Le scandale de la viande de cheval "glissée" dans les plats cuisinés en lieu et place de la viande bovine a frappé l'esprit des consommateurs, jusqu'à modifier leur comportement d'achat.
Dans la semaine du 11 au 17 février, pour les seuls plats cuisinés surgelés à base de viande de bœuf, les ventes se sont effondrées de 45 % en valeur, selon des données publiées par le cabinet Nielsen.
Étal d'un boucher chevalin en France
« Durant la première semaine de la crise, du 11 au 17 février, les ventes de l'ensemble des plats cuisinés surgelés ont chuté de 21 % en valeur par rapport à la même période de 2012 », dit Jacques Dupré, directeur d'études à l'institut Symphony IRI, qui analyse les tickets de caisse des hypers et des supermarchés. Sur les cinq premières semaines de 2013, ce segment avait crû de 1 % en valeur… On observe donc une vraie saignée dans un marché estimé à 456 millions d'euros en 2012.
Pire, selon M. Dupré, "la désaffection des consommateurs a touché l'ensemble des plats cuisinés en conserve (cassoulets, saucisses-lentilles, raviolis…) et d'autres familles du surgelé. Par exemple, les pizzas surgelées ont vu leurs ventes reculer de 5 % à 6 % durant la semaine du 11 février".
Les clients de Comigel ont retiré les produits litigieux de leurs rayons.
Les pratiques des différentes filières des plats cuisinés sont petit à petit mises à nu lors des enquêtes des services sanitaires.
Partie de Roumanie, stockée aux Pays-Bas puis réceptionnée à Castelnaudary par l’entreprise Spanghero, qui l’avait achetée via un trader chypriote ayant sous-traité à un autre trader néerlandais, la viande de bœuf rebaptisée cheval avait enfin atterri dans une usine luxembourgeoise appartenant au Français Comigel.
C’est ce que l’enquête diligentée par les ministères de l’Économie (dont dépend la Direction des fraudes) et celui de l’Agriculture (qui chapeaute les services vétérinaires) devra déterminer. Mais à l’heure où nous écrivons, cette enquête a déjà pu établir des faits troublants.
D’après le gouvernement roumain, qui a contrôlé dès l’annonce de l’affaire les deux abattoirs en cause, les lots étaient expédiés sous l’étiquette « viande de cheval, origine Roumanie ». « Nous n’avons aucune indication qui permette d’en douter », a précisé Benoît Hamon, ministre chargé de la Consommation, lors d’une conférence de presse tenue le 14 février 2013.
Le circuit passe ensuite par un trader néerlandais et un trader chypriote, déjà condamné l’année dernière pour avoir fait passer du cheval sud-américain pour du bœuf allemand hallal.
L’étiquette est modifiée et devient « boneless fore », « avants désossés » en anglais. La mention de la viande concernée a disparu, c’est illégal, mais les lots sont accompagnés d’une facture où figure un code chiffré correspondant à la viande de cheval.
C’est ainsi qu’elle arrive chez Spanghero, qui recouvre l’étiquette précédente pour en apposer une qui mentionne « bœuf, provenance Union européenne ».
Benoît Hamon a ironisé en qualifiant cette intervention de « très grosse étourderie [ou de] tromperie ». La justice devra trancher entre ces deux qualifications…
Notons que l’entreprise s’est montrée aussi « très étourdie » en ne remarquant pas que le « bœuf » qu’elle achetait lui était vendu à un prix dérisoire.
D’ores et déjà, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a demandé au préfet de suspendre l’agrément de Spanghero en attendant de savoir, au vu des investigations sur place de la brigade d’enquêtes des services vétérinaires, si cette suspension doit se muer en retrait définitif de l’agrément. L’entreprise devrait alors cesser son activité.
D’après les services des fraudes, les responsables de Comigel se sont rendus coupables de graves négligences. D’une part, ils n’ont pas tiqué au vu de l’étiquette « provenance Union européenne », étiquette illégale puisque la réglementation impose l’indication précise du ou des pays de naissance, d’élevage et d’abattage. Par ailleurs, l’aspect et l’odeur de la viande une fois décongelée aurait dû les alerter.
L’enquête se poursuit au niveau national et communautaire via Europol, puisque plusieurs pays sont concernés par des trafics de viande de cheval. Quant à celui qui passe par Spanghero, on estime qu’il dure depuis au moins 6 mois et a porté sur 550 tonnes livrées à Comigel et 200 tonnes utilisées pour la marque « La table de Spanghero ».
Le dispositif actuel de contrôle et de sanctions n’a pas empêché une fraude aussi grossière. Il est vrai que les pénalités en cas de tromperie sont légères : une personne physique risque au plus 2 ans de prison et 37 500 € d’amende, une personne morale 187 500 €. Or le profit est estimé dans cette affaire à 550 000 €.
