Cet article explore en profondeur la définition et les implications du terme « gros porc » dans le contexte de la pornographie et de la société, en mettant en lumière les récits de victimes, les aspects juridiques et les évolutions culturelles liées à la sexualité et au consentement.
Les récits livrés au « Monde » par certaines des plaignantes mettent à mal toute la stratégie d’image de l’empire du porno, basée sur le fantasme d’un libertinage consenti par des « femmes ordinaires ». C’est la définition psychiatrique d’un traumatisme : la trajectoire de la victime reste figée au moment du point d’impact. Le temps n’efface aucune blessure.
Corinne (les prénoms des victimes ont été modifiés pour préserver leur anonymat) semble n’être jamais sortie de cette chambre d’hôtel attenante à la gare Montparnasse à Paris, où elle a participé à un tournage en mai 2013. Presque dix ans après, à la question de ce qu’elle a ressenti face à la mise en examen de Michel Piron, le propriétaire du plus grand site pornographique français Jacquie et Michel, pour complicité de viol et traite d’êtres humains en bande organisée, sa voix a tenu deux phrases, le temps de bredouiller quelque chose autour de son « soulagement » puis s’est brisée.
Son avocate avait prévenu : Corinne voulait s’exprimer, mais ne pourrait le faire qu’une seule fois, parce que c’est « trop dur ». « Je crois qu’elle est cassée à jamais. Quand on en parle avec elle, on a l’impression que les faits ont eu lieu la veille », raconte Me Camille Martini. « Ils m’ont pris une partie de mon être, je suis marquée au fer rouge, ils m’ont volé mon humanité », tente de décrire cette assistante comptable du sud de la France.
Un mois après le tournage pour Jacquie et Michel, elle fait une tentative de suicide médicamenteuse. Son frère et sa mère la sauvent in extremis. Depuis, elle n’a plus de vie sociale : elle reste cloîtrée chez ses parents. Plus de relations sentimentales non plus. Elle lutte avec ses cauchemars, ses insomnies, les flashs et l’envahissement permanent. Son existence bloquée dans cette chambre du quatrième étage de l’hôtel Pullman.
Apparus au milieu des années 2000 avec la création de Pornotube, les tubes X, soit ces séquences diffusées sur des plateformes de streaming gratuites, sont devenus la voie normalisée pour consommer de la pornographie. Selon Ifop, « le nombre de Français à avoir déjà surfé sur un site pornographique au cours de leur vie a progressé de manière continue au cours des dix dernières années, passant de 17 % en 2005 à 60 % aujourd’hui. »
De là, la création d’une véritable porn culture observable dans les clips (Rihanna, Nicki Minaj, etc.), l'art contemporain (le plug anal de McCarthy) les séries télé (Game of Thrones) en passant par la publicité, comme celles qu’affiche régulièrement le site Pornhub à Times Square. D’où, également, grâce au système des tags pour classer ces vidéos, une hyper-segmentation des pratiques mais aussi une pluralité des représentations et des corps que n’offrait pas le porno patrimonial à la Marc Dorcel et qui, peu à peu, semble décloisonner les imaginaires de la beauté et du sex-appeal.
Récemment stigmatisé par Emmanuel Macron qui attribue au hard un rôle dans les violences faites aux femmes (ce qu'aucune étude ne confirme), le visionnage de coïts en gros plans ne générerait pourtant pas automatiquement ce porno-morphisme dans les pratiques régulièrement évoqué puisque, selon notre sondage, 64 % des hommes n’envisagent pas de se filmer lors d’un rapport et 70 % n’ont aucune intention de se livrer à des jeux sexuels via webcam.
En réalité, le X fait partie intégrante de nos paysages mentaux tout en entretenant d’après la chercheuse en porn-studies Chauntelle Tibbals « une relation de synergie avec toutes les dimensions de nos sociétés, qu’elles soient publiques ou intimes. » Comme un incessant va-et-vient...
Le consentement est une notion éminemment subtile : il implique une attention au partenaire toute particulière, entière. Dans certains pays, il se pratique détente. « J’ai couché avec un garçon qui me demandait “si c'était correct” (si j’étais ok) à presque chaque vêtement qu’il m’enlevait, raconte Noémie, une trentenaire installée depuis peu au Québec. J’ai été déboussolée. Je me disais : “Je t’ai ramené chez moi et je te chauffe de ouf. Pourquoi je voudrais pas que tu m’enlèves ma culotte ?” » Mais elle a fini par trouver ça sexy.
Si cette histoire peut nous sembler exotique, le mot « consentement » ne nous est pourtant pas si étranger. Certes, en France, la définition juridique du viol n’en fait pas mention mais Océane Pérona, auteure d’une thèse en sociologie sur la question du consentement sexuel dans les institutions pénales, rappelle que « cette question existe dans le droit depuis la fin du XIXe ». Elle cite l’arrêt Dubas en 1857. Le jugement d’un homme qui s’était glissé dans le lit d’une femme, en se faisant passer pour son mari. La cour de cassation a condamné le « faux mari » pour viol, évoquant notamment un « défaut de consentement ».
