Pourquoi le porc est-il interdit dans la religion musulmane et juive ?

La consommation de la viande de cochon est effectivement proscrite dans plusieurs religions, notamment chez les musulmans, les juifs et les chrétiens d’Éthiopie. Mais pourquoi a-t-on à un moment de l’histoire décrété que cette viande était impure? Bien malin celui qui pourra vous livrer une explication définitive. Car les historiens sont partagés. On est rapidement surpris par la quantité d'hypothèses qui circulent dans la littérature scientifique ou sur les blogs.

« En fait, on ne sait pas pourquoi les livres religieux posent cet interdit. Et on ne le saura probablement jamais », tranche d'emblée Youri Volokhine, maître d'enseignement et de recherche, unité d'histoire et d'anthropologie des religions de l'université de Genève.

Aucune explication n'est à trouver dans les textes religieux sacrés. Chez les juifs, comme chez les musulmans, le cochon ne doit pas être mangé et… c'est tout. Aucune explication n'est vraiment donnée dans le Coran ou la Torah. Ce qui complique la tâche des historiens qui se sont penchés sur la question.

« La plupart des hypothèses […] sont basées sur les discours formulés a posteriori, dans les années et les siècles qui ont suivi », explique Youri Volokhine.

Dans le Lévitique, l’un des livres de la Torah, rédigé entre le 8ᵉ et 7ᵉ siècle avant J.-C., pour les Juifs, l’interdiction de manger du porc est explicitement écrite. « Parmi les ruminants et parmi les animaux ayant des sabots, vous ne pourrez pas manger ceux-ci : […] le porc car, bien qu'ayant le sabot fourchu, fendu en deux ongles, il ne rumine pas, il est impur pour vous. »

Pour les Musulmans, l’interdiction est écrite dans le Coran : « Dieu vous a seulement interdit la bête morte, le sang, la viande de porc. » (sourate 2, verset 173)

Pour autant, remarque Youri Volokhine, maître d’enseignement et de recherche à l’unité d’histoire et d’anthropologie des religions de l’université de Genève et spécialiste du sujet, ces interdictions ne sont pas clairement expliquées dans les textes religieux : « Dans les textes juifs (…) les explications ne sont pas très claires, explique-t-il à nos confrères de radio France, donc finalement, on ne sait pas pourquoi. Dans l’Islam, c’est pareil, on ne mange pas de cochon parce que c’est interdit point final. »

Cela fait donc des siècles que les humains se penchent sur la question, et que les théories se multiplient.

Religions : pourquoi des interdits alimentaires ?

Remontons aux sources du tabou sur le cochon

Dès l'Égypte ancienne - donc bien avant l'apparition des trois grands monothéismes -, le cochon aurait eu une mauvaise image. Dans les Textes des sarcophages du Moyen Empire, le cochon est accusé d'un « crime cosmique » : il a blessé l'œil du dieu Horus, dieu de la Lune. Or, le porc est justement l'un des avatars de Seth, dieu du chaos et du désordre. Résultat ? L'animal aurait été jugé impur et banni des temples et des rituels.

Beaucoup soutiennent que c'est ici que l'interdiction du porc chez les juifs trouve sa source. « Mais à partir de cet épisode, on a bâti une aversion de toute l'Égypte antique pour cet animal. En réalité, il n'y avait pas d'interdiction de consommation. On peut dire que c'est un animal qui n'est pas valorisé et très rarement donné en offrande. Mais il était tout de même consommé », nuance Youri Volokhine, auteur de l'ouvrage Le Porc en Égypte ancienne. Mythes et histoire à l'origine des interdits alimentaires (Presses universitaires de Liège, 2020).

L'hypothèse sanitaire

L'hypothèse la plus répandue veut que cette interdiction soit uniquement imputée à des motivations sanitaires. La plus populaire ? Manger du porc comporte des risques pour la santé - vous l’avez sans doute entendue au détour d’une conversation. Avec le climat chaud et sec du Proche-Orient, la viande de porc est, à l’époque des textes religieux, particulièrement difficile à conserver.

Dans son Guide des égarés, Moïse Maïmonide, l'un des plus grands philosophes juifs du Moyen Âge, explique qu'au XIIe siècle - bien après l'écriture de la Torah donc -, l'interdit juif se fonde sur le fait que la chair du porc serait mauvaise, corruptible, indigeste, car issue d'un animal sale et déplaisant.

