La Consommation de Viande en 2050 : Enjeux et Perspectives

Le 10 juillet 2023, l’OMS a publié une note d’information intitulée : Viande rouge et transformée dans le contexte de la santé et l’environnement : de nombreuses nuances de rouge et de vert. Cette note synthétise les données relatives au rôle de la production et de la consommation de viande rouge et transformée sur la santé et l’environnement, dans différents contextes sociaux et politiques.

Dans la suite de cette synthèse, nous nous placerons dans la situation qui nous intéresse, c’est-à-dire celle de la France (pays à revenu élevé).

L'impact de la viande sur l'environnement expliqué en 4 minutes

Impacts de la Consommation de Viande

Il existe un consensus international croissant sur l’importance de la transformation des systèmes alimentaires pour relever les défis de la malnutrition sous toutes ses formes, du fardeau des maladies non transmissibles, de la durabilité environnementale, de l’accroissement des inégalités et de la garantie du bien-être des travailleurs et des animaux.

Sur la Santé

En ce qui concerne la santé humaine, la viande rouge peut être un élément important d’un régime alimentaire sain, en particulier aux stades clés de la vie. Elle est riche en vitamines et minéraux hautement biodisponibles - en particulier le fer et la vitamine B12 - et autres composés essentiels à la croissance, au développement et à la bonne santé. Au niveau sanitaire, la consommation excessive de viande rouge et/ou de viande transformée contribue à la forte prévalence des maladies non transmissibles : diabète de type II, maladies cardio-vasculaires et certains cancers.

La consommation excessive de viande rouge et de viande transformée est associée à un risque accru de maladies non transmissibles, notamment le cancer, les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2. La cuisson à haute température (grillades, fritures, fritures profondes et barbecues) produit de grandes quantités de composés nocifs. Les viandes “ultra-transformées” semblent contribuer au risque de maladies non transmissibles en plus des risques liés aux viandes transformées. En outre, plus d’un tiers des maladies d’origine alimentaire sont liées à des aliments d’origine animale, y compris la viande, et certains des composés présents ou des additifs utilisés dans les viandes transformées peuvent accroître les risques en matière de sécurité alimentaire.

Pour les adultes, les recommandations actuelles émanant de diverses autorités sanitaires au sujet de la consommation de viande rouge se situent entre 98 g et 500 g par semaine, la fourchette basse étant la plus favorable. Ainsi, dans les pays ayant accès à une alimentation abondante et variée, une diminution de la consommation de viande rouge et transformée est souhaitable.

Sur l'Environnement

Au niveau environnemental, l’élevage de ruminants est associé à des impacts environnementaux importants. L’élevage de ruminants est également associé à des impacts environnementaux non durables, tels que les émissions de gaz à effet de serre, l’utilisation d’eau douce et de terres, et la perte de biodiversité. La production de viande rouge et de lait contribue à 55 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture mondiale. Au niveau mondial, 30 % de la biodiversité de la flore et de la faune a été affectée par la déforestation liée à l’élevage. Ces impacts varient en fonction des différents systèmes de production, du type d’animal et de l’échelle de production.

Certains systèmes de production animale peuvent avoir des effets positifs sur l’environnement. Certains systèmes de production animale, par exemple, peuvent avoir des effets positifs sur l’environnement. L’abandon des systèmes de production intensifs au profit de systèmes plus diversifiés et intégrés apparaît souhaitable.

Dans le monde, près d’un tiers des terres cultivées dans le monde est utilisé pour l’alimentation animale. 33 % de la surface terrestre du monde sont consacrées à la culture ou à l’élevage (IPBES, 2019) et 80% de la déforestation est due à l'agriculture (FAO, 2015), principalement en raison du développement de la culture de soja destiné à nourrir le bétail.

Selon notre Rapport Planète Vivante de 2018, 75% des espèces de plantes, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères ayant disparu depuis l’an 1500 après J.-C.

