L'essor des aliments à base d'insectes : Ce qu'il faut savoir

Depuis le 10 février, la Commission européenne a autorisé la commercialisation de produits alimentaires à base de « poudre de larves de ver de farine ». Le nom peut évoquer du dégoût pour certains, et de la crainte pour d’autres. Faisons le point sur cette nouvelle tendance alimentaire.

Quels produits sont concernés par la poudre d'insectes ?

L’idée d’incorporer des vers de farine dans l’alimentation humaine vient d’une entreprise lilloise : Nutri’Earth. La start-up en a fait la demande en 2019 à la Commission européenne. Six ans après, les insectes débarquent dans nos assiettes.

Derrière le nom de « ver de farine » se cache un nom scientifique un peu complexe : « Tenebrio Molitor » ou « Ténébrion Meunier ». Seules les larves sont utilisées pour en faire de la poudre.

Cette poudre de ver de farine ne dépassera pas 4 % de la composition totale de l’aliment. Voici le type de produits concernés et la proportion de la poudre qu’ils peuvent contenir :

Type de produits Proportion maximale de poudre de ver de farine
Pain, petits pains et gâteaux 4 %
Produits à base de pâte, compotes de fruits et de légumes 3.5 %
Produits de pommes de terre transformés 3 %
Fromage et produits fromagers 1 %

Avant de faire partie de l’alimentation des humains, la poudre de farine de larve était destinée à celle des animaux.

Avant la réglementation européenne, une marque française, Jimini’s, s’était déjà lancée dans la commercialisation de produits alimentaires contenant de la poudre d’insectes, différente de celle du ver de farine.

Comment détecter la présence d'insectes dans les produits alimentaires ?

Pendant les courses, les consommateurs peuvent dégainer leur téléphone pour scanner les produits qu’ils achètent. De nombreuses applications existent pour avoir des informations - apports nutritionnels, calories, etc. Une application s’est spécialisée dans le repérage d’insectes dans les produits alimentaires.

Lorsque vous voulez savoir si un produit contient des insectes, vous ouvrez l’application « Insect Scanner » et vous scannez le code-barres. Si l’aliment contient un insecte, l’écran affiche le nom de l’insecte. Elle est gratuite sur Google Play Store mais payante sur Apple Store.

Dans les avis laissés par les internautes, certains se plaignent que l’application ne répertorie pas tous les produits contenant des insectes.

La Commission européenne, dans sa réglementation, a affirmé que l’inscription : « poudre de larves entières de Tenebrio molitor (ver de farine) traitée aux UV » serait indiquée dans la liste d’ingrédients du produit alimentaire. Mais si vous n’arrivez pas à lire cette liste qui, avouons-le, est écrit en très petits caractères sur les paquets, vous pouvez vous diriger vers « Insect Scanner ».

D’autres insectes sont-ils présents dans notre alimentation ?

Quel est le point commun entre l’Orangina rouge et les fraises Tagada ? Ils contiennent tous les deux du carmin, un colorant rouge qui provient… d’un insecte ! Plus précisément, cette couleur rouge est obtenue à partir d’extraits de cochenille Dactylopius. En bref, de nombreux aliments colorés en partie ou en totalité en rouge contiennent de l’insecte. Sur la liste des ingrédients, on peut le reconnaître avec cette appellation : E120.

Dans plusieurs bonbons, ou même les fruits, on retrouve l’ingrédient « shellac ». C’est une laque utilisée pour faire briller le chocolat ou les pommes. Cet ingrédient est issu de la sécrétion d’une cochenille. Il ne s’agit pas donc pas de l’insecte en lui-même mais de ce qu’il produit. Un peu comme le lait de la vache par exemple. Il est aussi appelé E904 dans la composition d’un aliment.

Y a-t-il un risque pour ma santé si j’ai des allergies alimentaires ?

Concernant les produits contenant de la poudre de ver de farine, l’autorité européenne de sécurité affirme qu’il n’y a pas de risque pour la santé. En revanche, attention pour les personnes allergiques aux crustacés et aux acariens.

