Importations et Exportations de Viande Bovine en France : Tendances et Défis

Le commerce extérieur français de viande bovine a connu des changements significatifs ces dernières années. Début 2023, on observe une continuité des tendances précédentes avec une augmentation des importations et une légère diminution des exportations, selon l'Idele (Institut de l'Élevage) dans ses dernières "Tendances".

Dynamiques du Marché et Facteurs Influents

L’inflation pèse sur la demande intérieure, mais la chute de l’offre est encore plus importante à cause de la décapitalisation du cheptel, qui s’amplifie. L'inflation alimentaire a continué sa progression à un rythme soutenu, mais la progression des prix de la viande de bœuf et de veau a légèrement décéléré au mois de mars : + 12,4% /2022 contre + 13,3% en février. Elle reste supérieure à la moyenne de la zone euro, pour le troisième mois consécutif.

Si depuis fin 2022 cette inflation participait à la hausse des ventes en valeur, elle commence à peser sur les ventes en volume, notamment pour les ventes des produits de grande consommation et de frais libre-service (PGC-FLS) au détail : sur la période allant du 1er janvier au 9 avril 2023, les ventes en valeur ont ainsi progressé de près de 10 % alors que les ventes en volume ont reculé de 5 % par rapport à 2022.

Sur les quatorze premières semaines de 2023, les ventes en volume des produits de grande consommation et de frais libre-service en GMS ont baissé de 4,7 % par rapport à 2022. Les abattages de jeunes bovins viande ont en revanche augmenté de 1 % en raison de « mises en place un peu plus dynamiques de broutards en 2022 ».

Cette baisse de l’offre à abattre soutient les prix et « l’écart de prix entre les viandes françaises et européennes reste élevé », ce qui mène à une hausse des importations qui commencent à « peser sur les prix des vaches les moins bien conformées ».

Impact du Brexit sur les Flux Commerciaux

Un phénomène particulier est à noter concernant le Brexit. En particulier, certains opérateurs néerlandais font dédouaner des viandes britanniques en France avant de les réexporter vers les Pays-Bas. Cela a provoqué une hausse apparente des flux à l’import (du Royaume-Uni vers la France) et à l’export (de la France vers les Pays-Bas), de l’ordre de 35 000 téc en 2022 et 15 000 téc en 2021. Un phénomène qui a mené l’Idele à réviser à 20 % la part des importations dans la consommation française de gros bovins en 2021 (contre 21 % sans correction) et à 23,1 % en 2022 (25,5 % sans correction). Cette part des imports dans la consommation était de 21,1 % sur la moyenne triennale 2017-2019.

Hors flux liés au Brexit, la France a importé 356 000 téc de viande bovine en 2022, contre 229 000 téc en 2021, 279 000 téc en 2020 et 326 000 téc en moyenne sur 2017-2019.

Origine des Importations et Fournisseurs Principaux

En août 2025, les importations de viandes bovines ont reculé de 7% par rapport à l’an passé, à 27 000 téc. La part de l’import dans le disponible se situait à 26% un point de moins qu’un an plus tôt. Les importations françaises de viande bovine ont progressé de 7 % en volume et 18 % en valeur au premier trimestre par rapport à l’an dernier, selon les données des Douanes rapportées par FranceAgriMer. 85 % de la viande bovine importée par la France provient de l’Union européenne, le Royaume-Uni fournissant la majeure partie des volumes hors-UE.

Près du quart des volumes de viande bovine importée par la France arrivent des Pays-Bas (23,7 %), avec 23 600 tonnes au premier trimestre, c’est 11,9 % de plus que l’an dernier. Suit l’Irlande et ses 17 000 tonnes (+22,6 %) puis l’Allemagne (11 300 t, +26,6 %). La Pologne faiblit (10 400 t, -3,8 %).

En avril, nos importations de viande bovine auprès des Pays-Bas premier fournisseur de la France, ont reculé de 6,8 % en avril et de 10,3 % sur l’ensemble des quatre premiers mois de l’année. Cette baisse est avant tout à relier à la baisse des expéditions de viande de veau, alors que la production néerlandaise plonge, précise l’Idele. L’origine Espagne est encore plus en retrait (-18,6 % en avril, -20,3 % sur quatre mois), car les abattages ont nettement reculé de l’autre côté des Pyrénées et la production étant surtout destinée à l’Afrique du Nord.

On peut néanmoins relever l’inquiétante progression de la viande brésilienne, qui grignote des volumes même si elle n’affiche encore que 1,3 % de parts de marché. Avec 1 232 tonnes sur trois mois, c’est tout de même 16,4 % de plus que l’an dernier.

