Malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, la question du gaspillage alimentaire est plus que jamais d'actualité. Or, au-delà des habitudes individuelles, une grande partie du gaspillage se produit au sein des supermarchés, comme le montre une photo publiée sur le site de réseau social Reddit. Cette affaire a suscité l'indignation, mais a également attiré l'attention sur les solutions permettant de réduire le gaspillage alimentaire.
Il semble presque paradoxal que les supermarchés jouent un rôle significatif dans la question du gaspillage alimentaire. On pourrait penser qu'il est insensé de gaspiller de la nourriture dans un endroit dont la seule fonction est de la vendre, mais la vérité est bien différente. De nombreux supermarchés sont confrontés à la gestion de grandes quantités de produits proches de la date de péremption ou présentant des emballages endommagés. Que faire alors ?
Selon un rapport récent, environ 9,5 millions de tonnes de nourriture sont jetées chaque année au Royaume-Uni, tandis qu'un tiers de toute la nourriture dans le monde est destiné à être jeté. Ce gaspillage est d'autant plus préoccupant si l'on pense aux possibilités de réutilisation des produits encore comestibles.
Le cas exposé sur Reddit, que nous avons mentionné en introduction, s'inscrit précisément dans un tel contexte. Un utilisateur a publié une photo montrant le destin des aliments non vendus : une grande quantité de pain est destinée à être jetée. Peut-être que le produit est proche de la date de péremption, voire déjà périmé, mais la photo témoigne des énormes gaspillages alimentaires des supermarchés.
L'utilisateur de Reddit qui a partagé la photo a confirmé que souvent ce supermarché-là propose des réductions sur la nourriture proche de la date limite de consommation. Mais cette pratique n'a pas été suffisante dans ce cas.
Il convient également de noter que peut-être l'obsession pour la date de péremption est une tendance tout à fait moderne. L'Union européenne elle-même a décidé d'ajouter à la mention "à consommer de préférence avant" l'expression "souvent bon au-delà". Dans le premier cas, la date limite est presque impérative, dans le second, il est recommandé d'évaluer les conditions des aliments.
D'après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages. Quelles sont ces mentions ? Les produits alimentaires pré-emballés doivent indiquer un délai pour la consommation : la date limite de consommation (DLC) ou la date de durabilité minimale (DDM).
La date limite de consommation (DLC) indique une limite impérative. Elle est signifiée par la mention « à consommer jusqu’au… » suivie du jour, du mois, et éventuellement de l’année. Elle s'applique à la majorité des produits à conserver au frais qui sont très périssables (viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés, produits laitiers frais etc.). Une fois la DLC dépassée, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un caractère dangereux pour la santé.
Pour les produits alimentaires qui ne sont pas soumises à la mention DLC, une date de durabilité minimale (DDM) est apposée, présentée sous la forme « à consommer de préférence avant… ». Celle-ci concerne les produits secs, stérilisés et déshydratés (café, lait, jus de fruit, gâteaux secs, boîtes de conserve, pâtes, riz, sucre, farine, etc.). Le dépassement de la DDM ne rend pas l'aliment dangereux pour la santé. Il peut en revanche avoir perdu son arôme ou sa consistance. Les aliments dont la DDM est dépassée, contrairement à ceux dont la DLC est dépassée, peuvent être commercialisés et consommés.
Pour clarifier davantage cette possibilité de consommer des produits dont la DDM est dépassée, les opérateurs peuvent depuis 2022 ajouter sur l’emballage les mentions « pour une dégustation optimale… » ou « ce produit peut être consommé après cette date ».
Source: economie.gouv.fr
Malgré des solutions telles que la vente à prix réduit qui peuvent atténuer le gaspillage alimentaire, certaines politiques d'entreprise empêchent la vente d'articles proches de la date de péremption. Il y a des chaînes de supermarchés qui font don d'aliments sûrs à consommer, mais dont la vente n'est pas garantie.
De plus, des applications telles que Too Good To Go et Olio sont de plus en plus répandues. La première permet d'acheter à prix réduit de la nourriture encore bonne que les bars et restaurants devraient jeter en fin de journée.