La farine d'insectes : une alternative nutritionnelle

Chez Jimini’s, ils réalisent depuis 2012 des produits alimentaires à base d’insectes comestibles ! La « farine d’insectes » possède naturellement les bienfaits nutritionnels des insectes entiers, en plus forte concentration : protéines, minéraux, acides aminés, omégas, tout y est. C’est la solution parfaite pour les personnes sceptiques à la consommation de l’insecte entier : invisible pour les yeux et qu’on ne sent pas dans la bouche.

Actuellement, elle s’utilise principalement en tant qu’ingrédient permettant d’enrichir en nutriments certains produits, comme dans les barres protéinées Jimini’s par exemple. La farine d’insectes peut également s’utiliser « nature » ou mélangée à d’autres farines.

Chez Jimini’s, ils la réalisent à partir de deux insectes différents : des petits vers de farine appelés des vers Buffalos ou des vers de farine plus connus : le Ténébrio molitor. Tout comme son cousin molitor, le ver de Buffalo possède de belles qualités nutritionnelles: il est riche en protéines, il contient également l’ensemble des acides aminés essentiels et il est source de fer !

Les avantages environnementaux de l’élevage d’insectes

Les insectes, en plus d’être bons gustativement, sont bons pour notre belle planète. Ils ont aussi besoin de moins de nourriture. Pour toutes ces raisons, chez Jimini’s, ils sont persuadés que les insectes sont une des solutions pour nourrir la population mondiale de demain.

En janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu publique sa première évaluation de produits alimentaires dérivés d’insectes. Ses experts ont évalué la pertinence et la sécurité de la consommation des larves séchées du ténébrion meunier (Tenebrio molitor), plus connues sous le nom de vers de farine en raison de leur goût pour les farines de céréales.

L’histoire est celle d’une agricultrice, mère célibataire avec deux enfants à charge, qui décide de se lancer dans l’élevage d’insectes, ou entomoculture. Mais tout ne se passe pas de la meilleure des façons, et le scénario bascule rapidement dans le fantastique, sur fond d’attaque de nuées de sauterelles devenues carnivores…

Si sa sortie se fait attendre, crise sanitaire oblige, cette œuvre a déjà fait parler d’elle : sélectionnée pour la Semaine de la critique du festival de Cannes 2020, elle s’est vue décerner à la fois le prix de la critique et le prix du public au 28ᵉ festival du film fantastique de Gérardmer.

L’occasion de s’interroger : l’entomoculture peut-elle constituer une solution durable pour assurer la sécurité alimentaire de l’humanité ?

Journée d'Entomoculture - Aspects règlementaires du bétail

L'entomophagie : une pratique déjà répandue dans le monde

Les conclusions de l’évaluation de l’EFSA sont claires : la consommation du « nouvel aliment » que constituent les larves de Tenebrio molitor est sûre. Cependant, les experts soulignent que les personnes présentant des allergies aux crustacées ou aux acariens pourraient être également sensibles aux préparations à base de vers de farine.

Une nouvelle qui n’en est pas une pour certains de nos semblables : dans divers endroits de la planète, les insectes constituent déjà une ressource alimentaire. Nombreux sont celles et ceux qui, en Asie, Amérique latine ou Asie, se nourrissent traditionnellement d’insectes. Criquets, fourmis, scarabées, adultes ou au stade larvaire… Quelque 2 000 espèces font ainsi le régal de 2 milliards d’individus.

Cette consommation d’insectes, ou entomophagie, a cependant du mal à émerger dans les autres régions du monde, où elle rebute car ne correspond à aucune pratique culturelle. Dans nos sociétés aseptisées et urbanisées, les insectes sont en effet avant tout considérés comme des nuisibles, sales et peu ragoutants, porteurs de maladies plus que source de gourmandise.