En même temps que le terme « bitch » venu de la culture street devenait un surnom presque affectueux dont s’affublent les jeunes femmes les unes les autres, l’idéologie de la femme « salope » n’a elle cessé de se développer. On pense à l’ouvrage d’Ariel Levy, Les Nouvelles Salopes (2007) où, dans un créneau réac-soft, cette essayiste stigmatisait le simulacre des pires penchants masculins que semblait générer dans la sphère pop la course à l’égalité : « Les jeunes Américaines sont engagées dans une surenchère à qui sera la plus sexy, la plus provocante ou “trash ”, sur le modèle de la célèbre héritière Paris Hilton. Elles troquent leur plaisir sexuel pour la performance pornographique. D’autres sont adeptes des clubs de strip-tease et adoptent des attitudes typiquement masculines. »
Depuis, les Rihanna et autres Beyoncé ont été labélisées féministes pop. Mais on a aussi vu se massifier le revenge-porn, pratique odieuse d’anciens amants éconduits postant des fragments intimes sur le Net pour humilier leurs ex-maîtresses. Premières victimes : les très jeunes femmes parfois à peine adolescentes. Si l’on en croit d’ailleurs un rapport Childnet de novembre 2017, près de la moitié des Anglais entre 13 et 17 ans auraient vu un ou plusieurs de leurs amis partager des photos intimes de personnes qu’ils connaissaient.
S’ensuit généralement une « lapidation numérique » baptisée slut-shaming et à l’origine de plusieurs cas de suicide. Salope, une insulte qui a pris sa connotation sexiste au XIXe siècle pour évoquer les prostituées de rue à l’hygiène incertaine et dont ont été la cible, comme le rappelait l’exposition de la Fondation Maison des sciences de l’Homme « Salope ! et autres noms d’oiselles », des figures aussi différentes que George Sand, Marie-Antoinette, Margaret Thatcher ou encore Nabilla. En somme, environ 100 % des femmes au moins une fois dans leur vie...
Avant les nudes, il y avait leur ancêtre, le sexto. Un temps où les téléphones portables n’étaient pas encore tous munis d'un appareil photo et où il fallait user de mots, voire d’émojis évocateurs (pêche, aubergine) pour tenter de communiquer à l’être désiré notre bouillonnement érotique à son endroit. Une pratique plus que démocratisée.
Déjà en 2013, l’institut Ifop révélait que 29 % des Français avaient déjà reçu des photos ou des vidéos olé-olé, quand 19 % en envoyaient régulièrement. Notons néanmoins que le terme de nudes renvoie à un imaginaire plus féminin que masculin (on parlera là plus frontalement de dick pics) et surtout qu'ils sont aussi un moyen de dénigrer la sexualité des femmes, comme en témoigne la pratique du revenge-porn (voir #salope).
« Le sexting devient de plus en plus commun et nous sommes les témoins d’une difficulté toute contemporaine : celle de la conciliation de l'érotisme virtuel et de ses conséquences dans le monde réel », analyse le chercheur Justin R. Garcia qui révèle dans une étude financée par le site de rencontres Match.com que 23 % des destinataires de nudes en faisaient profiter trois personnes en moyenne.
Elle s’appelle Sofie Peeters. Son nom ne vous dit rien et pourtant vous l’avez sûrement vue se faire complimenter sur ses « belles petites fesses », ou se faire traiter de « salope » et de « chienne ». C’était en 2012. Dans son documentaire (Femmes de la rue) devenu viral, cette étudiante en cinéma filmait son quotidien sur le bitume.
Petit tremblement de terre. Le mot « harcèlement » qu’on réservait jusqu’alors à la sphère du travail se déplace. On parle désormais de « harcèlement de rue ». En 2015, selon une étude de l’Ined, 20 % des femmes avaient été sifflées, interpellées ou abordées sous un prétexte de drague. Cela va du classico « hey, mademoiselle, vous êtes charmante » (relou mais pas bien méchant) aux mots du « chasseur face à sa bidoche ».
Justine raconte par exemple : « Un jour, un vieux porc que je croisais dans la rue m’a carrément lancé : “Waouh, ça c’est de la bonne poitrine comme on aime.” Je l’ai envoyé chier méchamment, bien sûr. » En Belgique, une loi a été adoptée en 2014 pour punir ces agissements. La France devrait suivre comme l’a annoncé en septembre dernier Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes.
