Le château de Chantilly, situé au cœur d'un vaste domaine de 7 800 hectares près de Paris, est un lieu chargé d'histoire et de raffinement.
Si l’histoire du Château de Chantilly commence au Moyen-Âge, la version que vous avez devant vous quand vous arrivez, elle, date du 19ème siècle.
Au Moyen-Âge, du 10ème au 14ème siècles, Chantilly appartient aux seigneurs de Senlis, les Le Bouteiller. Ils font construire un premier château sur le domaine qu’ils devront vendre, ruinés, en 1386, à Pierre d’Orgemont, ancien chancelier du Roi Charles V. Ce nouveau propriétaire construit une forteresse médiévale de sept tours sur un îlot entouré de la Nonette, la rivière qui passe dans ce domaine marécageux. Les bases de ces sept tours subsistent encore aujourd’hui et ont servi de bases aux fondations du château actuel. Elles lui donnent d’ailleurs sa forme triangulaire.
N’ayant pas d’héritier, Pierre d’Orgemont cède Chantilly en 1484 à son neveu, Guillaume de Montmorency, qui lui-même donnera Chantilly à son fils, le connétable Anne de Montmorency (Oui, à l’époque, on pouvait être un homme et s’appeler Anne). C’est lui qui va donner le premier à Chantilly un aspect proche du château moderne.
Anne de Montmorency est un proche compagnon de François 1er, notamment lors des campagnes d’Italie et à Marignan (1515 comme tout le monde le sait). D’Italie, il reviendra avec le goût de la Renaissance. Il fait ainsi rénover le château de Chantilly dans ce style, puis il fait construire un deuxième château sur un second îlot au sud de la forteresse : le Petit Château ou la Capitainerie. Ce bâtiment est quasiment inchangé aujourd’hui et c’est la partie la plus ancienne du château.
Anne de Montmorency fait également construire sept chapelles sur le domaine, dont deux sont encore visibles aujourd’hui.
Lorsque Henri II de Montmorency, petit-fils d’Anne, se révolte contre le pouvoir du Roi Louis XIII, ce dernier le fait décapité à Toulouse et réquisitionne Chantilly en 1632.
En 1643, le neveu d’Henri II de Montmorency, Louis II de Bourbon-Condé, qui n'est autre que le cousin de Louis XIV, mène la France à la victoire lors de la bataille de Rocroy. On l'appellera à partir de cet événement « le Grand Condé ».
En remerciement, Anne d’Autriche, alors régente du Royaume de France à la mort de son mari Louis XIII (à 5 ans, Louis XIV est en effet trop jeune pour gouverner), rend Chantilly à la famille de Montmorency.
Avec l’aide de Jules-Hardouin Mansart, premier architecte du Roi Louis XIV, il transforme Chantilly en déplaçant notamment l’entrée principale du château et en construisant les deux pavillons de la grille d’honneur.
Mais surtout, il fait appel à André Le Nôtre, le futur célèbre jardinier de Versailles, pour canaliser la Nonette et réaliser les jardins à la Française, les jeux d’eaux et le Grand Canal qui vont créer la réputation du château de Chantilly.
Le Grand Condé fait de Chantilly un lieu de fêtes somptueuses où sont reçus les plus grandes personnalités du moment comme La Fontaine, La Bruyère, Molière ou encore Madame de Sévigné.
Son arrière-petit-fils, Louis-Henri, Duc de Bourbon, qui est Premier Ministre de Louis XV de 1723 à 1726, fait appel à l’architecte Jean Aubert pour bâtir les grandes écuries. Un chef d’œuvre du 17ème siècle que l’on peut encore admirer lors de la visite du domaine. Ces écuries sont d’ailleurs toujours utilisées. Louis-Henri décore également les appartements du Petit Château. Il crée surtout la manufacture de porcelaine de Chantilly.
Dès le 17ème siècle, on cherche à produire de la porcelaine, à l’image de celle que l’on importe d’Orient et de Chine pour des sommes faramineuses. Louis-Henri de Bourbon-Condé crée ainsi à Chantilly en1725 l’une des premières fabriques de porcelaine en France. Cette porcelaine est dite « tendre » par opposition à la « porcelaine dure » que l’on trouve en Orient mais que l’on ne sait pas faire en Europe à l’époque. Pour information, la différence est l’utilisation de kaolin (argile blanche) dans la composition de la porcelaine dure. Un matériau que l’on n’a pas en France.