Élever des insectes pour nourrir les animaux

Donner à manger des insectes aux animaux que nous élevons : voilà déjà une piste plus prometteuse et acceptable par les Occidentaux que nous sommes. En effet, on estime que d’ici 10 ans, la demande en protéines animales sera au moins 50 % plus élevée qu’elle ne l’était il y a 10 ans. Or la production de viande et de poisson est gourmande en ressources, notamment en protéines, qu’il faut trouver à grand renfort de culture intensive de soja (pour nourrir le bétail) ou pêche intensive de poissons qui sont réduits en farine pour nourrir… les poissons d’élevage (25 % de la pêche mondiale est destinée à l’aquaculture, avec les conséquences que l’on observe déjà sur l’épuisement des ressources halieutiques).

La solution de trouver ces protéines dans les insectes semble donc opportune. Robustes, peu gourmands en ressources (ils peuvent se nourrir de divers déchets animaux ou végétaux), les insectes fournissent de la biomasse (protéines, mais aussi lipides et chitines, des molécules de la famille des glucides qui constituent leurs carapaces) à faible coût environnemental.

Mais ce n’est pas tout… car les insectes, par leurs déjections, procurent une matière riche en azote utilisable pour faire des engrais naturels qui viendront nourrir les cultures. Attention cependant : les végétaux ainsi produits, comme tous ceux qui font appel à des engrais d’origine animale (lisier, fumier et autre) ne sont pas à strictement parler pas « vegan », car reposant sur un apport d’azote issu d’un élevage animal.

Un marché en croissance

Aujourd’hui, des fermes à insectes se développent donc, et le leader mondial est français : il s’agit de l’entreprise Ynsect, qui a récemment levé plus de 400 millions de dollars. Elle ouvrira d’ici un an la plus grande ferme verticale au monde où seront produites plus de 100 000 tonnes par an sur 40 000 m2, à partir d’une seule espèce, le ver de farine.

Ailleurs, d’autres misent plutôt sur les criquets : en Thaïlande, 20 000 élevages de crickets domestiques produisent, en moyenne, 7 500 tonnes d’insectes par an, destinés à la fois à la consommation personnelle et à la vente. Aux États-Unis, quelques sociétés s’essaient à améliorer le goût ou les propriétés nutritives de ces insectes en espérant convaincre les consommateurs. Selon certaines projections, le marché mondial des insectes comestibles, pourrait atteindre 8 milliards de dollars et un volume de 730 000 tonnes en 2030.

Ynsect : un leader français de l'élevage d'insectes

Ynsect développe une alternative à la fertilisation chimique et l'importation de protéines végétales : l'élevage d'insectes pour produire des ingrédients prémium naturels de haute qualité pour l'aquaculture, la nutrition animale, les plantes et les humains. Pour fin 2022, la start-up construit une ferme verticale de 45 000 m2 de carbone négatif et devrait créer 500 emplois directs et indirects.

À première vue, si ce ne sont les couleurs vives du bâtiment, Ÿnsite ressemble à n'importe quel site agroalimentaire. À l'intérieur, c'est tout autre... La « fermilière », concept innovant de ferme verticale développé par Ÿnsect après plusieurs année de recherche, permet l'élevage et la transformation à grande échelle des larves du ténébrion (tenebrio molitor), mieux connu sous le nom de « ver de farine », en raison de ses goût alimentaires.

Inspiré du principe de la fourmilière, l'atelier d'élevage se présente sous la forme de bacs superposés - il y en a plus de 1 000 - contenant chacun des larves. Une fois dans l'atelier de transformation, placé sous la responsabilité d'Amandine Bonnotte, titulaire d'un BTSA Sciences et technologies des aliments, les larves subissent plusieurs actions thermomécaniques, sans aucun additif. À l'arrivée, deux produits destinés à la nutrition animale : une poudre riche en protéines et une huile riche en acides gras polyinsaturés. Quant aux déjections, elles sont valorisées en engrais pour les plantes.

« Ÿnsect s'intègre totalement dans le concept d'économie circulaire », explique Antoine Hubert, président et co-fondateur de la start-up. « Pour nourrir les insectes, nous valorisons des co-produits agricoles locaux, comme le son de blé ». Un aspect important pour Ÿnsect dont l'ambition est de « contribuer à un système alimentaire mondial plus durable ».

