Jésus et le porc dans la Bible : Comprendre la consommation du porc chez les chrétiens

La consommation de porc chez les chrétiens s’explique par des raisons théologiques, historiques et culturelles. En tant que spécialiste de la religion catholique, je me dois de souligner que la consommation de porc n’est pas uniforme dans toutes les branches du christianisme.

Au final, la consommation de porc chez les chrétiens s’inscrit dans une longue histoire théologique et culturelle. Elle reflète notre compréhension de la Nouvelle Alliance et de l’enseignement du Christ sur la pureté spirituelle.

Raisons théologiques de la consommation du porc

L’une des raisons principales pour lesquelles nous, chrétiens, consommons du porc réside dans les enseignements de Jésus-Christ lui-même. Notre Seigneur a apporté une vision révolutionnaire de la pureté spirituelle, bouleversant les conceptions anciennes.

En effet, Jésus nous invite à nous concentrer sur la pureté du cœur plutôt que sur des interdits alimentaires.

Le porc : que dit réellement la Bible ?

Cette parole profonde a été interprétée comme une levée des restrictions alimentaires de l’Ancien Testament. Le christianisme met l’accent sur la pureté du cœur plutôt que sur les interdits alimentaires. Cette approche nous invite à une spiritualité plus intérieure, où nos actes et nos intentions priment sur des règles extérieures.

Le Nouveau Testament, en particulier les écrits de Saint Paul, affirme que nous, chrétiens, ne sommes plus sous la Loi mosaïque et ses prescriptions cérémonielles. Il est crucial de comprendre que l’interdiction du porc dans l’Ancien Testament faisait partie des lois cérémonielles, distinctes des lois morales comme les Dix Commandements.

Jésus déclare que ce qui rend l’homme impur, c’est ce qui sort de son coeur ! (Marc 7,14-23).

Les chrétiens se servent de ce verset pour déclarer licite toute nourriture, en particulier le porc. Selon eux, aucune nourriture n’est impure. Cependant, il suffit de voire le contexte de ce verset pour s'apercevoir du contraire. « Car c'est du coeur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les impudicités, les vols, les faux témoignages, les calomnies. Voilà les choses qui souillent l'homme; mais manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l'homme.

« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les Prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé.

Dans l'Ancien Testament, l'interdiction de manger du porc (Lévitique 11.7 ; Deutéronome 14.8), fait partie de la Loi mosaïque. "Car tous ceux qui s'attachent aux œuvres de la loi sont sous la malédiction ; car il est écrit : Maudit est quiconque n'observe pas tout ce qui est écrit dans le livre de la loi, et ne le met pas en pratique. Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu'il est dit : Le juste vivra par la foi. Or, la loi ne procède pas de la foi ; mais elle dit : Celui qui mettra ces choses en pratique vivra par elles. Chez les Juifs, manger des viandes sacrifiées aux idoles étaient une abomination interdite par la loi (Actes 15.21). Pourquoi en serait-il autrement pour la viande de porc ?

Les interdits alimentaires font partie des dispositions de l’alliance que Dieu a conclue avec Israël. Le Lévitique au ch.11, par exemple, stipule parmi toutes les règles par lesquelles le peuple hébreu se rend saint, différent des autres peuples, et se « met à part » pour servir Dieu, la liste des animaux purs ou impurs, propres ou impropres à la consommation (voir aussi Deutéronome ch.14). Mais en Jésus-Christ, l’alliance s’étend à tous les hommes, et les règles et signes qui marquaient cette distinction entre juifs et non-juifs deviennent caduques.

« Vous ne mangerez pas le porc, qui a la corne fendue et le pied fourché, mais qui ne rumine pas : vous le regarderez comme impur. Vous ne mangerez pas de leur chair, et vous ne toucherez pas leurs corps morts : vous les regarderez comme impur.

Le porc et les démons

Les Évangiles selon saints Matthieu, Marc et Luc nous racontent la délivrance spectaculaire par Jésus d’un homme gérasénien possédé par une légion de démons ; Jésus les chasse dans les porcs qui se précipiteront alors dans la mer et s’y noieront.

La grande question que l’on peut se poser est la suivante : pourquoi Jésus envoie ces démons dans les cochons ?

Tout d’abord, il faut rappeler que cette idée étrange ne vient pas de Jésus - ouf ! - mais du diable lui-même - c’est déjà moins étonnant ! - je cite Marc : « Les esprits impurs supplièrent Jésus : « Envoie-nous vers ces porcs, et nous entrerons en eux. »

Pourquoi les démons demandent-ils cela ? Parce que leur seule crainte est de retourner dans l'enfer. Ils veulent à tout prix rester dans le pays pour faire le mal. Alors, face à leur impuissance devant Jésus, ils essaient de négocier. C’est comme s’ils disaient : « Ok ok on t'obéit, on laisse cet homme, mais s'il-te-plait, envoie-nous dans les cochons qui sont là ». Ils se disent peut-être que le cochon étant un animal considéré comme impur par le peuple juif, cela n’embêtera pas Jésus d’y envoyer des esprits impurs.

