Consommation de viande de renard : Aspects sanitaires, fraudes et considérations culturelles

La consommation de viande de renard est un sujet complexe qui soulève des questions de sécurité sanitaire, de fraude alimentaire et de considérations culturelles. Cet article se penche sur ces différents aspects pour mieux comprendre cette pratique et ses implications.

Sécurité sanitaire et maladies transmissibles

Le renard roux est connu pour avoir été le principal vecteur de la rage en Europe. Alors que la rage des animaux domestiques pouvait être contrôlée par des mesures de prophylaxies appropriées, celle des animaux sauvages posait un problème plus ardu et jusqu’en 1960, la seule alternative semblait être la destruction des populations des espèces animales vectrices. Mais ces mesures ont été reconnues peu efficaces et même dangereuses pour l’équilibre écologique.

La solution était d’interrompre le cycle de la rage sylvatique en immunisant les espèces vectrices impliquées. Découverte aux États-Unis, la méthode de vaccination des animaux sauvages contre la rage fut développée en Europe et appliquée pour la première fois sur le terrain en octobre 1978 en Suisse. Cette méthode reconnue comme extrêmement efficace, recommandée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et l’OIE (Organisation Internationale des Épizooties) elle fut étendue à de nombreux pays. Cette campagne de vaccination consistait à déposer dans les zones contaminées ou menacées des appâts renfermant une capsule contenant le vaccin antirabique, souvent par largage aérien.

Les vagues d’exterminations de renards qui avaient été menées pour éradiquer le virus ont coûté un lourd tribu à d’autres espèces (blaireaux, chats sauvages, hermines, fouines, putois, renards…) par les méthodes utilisées : « gobes », viandes contenant du poison (strychnine), gaz de combat, utilisé pendant la 1ère guerre mondiale (chloropicrine) ou acides (cyanhydrique). L’épidémiosurveillance permet une veille sanitaire afin de prévenir toute réminiscence ou retour du virus sur le territoire métropolitain. Cette maladie est à défaut couramment associée au Renard mais en réalité elle concerne la majorité des carnivores dont votre chien et votre chat.

La contamination se fait à travers la consommation d’aliments souillés par les excréments des individus (surtout par les rongeurs) et non par l’urine, comme on peut le croire ! Des gestes simples permettent d’éviter les risques de contamination : se laver les mains consciencieusement à l’eau chaude et au savon après toutes manipulations suspectes : caresses d’animaux ou travail dans la terre (porter des gants est recommandé). Eviter toutes consommations d’aliments crus provenant du jardin accessible à la faune sauvage et domestique car le nettoyage ne suffit pas, il est plus que recommandé de faire cuire vos fruits et légumes à plus de 60°c. Lors de vos promenades en pleine nature, consommer de préférence des baies non près du sol mais plutôt en hauteur. Eviter de toucher un animal mort ou suspect. Pour vos animaux domestiques, penser à les vermifuger régulièrement (tous les 4 mois).

Outre la rage, d'autres maladies peuvent être transmises par la consommation de viande de renard. L’affection chronique se manifeste chez son hôte sous forme de kystes dans les muscles et le cerveau, touchant notamment l’homme. Elle s’attrape par la consommation de viande pas assez cuite et des aliments du potagers mal nettoyés ou encore par la caisse de votre chat. Le parasite assura sa transmission via les excréments de l’hôte.

Maladie virale, épizootique, qui touchent de nombreux carnivores : le Renard, le Blaireau, la fouine, et notamment le chien. Une fois l’animal infecté, le virus se développe rapidement dans tout l’organisme. La gravité dépendra de la virulence de la souche, de l’âge de l’individu, et de son immunité. Certains individus infectés peuvent n’ont aucun symptôme.

Fraudes alimentaires et substitution de viande

Le débat sur la sécurité sanitaire en Chine est relancé. De la viande de renard et de rat, estampillée viande de bœuf, a été commercialisée ces derniers mois. À la suite d'une enquête de plus de trois mois, plus de 900 personnes ont été arrêtées récemment en Chine pour des fraudes alimentaires, a indiqué vendredi le ministère de la Sécurité publique.

Au total, "382 cas de viande coupée avec de l'eau, de faux mouton ou bœuf, de viande avariée et de produits contenant de la viande toxique et dangereuse" ont été découverts, selon les autorités locales. Dans la province du Jiangsu, à l'est du pays, des détaillants vendaient du "mouton" fait à partir de viande de rat et de renard, additionné de produits chimiques. D'autres, dans le Guizhou, une région au sud de la Chine, mélangeaient une solution à base de péroxyde d'hydrogène, plus connu sous le nom de eau oxygénée, à des pattes de poulet, une gourmandise chinoise.

Le ministère chinois de la Sécurité a souligné que l'opération s'inscrivait dans une enquête plus large sur la sécurité alimentaire, incluant la découverte en mars dernier de milliers de cochons morts dans le fleuve de Shanghai ou la vente d'huile de cuisine recyclée. Bien qu'interdite, cette dernière est disponible un peu partout dans le pays, tirée des huiles usagées rejetées par les restaurants. Le plus grand scandale alimentaire de ces dernières années en Chine a été provoqué par la découverte en 2008 de mélamine dans des laits en poudre pour bébé, provoquant la mort de six d'entre eux et des maladies chez 300.000 autres.

