L'alimentation est un sujet central de santé publique et de politique sociale. En France, comme dans de nombreux pays, l'accès à une alimentation sûre, nutritive et suffisante est un droit fondamental. Cet article explore la définition de l'alimentation, les enjeux liés à l'insécurité alimentaire, et les efforts déployés pour garantir une alimentation saine et durable pour tous.
En 2012, le Conseil National de l’Alimentation (CNA) a retenu la notion « d’insécurité alimentaire » pour qualifier la situation des personnes qui « n’ont pas accès à une alimentation sûre et nutritive en quantité suffisante, qui satisfasse leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ».
L’insécurité alimentaire renvoie à la fois à la disponibilité des denrées alimentaires, à leur accessibilité physique et économique et à leurs propriétés nutritionnelles et sanitaires. Elle intègre la question des préférences alimentaires et comporte également une dimension temporelle, puisqu’elle peut être permanente, chronique ou temporaire.
Toutes les personnes en situation d’insécurité alimentaire ne souffrent pas de la faim, mais elles subissent des restrictions quantitatives ou qualitatives qui affectent leur alimentation, leur qualité de vie, leur bien-être et leur santé.
La notion de « sécurité alimentaire » apparaît au niveau international en 1974, lors du Sommet mondial de l’alimentation, où elle est définie comme « la capacité de tout temps d’approvisionner le monde en produits de base, pour soutenir une croissance de la consommation alimentaire, tout en maîtrisant les fluctuations et les prix ».
Il s’agit, dans le cadre de la lutte contre les crises alimentaires qui frappent le monde, de définir un cadre pour l’action de l’Organisation des Nations unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO) en direction des pays en voie de développement. Les définitions de la sécurité alimentaire ne donneront une place à l’individu qu’à partir des années 1980.
En 1992, Kathy L. Radimer, avance, en contrepoint aux définitions officielles, le concept d’« insécurité alimentaire », proposé à la suite d’une enquête par entretiens auprès de femmes souffrant, ayant souffert ou ayant peur de souffrir de la faim.
Le Sommet mondial de l’alimentation de 1996 permet de dégager une formulation consensuelle de la sécurité alimentaire : « La sécurité alimentaire est assurée quand toutes les personnes, en tout temps, ont économiquement, socialement et physiquement accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine ».
L’insécurité alimentaire peut être collective ou individuelle, et toucher ainsi tous les membres d’un ménage ou une seule personne. Toutefois, les termes choisis permettent d’éviter un certain nombre de raccourcis abusifs et de malentendus.
L’insécurité alimentaire n’est pas une caractéristique continue, un état constant. Elle n’est pas constitutive du profil des ménages concernés, comme peuvent l’être par exemple l’âge, le niveau de revenus ou de diplôme, etc.
Sans remettre en question le pourcentage avancé par l’ONPES, il est délicat de mesurer le nombre de ménages français en situation d’insécurité alimentaire de façon précise. Les difficultés d’objectivation sont inhérentes à un concept renvoyant à des réalités « relatives » et « subjectives », de portée à la fois « qualitative » - l’appréciation d’insécurité alimentaire reposant pour partie sur le ressenti et les préférences des personnes concernées - et « quantitative » - puisque l’accès aux ressources alimentaires est, lui, mesurable par référence à une échelle des besoins « nutritionnels », « physiques », « de base », « moyens », etc.
Les indicateurs utilisés aujourd’hui en France s’inspirent en grande partie du dispositif d’enquête américain en dix-huit questions du US National Household Food Security Survey, créé dans les années 1990 afin de mesurer l’insécurité alimentaire aux États-Unis [9].
Plusieurs enquêtes permettent d’estimer le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire à un instant t et leur évolution dans le temps. Outre l’étude INCA 2 évoquée précédemment, citons le programme pluridisciplinaire « Santé, Inégalité et Ruptures Sociales » (SIRS) (Martin-Fernandez et al., 2013), mené sous l’égide de l’INSERM, portant sur une cohorte de 3 000 Franciliens, ou encore le Baromètre santé nutrition 2008 (Escalon et al., 2009), réalisé par l’INPES et portant sur un échantillon de 4 714 personnes âgées de 12 à 75 ans.
