Une rumeur persistante circule sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années, affirmant que les Restos du Cœur refusent les dons alimentaires contenant du porc. Cet article se penche sur les origines de cette rumeur, son démenti par les Restos du Cœur, et explore les contextes historiques et culturels qui alimentent les interdits alimentaires liés au porc.
Contactés par France 3 Côte d’Azur, les Restos du Cœur démentent formellement ces affirmations. "De quel Resto parle-t-on ? Où ? Quand ? C’est du complotisme anti-Restos du Cœur ou anti-religieux. Dans tous les cas, nous ne commentons pas ce genre de fake-news", glisse le président de l’association dans les Alpes-Maritimes, François Chantrait. "Tous les dons sont donc acceptés, sous réserve que les produits ne soient pas périmés", peut-on lire sur le site des Restos du Cœur.
"Les Restos du Cœur veillent à effectuer un accueil inconditionnel, quelles que soient la nationalité et la religion des personnes en difficulté, est-il précisé".
Cette polémique autour du porc refusé par les Restos du Cœur tire son origine d’un message publié dans le quotidien Var-Matin, en 2009. JR, un lecteur probablement "atterré" relatait une mésaventure qu’il aurait vécue aux Restos du Cœur de Brignoles.
"Le don que j’ai fait comprenait, entre autres, un pack de trois boîtes de pâté de campagne. On me l’a refusé sous prétexte qu’il contenait du porc. J’ai rétorqué que parmi les nécessiteux, il n’y avait pas que des personnes de confession musulmane. On m’a répondu : 'Ah ! Si en plus, on doit lire les étiquettes et trier !'"
L’association fondée par Coluche avait à l’époque publié un démenti, dénonçant : "Des propos totalement contraires aux principes et à la Charte des Restos du Cœur". Ils pointaient également une incohérence de date : "L’association n’a jamais effectué de collecte dans les magasins cités à ces dates-là (27 et 28 novembre 2009)".
Depuis 16 ans, la rumeur refait son apparition à intervalles réguliers. Et les Restos du cœur, las, de s’en défendre chaque année. "Il y a d’autres sujets plus sérieux", de souffler François Chantrait.
Sur les réseaux sociaux, des vidéos virales relancent l’idée que les Restos du Cœur refuseraient des dons alimentaires avec du porc. Sa vidéo, publiée en octobre dernier, comptabilise au 14 novembre 2025 près de 750 000 vues, des dizaines de milliers de "like" et des milliers de commentaires. Il n’est pas le seul à répandre la même idée.
Voici ce qu'il dit : le maire de Perpignan refuse de retirer le porc des cantines de sa ville et le justifie ainsi dans une pseudo lettre adressée aux parents d'élèves : "Les musulmans doivent comprendre qu'ils doivent s'adapter en France, à leurs coutumes, à leurs traditions, leur style de vie, parce que c'est là où ils ont choisi d'immigrer ". Et le texte continue ainsi sur plusieurs dizaines de lignes, invitant notamment ceux qui "ne sont pas d'accord avec la laïcité " à déménager dans l'un des "57 beaux pays musulmans dans le monde ".
Et si cette rumeur semble avoir été prise au sérieux par des nombreux internautes, c'est sans doute parce que la ville de Perpignan a effectivement pris position sur la question du porc dans les cantines scolaires. L'an dernier, la municipalité a annoncé la fin de la viande de substitution et la mise en place de menus végétariens.
Le maire de Perpignan n'a pas écrit ce texte. L'an dernier, cette lettre avait déjà été attribuée à tort au maire de la ville québécoise de Dorval. Et l'année précédente, c'est le bourgmestre d'Ath, en Belgique, qui était censé être l'auteur de ce texte islamophobe. Ce dernier avait vivement réagi via un communiqué sur le site de la mairie et déposé plainte.
Les réseaux sociaux du web ont alimenté une épidémie de fausses informations et de méprises sur des sujets allant de la prévalence de la fraude électorale à la question de savoir si la fusillade à l’école de Sandy Hook n’avait pas été une mise en scène, en passant par la nocivité des vaccins. Les mêmes mécanismes de base qui avaient semé la peur du sphinx de la tomate se sont désormais intensifiés et ont parfois conduit à une méfiance profonde envers les institutions publiques. Parmi les fausses croyances causant le plus de dégâts, beaucoup résultent d’une propagande et d’une désinformation délibérées, destinées à nuire.
Mais une partie de ce qui rend la propagande et la désinformation si efficaces à l’époque des réseaux sociaux est que les gens qui y sont exposés les partagent auprès de leurs amis et leurs collègues sans intention de les tromper.
