Les Viandes Paysannes : Définition et Évolution de l'Agriculture Française

La France des années 50 comptait environ 2,5 millions d’agriculteurs exploitant près de 35 millions d’hectares utiles. La taille moyenne de l’exploitation française était alors de 15 hectares. Dans l’immense majorité des cas, la famille vivait en quasi autarcie. L’exploitation servait avant tout à faire vivre la famille, au sens alimentaire du terme.

On peut faire une description très bucolique de ce monde que certains regrettent aujourd’hui : il y régnait en effet une atmosphère paysanne de gens pauvres mais solidaires. De nombreux travaux pénibles se réalisaient en commun, donnant souvent lieu à des fêtes villageoises. Mais cette vie était extrêmement dure. On était tributaire du temps : une mauvaise récolte due à un accident climatique pouvait se traduire par un drame pour la famille.

Voici un aperçu de la vie agricole typique de cette époque :

  • Une ou deux vaches pour les besoins en lait de la famille : le lait ne se conserve pas.
  • On élevait 2 ou 3 porcs nourris avec les restes des repas familiaux auxquels on ajoutait quelques compléments : céréales ou pommes de terre suivant les régions. Deux ou trois fois par an, on en tuait un dont une partie était consommée dans les quinze jours.
  • Dans le potager, on produisait les légumes dont on avait besoin tout au long de l’année. Des légumes frais au printemps et en été : petits pois, haricots verts, salades, carottes. Pour l’hiver, on produisait des pommes de terre et des légumes secs : haricot, pois cassés, lentilles. Chez les plus aisés, on fabriquait des conserves de légumes et des confitures quand on pouvait acheter le sucre.

Toutes ces préparations, ajoutées aux repas quotidiens, nécessitaient un travail considérable qui incombait aux femmes. Chaque exploitation avait une vigne même dans les régions aux terres acides.

Les techniques de culture et d’élevage évoluaient peu, les jeunes ne bénéficiant d’aucune formation spécifique à l’agriculture. Ils apprenaient sur le tas et répétaient les gestes de leurs parents. Les anciens qui vivaient sur place et généralement tenaient les cordons de la bourse, veillaient à ce que rien ne change. Le changement était synonyme de risques qui pouvaient mettre en péril la vie de la famille tout entière.

Le labour et le travail du sol se faisaient à l’aide d’outils légers (charrues, herses, sarcloirs). Tous ces outils étaient tirés par une ou deux vaches. Le principal moyen de production restait donc la main d’œuvre. Lorsque l’exploitation était trop importante pour qu’un homme seul puisse faire tout le travail, un salarié était embauché. Les rendements de cette agriculture étaient faibles. Le rendement moyen français en blé était de 15 quintaux à l’hectare.

L’agriculteur vendait ce qui n’était pas essentiel pour l’alimentation de sa famille. Suivant les régions, les produits vendus étaient des céréales, des légumes, du lait ou des animaux.

L’eau courante était un luxe, généralement, elle était puisée au puits du village au fur et à mesure des besoins. Il n’existait pas de retraite pour les anciens. Ceux-ci restaient donc à la maison, cohabitant avec leurs enfants et petits enfants, jusqu’à leur mort.

Les petites productions : porcs, volailles, légumes destinées à l’alimentation de la famille ont été progressivement abandonnées car il est plus simple de s’approvisionner au super marché. Le logement des agriculteurs a été complètement transformé. Aujourd’hui, ils vivent dans des conditions de confort proches en moyenne de celle des autres citoyens. Le congélateur a remplacé les méthodes ancestrales de conservation des produits de la ferme.

L’agriculteur est devenu un entrepreneur comme les autres qui doit en permanence se tenir au courant de l’innovation dans les nombreux domaines concernant son métier. Aujourd’hui, une formation d’ingénieur trouve facilement à se valoriser dans l’entreprise agricole, en terme de compétence sinon en terme de rémunération. Cette ouverture sur le monde et cette adaptation permanente sont vitales.

En effet, il ne faut pas perdre de vue que le prix des denrées agricoles, après avoir été sensiblement conforté et stabilisé par la PAC de 1958, n’a pas cessé depuis de diminuer en terme de pouvoir d’achat. Les rendements moyens en blé de la France se situent aujourd’hui entre 60 et 70 quintaux à l’hectare contre 15 en 1950. Ces faits donnent une idée du chemin parcouru depuis 1950 et de la révolution silencieuse qui s’est produite en agriculture.