Et là, fait surprenant : Jésus accepte. Pourquoi ? Tout simplement parce que cet épisode va être l’occasion pour Jésus de nous donner un véritable enseignement qu’on n’oubliera pas de si tôt !

En effet, ce qui va se produire, c'est que les 2 000 cochons remplis de démons vont se précipiter de la falaise et se noyer. Cela nous montre concrètement ce que cherche à faire le diable dans nos vies : il veut notre perte, il veut nous détruire, il veut nous entraîner vers le gouffre avec lui pour nous noyer dans les eaux de la mort éternelle. Voilà son objectif. Alors, résistons-lui !

Et ce qui est quand même amusant, c’est que le démon négociait pour ne pas aller dans l’abime, mais finalement, il va s’y jeter lui-même. Jésus est toujours vainqueur !

Grâce soit à Dieu, Jésus est passé par là, Il a vu cet homme, l’a délivré, lui a redonné sa dignité et l’a renvoyé dans sa famille.

« Il y avait là, vers la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons le prièrent, disant: Envoie-nous dans ces pourceaux, afin que nous entrions en eux. Il le leur permit. Et les esprits impurs sortirent, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans la mer: il y en avait environ deux mille, et ils se noyèrent dans la mer.

Illustrations Jésus guérit les deux Gadaréniens possédés (Matthieu 8, 28-34) gravure sur bois de Julius Schnorr von Carolsfeld

Luc 8:27-39 BFCAu moment où Jésus descendait à terre, un homme de la ville vint à sa rencontre. Cet homme était possédé par des esprits mauvais; depuis longtemps il ne portait pas de vêtement et n'habitait pas dans une maison, mais vivait parmi les tombeaux. Quand il vit Jésus, il poussa un cri, se jeta à ses pieds et dit avec force: «Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu très-haut? Je t'en prie, ne me tourmente pas!» Jésus ordonnait en effet à l'esprit mauvais de sortir de lui. Cet esprit s'était emparé de lui bien des fois; on attachait alors les mains et les pieds de l'homme avec des chaînes pour le garder, mais il rompait ses liens et l'esprit l'entraînait vers les lieux déserts. Jésus l'interrogea: «Quel est ton nom?» - «Mon nom est “Multitude” », répondit-il. En effet, de nombreux esprits mauvais étaient entrés en lui. Il y avait là un grand troupeau de porcs qui cherchait sa nourriture sur la colline. Les esprits prièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans ces porcs. Il le leur permit. Alors les esprits mauvais sortirent de l'homme et entrèrent dans les porcs. Tout le troupeau se précipita du haut de la falaise dans le lac et s'y noya. Quand les hommes qui gardaient les porcs virent ce qui était arrivé, ils s'enfuirent et portèrent la nouvelle dans la ville et dans les fermes. Les gens sortirent pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent l'homme dont les esprits mauvais étaient sortis: il était assis aux pieds de Jésus, il portait des vêtements et était dans son bon sens. Et ils prirent peur. Ceux qui avaient tout vu leur racontèrent comment l'homme possédé avait été guéri. Alors toute la population de ce territoire demanda à Jésus de s'en aller de chez eux, car ils avaient très peur. Jésus monta dans la barque pour partir. L'homme dont les esprits mauvais étaient sortis priait Jésus de le laisser rester avec lui.

Sur sa route, Jésus rencontre deux possédés. Ils ferment le passage. Mais le Verbe de Dieu, doit avancer, alors, ni une ni deux, il les guérit. Et les deux possédés se trouvent ainsi dépossédés. Il est drôle ce terme, car il a un double sens. Les deux hommes ont été libérés des démons qui avaient pris possession d’eux, mais peut-être aussi ont-ils perdu quelque chose qu’ils possédaient eux-mêmes, ou croyaient posséder. Nous aussi, parfois, nous faisons barrage comme ces deux-là. On ne peut rien nous dire, nous sommes à fleur de peau, nous n’arrivons pas à aller plus loin que la plainte, et nous ne supportons pas la moindre remise en question. Souvent ce blocage trouve son explication dans une souffrance, évidemment. Une blessure, toujours à vif, dont il faut tenir compte et qu’il faut s’employer à soulager. Mais j’ai constaté que parfois, cette blessure, source de souffrances et de fermetures devient partie intégrante de notre vie, de notre identité. Je veux dire que nous nous construisons avec, autour et à partir d’elle. Nous la possédons alors comme un bien, d’une certaine façon. Nous lui trouvons un usage et nous appuyons sur elle. Par exemple, elle nous rend « intouchables », elle justifie notre irritabilité, notre intransigeance parfois. Ce qui fait mal devient alors comme un élément constitutif, nécessaire, inamovible de notre personnalité. Au point que si on l’enlevait cela entraînerait une déconstruction trop grande. C’est ainsi que cette blessure apprivoisée, qui nous identifie comme « souffrant » et conditionne nos relations aux autres, finalement nous possède. Elle est notre « démon ». C’est peut-être pour ça que la guérison ne consiste pas seulement à éradiquer le mal, il faut accepter d’en être dépossédé, le laisser filer ailleurs, et accepter de se reconstruire sans lui. Les deux hommes ont-ils accepté de faire ce deuil difficile ? On ne sait.

