La lutte contre le gaspillage alimentaire est un enjeu majeur de notre époque, avec des conséquences délétères sur l’environnement, l’économie et la société. Chaque année, des millions de tonnes de nourriture finissent à la poubelle alors qu’elles pourraient nourrir des populations ou être utilisées à d’autres fins. Face à cette situation alarmante, il est crucial d’agir à tous les niveaux, du producteur au consommateur.
La Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, instaurée en 2020 par l’Organisation des Nations Unies (ONU), est l’occasion de rappeler, chaque 29 septembre, que la lutte contre le gaspillage alimentaire est un levier d’action contre le changement climatique et pour le pouvoir d’achat.
Nous vous proposons ici un guide pour comprendre les enjeux du gaspillage alimentaire, connaître les chiffres clés et découvrir des solutions concrètes pour réduire votre impact.
Comprendre le gaspillage alimentaire : définition, enjeux et chiffres clés
Le gaspillage alimentaire est défini comme toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire, est perdue, jetée ou dégradée. La France a défini dans la loi AGEC (2020) le gaspillage alimentaire comme « toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire est perdue, jetée ou dégradée ».
En France, cette problématique est d’une ampleur significative. En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produites en France sur l’ensemble de la chaîne alimentaire (SDES, 2025). Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes sont considérées comme non comestibles (os, épluchures…). Les autres déchets - c'est-à-dire la fraction comestible des déchets alimentaire - s’apparentent au gaspillage alimentaire. Ils représentent 3,7 millions de tonnes, soit près de la moitié des déchets alimentaires totaux.
En 2022, 9,4 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits (Eurostat, 2022) : parmi eux se trouvent des épluchures, des coquilles d’œufs ou des carcasses, mais également des produits comestibles, qui représentent 4 millions de tonnes. À l’origine de ces déchets se trouvent les ménages, mais aussi toute la chaine de production et d’acheminement des produits vers le consommateur.
Chaque année, un Français jette 61 kilos de déchets alimentaires, dont 19 kilos de nourritures encore comestible. La valeur moyenne du gaspillage alimentaire s'élève à 100€ par habitant par an.
Le gaspillage alimentaire est un non-sens économique, social et écologique.
Les enjeux liés à ce gaspillage sont multiples :
- Sur le plan environnemental, il contribue au gaspillage des ressources naturelles et à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. À l’échelle mondiale, le gaspillage alimentaire émet autant de gaz à effet de serre qu’un pays dont le niveau d’activité se situerait en 3ème position juste après celui de la Chine et des USA (source ADEME) !
- Économiquement, il représente une perte financière considérable. Selon l’ADEME, le gaspillage alimentaire généré par les ménages à domicile représente un coût annuel de 100 euros par personne. En évitant le gaspillage alimentaire une famille de 4 personnes économiserait ainsi 400 euros par an !
- Socialement, il soulève des questions éthiques, surtout dans un contexte où une partie de la population est en situation d’insécurité alimentaire. On estime qu’un Français sur dix a du mal à se nourrir. Prévenir le gaspillage alimentaire permettrait non seulement d’économiser des ressources mais aussi de réduire le prix des denrées.
Le gaspillage alimentaire ne doit pas être confondu avec les déchets alimentaires non comestibles de nos aliments. Ainsi les os, les coquilles d'œufs ou encore les épluchures sont des déchets alimentaires mais n’entrent pas dans le gaspillage alimentaire. Attention, toutefois, il existe une multitude d’aliments que l’on considère et traite comme étant des « déchets » alors qu’ils sont comestibles.
Les étapes de la chaîne alimentaire et les sources de gaspillage
Le gaspillage alimentaire se produit à toutes les étapes de la chaîne alimentaire, depuis la production agricole jusqu’à la consommation :
- Production agricole: Une partie de la récolte est perdue à cause de problèmes logistiques, de maladies ou d’un manque de main-d’œuvre. Les normes d’aspect et de taille peuvent aussi entraîner des pertes. Les pertes alimentaires font référence à des situations dans lesquelles les produits agricoles ou alimentaires sont détériorés avant d’atteindre la dernière étape de production ou d’entrer dans le circuit de vente au détail. Les pertes relèvent principalement de limitations financières, techniques et de gestion touchant les récoltes, les infrastructures et conditions de stockage, les systèmes d’emballage et de commercialisation, auxquels viennent s’ajouter les conditions climatiques favorisant la détérioration des aliments. Les niveaux de pertes les plus élevés se retrouvent dans les pays en développement.
- Transformation: Des pertes surviennent lors du processus de transformation des aliments, par exemple, des parties de pommes de terre sont jetées lors de l’épluchage mécanique.
- Distribution: Les produits peuvent être endommagés pendant le transport ou la mise en rayon. Des commandes inadaptées à la demande des clients peuvent également entraîner des surplus et la péremption de certains produits.
