L'influence de l'occitan sur la langue française est un domaine d'étude fascinant, bien que souvent sous-estimé. De nombreux mots français trouvent leur origine dans la langue occitane, témoignant d'une interaction linguistique riche et complexe à travers l'histoire. Cet article explore cette influence, en s'appuyant sur des exemples concrets tirés de dictionnaires et d'analyses linguistiques.
Il est important de noter que la connaissance des linguistes français concernant la langue occitane n'est jamais équivalente à celle qu’ils peuvent avoir en français. L'occitan s'est peu à peu déformé, et les sources concernant la langue occitane sont souvent de deuxième, voire de troisième main. C'est pourquoi il est essentiel d'examiner de près l'origine occitane avérée de bien des mots du français moderne, que l'on retrouve dans les dictionnaires.
La recherche de l’origine d’un mot finit toujours par s’arrêter, il ne faut pas qu'elle se poursuive pas au-delà. C'est pourquoi il est important d'examiner des exemples concrets pour illustrer cette influence.
Voici quelques exemples de mots français dont l'origine occitane est avérée ou probable :
* Abeille: Dérivé du latin apicula (diminutif de apis abeille), mais l'occitan abelha est une forme proche.« Et du miel tel qu’en Hymette, La desrobe-fleur avette /Remplit ses douces maisons ». L’ancien français disait aussi « mouchette ». l’abelha » Liv. de Sydrac, fol. 117. Le plus digne oiseau du monde est l’abeille.
* Abricot: Emprunt au catalan albercoc, mais l'histoire du mot se confond avec celle de la diffusion du fruit.* Acabit: Dérivé du verbe occitan acabir [aka’bI], signifiant « placer, ranger, caser, loger... » ou « contenir ».N.m. XIV°s. le bon ou le mauvais état (d’un fruit par exemple), puis depuis le XV° s. un accident et ses résultats malheureux. Il s’agit du participe passé de acabir : « placer, ranger, caser, loger... » « contenir » (PDPF). susceptible d’être mis ensemble, ce qui est de même sorte ».
* Accolade: Bien que le TLF repousse l’emprunt à l’occitan, le terme est lié à acolar, signifiant « accoler, passer qc autour du cou ». Le français utilise la périphrase « donner l’accolade », mais le terme a cependant existé en ancien français sous les formes « acoler » et « acolie », substituées par les formes occitanes.* Accoster: Ce verbe était connu en ancien français (XIII° s.), mais les termes de marine (XVI° s.) viennent de l’occitan acostar (XII° s.).* Accoutrer: Contemporains (XIII° s.). « Se van ben armar et acotrar cascun » Chronique des Albigeois, col. 28. Ils vont chacun se bien armer et accoutrer.* -ade: Le suffixe -ade est emprunté à diverses lang. méridionales : l'esp. -ada, le prov. -ado, l'ital. -ata (lat. d'abord, de la substantivation des part. forme pop. rég. -ée : entrée, montée, année, brassée, etc.). Au Moy. partir du XVe s. que le suff. -ade s'accole à des verbes et à des subst. Il arrive parfois que les terminaisons en -ée / -ade coexistent …/ Qqf., les dér. en -ade et les dér. pop. estouffade; onglée / onglade; risée / risade (d'apr. NYROP t. 3 1936, § 367). Ailleurs, les dér. à la satire (cf. D’AUBIGNÉ). « gasconisés » se multiplient, avec de fréquents glissements ou spécialisations de sens. un « toréador » qui n’est espagnol que d’allure.* Adouber: Terme féodal (11ème s.) signifiant « remettre ses armes à un nouveau chevalier ; apprêter ». En occitan, adobar a un sens plus large : « accommoder », « réparer », « arranger »...« Que gen m’avetz noirit et adobat,/Et de nien fag cavayer prezat ». Rambaud de Vaqueiras, Valen marques. m’avez nourri et adoubé, et de rien fait chevalier distingué. « E manda levar sa masnada/Qu’adobon de manjar corren » Roman de Jaufre, fol. pour qu’ils préparent à la hâte de quoi manger. « Cal es aquel che vos a nafrat/ Ni chi tant mal vos a adobat ? a blessé et qui vous a si mal arrangé ?
