La xénotransplantation, ou la greffe d'organes d'animaux chez l'humain, suscite un intérêt grandissant, notamment grâce aux avancées de l'édition génétique. Face à la demande croissante en greffes de foie, les chercheurs explorent de nouvelles voies.
Une équipe chinoise a réalisé une première mondiale en greffant le foie d’un porc génétiquement modifié sur un patient humain décédé. C’était une grande première, réalisée le 7 mars 2024 chez un patient en état de mort encéphalique : des chercheurs ont « branché » à ses vaisseaux sanguins, pendant 10 jours, un foie de porc génétiquement modifié. Un an plus tard, l’équipe chinoise dévoile les résultats de cette première xénogreffe complète hépatique. Une étape significative dans la recherche sur les alternatives aux dons d’organes.
En mars 2024, ils avaient déjà transplanté un foie de porc chez un patient, mais celui-ci était en état de mort cérébrale, et il avait gardé son foie d’origine. Le foie transplanté avait fonctionné pendant dix jours avant que les chercheurs ne mettent fin à l’expérience sur demande de la famille du patient.
« Il y a quelques années, personne ne pensait que la xénotransplantation sur un organe aussi complexe que le foie serait possible », a expliqué Lin Wang, chercheur à l’Université médicale de l’armée de l’air à Xi’an, qui a conduit l’étude, lors d’une conférence de presse. Ce n’est pas la première fois qu’est réalisée une xénotransplantation porcine (la greffe d’un organe de porc sur un être humain).
L’originalité de cette étude tient à l’organe greffé : le foie, dont la complexité fonctionnelle représente un défi bien supérieur à celui des reins ou du cœur. Les foies de porc présentent une structure plus complexe, de telle sorte qu’ils « ne peuvent pas remplacer complètement le foie humain ».
Conduite par l’équipe de l’hôpital Xijing de l’université militaire de Xi’an, l’opération a consisté à greffer un foie issu d’un porc miniature Bama modifié sur six gènes afin de limiter les risques de rejet. Le foie a été implanté de manière auxiliaire, c’est-à-dire sans retirer le foie humain, ce qui a permis d’observer le fonctionnement du greffon sur une période de dix jours.
Dès les premières heures suivant la reperfusion, le foie porcin a commencé à sécréter de la bile, atteignant un volume de 66,5 ml en dix jours. La production d’albumine d’origine porcine a également été détectée dans la circulation sanguine du receveur. L’analyse histologique n’a révélé aucun signe de rejet aigu. Les cellules du greffon ont montré une bonne capacité de régénération, avec une prolifération active des hépatocytes et une faible activation des cellules stellaires.
L’équipe a également surveillé de près la réponse immunitaire du receveur. Grâce à une combinaison d’immunosuppresseurs, notamment le tacrolimus et la globuline anti-thymocyte, les réponses des lymphocytes T et B ont été maîtrisées.
Une équipe chinoise a greffé avec succès un foie de cochon dans le corps d’un homme. L’organe a fonctionné sans problème pendant dix jours, confirmant la potentielle compatibilité des organes entre les deux espèces, rapporte El Pais.
Le patient, un homme de 50 ans, a été déclaré en état de mort cérébrale le 7 mars 2024. Avec l’accord de sa famille, les chercheurs lui ont greffé le foie d’un cochon miniature génétiquement modifié le 10 mars. L’organe a « vraiment bien fonctionné » pendant dix jours, avant que les proches du patient ne demandent l’arrêt de l’expérimentation.
Malgré cela, le foie de cochon a fonctionné sans problème, sécrétant de la bile et de l’albumine. Ils précisent qu’il s’agissait d’une greffe auxiliaire, c’est-à-dire que le patient disposait encore de son foie d’origine.
C’est la première fois que cette méthode est utilisée. Les chirurgiens ont donc eu recours à une « greffe auxiliaire » consistant à conserver l’organe du patient à côté de l’organe de porc greffé. Pour cela, ils ont coupé une des veines du foie du patient et ont attaché le foie greffé, réduit à un certain poids, à une extrémité de la veine.
Cette expérimentation s’inscrit donc dans une dynamique plus large visant à valider la faisabilité de la xénotransplantation chez l’humain, en conditions réelles, mais dans un cadre éthique strict.
Cette expérimentation n’aura pas de portée médicale immédiate. De nombreuses recherches sont encore nécessaires avant de rendre la xénotransplantation (greffe entre deux espèces différentes) possible. « Cela ne saurait remplacer la transplantation d’un foie issu d’un donneur humain, en tout cas pas à court terme », confirme un expert britannique.
La réussite des chercheurs chinois vient tout de même confirmer une information importante : le cochon reste l’animal le plus compatible avec l’humain dans une optique de greffe d’organes. De nombreuses études et expérimentations sont déjà en cours depuis plusieurs années, notamment aux États-Unis, pour affiner cette compatibilité.
Une Américaine de 53 ans a ainsi été sauvée par une greffe de rein de porc génétiquement modifié. Il s’agit de la troisième personne à avoir reçu cet organe animal.
Avec environ 1 300 transplantations pratiquées chaque année, le foie constitue le deuxième organe le plus greffé, en France, derrière le rein (environ 3500 greffes par an), rappellent les hospices civils de Lyon. Les greffons proviennent généralement de personnes en état de mort cérébrale ou de proches, car il est possible de donner une partie de son foie de son vivant, le foie étant capable de se régénérer en partie.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, des milliers de patients meurent chaque année en attente d’une greffe d’organe en raison de l’offre limitée d’organes humains.
