L'alimentation en Égypte Antique: Rituels, Nourriture et Interdits

L'alimentation en Égypte antique est un sujet fascinant qui révèle de nombreux aspects de la vie quotidienne, de la religion et de la société de cette civilisation. Cet article explore les pratiques alimentaires réelles, les interdits alimentaires, les offrandes rituelles et l'importance des céréales, du pain et de la bière dans l'alimentation égyptienne antique.

Agriculture en Égypte antique.

Religion et Alimentation

La religion, en particulier antique, a besoin de la nourriture pour mettre en forme le rite. L'aliment, en tant qu'offrande, permet la circulation entre les plans, des hommes vers les morts et les dieux, puis en retour, des dieux vers les hommes. En tant qu'offrande, il permet la circulation entre les divers plans, celui des hommes vers les défunts et les divinités, puis, en retour, des déités vers les hommes. Au cœur des pratiques alimentaires, la religion impose sa marque en contribuant à la fabrique d'un cadre normé, qui est aussi vecteur d'identité. La religion imposa sa marque en contribuant à la fabrique d'un cadre normé, qui fut également un véritable vecteur d'identité. Édictant des normes de conduite au moment de leur consommation.

Les offrandes alimentaires destinées aux morts bénéficient d’une abondante documentation pour ce qui concerne l’Égypte antique. Pourquoi le défunt bénéficie-t-il d’offrandes alimentaires en Égypte ancienne ? Les sources archéologiques et historiques les plus abondantes permettant d’aborder cette question sont celles de la période du Nouvel Empire (environ 1500 - 1000 av. notre ère). Le premier est de nourrir leur ka. Cette essence du défunt est en quelque sorte ce qui caractérise son souvenir sur terre, ce qui doit être entretenu et nourri dans le monde des vivants, notamment par les membres de la famille. Le deuxième objectif est d’alimenter leur ba. Il s’agit de la manifestation du mort capable de quitter le monde de l’au-delà, celui des dieux, pour rejoindre le monde des vivants. C’est une fois le rituel de l’Ouverture de la bouche effectué que le ba du défunt peut se nourrir dans le monde des vivants. Afin que le défunt puisse se nourrir des offrandes funéraires, les prêtres prononcent différentes formules et prières. La pr.t-ḫrw par exemple, qui signifie « sortie à la voix », la voix du prêtre, est une prière, une invocation. Elle incite le ba du défunt à venir se nourrir des offrandes qui lui sont présentées.

Les Offrandes Alimentaires Funéraires

À quoi ressemblent les offrandes alimentaires funéraires ? Les innombrables tombes antiques découvertes en Égypte abritent des représentations concrètes des aliments consommés par les anciens Égyptiens. Sur cette table d’offrandes, des pains de différentes formes se trouvent au registre bas. Plusieurs pièces de viande sont présentes au registre médian. On distingue une tête de veau, de la volaille et, au premier plan, une patte de bovidé. Les scènes de processions funéraires montrent que le défunt souhaite s’équiper d’un abondant mobilier pour sa vie dans l’au-delà. S’approvisionner en nourriture est tout aussi indispensable. Ce panier de provisions provient de la tombe des époux Hatnefer et Ramosé.

Égypte : la fabrication du pain du Nil à l'ancienne

Les Céréales: Base de l'Alimentation

Les céréales composent la base de l’alimentation égyptienne pendant toute l’histoire de cette civilisation. L’orge est au Proche-Orient la première et la plus importante céréale cultivée, mais les blés ont eu une large place dans la production antique. Bien que parfois miraculeusement conservées, il est aujourd’hui difficile de déterminer précisément toutes les espèces biologiques cultivées. Elles se sont enrichies au cours des siècles, soit au contact d’autres civilisations, soit par les croisements pratiqués plus ou moins volontairement par les ancêtres des agronomes. À partir de l’exploitation de ces céréales, le pain et la bière forment la nourriture de base. Les textes racontent qu’une table fournie doit comprendre « du pain et de la bière, du bœuf et de la volaille par milliers ».

Pain de l'Égypte ancienne.

