La viande occupe une place essentielle dans l’alimentation des Marocains, tant du point de vue nutritionnel que culturel. Au-delà de son rôle comme source de protéines et de nutriments indispensables, elle est fortement ancrée dans les pratiques sociales et religieuses. Au Maroc, la viande n’est pas seulement un produit de consommation : elle constitue également une activité économique de première importance.
La filière des viandes rouges (bovines, ovines et caprines) est l’un des piliers de l’agriculture nationale. En 2019, elle a généré un chiffre d’affaires estimé à 26,5 milliards de dirhams, pour une valeur ajoutée avoisinant 15 milliards de dirhams. Cependant, ce secteur stratégique traverse depuis plusieurs années une phase de tensions. La demande croît régulièrement, portée par la croissance démographique et l’évolution des habitudes alimentaires, mais l’offre locale reste fragile.
Face à ces contraintes, le Maroc a dû recourir à des importations de bétail et de viande rouge afin de stabiliser les prix et répondre à la demande. En 2024, par exemple, le gouvernement a autorisé l’importation de 20 000 tonnes de viandes rouges exonérées de TVA, ainsi que de 220 000 têtes de bétail destinées au repeuplement et à l’approvisionnement des abattoirs.
Pour sécuriser ses approvisionnements, le Maroc a renforcé ses partenariats avec plusieurs pays exportateurs de viande et de bétail. En 2023 et 2024, des accords ont été conclus avec le Brésil et l’Uruguay, qui ont expédié au Maroc plusieurs navires chargés de dizaines de milliers de têtes de bovins. Le Maroc a également diversifié ses sources en renforçant ses relations avec les éleveurs espagnols. En décembre 2024, un partenariat a été annoncé pour accroître les importations de viande rouge en provenance d’Espagne.
Afin d'atténuer la flambée du prix des viandes rouges au Maroc, le gouvernement a autorisé courant octobre 2024 l’importation de viandes rouges provenant de pays de l’Union Européenne, des États-Unis et d’Australie.
Plusieurs accords commerciaux encadrent l'importation de viande au Maroc. Parmi eux:
Au Maroc, l’Office national de sécurité sanitaire des aliments (ONSSA) a donné son feu vert pour l’importation de viandes ovines et caprines en provenance d’Argentine. Avec cette décision, le Maroc tient là une opportunité de diversifier son approvisionnement en viande rouge dans un contexte de production locale insuffisante qui met son marché intérieur sous-tensions avec une flambée des prix en cours depuis quelques mois. Pour l’Argentine, l’accès au Maroc représente une occasion de renforcer sa présence sur le marché des viandes rouges dans le pays d’Afrique du Nord.
Plusieurs avis aux importateurs sont régulièrement publiés, notamment :
Ces avis précisent les conditions sanitaires et les certifications requises pour l'importation de différents types de viandes.
Malgré son importance économique et sociale, la filière des viandes rouges au Maroc demeure confrontée à de nombreux défis. Ceux-ci se situent à deux niveaux : structurel, lié à la filière (organisation, infrastructures, informalité), et conjoncturel, lié aux aléas climatiques et économiques (sécheresse, hausse des prix des intrants, inflation alimentaire).
L’un des principaux défis concerne l’équilibre entre l’offre et la demande. Si la production de viandes rouges a progressé au cours des deux dernières décennies pour atteindre 606 000 tonnes en 2019, elle reste fragile. En effet, les sécheresses récurrentes réduisent la disponibilité des pâturages et du fourrage, ce qui entraîne une hausse des coûts d’alimentation animale. Cette insuffisance de la production locale est d’autant plus problématique que la consommation de viandes rouges est culturellement valorisée. Le Maroc, avec environ 17 kg de viande rouge consommée par habitant et par an, se situe parmi les plus gros consommateurs en Afrique.
La pression sur les coûts de production se répercute directement sur les prix payés par les consommateurs. Entre janvier et octobre 2024, le prix du kilogramme de viande bovine a augmenté de plus de 24 %, atteignant environ 93 dirhams/kg sur le marché de gros de Casablanca. Cette flambée des prix est difficilement supportable pour une partie de la population, notamment les ménages modestes, qui se tournent davantage vers la volaille, plus abordable.
La majorité des abattoirs municipaux et ruraux ne répondent pas aux normes sanitaires en vigueur. En 2024, seuls 17 abattoirs étaient homologués par l’ONSSA sur près de 500 structures recensées. Mais le mode informel ne concerne pas que l’abattage. Cela concerne aussi la distribution et la commercialisation, où de nombreux acteurs échappent à toute régulation.
Le gouvernement a décidé, le 15 octobre 2024, d’autoriser les professionnels à importer des viandes congelées pour une durée de trois mois. Mais l’opération s’est, par la suite, transformée en une importation régulière de viandes non congelées poussant le gouvernement à suspendre l’importation de viandes congelées, rapporte Al Ahdath Al Maghribia. À l’origine de cette suspension, les difficultés techniques dans les conditions de leur conservation dans les lieux de stockage et de vente.
De nombreux abattoirs non-agréés ont été fermés par l’ONSSA lors de l’importation de la première cargaison de viandes congelées. Les problèmes auxquels sont confrontés les abattoirs publics sont réels.
Répondant à une question sur la réhabilitation des abattoirs publics à la Chambre des conseillers, le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a indiqué que ceux-ci « pâtissent de nombreux dysfonctionnements », dont celui de leur obsolescence, l’absence de conditions d’hygiène adéquates, et des nécessaires normes de sécurité, du manque d’équipements, ainsi que de divers défauts d’entretien et de maintenance.
L’Accord prévoit l’application de mesures de sauvegarde fondées sur des volumes de déclenchement pour les produits agricoles originaires des USA importés au Maroc (Poulets et dindes, pois chiches et lentilles, amandes amères…etc.) et sur des prix de déclenchement pour les produits agricoles originaires du Maroc exportés vers les USA (Poulets et dindes, pois chiches et lentilles, amandes amères…etc.).
Un produit est considéré originaire lorsqu'il est importé directement du territoire d'une Partie vers le territoire de l'autre Partie, et lorsqu'il remplit l'une des trois conditions ci-après :
Conscient de la nécessité de réduire sa dépendance aux importations, le gouvernement a signé en mai 2023 un contrat-programme avec la FIVIAR d’une valeur de 14,5 milliards de dirhams sur une durée de sept ans. Ce contrat-programme offre une feuille de route claire pour moderniser la filière, améliorer la productivité, renforcer la traçabilité et structurer les circuits de distribution.
En définitive, la filière des viandes rouges au Maroc se situe à un carrefour. Elle peut soit demeurer tributaire des importations et exposée aux fluctuations internationales, soit s’engager résolument sur la voie de la modernisation, de la durabilité et de la souveraineté alimentaire. La deuxième option, bien que difficile, apparaît comme une nécessité stratégique, dans un contexte où l’alimentation devient un enjeu géopolitique majeur.
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