Pourquoi les Abeilles Ne Prennent Pas le Sirop : Comprendre et Agir

La question de savoir pourquoi les abeilles ne prennent pas le sirop est un sujet de préoccupation pour de nombreux apiculteurs. Une mortalité des abeilles, hélas, est annoncée. Il est essentiel de comprendre les facteurs qui influencent ce comportement afin de garantir la santé et la survie de vos colonies.

Mortalité des Abeilles et Pratiques Apicoles

Trop prétentieuse serait une page web affirmant que la mortalité hivernale des abeilles est due à tel ou tel facteur ! Toutefois, après l'analyse de milliers de questionnements à ce propos, il se dégage nettement que dans presque la majorité des cas, le manque de connaissances ou d'expérience de l'apiculteur l'incrimine directement. En France, en tous cas, trop nombreux sont les apiculteurs de loisir qui perdent leurs abeilles chaque année sans savoir pourquoi. Les mauvaises pratiques apicoles sont responsables de la perte de vos abeilles sans forcément que vous en ayez conscience. L'apiculture, c'est avant tout le monde du vivant. C'est pour cela que j'ai créé voici plus de 20 ans, des stages de formation en apiculture.

Malheureusement pour les abeilles, cela se terminera trop souvent comme les milliers d'animaux abandonnés chaque année le long des grandes voies d'accès à la mer... Et puis voilà qu'au retour de ses vacances (pourtant bien méritées), il retrouve ses abeilles.

Importance du Nourrissement et Surveillance des Colonies

Quand on décide de s'occuper d'animaux (surtout d'abeilles), cela doit rester un plaisir, pas une corvée. C'est la raison majeure pour laquelle l'apiculteur doit maîtriser parfaitement l'équilibre des réserves de ses abeilles. C'est très volontairement et avec supplication que je m'adresse aux apiculteurs qui n'avaient peut-être pas mesuré toute l'importance du nourrissement de leurs colonies.

Si donner des réserves à des abeilles en abondance est une erreur, ne pas les surveiller en est une autre. Alors, qui surveillera vos abeilles pendant votre absence ? Les congés font partie de notre vie et il est bien normal que nous puissions en prendre. Mais avant de partir, il est impératif de connaître l'état des réserves de vos colonies.

Les nourrissements préventifs ne servent à rien, mais tout à l'inverse, si les abeilles crèvent de faim, elles auront été exposées à différentes pathologies.

Quand et Comment Nourrir les Abeilles ?

L'apiculteur, qu'il soit amateur, de loisir ou professionnel, doit se soucier des réserves alimentaires de ses colonies d'abeilles tout au long de la saison et principalement au tout début de l'automne mais plus précisément, dès la levée des hausses à miel. N'est-ce pas un paradoxe de prélever le bon miel de nos abeilles pour leur "refiler" du sucre ?

Bien que largement répandu, le nourrissement printanier est essentiellement pratiqué par les apiculteurs désirant stimuler leurs colonies pour produire davantage de miel. Cela dit, il doit rester vigilant à propos de la météo car une saison pluvieuse pourrait nuire au redémarrage des colonies.

En principe, l'apiculteur n'a pas à nourrir ses abeilles en cours de saison à moins que les conditions météo ne soient catastrophiques plusieurs semaines d'affilée (comme cela a été le cas en 2011, en 2018, 2019 et 2024!). Dans ce cas, il nourrira exclusivement les colonies qui n'ont pas de hausse, et ses essaims en cours de développement.

Nombre d'apiculteurs ne se soucient pas de leurs abeilles en saison, pensant qu'elles s'auto-suffisent. Ils ne voient donc que le miel qu'ils vont récolter, les abeilles passant au second plan. Est-ce l'attitude d'un "Berger des abeilles® ?

Encore une fois, au risque de me répéter, c'est quand même l'homme qui détruit la nature, déséquilibre les écosystèmes et in fine, qui en est responsable devant lui même et le Créateur.

Nourrir ses Abeilles : Une Réflexion Juste

Un agriculteur qui met ses vaches à l'étable pendant l'hiver pourrait-il se passer de les panser en leur apportant un bon foin et quelques compléments alimentaires ?

Combien d'apiculteurs prélèvent du miel pour ensuite redonner du sirop à leurs abeilles ? Sauf en période de famine des abeilles et quand dans les hausses il n'y a pas le moindre gramme de miel, l'apiculteur effectivement nourrit ses abeilles et il a le devoir de le faire.

Malheureusement, la plupart ne sachant pas différencier une famine à une baisse des réserves, le nourrissement devient spéculatif et systématique, autrement dit, l'apiculteur entretien une population forte alors que les butineuses sont réduites au chômage. En nourrissant, il déséquilibre les lois naturelles de la régulation de la colonie.

Avec l'utilisation d'abeilles allochones comme la Buckfast ou la Carnica, les abeilles n'étant pas "naturellement" présentes sur notre territoire, nécessitent et imposent aux apiculteurs de jouer la carte de la spéculation. Elles sont toujours dans le besoin sauf au moment de la grande miellée saisonnière qui ne dure que trop peu de temps.