- Consommation (Domestique et Restauration): Une part importante du gaspillage alimentaire se produit au niveau domestique : aliments mal conservés, restes de repas jetés, mauvaises interprétations des dates de péremption. Dans la restauration, le gaspillage peut provenir de portions trop importantes, d’une mauvaise gestion des stocks, et de plats non consommés. Sur le plan mondial, 121 kilos de denrées alimentaires sont gaspillés chaque année au niveau du consommateur, dont 74 kilos au sein des ménages. Si on ajoute au gaspillage généré à domicile, les denrées alimentaires gâchées au restaurant, le gaspillage alimentaire généré par les consommateurs français représente au total 50 kg par habitant et par an. Enfin, sur l'ensemble de la chaîne alimentaire (production, transformation, distribution, restauration), le gaspillage de nourriture atteint, en France, 10 millions de tonnes par an soit environ 150 kg par habitant et par an !
Le cadre réglementaire et les objectifs de réduction du gaspillage alimentaire
Face à l’ampleur du problème, la France s’est dotée d’un cadre réglementaire pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Au fil des années, l'arsenal législatif français s'est renforcé.
- Loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire): Promulguée en 2020, cette loi fixe des objectifs ambitieux de réduction du gaspillage alimentaire. Elle vise à réduire de 50 % le gaspillage alimentaire par rapport à son niveau de 2015 :
- En 2025 pour les secteurs de la distribution alimentaire et de la restauration collective.
- D’ici 2030 pour les secteurs de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
- La loi Garot (2016): Cette loi a révolutionné le secteur de l’aide alimentaire en institutionnalisant le don et en permettant aux associations d’accéder à de nouveaux gisements. Elle hiérarchise les actions à mener : favoriser la prévention du gaspillage, puis utiliser les invendus par le don ou la transformation, puis valoriser dans l’alimentation animale, et enfin utiliser les restes alimentaires à des fins de compost pour l’agriculture ou la valorisation énergétique (méthanisation). De plus, les pratiques de destruction d’aliments encore consommables sont interdites.
- La loi EGALIM III (2023): Elle précise l’obligation de mettre en place une démarche de lutte contre le gaspillage alimentaire pour l’ensemble de la restauration collective.
Dès 2013, la France a mis en œuvre un Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Renouvelé en 2017, il réunit l’ensemble des acteurs de la chaine alimentaire, dans le but de réduire de 50% le gaspillage alimentaire d’ici 2025 pour les secteurs de la distribution et de la restauration collective, et d’ici 2030 pour les autres secteurs.
Depuis le 11 février 2020, l’objectif national en France est de réduire le gaspillage alimentaire, d'ici 2025, de 50% par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective et, d'ici 2030, de 50% par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
Désormais, l’interdiction de rendre impropre à la consommation des denrées encore consommables s’applique aux industries agroalimentaires, aux grossistes, aux distributeurs et à la restauration collective.
En 2020, la loi AGEC propose la mise en place d’un label anti-gaspillage alimentaire qui permet de valoriser tous les acteurs qui contribuent à l’atteinte des objectifs nationaux de réduction. Plusieurs régions et territoires sont couverts par des REGAL (Réseaux pour Éviter le Gaspillage alimentaire). Ces structures facilitent la mise en réseau des forces vives des territoires et aident au déploiement des bonnes pratiques.
10 initiatives pour réduire le gaspillage alimentaire
Chronologie des principales réglementations
| Date | Mesure |
| 11 février 2016 | Loi dite « Garot » établit une hiérarchie dans les actions pour la lutte contre le gaspillage alimentaire. |
| 21 octobre 2019 | En application de la loi EGAlim, une ordonnance relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire est publiée au journal officiel. |
| 10 février 2020 | Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire (loi AGEC) précise la définition du gaspillage alimentaire et fixe des objectifs de réduction. |
| 20 octobre 2020 | Décret n° 2020-1274 du 20 octobre 2020 relatif aux dons de denrées alimentaires prévus à l'article L. 541-15-6 du code de l'environnement. |
| 22 août 2021 | Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets - Article 256. |
Comment agir concrètement ? Les solutions à portée de tous
Réduire le gaspillage alimentaire est à la portée de tous. Voici une série d’actions que vous pouvez mettre en œuvre à titre individuel:
À la maison
- Planifier vos repas: Établissez une liste de courses en fonction de ce que vous avez déjà et des repas que vous comptez préparer.
- Conserver correctement vos aliments: Apprenez les techniques de conservation adaptées à chaque type d’aliment (au réfrigérateur, au congélateur, dans un endroit sec, etc.) Bien ranger son frigo permet de lutter contre le gaspillage alimentaire tout en respectant la chaîne du froid. Retrouvez de nombreux conseils à ce sujet. Comment conserver les aliments ?
- Cuisiner les restes: Ne jetez pas les restes de repas, utilisez-les pour créer de nouveaux plats ou pour un déjeuner rapide. L'un d'eux : accommoder les restes.