Baisse de la Production Française et Augmentation des Importations

En 2022, les importations de viandes en France ont augmenté de 11,7 % sur un an. Le bœuf enregistre un record avec une hausse de 22,9 %. En 2022, la part des importations dans le total de la viande consommée en France a atteint plus de 30 %, selon une publication de juillet 2023 du ministère de l’Agriculture. Avec une progression de 11,5 % sur un an, l’import prend donc de plus en plus de place dans les repas carnés des Français.

Alors que la France est le premier producteur de bœuf en Europe, la viande bovine décroche le record de hausse d’importations en 2022. Elles ont augmenté de 22,9 % sur un an, impulsé par les préparations et conserves (+24,9 %).

Les importations depuis l’outre-manche ont doublé par rapport à 2021. Mais le Brexit est loin d’être l’unique cause de cette hausse. Les achats en provenance du Pays-Bas et de l’Irlande, les deux fournisseurs principaux de l’Hexagone en viande bovine, ont vu leurs commandes augmenter de respectivement 18 % et 25 %. Et ce, en conséquence d’une offre insuffisante des producteurs français pour répondre à la demande constante de leur territoire.

La production de viande bovine française a en effet reculé de 5 % en 2022, indique l’Idele. « La réduction des cheptels laitiers et allaitant depuis six ans et demi limite en effet les disponibilités de toutes les catégories de bovins », explique l’institut dans une publication datant de janvier 2023.

« On a perdu 830 000 vaches en six ans et on continue d’en perdre », commente Emmanuel Bernard, éleveur dans la Nièvre et président de la section Bovins d’Interbev, association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes. « Début 2022, il y avait moins de viandes disponibles et toujours autant de demandes. Les abatteurs ont d’abord privilégié leurs clients historiques », poursuit l’éleveur.

Résultat, en 2022 les abattages de viande bovine sur le sol français ont chuté de 4,7 % en comparaison avec 2021, selon l’Idele. Et l’année 2023 ne fera visiblement pas exception. L’organisme estime que cette baisse de production se poursuivra inscrivant dans ses prévisions, une chute de 1,6 % pour 2023 par rapport à l’an passé.

Une tendance à la baisse de la production française que veut encourager la Cour des comptes. En mai 2023, la juridiction financière a recommandé dans un rapport « une réduction importante du cheptel » de bovins en France. L’objectif est de respecter les engagements pris en matière de réduction de méthane lors de la COP26 en 2021. Sauf qu’importer ne fait que reporter le problème sur d’autres pays.

Évolution des Exportations Françaises

Alors que les prix des bovins français sont dans l’ensemble au-dessus de ceux de nos voisins et que nos abattages sont en net recul, faute d’animaux à abattre, les exportations françaises de viande bovine ont reculé de 16,8 % au premier trimestre. Cette forte baisse peut néanmoins aussi en partie s’expliquer par la baisse des volumes en transit depuis le Royaume-Uni vers le Nord de l’Europe.

La France a exporté 20 500 tonnes équivalent carcasse (téc) de viande bovine au mois d’avril, c’est 7,7 % de plus que l’an dernier, même période, selon les données des douanes relayées par FranceAgriMer. Une dynamique portée par le commerce intra-communautaire, avec une hausse de 13,2 % de nos ventes à l’Italie, de 2,7 % à l’Allemagne et de 32,7 % à la Belgique. On note quelques replis, notamment vers la Grèce, notre troisième client (-1,6 %).

En août 2025, les exportations de viandes bovines françaises ont reculé de 7% /2024 (-1 100 téc). Nos envois de viande française ont progressé fortement vers d’autres États membres, comme vers le Portugal (+41%, à 4 000 téc) et vers l’Espagne (+66%, à 4 000 téc aussi) en manque de viande cette année. A l’inverse, les expéditions de viande vers les pays tiers ont reculé (-68%, à 2 500 téc) avec notamment un fort recul des ventes vers la Turquie.

A l’inverse, les exportations françaises de viande bovine vers l’Espagne ont progressé de 31 % sur les quatre premiers mois de l’année, pour compenser les exportations du pays vers le Maghreb. Les volumes envoyés par la France ont même bondi de près de 68 % vers le Portugal.

En volume, le déficit de la balance commerciale en viande bovine est ainsi passé en avril de 11 200 téc en 2023 à 6 500 téc. Sur les quatre premiers mois de l’année il est passé de 47 400 téc à 39 300 téc.