Le Pain

L’aspect des pains était différent de celui des pains consommés dans nos cultures européennes modernes. Le pain comme la bière sont issus de céréales dont la fermentation a dû d’abord être comprise pour être maîtrisée. Autant pour le premier celle-ci devait être arrêtée, autant pour la seconde elle devait être contrôlée et orientée. Pour le pain, il est généralement admis qu’il est issu de bouillies de céréales. La cuisson de ces bouillies permettait d’en assurer la conservation sans risque de poursuite de fermentation. Rapidement, la maîtrise des cuissons a permis l’émergence d’un nouveau métier : le boulanger. Il apparaît souvent à l’œuvre dans de nombreuses représentations de boulangerie (ci-dessus). Les premiers fours sont portatifs mais le dispositif se perfectionne petit à petit. Sur certaines peintures ou reliefs, les boulangers se protègent des flammes en cherchant à maîtriser le feu et la chaleur du four. La conservation exceptionnelle des vestiges archéologiques dans le désert égyptien a permis la découverte de pains vieux de plusieurs millénaires (ci-dessus), dont quelques spécimens sont conservés au musée du Louvre. On ne connait évidemment plus toutes les recettes, mais nous savons en revanche que les variétés de pains et gâteaux n’avaient que peu à envier à la diversité des vitrines de nos boulangeries contemporaines.

La Bière

Plus que le vin pourtant grandement apprécié mais réservé à une élite, la bière était une boisson de choix pour agrémenter les repas et la vie quotidienne. Elle était réalisée dans des brasseries - illustrées par des maquettes antiques (cf image de Une de l'article) - et préparée à base de grains d’orge peu cuits, sans doute légèrement germés dans de l’eau sucrée à partir d’ajout de dattes. Riche en dépôts, la bière était clarifiée par l’intermédiaire de petits filtres à boire (ci-dessus), souvent retrouvés dans les tombes à côté des maquettes. La conservation de la bière étant difficile à maîtriser, elle était produite pour une consommation quasi immédiate. Elle n’était en effet comestible que quelques jours et façonnée sans doute au sein même des familles, en plus des grandes brasseries gérées par l’Etat.

Les Repas Quotidiens

Les égyptiens faisaient trois repas par jours. Ceux du matin et du soir étaient plus copieux que celui du midi. Le pain et la bière, nourriture de base étaient fait à partir de blé ou d'orge. Les égyptiens mangé du pain à tous les repas. Les femmes faisaient elles même leur pain. Les gâteaux étaient sucrés avec des dattes ou du miel. On mangeait beaucoup de fruits et de légumes. Les riches donnaient des banquets somptueux composés de viandes diverses arrosées de vin (Bœufs, porcs, antilopes, gazelles, lièvres, cailles, grues), mais aussi du héron sauvage, de l'oie voire de la viande de hyène étaient au menu. La journée d'un égyptien pauvre commence par le petit déjeuner qui à lieu vers 5 heures du matin, il est constituer de lait de brebis, des oignons, du pain, des galettes rôties et sèches, de l'huile de carthame, des dattes et des figues. A midi le repas se composer d'un pain fourré à la fève, de la bière, des oignons de la viande séchée, du fromage et des figues. Le dîner varis entre un canard pécher dans les marais ou du poisson mangé cru, séché au soleil ou encore salé pour être conserver. On y ajoute quelquefois, les jours de fêtes, une oie rôtie à la broche, des pois chiches, des galettes molles, sortes de crêpes fourrées aux oignons et de la purée de pois chiche, des gâteaux secs. On pense que même les Egyptiens aisés ne mangeaient pas de viande tous les jours. Dans un pays très chaud comme l'Egypte, ou le stockage de la viande ne pouvait se concevoir, elle devait être consommée dans les trois ou quatre jours suivant l'abattage de l'animal, sous peine de provoquer des maladies. C'est pourquoi le bœuf était considéré comme un luxe et ne pouvait réellement être consommé qu'à l'occasion de fêtes. Mais on sait que les sujets de Pharaon étaient de gros consommateur de bœuf. En témoignent les scènes de boucherie et les processions d'animaux destinés à la consommation qui couvrent les parois des tombeaux. Le bœuf en question appelé ioua, est un animal de grande taille, très cornu, énorme et lourd, qui était abattu lorsqu'il devenait trop gros pour pouvoir se déplacer.

Interdits et Aversions Alimentaires

On tentera ici de présenter de manière synthétique la question des interdits alimentaires en Égypte ancienne. Les données étudiées procèdent de deux domaines distincts : la pensée théologique sacerdotale et, dans une moindre mesure, les pratiques alimentaires effectives. L’articulation entre les deux n’est pas sans poser plusieurs problèmes puisqu’en effet, la réalité de l’alimentation et les discours sur les aliments divergent parfois. Cette question demande de prendre en considération non seulement la position du problème en regard des théories anthropologiques sur les interdits alimentaires, mais aussi la théorie des interdits propres à la civilisation égyptienne. La pensée égyptienne construit des systèmes classificatoires pouvant amener à écarter une espèce de l’alimentation. Ces mises à l’écart reposent sur des raisons différentes. Elles peuvent émaner d’une perspective socioculturelle attribuant à un animal une position valorisée ou défavorisée ; cette dernière procède par ailleurs souvent d’une pensée sacerdotale définissant des impératifs catégoriels de pureté et tendant à éliminer l’impureté (hors du temple, de la tombe, etc.).