Depuis 1990, le sigle LGBT a remplacé le mot gay (pas assez inclusif !) aux États-Unis. Mais ces dernières années, des lettres ont encore fleuri derrière l’acronyme. Pourquoi, en effet, ne pas ouvrir la joyeuse ronde du mouvement à toutes les minorités non représentées ? Certains veulent inviter un « Q » pour Queer, d’autres un « I » pour les personnes intersexes.
Sans oublier les « asexuels », les « pansexuels », les « aromantiques » ou ceux qui se questionnent. Concrètement, ça donne : LGBTQIAP ou LGBTQQIAAP selon la chapelle dont on se revendique. L’allongement de l’acronyme est devenu, pour certain-e-s militant-e-s, un sujet d’inquiétude mais parfois aussi d’amusement. Blague de twitto en 2016 : « Mon nouveau mot de passe ? LGBTQQIAAP. » Sinon, on peut toujours se tourner vers le nouveau et de plus en plus utilisé « Mogai » (pour Orientations et identités de genre marginalisées et intersexes). CQFD.
Une image peut-être. Ou plutôt un mot. Un gigantesque « Feminist » derrière la silhouette de la reine Beyoncé sur scène. C’était en 2014, aux MTV Video Music Awards à Los Angeles. Le symbole de toute une nouvelle génération pour laquelle se dire féministe n’est plus ringard.
Historienne du mouvement, Bibia Pavard parle, comme d’autres chercheurs, de « troisième vague » du féminisme. La première, à la fin du XIXe « se renforce autour de la question du droit de vote, jusqu’aux années 1930 ». La seconde s’épanouit pleinement dans les années 1960-1970, avec le combat pour une contraception libre, l’avortement et décline ensuite. Et aujourd’hui ?
« Il y a une émergence de nouveaux groupes comme le collectif afro-féministe Mwasi ou Georgette Sand mais, ajoute Pavard, ce qui est nouveau c’est la visibilité acquise grâce aux réseaux sociaux. Cette nouvelle génération a tout de suite conçu son action comme une mobilisation en ligne. » Le mouvement reste très hétéroclite, et entre les abolitionnistes de la prostitution et les pro-sexe qui estiment son interdiction dangereuse, il existe un monde. Mais c’est un signe de vitalité.
Et les thèmes de mobilisation sont, eux aussi, très variés. Du « manterrupting » (cette action qui consiste à interrompre une femme en train de parler) aux violences obstétricales, les femmes disent globalement qu’elles en ont marre.
La nuit parisienne est-elle en train de changer ? « Les backrooms gays existent depuis longtemps, commence Eric Labbé, activiste de la nuit et DJ, mais c’est vrai qu’il y a une sexualisation de certaines soirées. » Comme à Berlin, au mythique Berghain, où l’on peut voir des filles seins nus lors de soirées électro.
Certaines backrooms sont désormais ouvertes aux hétéros, bien qu’ils y restent encore minoritaires. Marius, « de base hétéro », 23 ans et deux de teuf derrière lui, dit que « ça commence à rentrer dans la tête des hétéros qu’il y a moyen de faire des trucs en soirée ». Il a pu coucher avec des garçons ou des filles. Qu’importe. Ce qui compte, c’est la liberté.
Sans vouloir citer les soirées pour en préserver la fraîcheur, Antoine Calvino (organisateur de fêtes, DJ et journaliste) les estime directement inspirées du KitKatclub (boîte berlinoise, libertine et gay) et du Burning man. Il recense au moins trois collectifs dont les soirées tournent « autour du cul », ajoutant que « la musique n’est vraiment pas au centre. » Une orgie sans lois ? Certainement pas, « c’est très discipliné ». Et le consentement est roi. » Et si nous faisions la fête différemment ? Ou peut-être juste certains d’entre nous. Dans notre sondage 59 % des hommes disent ne pas être tentés par une soirée libertine...
| Thème | Évolution/Tendance | Conséquences/Implications |
|---|---|---|
| Pornographie | Consommation accrue via plateformes de streaming | Hyper-segmentation des pratiques, pluralité des représentations |
| Consentement | Notion subtile, attention particulière au partenaire | Question juridique complexe, importance de la communication |
| Insultes sexistes | Utilisation du terme "salope" et slut-shaming | Cyberharcèlement, atteinte à la dignité, conséquences psychologiques graves |
| Sexting et Nudes | Démocratisation des pratiques, érotisme virtuel | Difficulté à concilier virtuel et réel, partage non consenti |
| Harcèlement de rue | Prise de conscience, législation en cours | Atteinte à la liberté et à la sécurité des femmes |
| Identités de genre | Évolution des acronymes (LGBTQIA+) et reconnaissance des minorités | Inclusion, visibilité, complexité des identités |
| Néo-féminisme | Mobilisation en ligne, diversité des thèmes | Visibilité, action collective, débats internes |
| Nuit parisienne | Sexualisation des soirées, backrooms | Liberté, consentement, nouvelles formes de socialisation |
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