités |
|---|---|---|---|
| 1906 | Inconnue | Lyon, France | Première transplantation (succès limité) |
| 2021 | Femme en état de mort cérébrale | New York, États-Unis | Rein de porc génétiquement modifié |
| 25 novembre 2024 | Towana Looney | États-Unis | Survie de plus de deux mois |
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