Benoît Hamon juge nécessaire d’augmenter le montant des sanctions pour les rendre plus dissuasives.
C’est prévu en 2013 avec une mise sous surveillance de la filière viande. Et après ? Inutile de prévoir des pénalités plus lourdes si les contrôleurs désertent les entreprises. Leurs effectifs ont baissé de 20 % ces cinq dernières années pour les services des fraudes, de 11 % pour les vétérinaires.
Cette affaire montre s’il en était besoin que les autocontrôles confiés aux opérateurs ne peuvent en aucun cas justifier un désengagement de l’État dans un domaine aussi sensible que celui de l’alimentation.
Il y a un an, le colonel Thierry Bourret, alors à la tête de l’Oclaesp (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique), faisait part à Que Choisir de ses craintes. « Avec la crise, j’ai peur que les fraudes alimentaires ne progressent, et spécialement dans le milieu de la viande, secteur où les gains peuvent être importants », indiquait l’officier de gendarmerie.
Des fraudes qu’il classait en trois catégories : « Il y a les infractions d’opportunisme, le chef d’entreprise qui se rend compte que ses frigos sont tombés en panne mais commercialise leur contenu, pas vu pas pris. Ensuite, il y a ceux qui se mettent hors la loi pour accroître leurs profits. S’ils sont pris, ils disent que le manquement était accidentel alors qu’il est récurrent. Enfin, vous avez le crime organisé, qui a compris qu’il pouvait gagner beaucoup sans craindre de lourde peine. »
Pour illustrer son propos, Thierry Bourret citait l’action des carabiniers italiens.
De la viande de cheval a été trouvée pour la première fois dans une confection de lasagnes à la bolognaise en Italie, fabriquée par l'entreprise Primia, dans la région de Bologne (centre), a annoncé samedi l'agence Ansa. Il s'agit du premier test positif en Italie.
Le produit a été retiré de la vente, tandis que six tonnes de viande hachée et 2.400 confections de « lasagnes à la bolognaises » ont été mises sous séquestre, a précisé l'agence italienne.
Ces produits étaient fabriqués à San Giovanni in Persiceto, dans la région de Bologne, dont les lasagnes sont une des spécialités culinaires.
Ces résultats ont été communiqués samedi matin au ministère de la Santé par l'Institut zooprophylactique de Lombardie et d'Emilie-Romagne (la région de Bologne). De la viande de cheval, non déclarée sur l'étiquette, a été retrouvée dans une préparation de lasagnes surgelées de 600 grammes.
Le produit était fabriqué par l'entreprise Primia qui a utilisé de la viande hachée de l'entreprise d'import-export DIA de Calcinato, elle-même fournie par deux entreprises de la province de Brescia (nord) auprès de laquelle des contrôles sont en cours.
Un peu plus tôt dans la journée, le ministère de la Santé avait indiqué qu'aucune trace d'ADN de cheval n'avait été décelée dans les échantillons de viande hachée cuite et surgelée du groupe agroalimentaire suisse Nestlé, mise sous séquestre le 21 février dernier.
Le nombre de produits contenant du cheval ne cesse de progresser en Europe. Vendredi, l'agence britannique de sécurité alimentaire (FSA) a annoncé que six nouveaux produits sur 1.133 testés contenaient du cheval tandis que dans le pays et qu'Iglo a également retiré des produits dans quatre pays européens.
Samedi, la firme allemande Tegut, spécialisée dans la vente de produits alimentaires, a annoncé avoir retiré une sauce bolognaise fabriquée par la société autrichienne Landena, après la découverte de viande de cheval, lors de contrôles ADN.
En Autriche, un boucher-charcutier de Carinthie, région du sud de l'Autriche, a avoué à la police avoir utilisé de la viande de cheval non déclarée dans deux de ses spécialités de saucisses, pour en améliorer le goût.
L'entrepreneur, Josef Freitag, a commencé à utiliser de la viande de cheval provenant de Styrie (sud) et d'Allemagne il y a un an et demi. La qualité et le goût des produits se sont à ce point améliorés qu'il a décidé de continuer, a assuré l'avocat Franz Grossmann dans un entretien à la télévision publique ORF.
En France, les géants de la distribution Carrefour et Intermarché ainsi que Findus se sont de leur côté engagés à n'utiliser que de la viande française dans les plats préparés de leurs marques vendus dans le pays, a annoncé samedi le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. « Intermarché, Findus et Carrefour s'engagent à n'utiliser que de la viande bovine française dans leurs plats préparés », a déclaré le ministre à la presse en marge de l'inauguration du Salon de l'Agriculture à Paris.