Si les xénogreffes de foie sont difficiles en raison de la complexité de cet organe, d’autres fonctionnent mieux. Aux États-Unis, Tim Andrews, 67 ans, vit depuis 7 mois avec un rein de porc génétiquement modifié. Avant lui, Towana Looney avait vécu pendant quatre mois avec un rein de cochon avant de le rejeter.
Le 10 mars, des scientifiques chinois ont greffé un foie de porc génétiquement modifié sur un patient en état de mort cérébrale grâce à une nouvelle technique. Selon l’Air Force Medical University, le patient ne présentait aucun signe de rejet de l’organe 96 heures après l’opération.
Des chercheurs américains ont déjà transplanté des reins et des cœurs de porcs génétiquement modifiés sur des patients humains en état de mort cérébrale.
Une équipe de l’hôpital Xijing, dirigée par le professeur Qin Weijun et guidée par le professeur Dou Kefeng, a transplanté un rein de porc génétiquement modifié sur un patient en état de mort cérébrale. Cette procédure est la première de ce type en Chine.
Un homme de 71 ans atteint d’un cancer du foie a survécu pendant 171 jours, soit 5 mois et demi, après avoir bénéficié en mai 2024 d’une transplantation de foie de porc génétiquement modifié en Chine, rapporte CNN. Jusqu’à maintenant, seuls des patients en état de mort cérébrale avaient bénéficié de cette opération.
Le patient a survécu 171 jours grâce à ce foie de porc, prouvant, selon les scientifiques, que le foie de porc génétiquement modifié peut soutenir des fonctions métaboliques et synthétiques clés chez l’homme. Les scientifiques ont procédé à la transplantation d’un greffon issu d’un cochon comportant dix modifications génétiques pour améliorer la compatibilité immunitaire entre donneur et receveur, ainsi que la coagulation du sang.
Le septuagénaire souffrait d’une cirrhose liée à l’hépatite B et d’un grand carcinome hépatocellulaire (CHC), un cancer situé dans le lobe droit, explique l’étude.
« Pendant les 31 premiers jours suivant la transplantation, aucun rejet aigu ou suraigu, aucune infection ni complication significative n’ont été observés, et les fonctions hépatique et rénale du patient sont restées stables », écrivent les médecins dans l’étude publiée jeudi par le Journal of Hepatology.
Puis, les médecins ont remarqué des signes prouvant que la transplantation ne se passait plus très bien. Au 38e jour, l’état du patient s’est aggravé avec une accélération de son rythme cardiaque et une hausse de sa tension artérielle. La tension artérielle du patient a chuté, son rythme cardiaque s’est accéléré et le foie porcin a dû être retiré à cause d’une microangiopathie thrombotique. Les médecins ont alors décidé de retirer l’organe transplanté en raison d’une microangiopathie thrombotique.
C’est par la suite que les choses se sont gâtées. Au 38e jour post-greffe, le greffon a dû être retiré, suite à une angiopathie thrombotique, soit l’obstruction de vaisseaux sanguins liés à des bouchons de plaquettes.
Après ce retrait, le foie du patient a bien fonctionné, avant qu’il ne développe, au 135e jour, une hémorragie gastro-intestinale supérieure.
« Malheureusement, des hémorragies digestives répétées ont finalement conduit au décès du patient au 171e jour. »
Pour le Dr Beicheng Sun, de l’université chinoise de Nankin et co-auteur de l’étude, cette transplantation constitue néanmoins « une découverte cruciale ». Elle montre qu’il est possible d’utiliser temporairement un foie de porc pour maintenir un patient en vie, en attendant une greffe humaine.
« À l’avenir, le côté gauche pourrait avoir une réelle chance de se régénérer. Dans ce cas, nous retirerions le greffon, ce qui suffirait à le maintenir en vie. Ou du moins, nous savons que nous pouvons attendre un ou deux mois pour obtenir un greffon humain », a-t-il déclaré à la télévision américaine CNN.
C’est une petite révolution dans le monde médical. C’est une grande première pleine d’espoir.
La xénotransplantation, qui promet de révolutionner le traitement de l'insuffisance organique, soulève d'importants dilemmes éthiques. D’abord, l’utilisation d’un patient en état de mort cérébrale comme receveur n’est pas sans débat.
Le statut moral des animaux est au cœur de ces discussions. Certains philosophes, comme Peter Singer, défendent une considération égale des intérêts des animaux et remettent en cause l’approche anthropocentrique traditionnelle.
Les perspectives religieuses apportent également des éclairages contrastés. Si certaines traditions chrétiennes acceptent la xénotransplantation à condition que la dignité humaine soit préservée, la tradition juive met l’accent sur la préservation de la vie humaine, tandis que la vision islamique considère l’homme comme supérieur en dignité à l’animal.
Le bien-être animal et la transparence sont également déterminants. Le concept de "minimum moral standing" propose d’accorder aux animaux donneurs un niveau minimal de considération morale, en matière de conditions d’élevage, d’expérimentation et d’abattage.
Tableau récapitulatif : Avancées et défis de la xénotransplantation hépatique
| Aspect | Avancées | Défis |
|---|---|---|
| Technique de greffe | Greffe auxiliaire réussie, maintien des fonctions hépatiques | Complexité de l'organe, nécessité de greffe orthotopique |
| Compatibilité | Modifications génétiques pour réduire le rejet | Risques de rejet à long terme, angiopathie thrombotique |
| Éthique | Potentiel de sauver des vies en attente de greffe | Statut moral des animaux, bien-être animal |
| Immunosuppression | Combinaison d'immunosuppresseurs efficace | Nécessité de protocoles plus ciblés |
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