Évolution de l'Agriculture Française : Facteurs Clés

Plusieurs facteurs ont contribué à cette transformation :

  1. Le Plan Marshall (1947) : Les États-Unis décident d’aider massivement les pays d’Europe à relancer leur économie. Pour l’agriculture, ce plan se traduit par la fourniture à un prix raisonnable de petits tracteurs de 25 CV.
  2. La Politique Agricole Commune (PAC) (1958) : La Communauté économique européenne composée alors de 6 pays qui décident de se doter d’une politique agricole commune. L’Europe veut dynamiser l’agriculture pour devenir auto-suffisante dans les denrées agricoles essentielles : céréales, lait, viandes rouges. Pour cela, il faut que les agriculteurs qui produisent ces denrées essentielles soient assurés d’un revenu décent. La PAC garantit des prix convenables, néanmoins insuffisants pour assurer un niveau de revenu convenable sur des exploitations de 15 Ha.

Tous ces facteurs se conjuguent pour favoriser un exode rural massif et prolongé. Les jeunes ne prennent plus la suite de leurs parents, ils vont travailler en ville, attirés par des salaires séduisants et un mode de vie moins rude. Ceux qui restent vont pouvoir s’agrandir et vivre mieux en profitant des aménagements nouveaux.

En 2010, la France compte environ 400 000 agriculteurs qui exploitent les 32 millions d’Hectares de surface agricole utile. Cette évolution a été possible grace à un effort considérable de mise au point et de diffusion de nouvelles techniques de production plus efficaces et plus simples que les methodes ancestrales.

Les agriculteurs se spécialisent dans les productions pour lesquelles ils sont les mieux placés. Dans certaines régions, ils choisissent les céréales et abandonnent l’élevage, dans d’autres, c’est l’inverse. Les petites exploitations se spécialisent dans la production laitière, les grandes majoritairement dans la production céréalière.

Les vocations régionales sont également déterminées par les organisations économiques ( laiteries , coopératives céréalières, groupements de producteurs) qui ont su le mieux dynamiser le milieu agricole.

Au fil des années, les salaires ont augmenté comme dans le reste de la société. L’évolution du matériel agricole et les facilités de financement offertes par le Crédit agricole font que les machines sont devenues plus intéressantes à utiliser que le personnel. Aujourd’hui dans la plupart des régions, les salariés agricoles ne subsistent que dans les exploitations qui pratiquent des cultures spéciales : vignobles, maraîchage, pépinières.

Le chef d’exploitation réalise lui-même l’ensemble des travaux nécessaires seul ou en association avec des collègues grâce à un équipement de plus en plus sophistiqué et puissant, quelquefois acquis en commun. Un homme seul peut cultiver 200 hectares de céréales en situation favorable.

L’ordinateur a fait son apparition dans les exploitations agricoles au début des années 90. Aujourd’hui, il est devenu un outil indispensable pour la comptabilité de l’exploitation, la gestion technique des parcelles (assolement, plan de fumure) ou de la carrière de chacun des animaux d’un troupeau.

Les conditions de travail dans les parcelles ont changé radicalement. Les tracteurs sont équipés de cabines climatisées, le chauffeur travaille à l’abri de la poussière ou des embruns de son pulvérisateur.

Cette activité reste dure car le jeune qui s’installe va consacrer les 20 ou 25 premières années de sa vie professionnelle au remboursement des capitaux énormes qu’il a dû mobiliser pour acquérir les moyens de production : animaux, matériel, terres, logement, bâtiments d’exploitation. Les marges que lui laissent ses annuités de remboursement font que, souvent, le revenu disponible pour faire vivre la famille est très inférieur au SMIC.

Par contre, au moment de sa retraite, s’il cède son capital dans des conditions normales, il disposera de moyens importants. On dit quelquefois, un peu cruellement qu’un agriculteur vit pauvre et meurt riche.

Ce sont ces conditions difficiles qui rendent quasiment impossible l’installation d’un jeune qui n’est pas fils ou fille d’agriculteur.

Le principal moyen de production restait donc la main d’œuvre. Lorsque l’exploitation était trop importante pour qu’un homme seul puisse faire tout le travail, un salarié était embauché.

Aujourd’hui, les agriculteurs vivent dans des conditions de confort proches en moyenne de celle des autres citoyens.

Cette ouverture sur le monde et cette adaptation permanente sont vitales pour les agriculteurs modernes.

Ces faits donnent une idée du chemin parcouru depuis 1950 et de la révolution silencieuse qui s’est produite en agriculture.

L'évolution de l'agriculture depuis 50 ans - EVENEMENT (23/02/2013)

Tableau Récapitulatif de l'Évolution Agricole

Période Nombre d'agriculteurs Surface Agricole Utile (ha) Rendement Moyen en Blé (q/ha)
Années 1950 2,5 millions 35 millions 15
2010 400 000 32 millions 60-70

Carte de la production agricole en France.

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