L'Europe s'engage de plus en plus dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Après le Danemark et l'Angleterre, c’est au tour de l’Allemagne d’ouvrir son premier magasin anti-gaspi qui vend uniquement des produits normalement destinés à être jetés. Toutefois, une tendance anti-gaspi se dessine on assiste à l’éclosion de plusieurs enseignes de magasins qui vendent ces produits encore consommables et pourtant destinés à la poubelle.
Chaque année, un tiers de la nourriture produite dans le monde se perd. Si nous économisions juste un quart de cette nourriture gaspillée, nous pourrions nourrir près de 900 millions de personnes souffrant de la faim, selon l'OMS. Le gaspillage alimentaire n'est plus acceptable. Chaque année, un tiers de la nourriture produite dans le monde est jetée, selon la FAO, l’organisation des Nations-Unies qui lutte contre la faim.
L’idée n’est pas nouvelle. En Europe, c'est le troisième magasin anti-gaspi de ce genre qui ouvre ses portes. Cette fois, c’est à Cologne en Allemagne qu’est inauguré le premier supermarché allemand destiné à la vente les déchets alimentaires encore consommables. Ouvert le 4 février, à Cologne, "The Good Food" a tout du supermarché classique. Il vend tout type de produits, de la bière aux légumes, en passant par les pâtes et les biscuits.
The Good Food a tout d’un supermarché classique et propose des fruits et légumes, des céréales ou des biscuits. Il récupère les invendus, des produits dont le packaging est abîmé, des légumes cabossés, des produits récemment périmés. Une différence cependant : ces produits auraient dû finir à la benne. Des arguments non-recevables pour la gérante du supermarché, Nicole Klaski, engagée dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Bien que bosselés ou tachés, les fruits et les légumes restent bons à manger. Quant à la date de péremption, elle peut tout fait être outrepassée pour certains produits, sans que cela mette en danger la santé des consommateurs. En plus d'être anti-gaspi, The Good Food a une vocation sociale. C’est pourquoi le magasin s'adresse aussi bien aux citoyens écoresponsables désireux de lutter contre le gaspillage qu’aux personnes dotées de modestes revenus. The Good Food est donc doté d’une double ambition écologique et solidaire. “Nous sauvons les légumes et les produits périmés, et les producteurs sont heureux que leur denrées soient consommées", explique Nicolas Klaski à The Daily Meal.
Concernant les produits périmés, rappelons que la DLC (date limite de péremption) et la DLUO (date limite d'utilisation optimale) n’est qu’une indication pour le consommateur. Les produits n’ont ni étiquette ni tarif affiché, le supermarché fonctionnant sur le principe du prix libre. The Good Food est le pionnier en Allemagne mais pas en Europe. Des supermarchés de produits à jeter ont déjà ouvert en Angleterre et au Danemark. Et nous espérons que le concept va continuer à s'étendre. Bonne nouvelle : la lutte contre le gaspillage alimentaire progresse en Europe.
Elles sont inscrites en petits caractères sur les emballages alimentaires et vous les cherchez sans doute quand vous faites vos courses : les dates limites de consommation. En Allemagne, le ministre de l’Alimentation, milite -au niveau européen- pour qu’elles ne figurent plus sur certains produits. Pour Cem Özdemir, le ministre de l’agriculture et de l’alimentation, il est insensé de mentionner une date limite de consommation sur certains aliments de longue conservation comme le riz, les lentilles, les épices ou les pâtes.
Le ministre s’agace de l’ampleur du gaspillage alimentaire. Cem Özdemir estime que la commission européenne a le devoir de proposer des règles sur l’étiquetage qui soient contraignantes au niveau de l’Union européenne. Chaque année, près de 59 millions de tonnes d’aliments sont jetés à la poubelle, ce qui représente environ 130 kilos par habitant.
Thomas Henle, professeur de chimie alimentaire à l’université technique de Dresde, confirme que pour certains produits, cette date n'est pas utile. "Pour les aliments qui sont très secs et contiennent peu d'eau, par exemple, le riz, les pâtes ou le miel, on pourrait la supprimer, assure-t-il. Tant que l'emballage est fermé, ils peuvent être conservés en théorie sans limite de temps. On a découvert, par exemple, du miel dans des amphores de l'Antiquité qui avait des milliers d'années, et ce miel était en théorie encore consommable".
