La crise de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) a eu des répercussions significatives sur le marché de Rungis et sur l'ensemble de la filière des produits carnés. Cette crise a mis en évidence la volatilité de la demande et les défis auxquels sont confrontés les acteurs de ce marché.
Mardi 17 septembre 1996, Mme Jeanne Brugère-Picoux, professeur à l'école nationale vétérinaire d'Alfort, a participé à une réunion concernant ce sujet. Le même jour, M. David Heyman, chef de la division des maladies émergentes à l'Organisation mondiale de la santé, était également présent. Le mercredi 18 septembre 1996, M. Jean-Pierre Lugan, président du syndicat des protéines et corps gras animaux, et M. Guy Legras, directeur général de l'agriculture à la Commission des Communautés européennes, ont également participé à ces discussions.
Le marché de Rungis, plaque tournante du commerce alimentaire en France.
M. Marc Spielrein a souligné les deux missions économiques essentielles du marché de Rungis : assurer un approvisionnement alimentaire frais et compétitif pour le commerce de détail et les PME de la restauration, et servir de plateforme logistique internationale. Le chiffre d'affaires du marché s'élève à 56 milliards de francs par an, pour 2,1 millions de tonnes de marchandises et 6,5 millions d'« entrées ».
En 1995, les ventes de produits carnés avaient déjà baissé de 4,2 % par rapport à l'année précédente, signalant une tendance à la baisse de la consommation de ces produits. 400 000 tonnes de ces produits ont transité par le MIN, incluant :
Les effets micro-économiques de la crise ont été très profonds. Sur 35 entreprises de négoce de viande bovine et ovine, 9 ont disparu, représentant environ 10 % de la capacité totale du MIN. Sur 750 salariés, 58 ont été licenciés et 53 sont au chômage partiel, soit 15 % des effectifs. Dans le secteur des abats, 2 entreprises ont disparu et 25 % des emplois sont menacés.
Infographie sur les circuits courts de distribution alimentaire.
La demande est extrêmement volatile et peut évoluer en quelques jours. Il est donc illusoire et dangereux d'extrapoler une tendance future à partir des consommations passées. En revanche, la dépense globale du consommateur en produits carnés reste à peu près constante, surtout si l'on prend en compte les achats de produits de la mer. Face à une consommation très volatile, la production et la commercialisation sont très segmentées et donc très mal armées pour répondre à ces variations. Il y a en quelque sorte antagonisme entre la souplesse de la demande et le caractère figé, la spécialisation de l'offre. Ceux qui sont capables d'une offre diversifiée - groupes, grande distribution - n'ont qu'à modifier leurs étals mais les autres souffrent terriblement.
M. Jean Desanlis a noté la proportion élevée de viande bovine importée de Grande-Bretagne et d'Irlande sur le marché de Rungis. M. Marc Spielrein a précisé qu'en 1995, Rungis n'a traité que 13 158 tonnes de viande bovine (hors veau) d'importation sur un total de quelque 36 000 tonnes, soit 35 à 40 %. Pendant la même période de 1996, la proportion n'a été que de 30 à 33 %.
Pour le bœuf de métropole, la diminution des arrivages a été de 19 % entre cette période de 1995 et la même période de 1996. Pour le bœuf importé, elle atteint 36 %. En moyenne, la chute a été de 25 %, la situation s'améliorant à partir de juillet. Les importations de viandes britanniques se sont arrêtées le 20 mars au soir et ont été remplacées par des apports de France métropolitaine et des arrivages communautaires.
S'agissant de la traçabilité, Rungis dispose d'un système de facturation qui permet de retrouver le vendeur, l'acheteur, le poids, la quantité. Les achats de chaque détaillant sont regroupés sur une seule facture, même s'il s'est adressé à plusieurs grossistes. La traçabilité de chaque morceau est assurée : chaque fois qu'un morceau est vendu, une étiquette est retirée et envoyée à la caisse centrale. Pour chaque morceau, on peut connaître le vendeur, la carcasse dont il provient, l'acheteur. Il n'y aura donc aucune difficulté à parvenir à une traçabilité parfaite.
Au salon international de l'alimentation, un stand sera exclusivement consacré à la fiabilité de la traçabilité des produits à Rungis.
Infographie sur la traçabilité alimentaire.
M. Marc Spielrein estime que le marché de Rungis reflète fidèlement l'évolution de la consommation nationale. Les données reçues des grandes surfaces et des centrales d'achat confirment ce sentiment. La crise a mis en évidence le rôle du boucher détaillant : les bons professionnels capables de mettre en œuvre de façon sincère le logo VBF ont reçu un bon accueil de la clientèle. Il est possible qu'il y ait un transfert de parts de marché vers le commerce traditionnel, au détriment de la grande distribution.
Mme Annick Alpérovitch a souligné les problèmes méthodologiques rencontrés dans les études épidémiologiques de la MCJ, liés à la rareté de la maladie et à l'absence de test permettant de faire avec certitude le diagnostic avant le décès du malade. Elle a précisé que l'incidence de cette maladie est à peu près la même dans tous les pays pour lesquels on dispose de données, à deux exceptions près : la population des Juifs libyens émigrés en Israël et la Slovaquie. Ces deux foyers ont été expliqués par une mutation du gène qui code pour la protéine prion.
On distingue trois types de maladie de Creutzfeldt-Jakob : sporadique, génétique et iatrogène. La forme sporadique représente plus de 85 % des cas. Entre 10 et 15 % des cas sont génétiques et 1 à 2 % sont attribués à une transmission iatrogène, par l'intermédiaire d'une procédure médicale.
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