Films traitant des troubles alimentaires: Analyse et réflexions

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des problèmes de santé mentale graves qui touchent de nombreuses personnes à travers le monde. Afin de sensibiliser le public et de mieux faire connaître ces maladies, plusieurs films ont été réalisés sur ce sujet délicat. Cependant, il est essentiel d'analyser ces œuvres avec un regard critique, en tenant compte de leurs forces, de leurs faiblesses et de leur impact potentiel sur les spectateurs.

Il est essentiel de parler des TCA et de réduire la stigmatisation et la honte qui empêchent les malades de rechercher de l'aide. Le fait d'ouvrir le débat sur ces troubles et leur traitement est l'un des aspects positifs de ces œuvres.

Représenter les troubles mentaux au cinéma et à la télévision

"To the Bone": Un film controversé sur l'anorexie

Le film "To the Bone", disponible sur Netflix, dépeint le combat d'une jeune femme contre l'anorexie. Bien que les créateurs aient eu de bonnes intentions, le film a suscité de nombreuses controverses, en particulier parmi les professionnels de la santé spécialisés dans les TCA.

Ce film a été conçu par et avec des personnes ayant souffert de troubles du comportement alimentaire, et comprend des portraits réalistes que certains spectateurs pourraient trouver éprouvants. Mais bien que certains de ses aspects les mieux rendus puissent effectivement avoir un effet très néfaste sur les personnes souffrant de TCA (ou ayant une prédisposition génétique), une large partie ne fait que perpétuer de dangereux stéréotypes sur ces maladies et la manière de s'en sortir. Ce film écrit et réalisé par Marti Noxon, avec Lily Collins et Keanu Reeves, dépeint le combat d'une jeune femme contre l'anorexie. Il a fait l'objet de nombreuses controverses, tout particulièrement parmi les personnes engagées dans le traitement des malades atteints de TCA.

La réalisatrice et l'actrice principale ont toutes deux déclaré avoir personnellement souffert de troubles alimentaires, et avoir pour but d'éveiller les consciences et de faire reculer le secret et la culpabilité.

Ce qui inquiète dans ce film

En tant que professionnelle des TCA, je sais que nombre de leurs victimes ont tendance à se croire "pas assez malades pour se faire traiter". C'est une idée récurrente, et le problème de ce film, c'est qu'il entretient le mythe selon lequel les anorexiques ont toujours l'air squelettiques. Il insiste aussi beaucoup sur l'apparence frêle d'Ellen: en plus des gros plans sur sa colonne vertébrale, une scène la montre en train de se déshabiller, révélant un corps décharné.

Alors ma crainte, c'est que des spectateurs s'imaginent que parce qu'ils ne sont pas "aussi maigres" que le personnage, ils ne méritent pas de se faire aider. J'ai aussi peur que l'œuvre ne transmette la même idée à l'ensemble de son public. Par exemple, tant de personnes souffrant de troubles alimentaires ont entendu des remarques terriblement dangereuses telles que "Tu n'as pas l'air d'être anorexique" de la part d'un ami, d'un membre de leur famille ou d'un professionnel de la santé.

Il faut souligner que les TCA (y compris l'anorexie) peuvent frapper des personnes de corpulences très différentes. On peut lutter au quotidien contre un trouble alimentaire tout en étant considéré comme "ayant un poids normal" ou bien "en surpoids" (des termes qui me déplaisent, mais illustrent bien mon argument). On ne reconnaît pas un trouble alimentaire en regardant la personne.

Les TCA comptent parmi les rares maladies mentales pour lesquelles on cherche à mesurer la souffrance en fonction de l'apparence physique. Mais quel que soit votre poids, vous méritez de vous faire aider par des professionnels.

Le film montre tout de même une femme plus forte, mais évidemment, elle est atteinte d'hyperphagie. Là aussi, on perpétue le mythe selon lequel la silhouette d'une personne permet de deviner de quelle maladie elle souffre, ce qui est absolument faux.

"To the bone" glorifie-t-il l'anorexie?

Je comprends les difficultés de la réalisatrice, car il est très compliqué de faire un film sur l'anorexie sans la glorifier à aucun moment. Mais le problème, c'est que l'héroïne, Ellen, se bat contre cette terrible maladie tout en apparaissant sexy, vraiment attachante et "cool".

L'anorexie, ce n'est pas Lily Collins regardant au loin d'un air lugubre, avec ses yeux parfaitement maquillés, ses répliques piquantes et sarcastiques et ses virées avec famille et amis. L'anorexie, c'est souvent se sentir trop déprimé pour sortir de chez soi. C'est se couper de ses amis et de sa famille parce qu'on a trop peur d'être confronté à la nourriture. C'est une obsession constante et un terrible sentiment d'anxiété. Pour certain(e)s, c'est la perte des cheveux, le cœur qui ralentit et l'ostéopénie (mais même si vous ne souffrez d'aucune complication d'ordre médical, vous méritez de l'aide). C'est cette voix dans votre tête qui ne cesse de vous tourmenter. C'est se sentir complètement piégé. C'est ne plus prendre de plaisir à rien. C'est devenir l'ombre de soi-même.

