Dans un monde où l'alimentation est au cœur des débats sur la santé, un sujet explosif émerge : les oxalates. Ces composés naturels présents dans de nombreux végétaux, souvent qualifiés de "super aliments", pourraient être bien plus problématiques qu’on ne le pense. Cet article explore l'univers des oxalates, inspiré d’une discussion passionnante entre Marion Kaplan, naturopathe, et Nassedine, journaliste scientifique, à travers le livre Toxic Superfood de Sally K. Norton, récemment traduit en français sous le titre Toxic Veggies.
Les oxalates sont des composés produits par les plantes pour se défendre contre les prédateurs, y compris les humains. L’acide oxalique, présent dans certains végétaux, est le précurseur des oxalates. Présents dans des aliments comme les épinards, le cacao cru, les amandes ou la rhubarbe, ils agissent comme des antinutriments, c’est-à-dire des substances qui interfèrent avec l’absorption des nutriments essentiels. Sally K. Norton, experte en nutrition formée à Cornell, décrit les oxalates comme "le plus puissant antinutriment rencontré par le corps humain".
Lorsqu’il rencontre des minéraux comme le calcium, il forme des cristaux d’oxalate, des structures corrosives qui s’incrustent dans les reins, les articulations, la peau, et même le cerveau.
Vous obtenez des oxalates de deux manières principales :
Dans votre intestin, l’acide oxalique agit comme un « voleur de minéraux ». Il se lie au calcium, au magnésium ou au fer de votre repas, formant des cristaux d’oxalates. Cette liaison rend non seulement ces minéraux inabsorbables, mais elle crée aussi ces cristaux pointus et potentiellement irritants.
Le principal risque identifié est la formation de cristaux dans l’urine. Lorsque les niveaux de calcium et d’oxalate sont élevés, ils peuvent former des cristaux pointus d’oxalate de calcium, le type le plus courant de calculs rénaux. En France, 6,8 millions de personnes souffrent de calculs rénaux, dont 50 % risquent une récidive dans les 5 ans. Un calcul rénal est un agrégat solide de minéraux dissous, le plus souvent composés d’oxalate de calcium. En effet, selon une étude française portant sur 51 747 calculs analysés entre janvier 2001 et décembre 2004, l’oxalate de calcium est le composant le plus fréquent, avec 71,8 % des calculs.
Comment le corps gère-t-il les oxalates ? Principalement par l’urine. Chaque jour, votre corps travaille pour éliminer l’excès d’oxalates. On considère généralement qu’une excrétion urinaire normale se situe en dessous de 40 à 50 milligrammes (mg) par 24 heures. Cependant, il est important de noter que le risque de former des calculs rénaux peut commencer à augmenter même avec des niveaux supérieurs à 25-30 mg par jour.
Pour une personne en bonne santé, une consommation totale d’environ 100 à 150 mg par jour est souvent considérée comme tolérable, mais ce seuil diminue drastiquement en cas de sensibilité ou de problèmes intestinaux.
L’erreur est de limiter le problème des oxalates aux reins. Il s’agit d’une toxine qui agit par saturation lente et silencieuse. Lorsque l’organisme ne peut plus les éliminer, ces cristaux microscopiques peuvent se déposer partout, provoquant une multitude de symptômes chroniques et inexpliqués :
Le danger réside dans le fait que ces symptômes apparaissent progressivement, souvent des années après le début d’une alimentation riche en oxalates, passant sous les radars des analyses classiques.
Connaître la teneur en oxalates des aliments peut être utile si vous devez y faire attention. Voici une idée générale (les teneurs exactes peuvent varier) :
| Très Riches en Oxalates | Riches en Oxalates | Modérés en Oxalates | Faibles en Oxalates |
|---|---|---|---|
| Épinards (surtout crus) | Framboises | Myrtilles | Pommes |
| Rhubarbe | Dattes | Banane | Raisins |
| Blettes (ou bettes à carde) | Figues sèches | Avocat | Pêches |
| Sarrasin | Kiwi | Pain complet (quantité limitée) | Melon |
| Amarante | Haricots (blancs, pinto, noirs) | Carottes crues | Chou-fleur |
| Amandes et beurre d'amande | Lentilles | Céleri | Concombre |
| Son de blé, germe de blé | Quinoa | Haricots verts | Champignons |
| Betteraves | Noix de pécan | Artichaut | Laitue (iceberg, romaine) |
| Chocolat noir, cacao en poudre | Cacahuètes et beurre de cacahuète | Orange | Brocoli (cuit) |
| Pommes de terre (surtout avec la peau) | Frites | Pistaches | Courgettes |
| Pistaches | Chips de pomme de terre | Patates douces | Riz blanc |
| Produits à base de soja (graines, tofu ferme, lait de soja - variable) | Pâte de tomate | Viandes, volailles, poissons, œufs | Noix de cajou |
| Certaines céréales complètes | Huiles et graisses | Graines de sésame, tahini | Eau, tisanes (la plupart) |
| Persil | Oseille |
(Note : La cuisson, en particulier l’ébullition, peut réduire la teneur en oxalates de certains aliments).
Des aliments comme les épinards, les amandes, le cacao cru, les graines de chia ou le thé matcha sont souvent présentés comme des remèdes miracles. Pourtant, ils sont parmi les plus riches en oxalates. Par exemple, 100 g d’épinards contiennent 75 mg d’oxalate, alors que le corps humain ne peut tolérer que 100 à 150 mg par jour en conditions optimales.
