Additif Alimentaire E171 : Danger et Présence Insoupçonnée

Le dossier "bonbons", popularisé par Brel, relance la polémique sur l’additif alimentaire E171, connu scientifiquement sous le nom de dioxyde de titane (TiO2). Soupçonné de provoquer des troubles du système immunitaire et des lésions précancéreuses de l’intestin, cet additif ne concerne pas uniquement les amateurs de confiseries.

Qu'est-ce que le E171 ?

Le E171 est un additif ressemblant à du talc, composé à 45% de nanoparticules. Ces particules sont extrêmement petites, environ 10 000 fois plus petites qu'un grain de sel, et ont la capacité de franchir des barrières physiologiques telles que les intestins, le cerveau ou les reins. Utilisé dans l’agroalimentaire pour blanchir et opacifier des produits comme les dentifrices, bonbons, confiseries et plats préparés, c’est l’un des cinq nanomatériaux de synthèse les plus couramment utilisés dans des produits de consommation courante.

Dès 2006, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) avait classé cette substance comme « cancérogène possible si inhalé ».

Présence du E171 dans les Médicaments

Les produits alimentaires ne sont pas les seuls à pouvoir contenir du E171 ou dioxyde de titane (TiO2), et de loin. Bien davantage que dans vos placards de cuisine, c’est dans votre armoire à pharmacie qu’il se cache. Faites le test en consultant les notices de vos comprimés, gélules et autres sachets, ce colorant est omniprésent ! Les chiffres obtenus en consultant la base de données recensant les médicaments mis sur le marché en France sont vertigineux : plus de 4 000 médicaments contiennent le colorant E171.

Voici quelques exemples de médicaments parmi les plus consommés :

  • Doliprane, Dafalgan, Efferalgan et les génériques de paracétamol
  • Advil et les génériques d’ibuprofène
  • Spasfon
  • Augmentin et génériques d’amoxicilline
  • Tahor et Crestor (statines)
  • Médicaments à base de metformine (antidiabétiques)
  • D’omeprazole (contre les ulcères et le reflux gastro-œsophagien)
  • De losartan (antihypertenseurs)

Bref, l’additif se niche partout, qu’il s’agisse de spécialités prises en automédication par tout un chacun ou de traitements quotidiens pour malades chroniques. Sans compter les compléments alimentaires : une recherche sur un site de parapharmacie remonte 650 résultats qui concernent la plupart des grandes marques (Arkopharma, Forte Pharma, Omega Pharma, Juvamine, Oenobiol, Naturactive, Solgar, Pileje, etc.) et des secteurs (minceur, fatigue, stress, ménopause, confort articulaire, etc.).

Dans la liste des ingrédients du Dafalgan, le colorant E171.

Les Nanoparticules en Cause

La récente étude de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) qui évoque la toxicité du TiO2 utilisé dans les produits alimentaires l’attribue au fait qu’il se présente en partie sous forme de nanoparticules, des particules infiniment petites aux propriétés et aux potentialités toxiques bien différentes de celles de plus grande taille. C’est là le cœur du problème. Le dioxyde de titane utilisé dans les médicaments est-il lui aussi en partie nanoparticulaire ? Apparemment, oui.

« Nous avons commandé la poudre donnée aux rats chez un fournisseur d’additifs pour l’industrie alimentaire, précise Éric Houdeau, directeur de recherche à l’Inra, qui a piloté cette étude. Je ne peux pas être affirmatif mais tout laisse à penser que c’est le même type de poudre qui est utilisée par les laboratoires pharmaceutiques. » La réglementation européenne précise d’ailleurs que les colorants autorisés dans les médicaments doivent obéir aux mêmes spécifications que ceux employés par l’industrie agroalimentaire et, sur les notices, le dioxyde de titane emprunte son nom de code à l’additif E171. A priori, il s’agit donc de la même chose.