- Comprendre les dates de péremption: Faites la différence entre la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimale (DDM). La mention « à consommer de préférence avant » de la DDM signifie que le produit reste consommable après la date indiquée.
- Acheter des fruits et légumes « moches »: Ne les boudez pas, ils sont tout aussi bons que les autres et moins chers.
- Pratiquer le « batch cooking »: Préparez plusieurs repas en une seule session pour éviter de gaspiller des aliments frais.
- Faire du compost: Utilisez les déchets de cuisine (épluchures, marc de café…) pour enrichir votre jardin ou votre balcon. Vous pouvez même faire du lombricompost en intérieur. En France, seul un faible pourcentage de tous les gaspillages et pertes alimentaires est transformé en compost. Les biodéchets (déchets alimentaires et autres déchets naturels biodégradables) occupent encore près de 30 % de notre poubelle grise, soit environ 80 kg par habitant et par an ! Jetés avec les ordures ménagères, ils sont destinés à être incinérés, ou enfouis comme sur notre territoire. Parmi ces déchets, certains peuvent être valorisés (par compostage, notamment), d’autres carrément évités. C’est le cas des 29 kg (par habitant et par an) que représente le gaspillage alimentaire généré par les ménages en France. En outre, sur ces 29 kg de denrées alimentaires consommables que nous gaspillons chaque année, 7 kg sont des produits alimentaires non consommés encore emballés soit l’équivalent de 56 repas par habitant et par an !
- Utiliser des « doggy bags » au restaurant: Emportez les restes de votre repas pour les consommer plus tard.
Au travail ou à la cantine
Vous travaillez ou fréquentez des cantines, des restaurants ? Vous aussi pouvez être acteurs :
- Adapter les portions: Privilégiez les portions adaptées à votre appétit ou demandez des demi-portions.
- Mettre en place un tri des déchets: Séparez les déchets organiques des autres déchets pour faciliter leur valorisation (compostage, méthanisation).
- Proposer des options anti-gaspillage: Offrez des plats à base de restes, des salades composées avec les légumes invendus, ou des desserts à base de fruits mûrs.
- Éduquer les convives: Sensibilisez-les à l’importance de la lutte contre le gaspillage et aux gestes simples à adopter.
- Adopter une démarche d’amélioration continue: Mesurez régulièrement le gaspillage, analysez les causes et mettez en place des actions correctives.
Au niveau local/collectif
Enfin au Niveau Local/Collectif, là aussi nous pouvons faire progresser les choses:
- Soutenir les initiatives locales: Encouragez les circuits courts, les producteurs locaux et les associations de lutte contre le gaspillage alimentaire.
- Participer aux événements anti-gaspillage: Disco Soupe, ateliers de cuisine, projections de films…
- Créer un jardin partagé: Cultivez ensemble des fruits et légumes pour créer du lien social et réduire votre empreinte environnementale.
- Mettre en place des actions de sensibilisation: Organisez des ateliers, des conférences ou des jeux pour informer votre communauté sur le gaspillage alimentaire.
Le rôle des acteurs de l'économie sociale et solidaire dans la lutte contre le gaspillage alimentaire
L’économie sociale et solidaire (ESS) peut jouer un rôle important dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. De nombreuses structures de l’ESS ont développé des initiatives innovantes et efficaces pour réduire le gaspillage, tout en créant des emplois et en favorisant l’inclusion sociale.
- Récupération des Invendus: Des associations récupèrent les invendus des marchés, des supermarchés ou des producteurs pour les redistribuer aux personnes dans le besoin ou les transformer en nouveaux produits.
- Transformation et Revalorisation: Des conserveries solidaires transforment les fruits et légumes abîmés en confitures, soupes ou compotes. D’autres structures proposent des ateliers culinaires pour apprendre à cuisiner les restes.
- Sensibilisation et Éducation: Les acteurs de l’ESS mènent des actions de sensibilisation auprès du grand public, des écoles et des entreprises pour informer sur les enjeux du gaspillage et promouvoir des pratiques plus durables.
- Création d’Emplois d’Insertion: De nombreuses structures de l’ESS emploient des personnes éloignées du marché du travail, favorisant ainsi leur réinsertion sociale et professionnelle.
- Logistique et Stockage: Certaines structures ont développé une logistique de collecte et de redistribution des invendus, assurant ainsi une meilleure gestion des denrées alimentaires.
Le maître mot de la campagne « Stop au gaspillage alimentaire ! » : réduire le gaspillage alimentaire, c'est simple, accessible à tous et cela permet de faire des économies.
Les Journées nationales du don agricole, placées sous le haut patronage du ministère en charge de l’agriculture et initiées par l'association Solaal, ont lieu tout le mois de septembre. Chaque année, de nombreuses actions sont organisées afin d'associer les filières agricoles et alimentaires à cette démarche solidaire.
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