Ces enquêtes permettent d’identifier des « facteurs de risques » associés à l’insécurité alimentaire. Un faible niveau de revenus et la dégradation de la situation financière ressortent comme des facteurs importants.
Un faible niveau de revenus et la dégradation de la situation financière ressortent comme des facteurs importants : dans l’enquête INCA2, la part de personnes en insécurité alimentaire parmi les ménages à faible revenu (moins de 908 euros par mois pour un adulte seul) est trois fois plus importante que chez les personnes ayant des revenus supérieurs.
Pourtant, le niveau de revenus n’explique pas tout : on trouve ainsi, parmi les ménages en insécurité alimentaire, davantage d’individus déclarant connaître des difficultés financières que d’individus à bas revenu. L’insécurité alimentaire serait également liée à des problèmes de gestion de budget et d’accidents de la vie mettant en péril la stabilité économique des ménages.
Les raisons du recours à l’aide alimentaire sont variables (accident de la vie, déséquilibre financier lié aux dépenses du foyer, précarité liée aux conditions d’emploi ou à l’absence d’emploi, conditions de logement précaires). Les ménages bénéficiaires de l’aide alimentaire se caractérisent par une inscription longue dans le dispositif (un ménage sur deux y a recours depuis plus de deux ans).
Si les bénéficiaires de l’aide alimentaire ont fait l’objet d’enquêtes dédiées, peu d’études, en revanche, éclairent les profils des ménages en insécurité alimentaire qui ne recourent pas à l’aide alimentaire.
Le premier volet de l’étude a porté sur le cadrage théorique de la notion « d’insécurité alimentaire » et sur un état des lieux des dispositifs d’aide alimentaire existants, de façon à affiner les hypothèses de travail nécessaires à la réalisation d’une enquête qualitative auprès des ménages. Des sources documentaires de divers types ont été compilées et analysées : études qualitatives, enquêtes statistiques, rapports officiels, articles de presse, ou encore rapports d’activités ou rapports d’évaluation des organismes associatifs.
Le volet principal a consisté en une enquête par entretiens semi-directifs auprès de 26 acteurs locaux (structures d’aide alimentaire, CCAS, services sociaux polyvalents des Conseils généraux, associations) et de 85 ménages aux ressources modestes.
Cette enquête qualitative s’est déroulée dans quatre départements, choisis de façon à assurer une certaine diversité de contextes géographiques et socio-économiques (degré d’urbanisation, attractivité, dynamisme économique, problématiques sociales rencontrées et réponses apportées en matière d’aide alimentaire - densité du réseau d’associations et diversité des modes de distribution).
Une approche large et compréhensive de l’insécurité alimentaire a été privilégiée au moment de la constitution de l’échantillon, comme à celui du recueil des données ou de l’interprétation des résultats.
Pour bien mettre en perspective l’objet d’étude « insécurité alimentaire », nous avons choisi de rencontrer des bénéficiaires comme des non-bénéficiaires de l’aide alimentaire, et de varier le profil socio-économique des ménages et leurs niveaux de ressources.
L’échantillon des enquêtés est donc composé de ménages aux ressources modestes, en insécurité alimentaire ou pas, bénéficiaires ou non bénéficiaires de l’aide alimentaire. Au total, 85 ménages, dont 70 ayant bénéficié au cours des douze derniers mois d’une aide alimentaire, et 15 non-bénéficiaires, ont ensuite été rencontrés courant 2014 dans le cadre d’entretiens semi-directifs approfondis d’1h30 environ, portant sur trois principaux volets : les pratiques et représentations liées à l’alimentation en général, la gestion du budget, et les raisons du recours ou du non-recours aux dispositifs d’aide alimentaire.
Les femmes constituent la majorité de l’effectif (71 %), les familles monoparentales représentant près de 40 % du total. 32 % des personnes rencontrées ont entre 26-40 ans et 49 % entre 41 - 60 ans. L’échantillon comporte une surreprésentation de ménages sans emploi (66 % de l’échantillon).