Un des leaders du marché des ingrédients à destination de la pharmacie, Colorcon, a déjà tenté de répondre aux précédentes mises en cause du dioxyde de titane en assurant que ce colorant n’est jamais nanoparticulaire car à cette petite taille, le TiO2 ne possèderait pas de propriétés colorantes et opacifiantes. Un plaidoyer pro domo peu convaincant : en avril 2013, la firme annonçait que l’Association internationale des fabricants de colorants avait entrepris une vaste étude pour démontrer que le dioxyde de titane commercialisé par ses membres ne contenait pas de « nanos ». Les conclusions se font toujours attendre… Et dans la poudre utilisée par les chercheurs de l’Inra, bel et bien destinée à colorer des produits, il y avait 45 % de nanoparticules.

Si risque il y a, il concerne donc aussi l’absorption via les médicaments. Ce n’est néanmoins pas une raison suffisante pour stopper un traitement utile et efficace. La quantité de dioxyde de titane absorbée par ce biais est probablement limitée car il ne s’agit que de l’excipient de comprimés, gélules ou sachets qui eux-mêmes ne pèsent pas bien lourd. Par ailleurs, si l’étude menée par l’Inra alourdit les soupçons, elle ne constitue pas à ce stade une preuve de dangerosité chez l’homme.

C’est l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) qui doit désormais évaluer cette toxicité. Vaste question car les recherches en la matière sont extraordinairement complexes, longues et coûteuses. L’UFC-Que Choisir demande donc aux pouvoirs publics que la présence de dioxyde de titane dans les médicaments soit prise en compte par l’Anses dans son évaluation.

E171 Dioxide de titane Ils passent dans tous nos organes

Études et Résultats Scientifiques

Profitant d’Halloween pour pointer son microscope sur une centaine de confiseries, l’association Agir pour l’environnement a récemment alerté le grand public sur cette substance. C’est chose faite avec l’étude menée par l’INRA et publiée en janvier 2017 dans la prestigieuse revue Nature (Bettini et al.).

Les chercheurs ont constaté que les nanoparticules de l’additif alimentaire parvenaient à pénétrer la paroi de l’intestin du rat, provoquant une baisse de l’activité de son système immunitaire. 40% des rats ayant ingéré pendant 100 jours du dioxyde de titane par voie orale ont développé des lésions précancéreuses du côlon. La dose administrée, fixée à 10 milligrammes par kilogramme de poids corporel et par jour, est proche de celle que nous ingérons au quotidien.

Si l’étude n’offre pas de certitude absolue quant aux risques de l’additif sur la santé humaine, elle interroge sur les normes de sécurité alimentaire en Europe. Certes, nous consommons cette substance à très faible dose. Mais les nanopoudres se glissent partout (agriculture, emballages et films alimentaires susceptibles de migrer vers les aliments), et les scientifiques redoutent la bio-accumulation et les effets cocktails.

Résultat des courses : l’ANSES, dans un avis publié en avril 2017, reconnaît que « les résultats de l’étude de Bettini et al. (2017) mettent en évidence des effets qui n’avaient pas été identifiés auparavant, notamment les potentiels effets promoteurs de la cancérogenèse du E171 » tout en précisant que « les résultats présentés dans cette publication ne permettent cependant pas à ce stade de remettre en cause l’évaluation du E171 menée par l’Efsa. L’ANSES souligne toutefois l’importance de réaliser de nouvelles études sur un nombre plus important de rongeurs (l’étude Bettini et al.

Interdiction et Réglementation

La décision d’interdire le E171 dans la nourriture avait pourtant été tranchée en novembre 2018, à l’issue des états généraux de l’alimentation, avec la loi Egalim. Un texte promulgué mais pas appliqué. Un blocage qui a pris fin grâce à un nouvel avis de L’ANSES. Saisie en février 2019 par les Ministères chargés de l’économie, de la santé, de l’agriculture et de l’environnement, l’Agence a rendu un rapport actualisé à la lumière des données scientifiques publiées depuis 2017.