L'Importance de l'Adaptation Locale et de la Surveillance

A mes débuts, j'étais persuadé que les abeilles devaient se débrouiller seules. Ni Traitements ni nourrissements ! J'ai très vite déchanté en constatant une perte terrible de bon nombre de mes colonies, tant de par le varroa que de faim. Depuis que je pratique la sélection et ai volontairement opté pour l'abeille noire, je constate que mon apiculture n'a plus rien à voir avec celle de mes débuts.

Ces abeilles endémiques, parfaitement adaptées à leur milieu, se débrouillent pour récupérer tout ce qui passe à portée de leur langue (trompe - Proboscis). Je peux donc déduire que plus les abeilles sont de type race pure et endémiques, moins elles nécessitent de nourrissement (et de traitements). Mais attention ! Mes abeilles ne sont pas livrées à elles-mêmes ! Je les veille comme le lait sur le feu.

Il est des années où pures races ou pas, la nature ne fournit pas ou bien moins, au point qu'un très léger apport de sirop devient nécessaire. Je ne prendrai plus jamais le risque de ne pas les aider, surtout des années pluvieuses comme en 2016 ou glaciales comme le début de 2017 ou bien encore comme début de 2018 avec un hiver qui n'en finissait pas et donc a limité les sorties des butineuses. A l'inverse, les années de sécheresse peuvent également provoquer des carences.

Miel vs. Sirop : Quelle Source de Nourrissement ?

Certains donc estiment que seul le miel doit être une source de nourrissement. C'est défendable mais à mon avis, sous condition. Il ne faudrait pas que le miel soit un miel différent de ce que les abeilles peuvent trouver dans leur biodiversité lors de saisons normales.

Que diriez-vous de donner du miel d'eucalyptus à des abeilles de montagne en France ? A moins que d'habiter le Maroc, pas de naturel dans cette logique vous ne pensez-pas ?

Ayant recours à une fonction invertase afin d'hydrolyser ce sucre industriel, le saccharose (indigeste pour les abeilles), se transforme partiellement en 2 sucres simples: le Glucose et le Fructose, les 2 principaux sucres que les abeilles trouvent dans le miel et qui lui sont parfaitement digestes. Je n'ai pas constaté de fragilisation de mes souches, et je dirai même qu'à l'inverse, je les trouve chaque année plus fortes que l'année précédente.

Nourrissement en Saison : Un Équilibre Délicat

Rappelez-vous que tout est une question de bon sens ! Quand les abeilles n'ont pas la moindre réserve à cause de mauvaises conditions climatiques, il est de notre devoir de nourrir. En saison, les nourrissements ne doivent pas être abondants mais seulement "suffisants".

N'oubliez jamais en effet qu'en cas de reprise de miellée, les sirops stockés dans les alvéoles des corps de ruches remonteront immédiatement dans les hausses à miel et là... Bonjour le miel frelaté que l'on nomme "miel adultéré" !

Nous sommes bien d'accord... l'évaluation des réserves montre que les abeilles sont dans le besoin ? Alors il est indispensable de ne pas les laisser mourir de faim. Généralement, c'est bien connu, les apiculteurs sont plutôt du genre "moi d'abord... avant les abeilles".

Qualité du Sirop et Impact des Conditions Climatiques

Cela dit, je n'ai jamais fait confiance aux sirops industriels car ils ne mentionnent jamais (y compris pour les sirops soit disant "haut de gamme", d'où proviennent les sucres. Alors oui, mon sirop me coûte une blinde mais je n'ai pas besoin de leur en donner des tonnes comme je l'ai fait à mes débuts.

Bien que mitigé, 2014 tout comme 2019 et 2024 ont été en déficit de production pour la filière Miel. La saison 2015, à l'opposé des saisons précédentes a connu des températures élevées record. Quand la météo est temporairement pluvieuse, il n'y a rien à redire; les abeilles doivent se débrouiller seules et celles qui ne sauront pas le faire, démontreront qu'elles n'étaient pas adaptées ou boiteuses.

En revanche, quand toute une saison l'est, c'est catastrophique pour les rentrées de cette précieuse nourriture des abeilles. Les fleurs sont délavées et à la moindre acalmie, les biotopes n'ont rien à leur offrir. En conséquence, les reines bloquent leur ponte et réduisent leur population.

Les abeilles déficitaires et carencées ont besoin d'apports complémentaires sans lesquels, les colonies voient fondre leur population. Quand La population d'une colonie décroît, l'apiculteur est perdant sur toute la ligne, car en cas de reprise de miellée, il n'y aura que trop peu de butineuses pour assurer le stockage dans les hausses.

Le Nourrissement Léger en Sucre : Un Soutien en Période de Carence

Ce qui se pratique généralement, les années de carences en nectars et pollens, c'est un soutien des abeilles par des nourrissements légers en sucre (sur la base de 1:1, dit plus couramment 50/50 c'est à dire un litre d'eau pour 1 kg de sucre).