* Adret: Terme proprement panoccitan désignant le versant d'une montagne exposé au soleil.* Affre: Bien que la recherche de l'origine d'un mot finisse souvent par s'arrêter, il est possible que ce terme signifiant « horrible, terrible » soit passé de l'occitan au français.* Affréter: 1322 mar. « équiper un navire » (Arch. Nat. JJ 61 ds GDF. deschargier en l'ille de Chansuy). 1519 (ibid.); 2. 1639 id. » (CLEIRAC, Explication des termes de mar. ds JAL 1848 s.v. prix est le Fret). « L naus ben garnidas et afretadas » Cat. Dels apost. De Roma, fol. 164 Cinquante navires bien garnis et bien équipés.* Agachon: Dérivé de l'occitan agachar (regarder, surveiller, épier), ce terme désigne un endroit où l'on se poste pour guetter.* Aganter: Saisir, atteindre, prendre… dans le vocabulaire de la marine.* Aigle: L’origine occitane est probable, l’ancien français avait « aille ». dans des textes du XIII° s. de PEYROL et de Deudes (autrement : Daude) de PRADES. conteste cet emprunt. Les autres dictionnaires, non. hom. Je suis tout éperdu, comme l’épervier qqui n’a ni force ni sens, quand la puissance de l’aigle le surprend. NB. blanche tour pleure pour votre aigle qqu’un vautour en chassa.* Aigrette: De l’ancien occitan aigron (héron) (RAYNOUARD, LR. XII° s. NB. variable selon les parlers) du mot à travers peu ou prou le système graphique du français.* Agrumes: Ce nom collectif en français des oranges, citrons, etc... est arrivé en français au XVIII° siècle. l’ensemble des fruits à saveur acide. mot français par une sorte de pléonasme est toujours au féminin pluriel (les agrumes).* Aiguade: Vieilli. douce. des sources et, par glissement de sens, une provision d’eau (aiga). français, comme beaucoup de termes concernant la mer et la navigation.* Aiguadier: Personne qui surveille la distribution de l’eau des canaux d'irrigation.* Aiguage: Droit de conduire de l’eau sur le terrain d’autrui au moyen d’un tuyau.* Aiguail: Rosée. De aiga, eau. Le mot français se veut recherché et poétique.* Aigue-marine: Nom d’une pierre fine et transparente. devenue aigamarina.* Aiguière: TLF. 1352 aiguière « vase servant à mettre l'eau, et qqf. le vin »/…/ Empr. à l'a. prov. aiguiera, attesté dep. le XIVe s. d'amors, fo 69 ds RAYN. I, p. 40 : Plenega per aiguiera), du lat. pop. *aquaria, subst. formé à partir de l'adj. rapportant à l'eau » (urceos aquarios, CATON, De agricultura, 9, 10, 2 ds TLL, 366, 30), dér. de aqua « eau ».* Aiguillade: On dit aussi - dans les deux langues - « aiguillon agulhon ».* Aiguillat: Sorte de poisson de mer, en occitan on l’appelle aussi cat de mar, chin de mar.* Aiguille: Agulha. Fine tige d'acier pointue. plantes...), cet emploi étant aussi parfois passé au français (aiguilles rocheuses)...* Aiguillon: Bâton pourvu d’une pointe d'acier, généralement pour conduire le bétail. agulhonar (aiguillonner). De agulha, aiguille. Cf. « Qu’en lor ai fraiz mais de mi agulions ;/Anc no puoic far un correr ni trotar » Bertrand de Born, Un sirventes fatz. j’ai brisé sur eux plus de mille aiguillons ; jamais je n’en pus faire courir ni trotter un seul.* Aiguillot: Agulhòts. Terme de marine : pièce de fer pointue à l’avant du gouvernail. occitan est au pluriel et désigne littéralement des «petites aiguilles». De agulha, aiguille.