Le numéro un mondial de la distribution Wal-Mart a rappelé de certains de ses magasins en Chine des lots de viande d’âne qui, selon les autorités, contenaient de la viande de renard. Le groupe américain a admis jeudi avoir détecté dans ces produits des traces d’ADN d’autres animaux que l’âne. La société remboursera tous les clients qui ont acheté de la « viande d’âne aux cinq épices », un article vendu 50 yuans (6 euros) l’unité, a indiqué un porte-parole de Wal-Mart. Les autorités de contrôle de la qualité alimentaire de la province orientale du Shandong avaient auparavant affirmé que ces produits contenaient de la viande de renard.

La Chine est régulièrement confrontée à des scandales alimentaires, malgré les promesses répétées du gouvernement de renforcer la surveillance et de sévir contre l’utilisation d’additifs interdits. Ces affaires à répétition, qui touchent en particulier les produits carnés et laitiers, provoquent la grogne et le désarroi des consommateurs, qui ont tendance à perdre confiance dans le contenu de leur assiette et se tournent quand ils le peuvent vers des produits importés.

Considérations culturelles et historiques

L’introduction de la viande dans l’alimentation humaine ainsi que la pratique de la chasse ont été les facteurs principaux de l’évolution humaine. Au regard de l’histoire, notre consommation a changé . Nous consommons de la viande alors que nos ancêtres consommaient un animal. Ce respect pour l’animal était fondé sur une connaissance et une éducation transmises de génération en génération. Chasser consistait à repérer, traquer sa proie, la tuer et la manger. De cet animal à qui on avait enlevé la vie, rien n’était gâché , tout était consommé et valorisé.

À l’ère industrielle, la valeur de la vie animale a basculé et l’animal est devenu de la viande participant au négoce. De nos jours, on consomme des steaks, des gigots et la population ne voit plus l’animal dans sa globalité. Pour le Français, la venaison est de la viande festive considérée comme un segment de qualité supérieure. La biche est 25 fois moins grasse que la viande de bœuf , le sanglier 5 fois moins que le porc et le chevreuil sans gras. Si on se penche sur le cholestérol qui touche bon nombre de chasseurs et de non chasseurs, la venaison est un atout diététique. Nous fabriquons 75% de notre cholestérol, 25% sont d’apport alimentaire. La venaison ne contient pas de cholestérol.

Toutefois, éviter les risques de se blesser ou d’y perdre la vie n’explique pas tout. Car si l’humain élève des carnivores, il doit alors les nourrir d’animaux. Il a donc trouvé plus judicieux, dans le cadre de son alimentation, de se nourrir des seconds pour des raisons de rendements et de praticité. À vrai dire, les seuls animaux que l’humain occidental consomme régulièrement sont les herbivores, omnivores et poissons carnivores. Ne figurent donc pas sur cette liste les insectes et reptiles, bien que là encore des exceptions soient faites.

D’après l’archéozoologue Lamys Hachem de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) interviewée dans l’émission consacrée à l’humain et l’animal du podcast Rappelle-toi demain, ces animaux sont tout à fait comestibles. La raison de leur absence dans nos assiettes : la culture, et plus particulièrement le tabou. Le critère choisi pour autoriser ou interdire peut être celui de la pureté (notion que l’on retrouve très souvent dans des textes religieux) : par exemple, il n’est autorisé de manger que les animaux que l’on estime purs. Hachem nous apprend qu’au Moyen-Âge, il existait une liste d’animaux que l’on désignait comme impurs tels que les chats et les chiens.

Hachem va dans son sens et rappelle donc que, dans l’ensemble, tous les animaux sont comestibles, mais que les sociétés et religions dictent ceux qui peuvent être mangeables. Elle donne notamment l’exemple des Gaulois qui consommaient aussi bien du cheval que du chien. Plus proche dans l’Histoire, en France, lors du siège de Paris durant la guerre franco-prussienne (1870-1871), il n’était pas rare de manger du chien et du chat, car la viande d’autres animaux était rationnée et devenue plus rare. Guillaume Apollinaire fait même mention de cette pratique dans son recueil de poèmes Il existait d’ailleurs une « Grande boucherie canine et féline« . Et il semblerait que de la viande de chien aurait été vendue dans certaines boucheries jusqu’au début du XXe siècle.

En plus de ça, nous aurions besoin de catégoriser ce qui nous entoure dans des classes peu perméables. La chercheuse Hachem indique également que pour manger un animal, il faut qu’il y ait une certaine distance : on ne mange pas les animaux trop proches, comme son chat, mais pas non plus ceux qui sont trop éloignés comme les crapauds, les insectes, etc. L’animal doit se trouver à une distance intermédiaire et être accepté comme ingérable dans la société où l’on vit. En adhérant à ces codes, l’individu peut ainsi concrétiser son appartenance à un groupe.

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