La viande de synthèse cultivée en laboratoire a souvent été présentée comme une alternative miracle à l’élevage, secteur responsable de 18% des émissions anthropiques de gaz à effet de serre (GES) selon un rapport du FAO de 2006. Beaucoup moins émettrice en méthane, moins génératrice de polluants (nitrates, notamment), moins consommatrice en énergie, moins gourmande en eau, affranchie de la tragédie de la souffrance animale.
Cependant, cette vision idyllique est remise en question par des chercheurs et des acteurs du monde agricole. Cet article explore les dangers potentiels de la viande artificielle, en examinant les impacts environnementaux, les préoccupations éthiques et les motivations financières derrière son développement.
Dans leur article « Environmental impacts of cultured meat production » (« L’impact environnemental de la production de viande synthétique », 2011), H. L. Tuomisto et M. J. Teixeira de Mattos affirmaient ainsi que les émissions de l’industrie de la viande de synthèse seraient vingt fois plus faibles que l’élevage bovin, douze fois que l’élevage porcin, et huit fois que l’élevage de volailles.
Du point de vue des chercheurs, les estimations enthousiastes ne prennent pas en compte le raffinage complexe des nutriments utilisés pour les cultures de cellules. « L’utilisation de ces méthodes de raffinage contribue de manière significative aux coûts économiques et environnementaux. »
À leurs yeux, les estimations sont difficilement commensurables. Dans « La viande du futur sera-t-elle produite in vitro ? » (2013), une équipe de l’Inra pointait plusieurs problèmes concernant la comparaison de l’impact entre élevage et viande de laboratoire.
Il est donc crucial d'adopter une approche nuancée et de considérer l'ensemble du cycle de vie de la viande artificielle pour évaluer son impact environnemental réel.
Les images de la souffrance animale récemment tournées dans les abattoirs choquent. La préparation des consciences est entamée, surtout grâce aux réactions qu'ont suscité les diffusions de vidéos tournées dans des abattoirs, à la propagande des associations abolitionnistes et à leur lobbying politique.
En 2016, dans une conférence à Paris, le philosophe australien Peter Singer, initiateur du mouvement végan, répétait avec insistance qu'il était nécessaire de soutenir les promoteurs de l'alimentation de substitution. Il n'y aura pas, selon lui, de révolution végane sans cet appui.
L'acceptation de certaines mesures de la PPL est le résultat de cette préparation des consciences. Le danger est bien là, dans l'acceptation collective que l'élevage et le travail avec des animaux sont des pratiques du passé, à contre-sens d'une transition éthique et écologique.
Sans doute est-il temps, avant de subir dans nos fermes l'uniformisation réglementaire du bien-être animal, préambule à la fin de l'élevage, de dénoncer sans ambiguïtés la maltraitance animale perpétuée par les dérives de l'agriculture depuis son industrialisation, et d'affirmer encore plus fort que la seule porte de sortie, durable et vertueuse, pour se réconcilier avec la nature est l'élevage paysan.
Logo de l'association L214, active dans la défense des droits des animaux.
Une vidéo-choc de l’association L214 montre des animaux forcés de vivre au milieu de cadavres en putréfaction ou d’ossements, dans une exploitation près de Quimper. C’est une nouvelle vidéo-choc sur l’industrie de la viande.
Cette fois, elle ne dévoile pas l’intérieur d’un abattoir, mais celui d’un élevage intensif de cochons, situé à Pouldreuzic, dans le Finistère. Ces images de l’association L214, que Le Monde a pu visionner en exclusivité, révèlent, jeudi 16 mars, les « conditions d’hygiène déplorables » de l’établissement, « engendrant des souffrances intolérables pour les animaux ».
L’ONG a porté plainte devant le tribunal de grande instance de Quimper pour maltraitance animale - une peine passible de six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende - et elle a lancé une pétition demandant aux autorités la fermeture immédiate de l’entreprise agricole concernée.
La vidéo a été réalisée fin janvier au sein de l’EARL de Trégonguen, une exploitation de taille moyenne, qui fait naître et engraisse chaque année plusieurs milliers de cochons pour les envoyer à l’abattoir. On y voit des animaux maigres, blessés, malades, voire agonisants. Dans leurs enclos et leurs cases gisent un cadavre de truie en état de putréfaction et plusieurs porcelets morts. Des ossements porcins, notamment de mâchoire et de pied, parsèment le couloir principal.
Plus largement, les images attestent d’une absence de nettoyage et de désinfection des bâtiments : des excréments jonchent les allées et d’immenses toiles d’araignée couvrent les murs et les plafonds, barrant même les couloirs permettant d’accéder aux salles d’engraissement.
