Les Fêtes Juives Sans Viande : Tisha BeAv et Traditions Alimentaires

Le judaïsme, avec ses traditions riches et complexes, offre une perspective unique sur l'alimentation et le jeûne. Les règles alimentaires, ou cacherout, issues de la Torah et complétées par le Talmud, jouent un rôle central dans la vie de nombreux juifs pratiquants. Cependant, le rapport du judaïsme à l'alimentation ne se résume pas à une liste d'interdits. Les fêtes juives, comme Tisha BeAv, offrent des moments de réflexion et de deuil, souvent marqués par des restrictions alimentaires spécifiques.

Tisha BeAv au Mur des Lamentations

La Cacherout : Les Règles Alimentaires Juives

Quel est le point commun entre une crevette, un bulot, un cochon et un lièvre ? Vous ne les verrez jamais sur la table de juifs orthodoxes, ceux qui suivent à la lettre la cacherout. Pour les viandes qu’il est possible de consommer, elle impose également un abattage rituel.

« Le sens profond de ces règles alimentaires est difficile à déterminer, convient Bruno Fiszon, grand rabbin de Metz et de la Moselle. Lorsque nous mangeons un aliment selon les règles de la cacherout, nous consommons un commandement divin. La nourriture a alors une dimension mystique : nous croyons que nous sommes, en quelque sorte, ce que nous mangeons. » C’est pourquoi la consommation de sang, du nerf sciatique, de certaines graisses ou plus simplement d’animaux jugés impurs est si grave au regard de la Loi juive.

Aliments Symboliques

Lors de Pessah, la pâque juive, les juifs consomment par exemple des aliments très symboliques: les matsoths (pains azymes sans levain) rappellent la fuite précipitée d'Égypte, les herbes amères (céleri, endives, raifort…) renvoient à l'amertume de l'esclavage. Chaque vendredi soir, le shabbat commence par une sanctification du jour sur une coupe de vin (le kiddouch). "C'est un moment très fort, raconte le rabbin. Les aliments, comme cette coupe de vin, sont vecteurs de l'identité et de la foi juive.

L'abattage rituel dans le judaïsme (la shehita) répond à des critères plus stricts que dans l'islam. L'animal doit être égorgé par un shohet, un professionnel, qui tranche avec un couteau spécial la trachée, l'oesophage, les artères carotides et les veines jugulaires. L'animal doit être conscient durant son égorgement.

Tisha BeAv : Un Jour de Deuil et de Jeûne

Tisha Be’Av, le 9e jour du mois hébraïque d’Av, est l’un des jours de deuil les plus significatifs dans le calendrier juif. Ce jour commémore de nombreux événements tragiques de l’histoire juive, en particulier la destruction des deux Temples de Jérusalem.

Le jeûne du 5e mois du calendrier juif - qui tombe en juillet ou en août du calendrier grégorien - est mentionné pour la première fois dans le Livre de Zacharie, un texte de la Bible hébraïque, dans un passage composé à la fin du VIe siècle av. notre ère. Sa signification originelle - une commémoration de la première destruction du temple de Jérusalem - n’a cessé d’être approfondie par l’addition de la mémoire d’autres événements catastrophiques.

La semaine de Tisha Be’Av, appelée « Chavoua Shechal Bo », commence dès le début du mois d’Av. En 2024, cela débutera le 5 août au soir. Durant la semaine précédant Tisha Be’Av, il est interdit de consommer de la viande et de boire du vin, sauf pour le Chabbat. Cette période est appelée « les neuf jours » et elle commence le 1er Av.

Nous sommes entrés dans la période de deuil appelée "Ben Hamétsarim". Ces trois semaines qui séparent le 17 Tamouz du 9 Av sont considérées comme une période sombre dans l’histoire du peuple juif, car de nombreux malheurs s’y sont déroulés et c’est elle qui conduisit à la destruction des Temples de Jérusalem.

Les restrictions et coutumes de Tisha BeAv

Pendant le jeûne du 9 Av, cinq pratiques sont interdites : la consommation d’aliments et de boissons, se laver, s’enduire le corps d’huile, le port de chaussures en cuir et les relations intimes. D’autres habitudes propres à l’endeuillé s’appliquent également en ce jour : on s’assoit à même le sol, on ne se salue pas et l’on n’y étudie pas la Torah. Ces restrictions s’appliquent dès la veille du jeûne, au coucher du soleil.

  • Interdictions : Consommation d'aliments et de boissons, se laver, s'enduire le corps d'huile, port de chaussures en cuir, relations intimes.
  • Coutumes : S'asseoir à même le sol, ne pas se saluer, ne pas étudier la Torah.

Outre l’interdiction de se laver le corps, il est également interdit de se laver les mains. Le matin, on ne fera donc Nétilat Yadaïm que jusqu’en haut des phalanges. Pour des besoins d’hygiène, il est permis de se laver tout endroit du corps, à condition que l’on ne lave que l’endroit maculé.