Corollaire de la situation des ménages au regard de l’emploi, environ la moitié des personnes rencontrées sont bénéficiaires de minima sociaux parmi lesquels le Revenu de Solidarité Active (RSA), l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS) et l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ASPA). Une partie de cet échantillon (16 %) déclare également n’avoir aucune ressource.
Une telle approche ne permet pas de prétendre à la représentativité statistique. Elle permet en revanche d’approfondir certaines thématiques ou problématiques liées aux caractéristiques des ménages en situation d’insécurité alimentaire.
Pour cet article, nous avons privilégié les développements consacrés à l’insécurité alimentaire telle que les individus interrogés en font l’expérience. Les extraits d’entretien repris ci-après sont contextualisés en indiquant des éléments tels que l’âge, le sexe, le département et l’autopositionnement sur l’échelle d’insécurité alimentaire présentée dans l’encadré 1.
Les ménages de notre échantillon se rapprochent des ménages français dans leur ensemble, et leurs propos se rattachent en de nombreux points au « modèle alimentaire français » mis en avant par la sociologie de l’alimentation (Poulain, 2002).
Les résultats de l’enquête qualitative tendent à confirmer, sur certains points, les éléments apportés par de précédentes études sur les bénéficiaires de l’aide alimentaire. Ils précisent notamment la réalité des contraintes vécues par les ménages au regard de l’alimentation. Sous l’effet de divers facteurs qui souvent se cumulent et se renforcent, tels que la faiblesse des ressources financières, les difficultés de logement, les contraintes professionnelles, les pathologies physiques ou la détresse psychique, les ménages voient leurs pratiques alimentaires contraintes, à des degrés variables qui font écho aux degrés d’insécurité ali…
Un an après l’entrée en vigueur de la nouvelle Charte alimentaire de l’ARCOM visant à promouvoir une alimentation et des comportements favorables à la santé dans les programmes audiovisuels, les contenus numériques et les communications commerciales (2025-2029), France Assos Santé, La Ligue contre le cancer et la Fédération Française des Diabétiques, associations de personnes malades et d’usagers signataires de la Charte dressent un constat clair : les engagements pris n’ont pas suffisamment été mis en œuvre, les avancées concrètes sont insuffisantes et le dispositif de régulation a aujourd’hui une apparence de régression, alors même que les enjeux de santé publique liés à la publicité alimentaire n’ont jamais été aussi pressants, notamment concernant les plus jeunes.
Si nous saluons la création du comité de suivi de la Charte, dont nous sommes parties prenantes, nous constatons que cette avancée formelle ne s’est pas traduite par des progrès concrets concernant l’exposition des enfants aux publicités pour la malbouffe malgré plusieurs réunions dans l’année.
L’enchaînement des retards, l’absence de livrables opérationnels et la décision de fonder le bilan annuel sur la Charte de 2024, qui ne permet ni d’évaluer les engagements récemment pris par les plateformes numériques, ni de mesurer leur mise en œuvre, traduisent un affaiblissement préoccupant du dispositif.
À cela s’ajoute une rupture par rapport aux exercices antérieurs : l’absence d’une analyse par l’ARCOM des pratiques publicitaires des médias audiovisuels traditionnels, privant pour la première fois la Charte d’une vision d’ensemble de l’exposition publicitaire, pourtant essentielle à l’appréciation de ses effets réels.
Dans un contexte où l’exposition publicitaire se déplace massivement vers les réseaux sociaux et les plateformes numériques, ce décalage apparaît comme un renoncement à évaluer les pratiques là où la régulation est d’autant plus nécessaire. Cela contribue à affaiblir la portée de la Charte et à empêcher la mise en œuvre des mesures nécessaires à un véritable changement dans l’environnement alimentaire.
Plusieurs mesures structurantes restent bloquées. L’étude indépendante sur l’exposition des jeunes, pourtant prévue, n’a pas été lancée, freinée par les stratégies dilatoires des plateformes. Les travaux visant à harmoniser les obligations entre plateformes et médias traditionnels n’avancent pas, avec pour conséquence de maintenir une distorsion de concurrence et d’affaiblir la Charte.