Dans un communiqué, Carrefour a précisé que son engagement, qui a été signé samedi lors de la visite de François Hollande au salon, concernait également la viande de porc et se ferait via un étiquetage spécifique sur les produits.
Pour les plats préparés frais, cette mesure sera appliquée « dès le mois de mars », a précisé le groupe. Pour les surgelés, la mise en oeuvre prendra effet « dans six mois », soit le « délai d'approvisionnement et de fabrication nécessaire pour que les viandes bovines et porcines contenues dans ces produits soient remplacées par de la viande exclusivement d'origine France », a indiqué Carrefour.
Son concurrent Intermarché a de son côté annoncé le lancement à compter du mois de mars d'un étiquetage « Jean Rozé, Boeuf 100% français » sur ses plats cuisinés « pour rassurer les clients ».
Le Groupement des Mousquetaires a précisé, dans un communiqué diffusé vendredi, que la viande bovine qu'il utilise provient de ses abattoirs de la Société Vitréenne d'Abattage (SVA Jean Rozé), implantée en France, qui travaille avec 17.000 éleveurs français.
Findus, qui le premier avait dévoilé que certains de ses plats contenaient du cheval, avait annoncé cette décision dès jeudi pour application à partir de fin mars.
La France ne peut néanmoins pas obliger les industriels à retravailler leurs étiquettes. Seule une évolution de la législation européenne peut les y contraindre.
Un nouveau documentaire réalisé par les organisations de protection animale AWF et TSB au sujet de la viande de cheval en provenance d’Argentine révèle de nombreuses maltraitances sur les animaux dans les centres de rassemblement et les abattoirs de ce pays d’Amérique du Sud.
Les exigences de l’UE en matière de protection animale dans les pays tiers exportateurs ne s’appliquent qu’aux abattoirs, et non au transport. La législation argentine concernant le transport des animaux est hélas bien moins protectrice que les normes européennes.
Dans les abattoirs, le calvaire des animaux continue. Depuis plus de dix ans, les souffrances des chevaux abattus en Argentine pour l’exportation de leur viande sont documentées et publiées.
En 2010, l’association belge GAIA a mené une première enquête sur la production de viande de cheval en Argentine et a révélé de graves actes de cruauté envers les animaux.
Selon les organisations, « l’audit le plus récent de la Commission européenne, réalisé en novembre 2022, a révélé que des aliments et de l’eau propre étaient disponibles dans les abattoirs visités et que les chevaux présents étaient en bonne condition. Ce constat n’est pas surprenant puisque l’industrie se prépare à des inspections préalablement annoncées, ce qui est confirmé dans le rapport d’audit de la CE de 2020. Si les problèmes de bien-être animal ont pu être masqués en raison de dates d’inspections connues à l’avance, de sérieuses lacunes concernant la traçabilité et la santé animale ont été mises en évidence.
Selon ce même audit de 2022 : « Le système d’identification des équidés en place rend impossible la traçabilité des chevaux vivants destinés à l’abattage au sein de l’UE, en particulier pendant la période de séjour de 180 jours requise avant l’abattage. Par conséquent, il ne saurait corroborer les garanties demandées en ce qui concerne les traitements vétérinaires associés. Les règles nationales en vigueur visant à garantir l’identification […] des équidés détenus dans les exploitations ne sont ni mises en œuvre comme exigé ni appliquées.
La Commission européenne tolère donc de fait pour l’Argentine ce qui l’a conduit à interdire les importations de viande chevaline en provenance du Brésil et du Mexique.
Selon Interbev, l’Interprofession bétail et viande : « aucun règlement n’existe pour l’affichage de l’origine de la viande chevaline en point de vente, comme ce qui existe pour la viande bovine (bœuf et veau) ou encore pour les viandes ovines, caprines, porcines et de volailles.
Dans un rapport d’Eurogroup for Animals sur le commerce de la viande chevaline, on peut lire (p. 23) que « les principaux pays exportateurs au sein de l’UE en volume (y compris les éventuelles réexportations) sont la Roumanie, la Belgique et les Pays-Bas.
Toujours selon ce rapport, en 2021, la Belgique a importé 2 719 tonnes de viande de cheval origine hors UE et 5 060 tonnes depuis les Pays-Bas.
Infographie sur le commerce de la viande chevaline
Carrefour va cesser d’importer de la viande de cheval d’Amérique du sud. Une décision saluée par Welfarm, association militante pour le bien-être des animaux d’élevage.