« En effet, les cochons, déjà dans le monde antique, sont des éboueurs : ils mangent tout et n'importe quoi, même des déjections. La domestication implique normalement de contrôler l'alimentation de l'animal, au risque d'être contaminé. Sauf qu'à cette époque, la connaissance en médecine ne permettait pas de savoir que cela est dangereux pour la santé. Encore une fois, ce sont des explications livrées après coup et qui ne peuvent pas suffire à expliquer ces inscriptions dans les textes sacrés. »

Dès le début du 2e millénaire avant notre ère, des textes associent les cochons aux égouts. Plus tard, au 12e siècle de notre ère (bien après la rédaction des textes religieux donc), Moïse Maïmonide, l’un des plus grands philosophes juifs du Moyen Âge, affirme que l’interdit religieux est fondé justement sur la saleté du porc. « Au 19e siècle, cette théorie connaît un regain de popularité avec la découverte des microbes » observe Max Price, archéologue à l’université de Durham et auteur d’un livre sur le sujet. Aujourd’hui encore, tout le monde sait qu’il faut se méfier du porc mal cuit, sous peine de tomber plus ou moins gravement malade.

Le philosophe Moïse Maïmonide.

Une revendication identitaire

Pour beaucoup d'historiens ayant travaillé sur la question, le refus de consommer du porc est une façon, pour les juifs d'abord et les musulmans ensuite, de se distinguer des autres. Une sorte de revendication identitaire, même si le mot est anachronique. « Par exemple, Maïmonide pointe du doigt les Francs qui mangent du cochon, en disant : “Regardez, ils sont dégoûtants, ils mangent du porc” », abonde Youri Volokhine.

Le cochon serait un moyen de se distinguer, également pour les chrétiens. « La judaïté est pour les chrétiens la figure nécessaire de l'origine, pensable à l'échelle historique et collective (tant il est vrai que le Christ fut d'abord un juif et que le Nouveau Testament sort de l'Ancien Testament), comme à l'échelle individuelle : c'est à une sorte de judaïsme de nature que le baptême arrache les petits des chrétiens. Puisque les juifs refusent de manger du cochon, il faut donc que les chrétiens en mangent, manière de dire haut et fort (trop fort parfois) ce qu'ils sont et d'où ils viennent », écrit Jean-Claude Schmitt, historien français.

À cette époque, les Israélites, ancêtres du peuple juif, commencent à bouder le porc. Les archéologues retrouvent en effet, dans les lieux où ils sont installés, de moins en moins d’os de cochons, jusqu’à ne plus en voir du tout. Au contraire, à quelques kilomètres de là, d’autres villages, peuplés par les Philistins, continuent d’en manger. Or, les Israélites, on ne sait pas trop pour quelle raison, détestaient les Philistins. Ils les méprisaient : on le constate dans les écrits qui nous sont parvenus.

« Ils rabaissaient leurs choix de vie, déplorant par exemple le fait que leurs fils ne soient pas circoncis » illustre ainsi Max Price. L’archéologue pense donc que le tabou autour du porc s’est en partie construit autour de cette volonté de se différencier des voisins honnis. « C’est ce qui aurait pu donner au tabou relatif au porc sa puissance particulière, et expliquer pourquoi cette interdiction est si différente des autres lois alimentaires dans le Lévitique » poursuit-il.

L'hypothèse économique

Une autre piste de recherche est souvent citée : la consommation du porc est évitée car ce sont des animaux trop difficiles à élever. Ces petits êtres aux courtes pattes ne sont pas adaptés aux conditions rudes du désert du Moyen-Orient. Là encore, Youri Volokhine est sceptique : « Si ce ne sont pas des animaux du désert, comment expliquer que, dans l'Égypte antique, on en consommait ? Beaucoup d'historiens américains sont attachés à cette explication fonctionnaliste », explique le chercheur, avant d'ajouter : « Moi, de mon côté, je pense au contraire que la culture nous montre que, parfois, les êtres humains font des choses parfaitement absurdes.

À l’époque des textes religieux, le porc était sans doute un piètre investissement économique. Il ne produit ni laine, ni cuir, au contraire du bœuf ou du mouton. L’animal aurait donc, selon certains chercheurs, été abandonné par les plus aisés, et finalement frappé d’une interdiction religieuse.

Tableau récapitulatif des raisons possibles de l'interdiction du porc

Raison Description
Sanitaire Viande difficile à conserver, risque de maladies et parasites.
Économique Animal peu rentable, ne produit ni laine ni cuir.
Culturelle Volonté de se distinguer des autres groupes (juifs vs. philistins).
Religieuse Interdiction explicite dans la Torah et le Coran, sans justification claire.
Symbolique Mauvaise image du cochon dans l'Égypte ancienne, associé au chaos.

Quelles viandes sont autorisées ?

Les musulmans mangent de la viande de chèvre, de bœuf et de poulet parce que ce sont des produits halal. Ce terme signifie "autorisé", son opposition est la nourriture haram. Tout ce qui est "haram" est interdit et nuisible. La nourriture halal se distingue par l’absence de la moindre présence de viande ou de graisse de porc et d’alcool.

Il est important de noter que la manière dont les animaux sont abattus pour la consommation doit être conforme aux principes de l'abattage rituel islamique, connu sous le nom de "dhabiha" ou "zabihah".

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