Avec 23 brevets à son actif, Ÿnsect se positionne comme l'un des champions mondiaux de la filière insectes, surfant sur une dynamique globale autour de deux thématiques : les protéines alternatives d'un côté, l'AgTech / FoodTech de l'autre. Pour la troisième année consécutive, Ÿnsect préside d'ailleurs l'IPIFF (International Platform of Insects for Food and Feed), association qui regroupe les éleveurs et transformateurs d'insectes européens.

Cofondée en 2011 par Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro et Alexis Angot, la start-up Ÿnsect grandit d'abord au sein d'Agoranov, un incubateur parisien, avant de s'installer au Genopole d'Évry. En 2019, la start-up obtient une subvention de 20 millions d'euros de l'Union européenne et lève 110 millions d'euros pour construire la plus grande ferme verticale du monde d'ici fin 2021-2022.

Réglementation et étiquetage des aliments contenant des insectes

L’Union européenne a donné, fin janvier, son feu vert à l’utilisation d’une poudre issue de larves de Tenebrio molitor, ou vers de farine, dans certains produits alimentaires. Dès le 10 février, cette poudre traitée aux ultraviolets sera officiellement considérée comme un aliment. Toutefois, la présence d’insectes devra obligatoirement être mentionnée sur les emballages et les proportions seront réglementées : jusqu’à 4 grammes pour 100 grammes de pain et 3,5 grammes dans les pâtisseries.

À la suite d’une demande de la société Nutri’Earth, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a mené une évaluation et a conclu que la consommation de cet insecte est sûre. Cette nouvelle autorisation s’inscrit dans une dynamique plus large visant à proposer des alternatives aux protéines animales. D’autres insectes, comme le grillon domestique ou le petit ténébrion, sont déjà utilisés dans l’alimentation.

La Commission européenne vient de donner le feu vert à l’utilisation de poudre de grillon domestique dans l’alimentation. C’est le quatrième produit à base d’insectes qui reçoit le feu vert de Bruxelles. Parmi les pistes pour diminuer la part de produits carnés dans notre alimentation, les insectes figurent en bonne place : riches en protéines et peu coûteux à produire, ils ont de solides atouts.

Certes, ils doivent encore surmonter la réticence des consommateurs occidentaux, peu adeptes de ce genre de mets, et les contraintes réglementaires. Mais les obstacles se lèvent peu à peu.

L’autorisation de mise sur le marché de poudre de grillon domestique accordée par la Commission européenne, le 3 janvier 2023, est la quatrième en deux ans pour ce type de produits. Certains sont proposés entiers aux consommateurs. Mais compte tenu de la répulsion des Européens face à ces animaux, les fabricants visent plutôt à l’introduction sous forme de farine, dans les biscuits sucrés ou salés ou les pâtes, par exemple.

Selon la rumeur, les fabricants ne seraient pas obligés de signaler qu’ils utilisent des insectes (en général broyés) parmi leurs ingrédients. Rassurez-vous, cet étiquetage est bel et bien obligatoire : il doit figurer dans la liste des ingrédients, sur l’emballage du produit. Et il est d’autant plus signalé aux consommateurs qu’il est un allergène potentiel pour les personnes sensibles aux crustacés et aux acariens.

En effet, l’étiquetage de la composition des ingrédients est strictement encadré par la réglementation européenne de 2011 concernant l'information du consommateur sur les denrées alimentaires, dite « INCO ». En parallèle, les insectes sont soumis à la réglementation européenne de 2015 sur les nouveaux aliments, dite « Novel Food ».

Les rares insectes autorisés pour la consommation humaine en Europe le sont au compte-goutte, exclusivement aux fabricants qui en font la demande, via un dossier d’autorisation décrivant précisément le produit : sous quelle forme, quelles teneurs en différents composants, leur innocuité, les risques allergènes, etc.

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