L’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que l’industrie de l’élevage est pourtant responsable de 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Selon une autre étude actualisée récemment par l’ONG Grain et de l’IATP (Institute for agricultural and trade policy), les cinq principaux producteurs de viande et de lait émettent, ensemble, plus de gaz à effet de serre que les plus gros producteurs pétroliers que sont Exxon, BP ou Shell. Plus préoccupant encore, les 20 premiers producteurs de viande émettent autant de gaz à effet de serre qu’un pays comme l’Allemagne et doublent presque celles de la France !

Outre les émissions de gaz à effet de serre élevées du secteur, les experts alertent aussi sur la perte de biodiversité liée à la déforestation pour cultiver des terres, sur l’assèchement des cours d’eau pour l’irrigation et sur les conséquences néfastes pour la santé d’une consommation de viande trop importante (maladies cardio-vasculaires, cancers colorectaux…).

En France, entre 25 et 30% de notre empreinte carbone est liée à notre alimentation, avec une forte contribution du secteur de l'élevage.

La consommation de viande et de produits laitiers pèse lourd dans les émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Le géant brésilien JBS a ainsi tablé sur une hausse de 30% de la consommation de viande par personne d’ici à 2030 dans ses perspectives de développement. Cette stratégie présentée au investisseurs en 2014 va à l’encontre des objectifs climatiques, dénoncent les auteurs du rapport.

En cinquante ans, la consommation de viande a déjà doublé, passant de 23 à 43 kilos par personne. Les Nations Unies estiment que la consommation de viande va encore augmenter de 76 % d’ici 2050 avec une multiplication par deux de la consommation de volaille, une augmentation de 69 % de la consommation de bœuf, et une hausse de 42 % pour le porc. D'ici la moitié du siècle, le secteur représentera 45 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contre 15 % actuellement.

Tendances de Consommation en France

Jamais nous n’avons produit, ni consommé autant de viande. Un Français consomme ainsi en moyenne 60 kg de viande par an. Aujourd’hui, déjà, ce sont 65 milliards d’animaux qui sont tués chaque année, soit près de 2 000 animaux… par seconde, pour finir dans nos assiettes.

En France, la consommation totale de viande ne fait qu’augmenter. Elle est passée de 3,8 à 5,8 millions de tonnes équivalent carcasse entre 1970 et 2021 (+ 50 %). L’augmentation de la consommation totale de viande est portée par la croissance démographique, malgré une baisse de la consommation individuelle qui a bien eu lieu entre 1990 et 2013 (-11 %).

Si ce rapport traite avant tout de la consommation de viande, il tente également d’approcher les dynamiques de consommation de produits laitiers, malgré de nombreuses difficultés méthodologiques. D’après nos calculs, si la consommation de produits laitiers diminue depuis 1990, celle-ci semble également se stabiliser depuis 2015 environ. Des données plus précises seraient néanmoins requises pour être sûr de cette tendance.

Au rythme actuel, aucune des cibles de consommation durable de viande n’a de chances d’être atteinte d’ici 2050. Tous les scénarios de neutralité carbone comptent sur une réduction de la consommation de viande, mais à des amplitudes variées allant de -20 % pour la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), à -70 % pour le scénario 1 de l’ADEME d’ici 2050.

Avant même de discuter des politiques publiques à mettre en œuvre, il s’agit d’abord de resserrer et de préciser la cible de réduction totale de viande visée - et pas uniquement de viande bovine. En effet, la cible de consommation totale de viande de la SNBC est d’une part la moins ambitieuse de tous les scénarios de durabilité, et d’autre part l’atteinte de cette cible n’est adossée qu’à un unique indicateur de consommation de viande bovine.

Les politiques publiques mises en œuvre ou en cours de mise en œuvre en France ne seront très probablement pas suffisantes. Les menus végétariens dans la restauration collective publique ont un effet direct limité (moins de 5 % des repas consommés) et leurs effets pédagogiques ne pourront se faire sentir que sur un temps long.

De nouvelles pistes de politiques publiques et d’implications d’acteurs privés doivent donc être explorées pour mettre la consommation de viande sur un rythme compatible avec les enjeux de durabilité et l’évolution des volumes de production nationaux. Nous identifions trois grands axes : changer l’offre alimentaire (en restauration et en distribution), changer les représentations sociales (via la publicité, les programmes scolaires, télévisés, etc.) ou encore changer la fiscalité et la réglementation (via par exemple une réforme de la TVA sur les produits alimentaires).