Jusqu’à la Révolution, les Princes de Condé embellissent le château, notamment avec la construction en 1769 du château d’Enghien, un long bâtiment à l’architecture classique que l’on aperçoit encore en face du château ; ou encore avec la création du jardin anglo-chinois qui mène au hameau du domaine, un groupe de sept maisons rustiques (il en reste cinq aujourd’hui) qui inspirera Marie-Antoinette pour son Hameau de la Reine à Versailles (pour en savoir plus, j’y ai consacré un article et un podcast à retrouver sur le blog).
En tant que cousins de la famille royale, les Condé-Bourbon émigrent lors de la Révolution. Leur château de Chantilly est dépouillé. En 1799, le Grand Château est détruit, ainsi que l’Orangerie, la ménagerie et le théâtre.
A la Restauration en 1815, après le 1er Empire de Napoléon, le Prince de Condé-Bourbon Louis-Joseph, de retour d’exil, tente de rénover les lieux. Il remeuble le château, réinstalle certaines œuvres d’art qu’il réussit à récupérer, et réaménage les jardins.
Son fils Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, meurt sans héritier direct en 1830. Il lègue ses biens à son petit-neveu et filleul, Henri d’Orléans, duc d’Aumale, qui n’est autre que le fils du duc Louis-Philippe d’Orléans, qui devient Roi des Français en 1830.
Au XVIIIe siècle, de fastueux appartements avaient déjà été aménagés pour le duc et la duchesse de Bourbon. La chambre de la duchesse, transformée par la suite en « salon violet », avait accueilli la naissance du duc d’Enghien, dernier descendant de la dynastie de Bourbon Condé.
Le gros œuvre du chantier des Appartements Privés fut entamé dès le printemps 1845 et les opérations avancèrent rapidement : les plafonds de la chambre de la duchesse et du salon violet furent achevés à la fin de cette même année. La pose des tentures fut achevée le 1er janvier 1847 et les derniers meubles furent reçus en mars de la même année.
L’époque romantique plaça l’histoire au cœur de ses préoccupations et de ses aspirations, notamment celle des Bourbon-Condé. Cette ambition fut servie par l’inventivité et les recherches d’Eugène Lami qui fit parfois preuve d’un véritable souci archéologique et historique, reconstituant le pavement du portrait d’Henri IV par Pourbus (musée du Louvre) dans la chambre de marbre ou copiant la cheminée du château de Villeroy (Louvre) pour le salon de Condé.
Chez la duchesse, c’est le XVIIIe siècle qui règne en maître, avec les styles Louis XV et Louis XVI qui s’entremêlent indistinctement. Ici comme aux Tuileries, les appartements féminins se devaient d’évoquer ce style précieux, conforme au statut des princesses d’Orléans. Chez le duc, on entre dans l’Histoire. Si la salle à manger, transformée plus tard en bureau, présente un style néo-Renaissance, entre les époques d’Henri II et d’Henri IV, le salon de Condé attenant rend hommage aux princes illustres de la branche cadette de la maison de Bourbon dans un style néo-Louis XIV de bon aloi.
Appelée salon des Dames, cette antichambre fut rebaptisée salon de Guise après le décès du fils cadet du couple ducal, François d’Orléans, duc de Guise (mort en 1872). Mêlant styles Louis XV et Louis XVI, elle présente des boiseries qui s’inspirent librement de celles des Grands Appartements. La restauration a révélé des nuances chromatiques de blancs bleutés ou grisés plus étendues. Cette pièce d’un extrême raffinement asseyait le prestige de la jeune duchesse d’Aumale dont les initiales (M-C-A pour Marie-Caroline-Augusta) se retrouvent sur la tête de lit, le plafond peint par Narcisse Diaz (1845) et le trumeau de cheminée.
La personnalité de la duchesse d’Aumale transparaît partout dans cette pièce. Ses origines napolitaines d’abord, avec la table à ouvrage et à dévotions de Gabriele Capello, agrémentée d’une micro-mosaïque représentant le Vésuve en éruption, présent offert par la tante de la duchesse, la reine de Sardaigne MarieChristine de Bourbon-Siciles. Sa piété ensuite, avec le prie-Dieu néogothique provenant des Tuileries et les tableaux de dévotion de part et d’autre du lit.