Depuis le 1er janvier 2020, les denrées alimentaires contenant du dioxyde de titane ne doivent plus être mises sur le marché français. Pour veiller au respect de cette suspension, la DGCCRF a effectué des contrôles tant en 2020 qu’en 2021. Depuis 2022 l’utilisation du E171 dans les denrées alimentaires n’est plus autorisée dans l’Union européenne ; toutefois, la mesure européenne prévoit un écoulement des stocks.

Cette nouvelle restriction fait partie de la loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et Alimentaire (EGalim). Cette mesure d’interdiction ne concerne pas les cosmétiques (dont le dentifrice) et les médicaments.

Contrôles et Constatations

Les enquêtes menées en 2020 puis en 2021 ont permis de constater que la mesure de suspension était connue et respectée par une grande majorité d’entreprises contrôlées. Globalement, les contrôles ont montré que la majorité des entreprises contrôlées étaient déjà bien sensibilisées à la problématique liée à l’interdiction du dioxyde de titane, voire avaient anticipé la mesure.

Toutefois, lors de leurs contrôles, les enquêteurs ont constaté une utilisation ou une commercialisation des produits contenant du dioxyde de titane malgré leur interdiction par certains opérateurs de petite taille : boulangers-pâtissiers, distributeurs de produits étrangers, vendeur de pâtisseries orientales.

Présence dans d'Autres Produits

Le TiO2 entre dans la composition d’une grande variété de produits finis tels que des peintures, des cosmétiques (crèmes solaires, dentifrices…), mais aussi des médicaments, des produits alimentaires ou des produits de construction (bâtiment et travaux publics).

Cosmétiques

Depuis août 2016, la forme nano des particules de dioxyde de titane est inscrite à l’annexe VI du Règlement européen relatif aux cosmétiques. Elles sont autorisées sous formes micrométrique et nanométrique (concentration de 25% du total de la préparation prête à l’emploi, sauf pour les sprays pouvant donner lieu à une exposition des poumons par inhalation). Le plus souvent les produits solaires contiennent entre 2 et 10 % de TiO₂.

Utilisées principalement sous forme rutile (ou mélange anatase/rutile), les nanoparticules de TiO₂ sont enrobées d’une couche protectrice faite d’alumine, d’hydroxyde d’aluminium ou de silice devant empêcher la formation de radicaux libres (qui provoquent le vieillissement cutané). Cet enrobage est lui-même enrobé par un agent tensioactif à base de silicium afin d’assurer la dispersion des nanoparticules dans le produit final.

Secteur du BTP

Dans le secteur du BTP, la présence de TiO2 sous forme pigmentaire se retrouve principalement dans les formulations de peintures et d’enduits de signalisations de la route. La forme nanométrique a été introduite pour exploiter ses propriétés photocatalytiques transférables au produit dans lequel il est incorporé. Ainsi il est utilisé comme agent dépolluant de l’air ou d’auto-entretien de la structure considérée (verre, béton, bitume, céramique..).

Risques et Expositions Professionnelles

L’exposition la plus forte au TiO2 nanométrique du salarié est celle liée à la manipulation de produits pulvérisés ou de suspension liquide lors de diverses activités professionnelles, comme des opérations de pulvérisations, de ponçages (vernis, peintures). Ces expositions ont été ou sont encore ignorées par les salariés concernés alors que ces professionnels devraient faire l’objet d’une sensibilisation et d’une surveillance ciblée.

L’Anses recommande des valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) pour renforcer la prévention des risques pour les travailleurs et préconise une VLEP-8h de 0,80 microgramme par mètre cube sur une durée de 15 minutes.

Dioxyde de Titane et Médicaments : Un Paradoxe

Interdit dans l’alimentation depuis 2022, le dioxyde de titane (E171) continue pourtant d’être massivement utilisé dans les médicaments. Un paradoxe qui inquiète les patients et les associations, alors que les effets potentiellement nocifs de cette substance sont désormais bien documentés. Utilisé pour blanchir et rendre plus attractifs les comprimés, le dioxyde de titane est un colorant blanc connu sous le nom d’E171.