La stratégie nationale bas-carbone vient d’être publiée, mais on attend toujours la stratégie nationale sur l’alimentation, la nutrition et le climat. La viande, mieux vaut ne pas en parler. Depuis plusieurs années, instances françaises (Ademe, ministère de la Santé, Cour des comptes...) et internationales (FAO, Giec...) recommandent d’en réduire la consommation, pour la planète, et pour la santé. Pour la planète parce qu’après les transports, l’agriculture est le deuxième secteur le plus polluant, avec 20 % des émissions françaises de gaz à effet de serre.

Objectifs Climatiques et Consommation de Viande

D’après ce rapport du RAC, si chaque Français consommait 450 g de viande maximum par semaine, la France pourrait atteindre ses « objectifs climatiques » en 2050. Réduire de moitié la consommation actuelle de viande en France permettrait d’atteindre les objectifs climatiques fixés pour le pays, affirme une étude publiée ce mardi 20 février.

En effet, Benoit Granier, responsable alimentation du Réseau Action Climat, reformule au HuffPost la conclusion de cette étude : « réduire de 50 % la consommation de viande permettrait d’atteindre les objectifs climatiques français du secteur agricole », et non pas donc, de tous les secteurs confondus. « Dans la SNBC, la stratégie de neutralité carbone est déclinée par secteur, et pour l’agriculture l’objectif est une baisse de 46 % d’ici 2050 », précise-t-il.

Le Haut Conseil pour le Climat arrivait d’ailleurs peu ou prou à la même conclusion que cette étude dans un rapport paru le 25 janvier. Il estimait qu’une réduction de 50 % des émissions du secteur agricole était indispensable à la transition énergétique, et réalisable à condition de diminuer de « 30 % la consommation de produits d’origine animale ».

« Modérer la consommation de viande réduit la pression sur l’utilisation des terres et sur l’eau, ce qui réduit la vulnérabilité par rapport aux impacts du changement climatique », résumait, quant à elle, Valérie Masson Delmotte, paléoclimatologue et ancienne coprésidente du groupe 1 du Giec, dans un thread publié sur X en septembre dernier.

Les auteurs soulignent qu'il est possible de réduire de 50 % la consommation de viande tout en satisfaisant l'adéquation nutritionnelle et « sans avoir recours à des produits enrichis ou à des supplémentations ». Cette division par deux « conduirait à une réduction de l'impact carbone de l'alimentation comprise entre -20 % et -50 % selon le type de changements alimentaires associés », est-il indiqué.

L'étude prend comme référence les engagements pris par la France dans le cadre de sa deuxième Stratégie bas carbone, qui vise notamment une réduction des gaz à effet de serre de son secteur agricole de 46 % d'ici à 2050.

Les auteurs rappellent que l'alimentation représente 22 % de l'empreinte carbone de la France et que « 60 % de ces émissions proviennent de la production, au niveau agricole, des aliments que nous consommons ». Selon un rapport de la Food and Agriculture Organization (FAO), l'élevage est à lui seul à l'origine de 12 % des émissions de gaz à effet de serre causées par les humains. Si la consommation de viande est un levier important pour réduire cette empreinte carbone, c'est que les Français avalent des tonnes d'aliments carnés. « La quantité de viande consommée par habitant en France est aujourd'hui deux fois supérieure à la moyenne mondiale », soulignent les auteurs.

« Après deux décennies de baisse entre 1990 et 2012, la consommation de viande par habitant affiche une légère hausse depuis une dizaine d'années », rappelle l'étude. « La consommation de poulet par habitant en France a, en effet, plus que doublé entre 2000 et 2022 », mettent en avant les auteurs.