Sally Norton met en garde contre la mode du "juicing" et des smoothies verts, popularisée en Californie. Elle-même végétalienne à une époque, elle a vu sa santé se détériorer à cause de ces pratiques.
L’analyse des oxalates dans les épices et les herbes aromatiques révèle une caractéristique importante : leur teneur signalée en oxalates par 100 g peut être très élevée, mais la quantité réellement consommée dans une portion culinaire est si faible que leur contribution au risque alimentaire quotidien est généralement limitée pour la majorité des personnes.
Une cuillère à café de cumin (~2 g) contient typiquement quelques dizaines de mg d’oxalate si on applique les valeurs publiées. Autrement dit, même des épices à forte concentration peuvent fournir, en portion culinaire, beaucoup moins d’oxalate qu’une portion de légumes à très haute teneur (ex. épinards).
Les chiffres relatifs à la teneur en oxalates varient selon plusieurs facteurs :
Tout le monde n’a pas besoin de craindre les oxalates. Si vous êtes en bonne santé générale et n’avez pas d’antécédents de calculs rénaux d’oxalate de calcium, réduire drastiquement des aliments nutritifs contenant des oxalates n’est probablement pas nécessaire et pourrait même être contre-productif.
Vous devriez accorder plus d’attention aux oxalates si :
Pour beaucoup de gens sensibles aux oxalates, le problème ne vient pas seulement des oxalates qu’ils mangent. Il s’agit plutôt de ce qui se passe à l’intérieur de leur intestin.
Voici pourquoi votre intestin est si important :
Se concentrer uniquement sur l’évitement des oxalates alimentaires sans traiter les problèmes de santé intestinale sous-jacents passe souvent à côté de l’essentiel.
Vous lirez peut-être des discussions en ligne sur le « relargage d’oxalates » (« oxalate dumping »), où des gens affirment qu’une réduction soudaine de l’apport en oxalates pousse le corps à libérer les oxalates stockés, entraînant des symptômes temporaires.
Attention : Il n’y a pas de preuves scientifiques solides pour étayer ce mécanisme spécifique de « relargage » tel qu’il est souvent décrit. Bien que le mécanisme exact soit encore débattu, l’expérience de nombreux praticiens et patients suggère que ce phénomène est réel. Par mesure de sécurité, toute réduction des oxalates doit être progressive et non brutale.
Si vous devez gérer votre charge en oxalates (probablement à cause de calculs rénaux ou sur conseil d’un professionnel de santé), voici quelques étapes judicieuses :
La bonne nouvelle ? Les oxalates, bien que persistants, peuvent être neutralisés avec des stratégies simples et peu coûteuses.
Marion Kaplan et Nassedine soulignent l’importance de tester son microbiote pour vérifier la présence d’Oxalobacter formigenes. Des laboratoires comme LIMS en Belgique proposent ce type d’analyse.
Une hydratation adéquate est la clé pour éviter la formation de calculs rénaux. L’objectif est d’atteindre un volume urinaire supérieur à deux litres par jour. Les liquides doivent être consommés tout au long de la journée et doivent avoir de préférence un pH neutre.
Les agrumes et leurs jus sont les meilleures sources naturelles de citrate, notamment citron, orange, pamplemousse, mandarine, pomelo. Ces aliments augmentent le taux de citrate dans les urines et le pH urinaire ; en se liant au calcium, ils réduisent la quantité de calcium disponible pour se lier à l'oxalate et former des calculs.
Contrairement à une idée reçue, il ne faut pas réduire l’apport en calcium. Au contraire : un apport suffisant aide à prévenir la formation des calculs. Avec un faible apport calcique, davantage d’oxalate passe dans le sang puis dans les reins. Les études montrent qu’un régime pauvre en calcium augmente le risque de calculs symptomatiques.
Les techniques culinaires ont un impact direct sur la quantité d’oxalates. L’ébullition est la méthode la plus efficace : elle permet de réduire de 30 à 87 % la teneur en oxalates solubles, selon le type de légume. La cuisson vapeur est moins efficace (réduction de 5 à 53 %), car l’eau entre peu en contact avec les aliments.
Si la plupart des personnes peuvent consommer sans risque des aliments riches en oxalates, certains profils sont plus sensibles à leurs effets. Une gestion alimentaire adaptée, associée à une bonne hydratation et à un apport suffisant en calcium et citrates, peut limiter leur accumulation et préserver la santé rénale.
Ce livre n’est pas une croisade contre les légumes ou le végétarisme. Sally Norton, elle-même ancienne végétalienne, insiste sur une approche équilibrée. Environ 30 % des végétaux sont riches en oxalates et doivent être consommés avec prudence, mais 70 % restent sûrs et bénéfiques.
Les oxalates sont un sujet complexe mais crucial, qui touche des millions de personnes sans qu’elles le sachent. Des calculs rénaux aux troubles métaboliques, en passant par les douleurs chroniques, ces antinutriments passent trop souvent sous les radars. Grâce à Sally K. Norton, nous disposons désormais d’outils pour identifier et neutraliser cette menace.
Alors, prêt à revoir votre smoothie vert ? Lisez Toxic Veggies, adoptez les protocoles de Sally Norton, et partagez cette connaissance. Comme le dit Marion Kaplan, "le partage des connaissances, c’est contribuer à un monde meilleur".
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