Pourtant, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu en 2021 que cet additif ne pouvait plus être considéré comme sûr lorsqu’il est ingéré.

Risques Potentiels pour la Santé

Le centre de lutte contre le cancer Léon Bérard rappelle que l’additif E171 contient des nanoparticules, capables de traverser certaines barrières biologiques. Chez l’animal, des études ont montré que l’ingestion répétée de E171 pouvait favoriser l’apparition de lésions précancéreuses dans le côlon.

Même si les données sur l’humain sont encore limitées, le principe de précaution a conduit plusieurs pays, dont la France, à bannir l’additif dans l’alimentation, précise le centre de lutte contre le cancer.

Autorisation et Alternatives dans les Médicaments

L'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) explique que la directive européenne limite l’utilisation de colorants comme le dioxyde de titane dans les médicaments humains et vétérinaires, en autorisant seulement ceux validés pour l’alimentation. Cependant, en 2021, l’Agence européenne du médicament (EMA) a estimé que l'on ne pouvait pas retirer cette substance des médicaments sans risquer de nuire à leur qualité ou à leur disponibilité dans l’Union européenne.

Les industriels sont donc encouragés à chercher rapidement des alternatives. Si l’additif est toujours autorisé dans les médicaments pour leur blanchiment, ce n’est pas par absence de solutions alternatives. Selon Mathilde Detcheverry de l’association Avicenn, l’industrie pharmaceutique mène un lobbying intense auprès des institutions pour éviter ou repousser l’interdiction.

La Commission européenne n’a pas encore tranché sur l’avenir du dioxyde de titane dans les médicaments.

Passage de la Barrière Placentaire

Le dioxyde de titane, additif largement utilisé dans l'alimentation, a déjà montré sa toxicité chez les rats. Chez l'homme, on le retrouve dans le foie et la rate. Aujourd'hui, une nouvelle étude met en évidence le passage de la barrière placentaire du fameux E 171 sous la forme de nanoparticules.

Constatant qu'il n'y avait pas d'études de risques pour les femmes enceintes, le Haut Conseil de Santé publique avait souhaité que des études soient menées.

L'équipe a ensuite constaté qu'au bout d'une heure, ce E 171 se retrouvait du côté fœtal du placenta, preuve que la barrière a été franchie. Quant au fœtus, il a suffi de récolter du méconium (les premières selles du bébé à la naissance) pour réaliser les mêmes analyses. Seulement un méconium sur deux contenait des nanoparticules mais en concentration plus forte.

Au vu des effets sur les rats (retard du développement du souriceau in vivo et effets sur le comportement), la question inquiète. De nouvelles études nécessaires"Ce n'est pas possible de transposer des études faites sur l'animal à l'être humain" tranche Eric Houdeau. C'est la raison pour laquelle, il faut désormais aller plus loin.

Absorption par les Muqueuses Buccales

Dans cette étude, les scientifiques ont suivi les particules de TiO2 grâce à de la microscopie électronique couplée à une analyse spectrométrique du titane. Ils ont également utilisé le « nanoparticle-scope », une technologie innovante permettant de cartographier leur distribution dans les tissus à l’échelle du nanomètre. Les tests montrent qu'elles sont rapidement absorbées.

Tableau Récapitulatif: Réglementation du Dioxyde de Titane (E171)

Secteur Statut du E171 (TiO2) Réglementation
Alimentation Interdit Interdiction dans l'UE depuis 2022 (France depuis 2020)
Médicaments Autorisé (sous surveillance) EMA évalue les alternatives, Commission Européenne n'a pas encore tranché
Cosmétiques Autorisé (avec restrictions) Annexe III et VI du règlement européen n° 1223/2009
BTP (Peintures, Enduits) Autorisé (avec étiquetage) Classé cancérogène suspecté par inhalation (étiquetage obligatoire)

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