Alternatives et Recommandations

Une distribution plus équitable de la viande rouge au sein des populations - en particulier celles qui sont exposées à l’insécurité alimentaire et aux carences en micronutriments - est nécessaire pour améliorer les résultats en matière de santé et d’équité. Les alternatives à la consommation de viande rouge et de viande transformée comprennent l’augmentation de la consommation d’autres aliments d’origine animale, d’aliments végétaux peu transformés ou de nouveaux substituts de viande (y compris les similis-carnés, la viande à base de cellules et les insectes).

Pour progresser vers la consommation d’un régime alimentaire sain issu de systèmes alimentaires durables pour tous, il faudra adopter un point de vue holistique et systémique. L’OMS utilise l’approche “Une seule santé” pour concevoir et mettre en œuvre des politiques, des programmes et des recherches qui intègrent les visions de plusieurs secteurs afin d’obtenir de meilleurs résultats en matière de santé publique.

Les diètes suggérées par l’étude comprennent « davantage de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de produits céréaliers complets qu'aujourd'hui, avec une consommation modérée d'oeufs et de produits laitiers, et une forte diminution des produits gras, sucrés et/ou salés ».

Le Réseau Action Climat et la SFN insistent sur « la nécessité », pour le gouvernement, de « prendre en compte les enjeux environnementaux » dans ses recommandations alimentaires du Programme national nutrition santé (PNNS). Ils appellent donc les pouvoirs publics à fixer « une quantité maximale de consommation à l’ensemble des viandes » cohérente à l’indispensable réduction de nos émissions de gaz à effet de serre.

Le volet évolution des consommations est justement très détaillé dans l’étude de Réseau Action Climat et de la SFN, qui s’est basée sur les recommandations alimentaires dans une vingtaine de pays et une modélisation de régimes alimentaires conciliant nutrition et de climat pour imaginer l’alimentation de demain.

La chercheuse poursuivait sur l’importance de faire évoluer les pratiques alimentaires pour diminuer la consommation de viande, « et notamment de ruminants ».

Bien qu’il soit nécessaire d’obtenir des preuves supplémentaires en utilisant des définitions plus précises et plus cohérentes, les preuves existantes montrent clairement qu’une consommation élevée de viande rouge, et plus encore de viande transformée, peut avoir des effets néfastes sur la santé des populations et de la planète.

Tableau Comparatif des Diètes Alimentaires

Pour vous aider à visualiser les transformations à appliquer à votre alimentation, vous pouvez consulter le tableau ci-dessous, qui compare une diète d’un Français moyen en 2015, avec deux diètes modélisées pour cette étude pour atteindre l’objectif d’un régime alimentaire deux fois moins carné en 2050.

AlimentDiète Française Moyenne (2015)Scénario 1 (2050)Scénario 2 (2050)
Viande (g/jour)1248062
Produits LaitiersXXX-1
Légumes (g/jour)XX+100X+100
PoissonXX+X+

Si l’on prend, par exemple, le scénario 2, un individu devrait ainsi manger 62 grammes de viande par jour, contre 124 grammes en 2015. Il devrait aussi ingérer 1 produit laitier en moins. En revanche, le régime plus écolo contient 100 grammes de plus de légumes quotidiennement, et davantage de poissons.

Autre constat de ces scénarios : il ne faut pas réduire uniquement la viande rouge dans notre assiette « mais bien l’ensemble des viandes incluant les volailles (poulet, canard, etc.) », ou encore la charcuterie, soulignent les auteurs. Aujourd’hui, le Programme National Nutrition Santé (PNNS), recommande un maximum de 650 grammes de viande rouge hebdomadaire, sans prendre en compte la volaille, déplorent les auteurs.

Le réexamen de la nature centralisée de la production de viande rouge et de viande transformée à l’échelle mondiale peut être un élément clé des efforts visant à adopter des modes d’alimentation plus sains et plus durables.

Il est difficile d'imaginer comment le monde pourrait fournir à une population de 10 milliards de personnes ou plus la quantité de viande actuellement consommée dans la plupart des pays à revenu élevé sans effets négatifs sur l'environnement.

Même sans viande, la France est loin de la neutralité carbone. Cela ne veut pas dire que l’étude n’est pas intéressante, bien au contraire.

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