* Aillade: Alhada. Croûton de pain à l’huile et frotté d’ail. venue des Gascons à Paris à la suite d’Henri IV (c’est à dire Enric III de Navarra). alhar, ailler), soit une soupe, ou une sauce, ou encore une tranche de pain frottée d’ail. Ensemble de têtes d’ail. « E’l coms no es d’un aill crezut » Rambaud de Vaqueiras, Leu sonet, Et le comte n’est pas cru d’un ail. « Prendetz sol una dolsa d’aill » Deudes de Prades, Auz.cass. Prenez seulement une gousse d’ail.* Ailloli: Alhòli [a’jOli] alh+òli (ail + huile, d’olive, est-il besoin de le préciser ?). parler à l’autre. TLF. 1744 « sauce à base d'ail pilé et d'huile » (GILLART, Dict. fr.-bret. ds QUEM. t. aillolis « id. » (Ac. Compl. Empr. au prov. mod. aioli (MISTRAL t. 1 1879) « id. » composé du prov. mod. ai « ail » et oli « huile ». est une francisation graph. pour préserver la prononc. prov. et faire sentir la parenté morphol. Ce serait bien mieux sans doute s’il y avait de l’aïoli sans ail.* Airelle: Selon le TLF il s’agit d’un emprunt : “à un mot dial. du Massif Central, t. 1, 1957, carte 212, points 9 et 4) ou des Alpes (voir ROLLAND, Flore pop., t. 7, p. Ling. fr. 1946, pp. 243-244), dér. d'un simple attesté par le prov. mod. aire, du lat. Question : quel « dialecte » peut-on bien parler à Chamalières ? Valéry GISCARD D’ESTAING. Et d’ailleurs, le « Massif Central » qu’es aquò ? ou un niçois, c’est le Massif Septentrional !* Aliboufier: (18ème s. leur baume, en particulier lorsqu'il s’agit de l’espèce Styrax officinalis. du tronc. pulmonaires. On l’utilise aussi pour traiter certaines maladies de peau. en tant qu’encens. En parfumerie, il joue le rôle de fixateur, le plus souvent dans des parfums féminins. blanc-verdâtre. Le fruit se nomme alibòfi [ali’bOfi] en occitan. équivalent imagé de « testicule ». « M’a romput leis alibòfis !* Aligot: Aligòt. Ce mets a été à l’origine préparé avec des morceaux de pain et avec de la tome fraîche. L’aligot est maintenant préparé avec des pommes de terres. finement. Purée qu’il faut travailler pour obtenir une texture très élastique.* Alose: (16ème s.) Alausa. Sorte de poisson. Celui-ci se pêche au moyen d’un filet appelé alausièra. aussi l’alouette bien que la forme lauseta soit plus répandue.* Amadou: Substance inflammable utilisée pour les mèches de briquets. amant », « amoureux » ou, dans l’acception classique, « digne d’être aimé ». vient plaisamment sans doute de sa facilité à « s’enflammer ». Le TLF conteste cette étymologie, sans en proposer d’autre. qui une fois sec s’enflamme facilement et servait autrefois à allumer le feu.* Amariner: Amarinar. navigation. vaisseau », « s’habituer à la mer » etc. (mar, mer ; marin, relatif à la mer). (PDPF)* Amarinage: Terme de marine : accoutumance à la mer. mer ».* Amas: (14ème s.) Amàs. Choses accumulées. Le mot occitan désigne encore un dépôt ou un abcès. amassar (réunir, suppurer). (PDPF) Réunir, entasser des choses.* Ambassade: Empr. à l'ital. ambasciata, attesté dep. le XIIIe s. Représentation diplomatique d’un État. non le lieu, la résidence de l’ambassadeur (cf. Ambassadeur), qui est une ambaissariá. En résumé : « vient de l’italien » (qui vient de l’occitan). « Papauté d’Avignon » (1309/1378) et du « Grand Schisme » (de 1378 à 1418). « Ar mandan Viennes per tot ambayssadors/ Que queran lo cors sant » V. de S. Honorat. partout ambassadeurs qui cherchent la personne sainte. « Avian trametut lor ambayssada » Chronique des Albigeois, col. 35 Ils avaient transmis leur ambassade.