« Carrefour travaille depuis plusieurs années sur la relocalisation de ses approvisionnements en viande de cheval en Europe. Grâce à cette démarche, 57% de nos volumes en Belgique et 30% en Italie provenaient d’Europe en 2023 , détaille Agathe Grossmith, directrice RSE du groupe Carrefour. Suite à des audits entrepris par Carrefour, nous avons décidé d’aller plus loin et de recentrer 100% de notre approvisionnement en Europe. »
Cet engagement, déjà effectif en Belgique, sera tenu en France et en Italie d’ici la fin de l’année.
Alors que la France possède le 2e cheptel équin le plus important d'Europe et qu'elle exporte ses chevaux de boucherie par milliers vers le Japon, la viande de cheval consommée dans l'hexagone provient en majorité... de l'étranger !
Les consommateurs de viande chevaline savent-ils vraiment ce qu'ils mettent dans leur assiette ? C'est la question posée par l'association Welfarm - partenaire de la Fondation 30 Millions d'Amis - qui dévoile, avec l'ONG Tierschutzbund Zürich / Animal Welfare Foundation (TSB/AWF), une enquête consacrée aux équidés abattus en Australie et en Argentine, dont la viande serait commercialisée notamment par les supermarchés français Leclerc, Auchan, Cora, Carrefour, Intermarché et par la chaîne de boucheries Henri Boucher.
Tournées entre août 2019 et octobre 2020, les images diffusées par Welfarm illustrent le calvaire enduré par les équidés dans les pays exportant leur viande vers la France. En Argentine, on aperçoit des chevaux faméliques, victimes de blessures aux jambes et apparemment non soignées. Sur d'autres images, des montagnes de cadavres en décomposition surmontent ce que l'association qualifie de « Champs de l'Horreur ».
A l'autre bout du globe, en Australie, l'association s'est intéressée à l'abattoir de Meramist, le seul de l'île-continent à exporter vers l'UE, selon ses informations. Les lanceurs d'alerte y ont filmé des chevaux arrivant déjà morts à l'abattoir, traînés par une corde hors d'un camion.
D'autres images tournées quelques mois auparavant dans ce même établissement montraient des violences infligées aux équidés : des coups de bâton, des chocs électriques sur les parties génitales ainsi que des étourdissements ratés - jusqu'à 5 fois de suite ! - conduisant à la mise à mort d'animaux encore conscients.
Selon les ONG à l'origine des révélations, sur les 12 supermarchés des Hauts-de-France [région où la consommation de viande chevaline est la plus élevée, NDLR] visités par Welfarm en février 2021, un seul (Cora) proposait quelques steaks d'origine française... au milieu de produits similaires provenant, eux, de l'étranger.
Toujours selon ces associations, dans ce même magasin, l'étiquette « Élaboré en France » - indiquant le lieu d'emballage du produit mais en aucun cas l'origine réelle de la viande ! - peut aisément induire le consommateur en erreur, tandis que sur les étals de la moitié des établissements visités se trouvaient des produits dont l'origine n'était nullement indiquée.
Si le rayon frais réserve donc des surprises, le rayon conserverie n'est pas en reste, proposant des boîtes de la marque Equinox...
« Cet inventaire n'est évidemment pas exhaustif, c'est un échantillon prélevé dans une région très consommatrice de viande chevaline, mais il est inquiétant, estime Adeline Colonat, Chargée de mission à Welfarm. Nous avons déjà alerté les distributeurs en 2019, mais ils persistent à vendre de la viande importée. Nous leur demandons de s'engager à ne plus se fournir en Argentine, Uruguay et au Canada et de ne surtout pas se rabattre sur la viande australienne… » ni d'ailleurs sur la viande d'origine belge - proposée notamment chez Intermarché - étant donné que notre voisin est lui-même un intermédiaire, ré-exportant de la viande chevaline...
Du côté de la chaîne Henri Boucher, dont le site web indique l'origine Argentine, Australie, Canada et Uruguay, les représentants se retranchent derrière le projet « Respectful Life »... censé garantir le bien-être des équidés dans les pays exportateurs, à l'aide d'inspections réalisées une fois par an dans les abattoirs par des « universitaires indépendants ».
Aux côtés de 10 autres organismes de protection animale, les associations Welfarm et TSB/AWF adressent à la Commission européenne une pétition demandant de rayer l'Argentine, l'Australie, l'Uruguay et le Canada de la liste des pays autorisés à exporter de la viande chevaline vers l'UE, à l'instar de la décision prise pour le Brésil et le Mexique.
« La viande chevaline produite dans ces 4 pays est une horreur, conclut Adeline Colonat. [Les distributeurs et les bouchers] doivent cesser d'en vendre, ou assumer ces images ».
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Vrac zéro déchet et Primeurs de saison au plus proche de chez vous à Thorigné-Fouillard près de rennes en Ille et Vilaine 32
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