Sur le fond, ce texte raconte beaucoup de bêtises. Et notamment lorsqu'il affirme qu"il y a "57 beaux pays musulmans dans le monde, la majorité sous peuplés, prets à les recevoir ". Comme l'explique cet article de Métro, l'auteur fait sans doute référence aux pays membres de l'Organisation de la coopération islamique. On y trouve notamment le Togo, pays dont... seule une minorité d'habitants est de confession musulmane.
Si la chair du porc cause tant d'horreur aux Juifs, c'est, je crois, parce que les Barbares redoutent par-dessus tout la lèpre et la gale, persuadés que de telles maladies finissent par ronger les hommes sur qui elles se jettent. Or nous voyons que généralement le porc a sous le ventre la peau couverte de lèpres et de pustules blanchâtres : éruptions qui semblent se produire à la suite d'un mal secret et d'une corruption intérieure. Du reste la malpropreté du porc en sa façon de vivre donne à sa chair une mauvaise qualité.
La plupart des auteurs s'accordent à dire qu'une maladie contagieuse qui couvrait tout le corps de souillures s'étant répandue en Égypte, le roi Bocchoris en demanda le remède à l'oracle d'Hammon, et reçut pour réponse de purger son royaume et de transporter sur d'autres terres, comme maudits des dieux, tous les hommes infectés.
Là est profane tout ce qui chez nous est sacré, légitime tout ce que nous tenons pour abominable. (...) ils sacrifient le bélier comme pour insulter Hammon. Ils immolent aussi le boeuf, que les Égyptiens adorent sous le nom d'Apis. Ils s'abstiennent de la chair du porc, en mémoire de la lèpre qui les avait jadis infectés, et à laquelle cet animal est sujet.
J'ai entendu aussi que Manéthon l'Égyptien, qui avait atteint le sommet de la sagesse, a déclaré que celui qui goûtait au lait de porc en était infecté par la gale ou la lèpre.
Aux yeux des Grecs et des Romains, l'interdit de consommation s'imposa de lui-même dans la mesure où, parce qu'il copulait au décours de l'astre lunaire ou parce qu'un de ses congénères avait, une nuit de pleine lune, prêté main forte à Seth pour débiter le corps défunt d'Osiris, l'animal était jugé impur.
La "Truie juive", (Judensau), présente dans l'imagerie chrétienne qui, depuis le 13ème siècle en Allemagne essentiellement mais aussi dans des cathédrales ou de simples églises comme à Aarschot en Belgique, à Colmar et à Metz en France, à Bâle en Suisse, pour ne choisir que des pays limitrophes, donnait à voir des Juifs s'abreuvant aux mamelles d'une plantureuse truie ; caricature, vous l'aurez compris, assimilant métaphoriquement les Juifs à des porcs !
Ainsi, j'évoquais tout à l'heure la vicieuse iconographie de la "Truie juive" mais j'aurais tout aussi bien pu vous rappeler, autre violence qui marqua l'histoire sociale du XIVème siècle, l'accusation honteuse, dès le début des épidémies de peste qui frappèrent les populations de l'époque, faite aux Juifs et aux lépreux d'avoir délibérément empoisonné les puits, les fontaines, voire les sources et les ruisseaux auxquels les chrétiens venaient s'approvisionner.
Pour lire quelque chose de substantiel sur le porc dans la documentation égyptienne, il faut attendre le corpus des Textes des Sarcophages, ces textes funéraires écrits pour l’élite de la société du Moyen Empire, préservés soit sur leurs cercueils en bois soit sur papyrus.
Le mythe transmis par la formule 157 des Textes des Sarcophages s’énonce sous forme d’un récit dialogué entre les dieux Rê et Horus, assorti de gloses. On apprend qu’un jour Horus fut blessé à l’œil, et qu’il s’en est plaint à Rê. Son œil, après avoir été frappé, ne voyait plus que du « blanc » et du « noir ».
Il résulte du forfait commis par le porc-séthien, que l’animal est devenu, par ordre divin, un « interdit » pour Horus, c’est-à-dire que le porc doit être tenu à l’écart du dieu, pour sa sauvegarde et sa guérison.
Ce texte fait partie d’un groupe de formules consacrées aux baou tutélaires de plusieurs centres théologiques (Hermopolis, Héliopolis, Busiris) et autres cités mythiques emblématiques de la royauté archaïque (Nekhen, Pé). Les baou en question représentent la communauté des rois de jadis, divinisés.