Il y a trois ans, L214 a reçu un important don d’une fondation américaine : Open Philanthropy Project. Depuis trois ans, elle a versé plus de 125 millions de dollars à diverses associations de défense animale et notamment L214 via un versement d’1,14 million d’euros en 2017 (495 000 euros imputés aux comptes 2018, 645 000 euros dans ceux de 2019). Dans les comptes 2019 de l’association, cela représente 8 % de son budget.
D’après Brigitte Gothière, ce sont les Américains qui sont venus vers l’association. "On ne les connaissait pas, c’est eux qui ont remarqué notre travail, explique-t-elle. Ils sont venus vers nous en disant qu’ils finançaient des actions humanitaires, environnementales et de défense des animaux et qu’il ne fallait pas qu’on hésite à leur soumettre des projets. On les a sollicités sur une campagne publique et à destination des entreprises sur les poulets de chair. Et ils n’ont pas eu de mot à dire sur comment on voulait dépenser cet argent."
Pour Gilles Luneau, un journaliste qui a enquêté sur cet organisme de philanthropie, ce don est sous tendu par des arrière-pensées. Cette fondation a, dit-il, un double objectif : D’une part, elle soutient un certain nombre de start-up qui travaillent sur la nourriture végan. Et d’autre part, elle finance la recherche, le développement et la quasi-mise en industrie de viande à partir de cultures de cellules souches.
Viande in vitro : une alternative controversée à l'élevage traditionnel.
L'enquête qu'il a mené sur l'agriculture cellulaire est saisissante : « Une chose est sûre, le lobbying politique et sociétal précède le débarquement des viandes à base de cellules souches. »
Depuis que l'on a commencé, il y a quelques années, à étudier le sujet au sein du groupe de travail de la Confédération paysanne sur les relations humain-animal, je me suis aperçu qu'il fallait choisir ses mots avec prudence pour parler des organisations véganes et du danger du lobby des viandes de substitution.
Les intérêts sont différents (idéologique ou financier) mais la motivation est commune : tourner la page de l'alimentation issue de l'élevage.
Ces start-up sont aujourd’hui très nombreuses à travailler sur ces produits (Beyond Meat, Just Food, Memphis Meats, Mosa Meat, Impossible Foods, Not Co...). En France, la société Gourmey planche sur un foie gras de synthèse.
De nombreux milliardaires de la Silicon Valley ont investi dans ces sociétés. Bill Gates est l'un d'entre eux. Il estime qu’il s’agit d’un filon d’avenir.
La viande artificielle nécessite au départ la présence d’un animal. Paul Ariès, expert en alimentation, explique : "On va prélever des cellules sous anesthésie et on va les mettre en culture. Pour l’instant, on utilise des cellules de fœtus de veau mais l’objectif à moyen terme c’est de remplacer ce sérum par un extrait de champignon.
Pour l’instant, cette fausse viande cellulaire suppose donc un donneur de cellules, mais ensuite un seul échantillon va permettre de produire jusqu’à 20 000 tonnes de viande. La start-up Mosa Meat nous dit même que 150 vaches à l’échelle mondiale seraient suffisantes pour satisfaire la demande actuelle de viande."
Aux yeux de ses défenseurs, une viande sans animaux règlerait le problème de la souffrance animale. Et c’est là que l’action de L214 et des associations de défense des animaux peuvent intéresser ces start-up en aidant à construire une demande de nouveaux produits : "Selon ces sociétés, les consommateurs ne sont pas encore assez motivés pour l’agriculture cellulaire, affirme la sociologue Jocelyne Porcher, car ils ne savent pas comment sont élevés les animaux. Il faut donc leur montrer des images de L214, abrutir les gens sur les réseaux sociaux, avec des images en boucle ; ça participe à construire la demande et à placer les citoyens et les consommateurs devant une alternative : ou on choisit les systèmes industriels ou bien l’agriculture cellulaire."
Si l’association n’a pas de position tranchée sur cette question, Sébastien Arsac précise que l’idée lui semble intéressante : "Quand on défend les animaux et qu’il y a des scientifiques qui travaillent sur des alternatives qui permettent d’éviter d’envoyer des milliards d’animaux à l’abattoir chaque année, en développant en laboratoire de la viande cultivée, je comprends que des associations de défense animale puissent regarder cette alternative d’un bon œil et puissent avoir envie de pousser. Pour les personnes qui ne sont pas prêtes à arrêter de manger de la viande, la viande de culture peut être une solution."
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