Il est important de souligner que tout ce que nous pouvons connaître à propos des restrictions alimentaires doit être envisagé dans un cadre chronologique ponctuel (période déterminée) et/ou géographiquement délimité (région précise et/ou zone du temple). En effet, il n’existe pas en Égypte d’interdit alimentaire ayant valeur générale, collective ou permanente.

Le Regard des Grecs

Ce sont les auteurs grecs qui, les premiers, ont réfléchi sur les attitudes égyptiennes en matière alimentaire. Ils avaient remarqué la mise à l’écart de certains animaux dans des circonstances données. En pointant ces faits, les Grecs ont contribué à inventer le débat, situé d’emblée dans une position comparatiste. Nous sommes encore dépendants de ces discours qui, inventant des problématiques, ont traversé les siècles. On pense en premier lieu au porc. C’est Hérodote qui affirme son impureté, de laquelle découlerait la mise à l’écart de l’animal. La vision d’Hérodote, qui repose certes sur des faits, est pourtant en décalage avec celle des Égyptiens, qui parfois prennent la bête en mauvaise part, mais qui ordinairement mangent de sa viande. L’idée que la fève serait impure en Égypte procède aussi du regard grec, qui envisage la plante en termes pythagoriciens. Selon Hérodote, on n’en sèmerait point, et les prêtres n’en supporteraient même pas la vue, mais on ne peut rien tirer de la documentation égyptienne pour corroborer cette affirmation. Dans le discours grec, on s’intéresse beaucoup au prêtre, astreint à des interdits stricts. Pour Plutarque, les prêtres égyptiens s’abstiennent de légumineuses, et également de mouton et de porc, parce que ces aliments suscitent en abondance des excréments. Cette vision s’inscrit dans la vision grecque du régime alimentaire, qui fait part de préoccupations diététiques étrangères à la pensée égyptienne.

Goûts et Aversions Divines

Nos connaissances sur les goûts et les aversions égyptiennes concernent souvent un « autre monde » : la société des dieux et l’au-delà. Si les règles qui y prévalent ne sont pas précisément celles du monde des vivants - c’est parfois même tout à l’inverse -, le discours religieux donne néanmoins des indications importantes sur le rapport à certains aliments. Les appétits des dieux sont particuliers, parfois éloignés de la réalité alimentaire, et se révèlent en lien avec ce qui constitue mythologiquement leur nature. Les dieux ont des goûts - par exemple, Seth adore ses salades - comme des dégoûts. Ainsi, une plante sans doute amère, la plante djaïs, est de tout temps détestée par les dieux. Une historiette attestée depuis les Textes des Sarcophages affirme qu’Horus, attaqué par Seth sous forme de porc noir, retire de cette expérience une aversion (bwt) pour le porc.

En outre, on rencontre dans les textes religieux différentes mentions de détestation pour des substances infâmes. L’identité de celui qui mange et la nature du producteur de la déjection révèlent un statut parfois ambigu, puisque les excréments, déjections et autres sanies issues des corps divins constituent en certains cas une « matière sacrée ». Néanmoins, c’est bien dans le champ des immondices que se range une importante catégorie des choses immangeables évoquées dans les textes funéraires. Plusieurs objets de dégoût alimentaire peuvent être identifiés, en tête desquels les excréments et la pourriture, qui constituent le pôle néfaste de cette alimentation symbolique. Au contraire, le pain, l’eau et la bière sont, par excellence, les aliments favorables. Ce système structuré et polarisé procède d’une dimension particulière de l’idéologie alimentaire, marquant les goûts et les dégoûts, les compatibilités et les aberrations.

En conclusion, l'alimentation en Égypte antique était un élément central de la vie quotidienne, étroitement liée à la religion et aux pratiques sociales. Des céréales de base comme l'orge et le blé aux offrandes rituelles complexes, chaque aspect de l'alimentation avait une signification profonde. Les interdits alimentaires, bien que ponctuels et spécifiques, reflétaient les préoccupations de pureté et les aversions divines. La bière et le pain étaient les piliers de cette alimentation, accompagnant chaque repas et chaque cérémonie.

Aliments de base en Égypte antique
Aliment Description
Pain Fabriqué à partir de blé ou d'orge, consommé à tous les repas
Bière Boisson courante, faite à partir d'orge, souvent aromatisée avec des dattes
Viande Consommée plus fréquemment par les riches, incluant bœuf, volaille et porc
Fruits et légumes Consommés largement, incluant dattes, figues, oignons et légumes verts

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