Histoire de la consommation du porc dans le christianisme

L’histoire de la consommation du porc dans le christianisme est passionnante. Elle reflète l’évolution de notre compréhension théologique et de nos pratiques religieuses au fil des siècles.

L’interdiction du porc remonte à l’Ancien Testament, notamment dans les livres du Lévitique et du Deutéronome. Cette prescription, antérieure à l’islam et au judaïsme rabbinique, avait probablement des raisons sanitaires ou visait à distinguer le peuple élu des autres nations.

Des fouilles archéologiques ont montré une différence notable de consommation de porc entre Israélites et Philistins vers 1200 av. Il est intéressant de constater que l’élevage et la consommation de porc remontent à environ 9000 ans et étaient largement répandus dans l’Antiquité.

Il est fondamental de noter que le porc avait une mauvaise réputation dans l’Égypte ancienne, associé à des mythes négatifs. Cette perception a pu influencer les interdits alimentaires dans la région.

Période Événement
9000 ans av. J.-C. Début de l'élevage et de la consommation de porc
1200 av. J.-C. Différence de consommation de porc entre Israélites et Philistins
Ier siècle ap. J.-C. Enseignements de Jésus-Christ sur la pureté spirituelle
IVe siècle ap. J.-C. Développement des pratiques et traditions alimentaires chrétiennes

Le cochon au Moyen Âge

Alors que l’animal était considéré par l’Église comme l’incarnation de l’un des attributs de Satan, pourquoi au Moyen Âge, le cochon occupait-il une place essentielle dans la consommation de viande ?

Ce passage de la Bible a beaucoup frappé les hommes du Moyen Âge. Pendant des siècles, il a été repris et commenté par les prédicateurs et les théologiens, contribuant ainsi à faire du porc l’un des attributs de Satan. Cette vision négative fut confortée par l'iconographie et les décors sculptés des églises. Le porc incarna alors l'image stéréotypée du péché ou des hommes pécheurs, se conduisant comme des pourceaux.

La sale réputation du cochon

Pourtant, au Moyen Âge, le cochon occupait une place essentielle dans la consommation de viande. À cette époque, en effet, très peu de paysans élevaient des bovins pour la nourriture, car on les utilisait surtout pour les labours et la fumure des champs. Le porc était apprécié, car il était facile à nourrir.

Mais cet avantage était aussi la cause des tabous concernant un animal qui n'hésitait pas à absorber des charognes, voire des excréments mélangés à du son. La sale réputation du cochon était aggravée par les troubles qu'il provoquait dans son environnement. Les paysans se plaignaient des dégâts qu'il causait dans les forêts, en cherchant des faines sous les hêtres ou des glands sous les chênes. En ville, les porcs répandaient dans les rues les ordures qu'ils n'avaient pas pu avaler, allant même jusqu'à perturber les cimetières.

L'historien Michel Pastoureau raconte qu'au début du 13e siècle, Philippe Auguste dût construire un mur suffisamment haut, autour du cimetière des Innocents à Paris, pour empêcher les porcs d’aller y déterrer les cadavres. Ces animaux étaient aussi la cause de nombreux accidents. En 1131, un cochon vagabond heurta le cheval du prince Philippe, le fils aîné du roi de France Louis VI le Gros. Philippe décéda à la suite de ses blessures. Pour éviter la répétition de ces événements tragiques, dès la fin du 12e siècle, toutes les villes d’Europe prirent des mesures pour limiter, ou pour interdire, la circulation des porcs dans les rues.

Malgré toutes ces références négatives, la consommation du porc n'a jamais été interdite par l'Église, car elle repose sur une doctrine et des pratiques caractérisées par le refus de tout interdit alimentaire absolu. La consommation du porc est même devenue, au fil du temps, une dimension importante de l’identité chrétienne par opposition aux autres religions.

À l’époque moderne, lorsque les chrétiens d’origine juive ou musulmane furent soupçonnés d'être restés secrètement fidèles à leur religion antérieure, l’Inquisition fit même de l'interdit concernant la consommation du porc un critère pour repérer les déviances.

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