Bien que le film s'efforce de mettre en lumière certains de ces problèmes, on se rend bien compte que pour des personnes ayant une prédisposition génétique, psychologique ou liée à leur caractère, tout cela pourrait facilement devenir une source "d'inspiration". Les TCA n'ont pas un visage séduisant. Ils ont le visage du malheur, et potentiellement de la mort. Tous ceux qui en sont atteints méritent de se faire aider.

Approche du traitement et de la guérison

Je pense que l'équipe s'est efforcée de bien montrer que l'anorexie ne consiste pas seulement à "vouloir être mince" et qu'elle peut avoir des conséquences dévastatrices sur toute une famille, ce qui est formidable. Mais elle a négligé de creuser le problème en offrant de vraies informations sur les causes profondes de la maladie (le facteur génétique n'est pas mentionné une seule fois), ou bien la manière de la traiter efficacement. Par ailleurs, l'approche médicale dépeinte dans le scénario n'a rien de réaliste.

Par exemple, la patiente atteinte d'hyperphagie peut manger des pots entiers de beurre de cacahouète à chaque repas. Les malades ont le droit de choisir leur nourriture, et il ne semble guère y avoir de personnel pour les encadrer. De plus, nous ne voyons que très peu du processus thérapeutique en lui-même et du chemin d'Ellen vers la guérison. Il aurait pourtant été intéressant de faire ressortir cet aspect, car un tel portrait ne fait qu'entretenir de fausses idées sur le traitement des troubles alimentaires.

Contrairement aux aspects thérapeutiques, certains comportements propres aux TCA et "astuces" pour tromper le personnel médical sont très largement abordés. Le film cite des teneurs en calories, des "poids minimum" et un éventail de pratiques liées aux troubles alimentaires, décrites en détail; je ne les évoquerai pas ici, pour éviter de mettre quiconque en danger inutilement. Nous savons que de tels contenus peuvent être très néfastes pour les personnes ayant une prédisposition génétique, et rien que pour ça, j'ai vraiment peur des conséquences potentielles de ce film.

Pire encore, à un moment de l'œuvre, le médecin conseille à la famille d'Ellen de "la laisser toucher le fond" (non seulement c'est une idée désastreuse, mais comment sont-ils censés savoir qu'elle a atteint le fond?!), et dit à l'héroïne qu'il ne souhaite pas s'occuper d'elle si elle n'a pas envie d'aller mieux. Si la majorité des personnes atteintes de TCA attendaient d'avoir "envie d'aller mieux" pour se faire aider, elles ne le feraient jamais. L'incapacité de réaliser à quel point on est "malade" fait souvent partie intégrante du problème.

Enfin, le film ne dirige pas les spectateurs désireux de se faire aider vers les organismes appropriés. Il aurait été facile d'y ajouter un message citant une ligne téléphonique spécialisée, mais l'équipe n'a pas fait ce choix.

Autres films traitant des troubles alimentaires

Outre "To the Bone", plusieurs autres films abordent le thème des troubles alimentaires, offrant des perspectives variées sur ces maladies complexes.

  • For the Love of Nancy (1999): Basé sur une histoire vraie, ce film met en lumière le trouble obsessionnel-compulsif associé à l'anorexie.
  • Malos hábitos (2005): Ce film mexicain critique l'imposition des canons de beauté et plonge dans la vie d'une famille avec différents troubles alimentaires.
  • Una hija casi perfecta (1981): Ce film aborde la boulimie et les comportements compensatoires tels que les vomissements et l'exercice excessif.
  • Une vie volée (1999): Adapté d'une autobiographie, ce film explore les expériences d'une jeune femme dans un hôpital psychiatrique, où elle rencontre des personnes souffrant d'anorexie et de boulimie.
  • Sharing the secret (2000): Ce téléfilm américain met en évidence l'obsession de la minceur et les dangers des troubles alimentaires chez les adolescentes.
  • Abzurdah (2015): Ce film dramatique argentin raconte l'histoire d'une adolescente qui sombre dans l'anorexie après une relation toxique.
  • Hambre al límite (2015): Ce film se concentre sur les groupes de soutien en ligne pour les personnes souffrant de troubles alimentaires et met en garde contre les dangers de ne pas avoir de professionnels qualifiés sur ces plateformes.
  • Mentira en el espejo (2003): Ce film critique les relations familiales toxiques qui peuvent conduire à des troubles alimentaires chez les jeunes filles.