Nous regrettons ce refus de coopération effective de certaines plateformes, ralentissant la démarche. Les plateformes ne s’inscrivent pas dans une logique de co-construction et ne sollicitent pas les associations alors mêmes que celles-ci disposent d’une expertise précieuse pour les accompagner à mettre en œuvre les engagements pris dans la Charte.
Nous, associations signataires, réaffirmons notre disponibilité pour accompagner les acteurs engagés dans la Charte et sommes prêtes à participer à la mise en place et à l’animation de différents groupes de travail, tel que cela a été proposé à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP).
Ces blocages ne peuvent être dissociés du contexte politique général marquant un climat de ralentissement voire de paralysie des politiques publiques en matière d’alimentation saine et durable. L’attente interminable de la publication de la Stratégie nationale alimentation, nutrition, climat (SNANC) a illustré les difficultés rencontrées par les autorités et les agences publiques à exercer pleinement leurs missions de régulation dans un cadre politique stabilisé et cohérent.
Nous réaffirmons notre soutien à l’ARCOM et aux agences de l'État pour le respect et la mise en œuvre d'un cadre convenu et de leur mission d'autorité de régulation.
Cependant, nous dénonçons l’absence de pilotage politique fort qui affaiblit les mécanismes existants et laisse une place excessive à l’autorégulation. Nous notons néanmoins que la SNANC prévoit que « en cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure réglementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée ».
A ce titre l’année écoulée confirme les alertes répétées des associations, comme le suggère l’ARCOM dans son communiqué qui pointe « le défaut d’engagement concret des acteurs de l'écosystème numérique en faveur de la santé et du bien-être des jeunes ».
L’autorégulation ne fonctionne pas lorsqu’elle repose sur des acteurs dont le modèle économique dépend directement de la promotion de produits délétères pour la santé. La Charte alimentaire de l’ARCOM, dans sa forme actuelle, risque de devenir un outil de communication sans effet réel, servant davantage à protéger les intérêts des plateformes que la santé publique.
Alors que d’autres pays européens, à l’image du Royaume‑Uni, assument des règles claires et contraignantes pour encadrer la publicité de produits nocifs pour la santé, à la télévision comme sur les plateformes numériques, la France s’enferme dans une logique attentiste et envoie un signal de recul.
Le choix de ne pas produire de bilan de la charte sur l’année 2025, les retards accumulés dans la mise en œuvre des engagements et le faible niveau d’exigence opposé aux acteurs dominants du numérique exposent le pays à un risque réel de décrochage en matière de régulation.
Ce risque n’est pas neutre : il se traduit par une exposition accrue des jeunes générations à la pression publicitaire et adresse aux industriels et aux plateformes un message préoccupant - celui d’une responsabilité différée et d’une forme d’impunité.
Face à cette situation, nous, associations signataires de la Charte alimentaire, demandons une accélération claire et mesurable des travaux du comité de suivi, la mise en oeuvre immédiate de l’étude indépendante sur l’exposition des jeunes à la publicité alimentaire sur les plateformes sans nouveaux délais, des engagements concrets des plateformes numériques à la hauteur de leur poids réel dans les pratiques publicitaires.
Au cas où les Plateformes numériques continueraient de manquer à leurs engagements, nous attendrons de l’Etat qu’il mette en place des mesures réglementaires fortes, comme la SNANC le mentionne.
Ce blocage persistant pose une question démocratique fondamentale : qui décide aujourd’hui de l’environnement alimentaire des enfants et des adolescents ? Des autorités publiques investies d’une mission de protection, ou des entreprises multinationales qui refusent toute contrainte susceptible de remettre en cause leurs profits ?
En laissant perdurer cette situation, l’État prend le risque de se désengager de sa responsabilité de protection des plus vulnérables.
Nos associations resteront pleinement mobilisées et rappellent que la protection de la santé des plus jeunes ne peut être une variable d’ajustement ni un objectif de second plan.
tags: #le #66 #alimentation #définition
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