Le mythe est évoqué par bribes. Horus, blessé à l’œil (on ne saura ni pourquoi ni exactement comment), va se plaindre à Rê. Le premier récit étiologique, revenant sur les auteurs des blessures, implique l’oryx blanc (animal du désert, séthien), et le second le porc noir. Une alternance chromatique entre le blanc et le noir soutient les étiologies des blessures.
Le porc noir, qui est en fait une forme animale que prend Seth pour combattre, a ainsi blessé l’œil d’Horus, au cours d’une péripétie pour laquelle aucun détail supplémentaire n’est donné. À la suite de cette mésaventure, le porc est devenu, par ordre divin (Rê et « les dieux »), un interdit-bwt pour Horus, interdit assurant la sauvegarde du dieu et sa guérison.
Toutefois, le texte précise que cet animal était auparavant sacrifié (ḫr) à Horus, encore enfant, c’est-à-dire avant sa blessure à l’œil. Il est à remarquer que ce texte ne traite pas de la consommation (licite ou illicite) du porc, mais simplement du rapport entretenu (débouchant sur une mise à distance) entre le dieu et le porc noir séthien. Ceci posé, ce texte apparaît comme la plus ancienne information issue de la documentation archéologique proche-orientale évoquant un interdit sur le porc : une mise à l’écart. En revanche, ce texte ne jette aucun éclairage sur les règles de consommation humaine.
L’attaque du porc contre Horus n’est pas anodine : elle inflige une blessure à « l’œil », c’est-à-dire à une part essentielle de la personnalité de ce dieu.
En effet, dans la pensée égyptienne, une conception met en avant le fait que le soleil et la lune sont tout comme les yeux d’un dieu céleste ; nous sommes avec ce discours dans le monde de la métaphore, de la transcription en images poétiques d’une théologie basée sur l’étiologie des fonctionnements cosmologiques. Aussi, les vicissitudes des astres, leurs mouvements et leurs états - le soleil se lève, est parfois caché par les nuages, se couche, change de teinte, paraît, faiblit, disparaît à l’horizon occidental, etc. ; la lune et ses phases croissantes, décroissantes, d’invisibilité ; la lune qui disparaît, réapparaît, etc. - bref, tout cet ensemble de phénomènes peut être ramené à des phases d’une lutte cosmique. L’obscurcissement momentané de la lune, les phases lunaires, voire les éclipses (lunaires ou solaires), sont alors perçues comme autant d’attaques de l’astre par des ennemis cosmiques, méfaits perpétrés surtout par Apep (Apophis), ou par Seth.
L’œil horien, que le porc noir a blessé, représente donc la lune. Seth, sous forme de porc, est ainsi coupable d’un crime dont le retentissement est cosmique. La lune et ses phases successives sont pour les Égyptiens un symbole céleste de la force de récurrence qui anime tout l’univers.
Ce mythe du porc « attaquant la lune » est porté essentiellement par le récit que nous venons de lire, puis par la série de ses transformations, que nous verrons dans la suite. Il faut encore relever que cette mise en relation du porc avec la lune n’est pas inconnue des récits grecs, mais pour des raisons diverses, explicitées dans plusieurs anecdotes.
Pour Plutarque, le fait que les porcs « s’accouplent pendant le décours de la lune » serait l’une des causes de leur détestation chez les prêtres ; pour Manéthon (cité par Élien), le porc est « détesté par le soleil et la lune » ; Plutarque, encore, évoque que Typhon avait trouvé le corps d’Osiris alors qu’il chassait un porc sauvage. Hérodote, de son côté, évoquait un sacrifice du porc à la lune.
Une formule de protection de la tombe du roi défunt consigne des imprécations menaçant les dieux, qui se réfèrent à leurs mésaventures. Ainsi, est-il dit à Osiris : « Va au sud, à Nédit ! », lieu connu pour être celui où Seth l’a mis à mort ; Thot est quant à lui qualifié de « Celui qui n’a pas de mère », en référence probable au mythe évoquant sa naissance particulière.
En ce qui concerne Horus, c’est à la blessure de son œil que la formule renvoie.
(…) Puisse Horus ne pas venir (= contre le roi défunt) avec une mauvaise intention ! Ne lui ouvre pas tes bras, mais dis lui : « Ton nom est Aveugle- (à-cause)-du-porc » (šp-šꝪꝪw) (?) ! Va à Anpet (Mendès) ! (Va) au nord, va à Nétjer (Iseion, nṯr (w)) ! ».
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