Les Appartements Privés se signalent par leur modernité et leur confort (chauffage central et éclairage au gaz installés après le retour d’exil du duc, eau courante, water closets).
Ce délicat boudoir est la seule pièce des Appartements Privés à conserver son état du XVIIIe siècle. Ancienne chambre de la duchesse de Bourbon au XVIIIe siècle, là même où naquit le duc d’Enghien en 1772, cette pièce chargée d’histoire a été profondément modifiée par Lami, ainsi que le bureau à gradin des frères Grohé réalisés pour ce lieu même (la forme cintré du piano épouse en effet la rotondité des lieux). Les coloris de ses boiseries annoncent ceux de la chambre attenante.
Les précieuses boiseries sont en partie composées de remplois du XVIIIe siècle dont on ne connaît malheureusement pas la provenance. Les dessus-de-porte peints par Lami, Roqueplan et Baron sont ornés de scènes figurant les divertissements des seigneurs de Chantilly du XVIe au XVIIIe siècle. L’ameublement est éclectique, avec l’imposant bureau à cylindre des frères Grohé, offert par Louis-Philippe à son fils en 1847. Son vocabulaire louis-quatorzien fait écho aux fauteuils et sièges à haut dossier de la pièce. Le lit du duc étonne par une austérité qui contraste avec le caractère cossu des lieux et le chatoiement des rideaux identifiés en réserve : c’est le lit de fer d’un militaire. Au-dessus veille le portrait de sa mère, peint par Gérard.
La tenture et le lambrequin à dents de damas de soie accompagnent le mobilier Boulle (et néo-Boulle, comme le meuble d’appui au médaillon herculéen, créé par Mombro vers 1845) et les sièges à dossier droits néo-XVIIIe siècle. Ceux-ci ont retrouvé une apparence plus conforme à leur état à la mort du duc d’Aumale, avec des bandes alternées de damas de soie et de velours rouge.
Si le temps des Condé est illustré dans le salon portant leur nom, c’est davantage Anne de Montmorency qui est évoqué dans la dernière pièce du parcours. Celle-ci servait à l’origine de salle à manger, avant d’être transformée en bureau. Elle présente un style Henri II (mâtiné de style Henri IV), promis à un brillant avenir au XIXe siècle pour ce type de pièce.
Âgé de 8 ans lorsqu’il hérite du Château de Chantilly, le Duc d’Aumale fait redécorer les appartements privés situés dans le Petit Château en 1845 et y fait élever une galerie en bois. Il souhaite également reconstruire le Grand Château mais la révolution de 1848 le pousse à l’exil en Angleterre, au château de Twickenham. Il n’en reviendra qu’en 1870.
A son retour en France, le duc d’Aumale fait appel à l’architecte Honoré Daumet pour entamer la reconstruction du Grand Château. Les travaux dureront de 1875 à 1885. Il va apporter les transformations que l’on connaît aujourd’hui. Le Grand Château est rebâti sur les bases des fondations des tours médiévales.
Pour le Duc d’Aumale, la rénovation du château doit rendre hommage à tous les propriétaires qu’il a connu au cours de l’Histoire. C’est un mélange de Renaissance, de 17ème et 18ème siècle. Il en fait une résidence familiale qui accueillera de nombreuses personnalités au cours du19ème siècle. Mais il décide aussi d’en faire un lieu pour exposer ses nombreuses collections de peintures, sculptures, porcelaine ou encore de livres anciens.
En effet, très grand collectionneur, le duc d’Aumale fonde son musée particulier dans une aile du Grand Château : le Musée Condé. Un Musée qui, comme le Château de Chantilly et tout le Domaine, sera léguer à l’Institut de France à la mort d’Henri d’Orléans en 1897 qui décède sans héritiers vivants. L’Institut de France ouvrira les lieux au public dès l’année suivant, comme le souhaitait le duc d’Aumale.
Le boudoir de Chantilly, témoin des époques et des passions, incarne l'élégance et le raffinement qui caractérisent ce domaine exceptionnel. Sa visite est une immersion dans l'histoire et l'art de vivre à la française.
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