Tendances L&V novembre 2025 conjoncture viande bovine

Impact Environnemental et Déforestation

Les zones déforestées sont souvent utilisées pour le pâturage du bétail. C’est ainsi que la consommation de bœuf participe à la déforestation importée. En 2021, 75 % de la déforestation en Amazonie est liée à l’élevage bovin.

L’élevage mondial de bovin augmente lentement sur le long terme. En 2022, il progresse dans les pays émergents qui font face à une forte croissance démographique (la Chine ou l’Inde) et dans ceux qui y voient un atout pour leur balance commerciale et où des géants de l’abattage ou du commerce en vif sont implantés (Brésil, Mexique, Colombie). Dans les grands pays producteurs historiques (USA, Canada, Australie), le cheptel oscille au gré des cycles de capitalisation-décapitalisation, qui sont de plus en plus liés aux épisodes de sécheresse et de moins en moins aux cycles de prix comme c’était le cas dans le passé.

Finalement, l’Europe est la seule zone du monde qui voit sa production de bœuf diminuer sur le long terme. Les flux d’exportation de viande brésilienne vers l’Europe montrent qu’à l’entrée du Brésil sur le marché mondial au tournant des années 2000, l’Union européenne constituait le premier marché pour le bœuf brésilien. C’est par ce marché que les exportations ont décollé, avant d’être relayées par la Russie, puis Hong-Kong et dernièrement la Chine.

L’Union européenne (hors Royaume-Uni) a importé plus de 1,6 milliard d’euros de viande bovine en 2019. Les pays du Mercosur sont les premiers fournisseurs de viande bovine de l’UE (près de 1,2 milliard d’euros en 2019). Les quatre membres du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) fournissent un quart de la production mondiale de viande bovine et sont à l’origine de plus du tiers des exportations mondiales de ces produits. Le Brésil est de loin numéro un avec une part grandissante de sa production exportée.

L’empreinte terre de la production du cuir et des produits carnés à base de viande de bœuf importés en France est estimée en regardant la surface de pâturage nécessaire aux bovins utilisés pour cette production. La production de cuir, coproduit de la production de viande de bœuf, a également un impact indirect sur les forêts. Les animaux servant à la production de cuir sont avant tout élevés pour la viande et le lait.

Au Brésil, pour combattre la déforestation, un premier objectif a été d’amener l’ensemble des exploitations agricoles dans la légalité par un système de cartographie des limites de l’exploitation et des zones en forêts. Existe également le Terme d’ajustement de conduite (Tac), accord volontaire signé entre ces opérateurs privés et le ministère de la Justice. Ce Tac conduit les entreprises à mettre en place des systèmes d’informations, où chaque fournisseur est répertorié par son numéro de CAR. Avant chaque transaction, l’acheteur vérifie si aucune déforestation illégale n’a été confirmée chez son fournisseur, si aucune infraction au code du travail n’a été observée et si son exploitation n’est pas située dans une aire protégée.

La France importe en moyenne 289 000 tonnes de viande de bœuf par an sur la période 2012-2021 et en exporte 577 000 tonnes. La France importe en moyenne 238 000 tonnes de cuir de bœuf par an sur la période 2012-2021, et en exporte 267 000 tonnes. Les importations françaises de cuir viennent notamment de pays européens. Ces pays sont souvent à la fois producteurs et importateurs de cuir, avec parfois une activité de transformation.

Évolution des Prix et des Cotations

À 5,81 €/kg de carcasse, la vache U restait en hausse de 4 cts sur un mois la semaine allant du 10 au 16 avril (+ 9 % /2022 et + 25 % /2021). Mais « la vache R avait à l’inverse perdu 2 cts à 5,46 €/kg (+ 9 % /2022 et + 34 % /2021), la vache O avait perdu 6 cts à 4,95 €/kg (+ 8 % /2022 ; + 55 % /2021) et la vache P avait perdu 7 cts à 4,74 €/kg (+ 6 % /2022 ; + 59 % /2021).

Du côté des jeunes bovins, les prix français enclenchent « avec retard » leur baisse saisonnière, suivant les prix italiens et allemands. La cotation du JB U a ainsi « perdu 3 cts en 4 semaines pour retomber à 5,55 €/kg de carcasse en semaine 15 (+ 8 % /2022 et + 38 % /2021), celle du JB R a perdu 4 cts à 5,42 €/kg (+ 9 % /2022 et + 42 % /2021). Soutenus par le recul de l’offre, les prix des JB laitiers O n’ont perdu que 2 cts, à 5,11 €/kg (+ 11 % /2022 et + 53 % /2021).

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