Films longs métrages en français portant sur les TCA

  • Le film « je vais bien, ne t’en fais pas » avec Mélanie Laurent et réalisé par Philippe Lioret met en scène une jeune femme de 19 ans qui plonge dans l’anorexie mentale après la disparition brutale de son frère jumeau.
  • Polisse, film de Maïween avec Marina Foïs dans le rôle d’une policière souffrant d’anorexie.
  • Black swan, film de Darren Aronofsky dans l’univers des danseuses étoiles. Ce film questionne sur le miroir, comme axe de réflexion entre l’anorexie et la schizophrénie.

Films longs métrages en langues étrangères au sujet des troubles du comportement alimentaire

  • Superstar, the story of Karen Carpenter, film en anglais de Todd Haynes. Film très particulier car tourné à l’aide de poupées Barbie, pour évoquer la vie de Karen Carpenter, chanteuse des Carpenters, malheureusement décédée à 32 ans des suites d’une anorexie mentale.
  • L’âme en jeu, film en anglais de Roberto Faenza, basé sur une histoire vraie, sorti en 2004. Printemps 1905, Sabina Spielrein est internée pour hystérie et anorexie par ses parents.
  • Thin, film documentaire en anglais de Lauren Greenfield. Agacée par les films à sensation sur les troubles du comportement alimentaire, Lauren a réalisé ce documentaire qui suit le combat de plusieurs femmes atteintes de TCA (anorexie, boulimie…), dans une logique de compréhension et de recherche de solutions.
  • Documentaire de 2006, en anglais, sous titré en anglais Feed, un film de Troian Bellisario, quasi autobiographique.
  • My skinny sister, film en anglais de Sanna Lenken. Stella, 12 ans, voudrait ressembler à sa grande soeur Katja que tout le monde admire. Mais celle-ci cache un trouble du comportement alimentaire que Stella va découvrir et qui va bouleverser leur complicité.
  • La solitude des nombres premiers, film en italien, de Saverio Costanzo. Saverio Costanzo a réalisé (d’après le roman éponyme de paolo Giordano) un film dense et riche qui plonge au plus profond des traumatismes de l’enfance liés à la famille, à la pression terrible que (consciemment ou pas) elle exerce sur de jeunes êtres.
  • Abzurdah, film en espagnol de Daniela Giggi de 2015. Le film est l’adaptation du roman autobiographique de Cielo Latini. Une adolescente désemparée rencontre sur internet un homme plus âgé dont elle s’éprend. Obsédée par lui, elle sombre dans l’anorexie.

Films courts métrages à propos d’anorexie et/ou de boulimie

  • Dans la série « En thérapie » : Dans cette série fiction de 2020 d’Olivier Nakache et Eric Toledano, on peut voir dans cet épisode (vers 09’55) cette jeune femme qui évoque ses troubles alimentaires et son épisode d’anorexie mentale après la mort de son père à 13 ans.
  • Mon amie anémone, court métrage étudiant québécois de Solène Côté
  • Sacha, de Emilie Bellina Richard, court métrage d’une vingtaine de minutes. Ensuite, Emilie réalise un deuxième court métrage « comme une plume« , sur la même histoire mais en changeant de perspective : les TCA sont vus et vécus du côté des proches .
  • témoignage de Marine Noiret auprès de DoctissimoPetit film réalisé par Doctissimo, recueillant le témoignage de Marine Noret.
  • Appel au secours de Rachel début 2015 pour lever des fonds afin d’essayer de la sauverRachel Farrokh (actrice et coach sportive) atteinte d’anorexie très sévère (pendant 10 ans) lance en 2015 un appel sur Youtube afin de lever des fonds pour le traitement de la dernière chance, tous les traitements antérieurs ayant échoué.

L'importance de la sensibilisation et de l'aide professionnelle

Si vous-même ou l'une de vos connaissances pensez souffrir d'un trouble alimentaire, il est absolument crucial de vous adresser à un professionnel. Demander de l'aide quand on est en souffrance est un signe de vraie force, pas de faiblesse. Personne ne devrait avoir à traverser cela tout seul. Avec le soutien de spécialistes, les anorexiques peuvent se rétablir et reprendre une vie pleine et épanouissante. Une guérison complète est possible!

Il importe de rappeler que les troubles alimentaires ne sont pas un choix ou un style de vie, mais bien un trouble de santé mentale grave et complexe qui, s’il n’est pas traité, peut mener une personne à la mort.

ANEB soutient qu’il peut être très dangereux d’inciter une personne ayant souffert d’un trouble alimentaire à entamer un régime amaigrissant, même sous supervision.

Il n’est pas facile de se sortir d’un trouble alimentaire. Il faut faire preuve de patience et de compassion envers soi. Il faut être bien entouré et avoir recours à de l’aide professionnelle. Le rétablissement est possible.

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