Il est interdit d’étudier la Torah pendant Tich'a Béav, car il est dit de cette étude : « Les préceptes de D.ieu sont droits, ils réjouissent le cœur » (Téhilim 19, 9). Ceci s’applique à toutes les domaines de l’étude, que ce soit celle du ‘Houmach, de la Michna, du Talmud ou du Midrach. Il est même interdit de méditer des paroles de Torah, car ceci constitue également une forme d’étude.

La coutume est également de réduire l’éclairage, essentiellement à la synagogue mais aussi dans les maisons.

La coutume est de s’asseoir à même le sol depuis l’entrée de Tich'a Béav jusqu’à l’heure de ‘Hatsot. Dans la mesure où cette pratique ne relève que d’une coutume, il est permis de s’asseoir sur un coussin, sur le dossier d’une chaise ou sur un petit tabouret, même si ce n’est pas directement sur le sol.

La nuit de Tich'a Béav, on veille également à ne pas dormir comme à l’accoutumée. À cet égard, certains dorment sans oreiller, d’autres placent une pierre sous leur tête, voire dorment à même le sol.

Etant donné que le Temple continua à brûler pendant toute la journée du 10 Av, beaucoup s’abstiennent de consommer de la viande et du vin, de se laver, de se couper les cheveux et de laver du linge même après l’issue de Tich'a Béav et ce, tout au moins jusqu’au lendemain à ‘Hatsot.

Origines Historiques de Tisha BeAv

En 587/6 av. notre ère, le roi Nabuchodonosor II conquiert le royaume de Juda et déporte ses élites à Babylone. 50 ans plus tard, le souverain perse Cyrus défait les Babyloniens : il autorise alors les juifs qui le souhaitent à retourner s’installer dans l’ancien territoire du royaume de Juda, devenu une province de l’empire perse, et permet la reconstruction du temple de Jérusalem1.

La réponse du prophète Zacharie nous apprend que ce jour de tristesse se caractérise par un jeûne qui, au moment où lui est posée la question, était en vigueur depuis 70 ans, soit depuis l’an 588 environ4. La comparaison de ce passage avec les récits des événements de la conquête babylonienne du royaume de Juda tels qu’ils apparaissent dans deux autres textes de la Bible hébraïque, le Deuxième livre des Rois ainsi que dans le Livre de Jérémie nous permet de déterminer quel est l’objet de la commémoration en question : il s’agit du siège de Jérusalem par les Babyloniens et plus précisément de l’incendie de la ville, du palais et du Temple qui, survenu au mois d’Av de l’an 587 ou 586, sonne la fin du royaume de Juda5.

Mishna Taanit 4,6 : « Cinq calamités sont survenues pour nos ancêtres le 9e jour du mois d’Av. En plus de la destruction du Temple par les Babyloniens, la Mishna assigne donc à cette même journée la mémoire de quatre autres « calamités ».

La deuxième destruction du Temple - qui s’avérera définitive - fut le fait du général romain et futur empereur Titus en 70 de notre ère10. Le labourage de la ville de Jérusalem fait référence à sa transformation en colonie romaine sous l’empereur Hadrien, un événement que l’on place en 130 ou 13111. La capture de la ville de Bétar en 13512 consacra l’échec de la deuxième révolte des juifs de Judée contre les Romains et entraina peut-être une interdiction de résidence des juifs à Jérusalem13, renommée Aelia Capitolina.

Bien que sa signification ait été démultipliée, ce jeûne n’a pas été universellement considéré comme obligatoire dès la destruction du second Temple, mais les sources indiquent que sa pratique se diffusa considérablement dans l’Antiquité tardive.

De plus, le jeûne de Tisha beav est un jeûne complet, au sens où il commence la veille à la tombée de la nuit et dure 25 heures22.

En outre, le Talmud encourage la lecture des livres bibliques tristes, notamment de ceux qui traitent justement de la disparition du royaume de Juda : le Livre de Jérémie, le Livre des Lamentations auquel on associe le Livre de Job25.

De plus, dès la fin de l’Antiquité, des poèmes liturgiques spécifiques méditant sur les calamités survenues lors de ce jour, nommés Qinot (« élégies ») ont été composés pour être récités à l’occasion du jeûne26.

La Mishna précise que dès le début du mois d’Av, on devait se livrer à des manifestations de tristesse en préparation à la commémoration du 9e jour28.

L’accumulation de commémorations de calamités à la date du 9 Av à partir du Moyen Age a fait réapparaitre ces pratiques d’ascétisme : beaucoup se contentent désormais de pain sec et d’un œuf dur pour la seouda mafseket et cessent de consommer de la viande dès premier jour du mois.

Voici un tableau récapitulatif des événements commémorés lors de Tisha BeAv :

Événement Date Description
Destruction du Premier Temple 586 AEC Destruction par les Babyloniens
Destruction du Second Temple 70 EC Destruction par les Romains
Labourage de Jérusalem 130/131 EC Transformation en colonie romaine par Hadrien
Capture de Bétar 135 EC Échec de la révolte de Bar Kokhba

Traditions entre le 17 Tamouz et le 9 Av

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