Les solutions existent donc. Cependant, la question du gaspillage alimentaire nécessite une vision et des actions concrètes, tant au niveau de l'entreprise qu'au niveau individuel. L'indignation en ligne n'est que la première étape, mais elle doit être suivie d'un véritable engagement et d'un effort collectif. De cette manière, il sera possible de transformer un problème en une opportunité.
Le gaspillage alimentaire représente un prélèvement inutile de ressources naturelles (terres cultivables, eau, etc.), et des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées. Ces dernières sont évaluées par l’Ademe à 4,2 % de l’ensemble des émissions nationales.
Les déchets sont générés à chaque étape de l’alimentation humaine, depuis la production jusqu’à la consommation en passant par la distribution.
En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en France, soit 142 kg par personne. Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes ne sont pas comestibles (os, épluchures…) et sont assimilés à du gaspillage alimentaire. Le gaspillage alimentaire représente donc 3,8 millions tonnes de déchets issues des parties comestibles des aliments (aliments non-consommés encore emballés, restes de repas, etc.), soit 55 kg par personne.
Toutes les étapes de la chaîne alimentaire sont concernées. La part de ce gaspillage varie d'une étape à l'autre, et représente :
La France se situe au-dessus de la moyenne européenne (130 kg par habitant).
Source: ecologie.gouv.fr
Les mesures nationales en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont progressivement renforcées au cours des 10 dernières années, avec la signature du premier Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire réunissant l’ensemble des parties prenantes en 2013 (renouvelé pour deux périodes de 3 ans), la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en 2015, la loi Garot en 2016, la loi EGAlim en 2018, et enfin la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) en 2020.
La loi a notamment introduit une hiérarchie des actions à mener en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, en donnant la priorité à la prévention, puis au don ou à la transformation. Viennent ensuite la valorisation en alimentation animale ou sous forme d’énergie. La destruction est envisagée en dernier recours.
Les distributeurs ayant une surface de vente de plus de 400 m², les opérateurs de la restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour, et les opérateurs de l’industrie agroalimentaire ayant un chiffre d’affaire supérieur à 50M€, et les grossistes (chiffre d’affaires supérieur à 50M€) doivent par ailleurs proposer des conventions de don à des associations d’aide alimentaire pour écouler leurs invendus. Il est en outre interdit, dans l’industrie agroalimentaire et la restauration collective, pour les grossistes et les distributeurs, de rendre impropres leurs denrées alimentaires invendues encore consommables. Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre jusqu’à 0,1 % de leur chiffre d’affaires.
La France s’est par ailleurs dotée d’un objectif global de réduction du gaspillage alimentaire de 50 % entre 2015 et 2025 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025, et de 50 % entre 2015 et 2030 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
Avant qu’une législation soit mise en place en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’ensemble des parties prenantes avaient été réunies sous le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, qui a été signé pour 2013 et renouvelé pour deux périodes de 3 ans.
En 2020, la loi prévoit la mise en place d’un label national « anti-gaspillage alimentaire » visant à valoriser les acteurs de la chaîne alimentaire qui contribuent aux objectifs nationaux de réduction du gaspillage alimentaire. Ce label est aujourd’hui disponible pour le secteur de la distribution (grandes et moyennes surfaces, grossistes et métiers de bouche). Suivent le référentiel pour le secteur de la restauration (restauration collective et commerciale) en 2025, puis celui de l’industrie agroalimentaire.
Depuis 2022, les États membres doivent rapporter chaque année les quantités de déchets alimentaires produites à chaque étape de la chaîne alimentaire (production primaire, transformation, distribution, restauration, ménages).
La directive-cadre déchets, qui fixe les orientations majeures de la politique de gestion des déchets, a été révisée pour y introduire notamment des objectifs de réduction des déchets alimentaires d’ici 2030 au niveau européen, à l’image de ce qui a été fait en France. Le Conseil et le Parlement se sont ainsi accordés en 2025 sur les objectifs suivants :
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