L'interdiction de consommer du porc est une pratique ancestrale et significative dans plusieurs cultures, notamment dans le judaïsme et l'islam. Cette interdiction, explicitement mentionnée dans les textes religieux, suscite de nombreuses questions quant à ses origines et ses raisons profondes.
Pour les Juifs, cette interdiction est ancrée dans l’Ancien Testament, plus précisément dans le Livre du Lévitique (11:7-8) et le Livre du Deutéronome (14:8):
L'interdit judaïque touche le porc sous toutes ses formes (viande, cuir, animal vivant…).
Plusieurs hypothèses tentent d'expliquer cet interdit :
Pastoureau note également le tabou qui existe quant au sang dans les sociétés sémitiques, sensible aux rites de mise à mort rituelle des animaux.
De plus, des passages de la Bible témoignent de l'association du porc à des pratiques considérées comme impures :
Dans une petite rue du centre ville de Marseille, entre les étals des primeurs qui débordent de coriandre et de menthe, les tomates entassées en pyramide précaire, et les gousses d’ail fraîches, quelques boucheries climatisées proposent bœuf, agneau, volaille, mais pas de porc. Ici, comme dans tous les établissements cashers ou halahs, vendre cette viande reviendrait à transgresser un interdit plurimillénaire, explicitement mentionné dans le Lévitique, l’un des livres de la Torah, et dans le Coran.
Un page du Livre du Lévitique
Les musulmans ne mangent pas de porc parce que le Coran l’interdit à cinq reprises. Önder Günes, porte-parole de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS), explique que le verset 173 de la sourate 2 est particulièrement clair à ce sujet:
« Certes, il vous est interdit la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu’Allah ».
Pour les Musulmans l’interdit de manger du porc est selon Malek Chebel le plus massif et le plus ancien. Selon la Sourate 5 (Al-Maidah), verset 3 :
« Les animaux morts, le sang, la chair du porc, tout ce qui a été tué sous l’invocation d’un autre nom que celui d ‘Allah, les animaux suffoqués, assommés, tués par quelque chute ou d’un coup de corne ; ceux qui ont été entamés par une bête féroce, à moins que vous ne les ayez purifiés par une saignée ; ce qui a été immolé aux autels des idoles ; tout cela vous est défendu. (…)»
Cependant, un autre verset (XVI, 115) introduit une exception à cet interdit : « Il vous a été interdit la bête morte, le sang, la chair du porc et tout ce qui a été immolé à un autre Dieu qu’Allah.
Il est à noter que l'impureté du porc est reprise dans l'histoire de Shaykh San'an, racontée par Farîd ud-Dîn 'Attar, dans le Langage des oiseaux, ouvrage mystique en persan. Le Shaykh est poussé hors de la voie de Dieu par son amour pour une jeune grecque, qui l'humilie en lui faisant garder des pourceaux pendant une année.
Une page du Coran
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer l'interdiction du porc, tant dans le judaïsme que dans l'islam :
Ces textes restent pourtant assez silencieux quant aux raisons du tabou.
Dès le Néolithique, on rencontre des représentations de sangliers, souvent sur des objets associés à la chasse. En Égypte antique, le cochon est consommé par les fermiers sédentaires de la vallée du Nil jusqu'au milieu du IIe millénaire avant J.C. Sa consommation semble ensuite abandonnée, afin de le réserver au culte d'Osiris.
Dans le monde grec, comme plus tard chez les Romains, les Germains et les Gaulois, le porc ne subit pas de tabou : il est à la fois un animal consommé et sacrifié, notamment en l'honneur de Déméter ou de Cérès. Le sacrifice sanglant d'un cochon disparaît cependant au fil du temps, au profit de l'offrande de viande cuite.
Dans le christianisme (sauf dans quelques courants protestants d’origine américaine), un verset du Nouveau Testament suggère que l'interdit alimentaire juif est levé : « Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, c'est ce qui souille l'homme (Mathieu XV, 11) ».
Toutefois, le même Mathieu rapporte une anecdote dans laquelle Jésus enferme des démons dans des pourceaux, ce qui témoigne des considérations négatives sur le porc dans le Nouveau Testament. C'est également dans Mathieu (VII, 6) que se trouve l'expression « jeter des perles aux pourceaux », qui signifie alors « dilapider inconsidérément ses biens spirituels ».
Au Moyen Âge, prédicateurs et théologiens ont considéré le cochon comme un attribut du diable ; comme lui, le diable grogne et se vautre dans l'ordure. Le porc est aussi parfois associé aux Juifs et à la Synagogue. Il peut personnifier plusieurs vices, comme la saleté, la gloutonnerie et la colère.
Toutefois, l'image d'un bon cochon émerge aussi quelquefois dans l'iconographie des saints. Dans l'iconographie de saint Antoine, le cochon apparaît à partir du XIIIe siècle comme un compagnon du saint. Saint Blaise est aussi parfois représenté accompagné d'un pourceau.
Le cochon prend aussi, au fil du temps, des connotations plus positives, liées à la fécondité et à la prospérité, en raison notamment de la grande fécondité de la truie et de son cycle de gestation.
L'idée ancienne que la possession d'un cochon garantit de la pauvreté a entraîné la naissance, au XVIIIe siècle en Angleterre, des tirelires en forme de cochon, ou piggy banks.
En conclusion, l'interdiction du porc est un phénomène complexe, aux racines multiples, qui témoigne des interactions entre religion, culture, histoire et société.
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