* Amble: Allure du cheval entre le pas et le trot. Le verbe latin est ambulare. d’autres animaux courant en levant les jambes parallèlement du même côté. ambladura (allure du cheval à l’amble), amblant (qui va à l’amble)... Ambler (12ème s. ) : Amblar. Aller à l’amble. « Et ella lo sec cavalcan/En un bel palafre feran/On hom de cavalcar no s dol,/Et ambla si que par que vol ». Jaufre, fol. 81. tellement qu’il paraît qu’il vole.* Amour: Sentiment, attrait puissant. cf. Troubadour « D’un amor qui m lass e m te » B. de Ventadour. D’un amour qui m’enlace et me tient. En cossirier. du prestige du mot. franques, et qui n’est guère féministe. normale ameur (cf. fleur) étant attestée plus tard (déb. « Per amor Dieu mi fezes/Ma dona quelque bon saber » B. de Ventadour. Bel m’es. quelque bonne indication. « Los bes d’amor venon a tart/ E’l mals ven quasqun dia » P. Cardinal, Ben ten. vient chaque jour. d’amors, fol. 1. gaie science de trouver.* Amoureux: (12ème s.) Amorós. Celui qui aime d’amour. De amor (Cf. Amour). attesté dans sa forme d’origine - dans son passage en français. diffusé en Occitanie comme surnom, puis comme patronyme. de Malespine, Dona a vos, dame je suis bien gai et amoureux pour l’amour de vous.* Amure: (16ème s. ) Amura. Terme de marine : cordage tenant le coin de la voile du côté du vent. De amurar.* Amurer: Amurar. [amy’ra]. Tendre l’amure.* Anatomie: 1370 « étude de la structure des organes par leur dissection » (ORESME, Eth., 29 ds GDF. Compl. « Aysso mostra la anathomia./ En un nervi en la anathomia apelat optic ». Eluc. De las propr. Fol. 53 et 16. montre cela. Un nerf appelé optique dans l’anatomie. « La sciencia de anotomia » Trad. D’Albucasis, fol. 1. NB. La chirurgie d’Albucasis a été traduite en français au milieu du XIII° s. Pour la plupart des mots on constate qu’ils apparaissent dans les deux langues à des époques extrêmement voisines. l’établissement de l’influence de l’une sur l’autre aléatoire. Reste la philologie, et l’histoire. l’occitan, dans aucun domaine, ne présente de retard par rapport au français au Moyen-Âge. pour certains secteurs.* Anchois: Empr. à l'a. prov. anchoia, attesté dep. 1397 (d'apr. P. PANSIER, Hi...Ces exemples illustrent la diversité des domaines dans lesquels l'occitan a influencé le français, allant de la marine à la cuisine, en passant par la féodalité et la botanique.
Pour résumer, voici un tableau reprenant quelques-uns des exemples mentionnés ci-dessus :
| Mot français | Origine occitane (ou probable) | Domaine |
|---|---|---|
| Abeille | Abelha | Nature |
| Abricot | Albercoc (catalan) | Alimentation |
| Accoster | Acostar | Marine |
| Adouber | Adobar | Féodalité |
| Ailloli | Alhòli | Cuisine |
L'étude de l'origine des mots est un voyage fascinant à travers l'histoire et la culture. En reconnaissant l'influence de l'occitan sur la langue française, nous enrichissons notre compréhension de la complexité et de la richesse de notre patrimoine linguistique.
Carte des langues de France
Carte de l'Occitanie
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