En donnant un 50/50, s'il est certain qu'on réalise une économie d'échelle quant aux achats de sucres. Cependant, on fatigue nos abeilles car il leur faut éliminer l'eau ! heures pour, in fine, stocker quelques milligrammes. C'est au cours de ce "malaxage" que des enzymes de leur bouche entrent en action pour invertir le saccharose en glucose et fructose.

En élevage, je pratique systématiquement le nourrissement des essaims car ils n'ont pas suffisamment de butineuses ni de population pour assurer un apport rapide, régulier et constant de nectar et de pollen ainsi que pour assurer la construction des cadres.

Si en Apiculture Bio le nourrissement n'est pas autorisé, je ne donne pas cher des essaims qui seront produits sans. C'est pourquoi dans la charte du Bio, on admet que le nourrissement n'est autorisé qu'en cas d'extrême nécessité. Et bien si vous attendez l'extrême, vos essaims seront trop faibles pour leur présentation hivernale ce qui entraînera un taux de mortalité plus important.

Facteurs Influençant la Consommation de Réserves

La vraie réponse est : ça dépend ! L’historique météo : automne et début d’hiver froid ? Une colonie en cours d’hivernage sur 3 cadres ne pourra pas stocker assez de réserves. Une colonie sur 10 cadres, avec le même nombre d’abeille qu’une autre sur 7-8 cadres, sera en charge de beaucoup plus de travaux d’entretien de l’espace intérieur.

Un début d’hiver froid aura pour conséquence principale de “bloquer” la ponte de la reine.

L'apiculteur a pu faire plusieurs récoltes spécifiques du début Mai à fin Août. - Les abeilles hivernantes n'ont pas pour objet de stocker des provisions. - Les abeilles pré-hivernantes doivent avoir une qualité.

Que faire si les abeilles ne prennent pas le sirop ?

Si vous constatez que vos abeilles ne consomment pas le sirop que vous leur proposez, voici quelques pistes à explorer :

  • Diluer le sirop : Un sirop trop concentré peut être difficile à consommer pour les abeilles. Essayez de le diluer davantage (50/50).
  • Ajouter du miel : Une cuillère à soupe de miel par litre de sirop peut le rendre plus attractif.
  • Vérifier l'accès au nourrisseur : Assurez-vous que les abeilles peuvent facilement accéder au sirop et que la "cheminée" du nourrisseur n'est pas obstruée.
  • S'assurer de la bonne santé de la colonie Une colonie faible, avec peu de couvain ou une forte pression de varroa, peut ne pas consommer le sirop.

Si ces mesures ne fonctionnent pas, il est possible que la colonie ait un problème plus grave (reine absente ou déficiente, maladie du couvain). Dans ce cas, une inspection approfondie de la ruche est nécessaire.

Types de Nourrisseurs pour Ruche

Il existe plusieurs types de nourrisseurs pour ruches, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients :

  • Nourrisseur couvre-cadres : Le plus populaire, facile d’entretien, polyvalent et robuste.
  • Nourrisseur sur couvre-cadres : Peu encombrant, facile d’entretien, s’adapte à les modèles de ruches.
  • Nourrisseur cadre : Accès direct pour les abeilles, peut servir de partition mais délicat à remplir.
  • Nourrisseur d’entrée : Peu encombrant, facile d’entretien, s’adapte à tous les modèles de ruche.

Le choix du nourrisseur dépendra de vos préférences personnelles et des besoins de vos colonies.

Apiculture: fabrication de sirop de nourrissement pour abeilles facile et pas chère.

Conseils d'Apiculteurs Professionnels

Voici quelques conseils d'apiculteurs professionnels pour optimiser le nourrissement au sirop :

  • Pierre ICKOWICZ : « Des abeilles qui sortent les mâles, des hausses moins populeuses, moins d’euphorie devant la ruche… En Provence, avant l’arrivée du tilleul ou de la lavande il peut y avoir un creux important en apport de nectar. Avec des colonies fortes les réserves sont vite consommées. Pensez dès que vous le pouvez à vérifier l’état de vos colonies afin de voir s’il est nécessaire de nourrir. »
  • Jean RIONDET : Pour savoir si une miellée est faible ou forte si on n’a pas de balance, « on repérera à l’œil la vitesse des va-et-vient sur la planche d’envol.

Tableau Récapitulatif des Types de Nourrissement

Type de Nourrissement Objectif Période Concentration du Sirop Quantité
Stimulant Stimuler la ponte de la reine Printemps 1:1 (1 kg sucre / 1 L eau) Faible, 0.5 L à 3 reprises
Soutien Complément en cas de réserves insuffisantes Fin d'hiver, début de printemps Candi Selon les besoins
Secours Apport en cas d'urgence (famine) Hiver 3:2 1 kg à renouveler

En conclusion, comprendre pourquoi les abeilles ne prennent pas le sirop nécessite une approche globale qui prend en compte la santé de la colonie, les conditions environnementales et la qualité du nourrissement. En étant attentif à ces facteurs, vous pouvez assurer le bien-être de vos abeilles et la pérennité de votre exploitation apicole.

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