A cet inventaire, s’ajoutent encore par exemple les lentilles, le thé ou les épices. Stockés hermétiquement, à l’abri de la lumière et de l’humidité, les produits peuvent être conservés de longues années.
Selon l'expert qui explique : "Comme son nom l’indique, la date limite de consommation est une sorte de garantie de qualité des fabricants et n'a rien à voir avec les aspects sanitaires. Elle indique en fin de compte la période pendant laquelle les fabricants garantissent la qualité, c'est-à-dire le goût, l'odeur et l'aspect des aliments. Lorsque cette date est dépassée, cela ne signifie pas que l'aliment n'est plus consommable, mais que sa qualité a éventuellement changé. En règle générale, il est encore consommable, sans grand risque pour la santé".
Dans ce supermarché de l’ouest berlinois, cela fait d’ailleurs bien longtemps que Verena, 77 ans, fait ses courses sans prêter attention aux dates inscrites sur les emballages. "Cela ne sert à rien et c’est un truc de l’industrie pour vendre plus" s’agace la retraitée. "À mon époque, il n’y en avait pas. Ce qui n’est pas bon, on le sent comme pour la viande. Pour le poisson, on le voit aux yeux, aux branchies. Et si la confiture ou le pain ne sont plus bons, il y a de la moisissure. C’est une habitude".
Christoph, 62 ans, qui travaille dans le secteur de la santé explique qu’il a pris l’habitude de consommer certains produits bien après l’expiration de la date limite de consommation. Comme pour les yaourts : "Si ça a encore bon goût et que ça ne commence pas à picoter d'une manière ou d'une autre sur la langue, alors je les consomme volontiers. Il ne faut pas jeter des choses qui ne devraient pas être jetées. Mais quand ça commence à moisir, alors je ne mange plus les produits" sourit Christoph qui est favorable à la suppression de la date limite de consommation sur certains produits.
Pour Susana, mère de deux enfants de 7 et 8 ans, c’est tout le contraire. Cette éducatrice de 38 ans s’inquiète de la possible disparition des dates limites de consommation qui représentent de précieux repères pour elle. "Je ne consomme aucun produit dont la date est dépassée, même pas d’un jour. On fait très attention car il y a tant de choses qui peuvent nous rendre malades. C’est vrai qu’on jette beaucoup parce qu’à chaque fois on achète trop et on s’est promis de faire plus attention".
Bernhard et Ute, un couple d’une soixantaine d’années sont plus mitigés. Ils estiment que la mesure irait dans le bon sens, mais ils proposent une alternative à la disparition pure et simple des dates de consommation. "Ce sont ces dates qui nous guident quand on fait nos achats, nous y sommes habitués. Sinon, comment deviner si un produit est encore bon s’il est enfermé dans un emballage ?" demande le couple qui propose : "Il faudrait revoir et prolonger les dates limites de consommation qui figurent sur les produits et faire figurer le vrai délai pendant lequel on peut manger un aliment".
Chaque Allemand jette en moyenne 80 kilos de nourriture par an. Au niveau européen, ce sont près de 59 millions de tonnes d'aliments qui passent à la poubelle, ce qui représente environ 130 kilos par habitant. C’est moins que la moyenne au sein de l’UE mais ce gaspillage pourrait être en partie évitable. Pour cela, il faudrait revoir l’étiquetage.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Gaspillage par habitant en Allemagne | 80 kg/an |
| Gaspillage total dans l'UE | 59 millions de tonnes/an |
| Gaspillage par habitant dans l'UE | 130 kg/an |
Face aux errances de la société de consommation, des Allemands se retroussent les manches pour récupérer, redistribuer, partager. Dans un hangar de Cologne, dans l'ouest de l'Allemagne, du sol au plafond, on trouve des déodorants et des gels douche rescapés d'une destruction programmée. "Des palettes entières de cette offre promotionnelle devaient être tout simplement brûlées, nous les avons sauvées", explique Juliane Kronen, dirigeante d'Innatura.
Dans un entrepôt de la banlieue de Cologne, sa société récupère des produits de consommation courante qui ne peuvent plus être vendus et les redistribue dans toute l'Allemagne à des associations caritatives moyennant de modiques sommes, de 5% à 20% du prix de vente.
À Berlin, dans les arrière-cours d'immeubles, on peut accéder librement à des réfrigérateurs pour déposer yaourts et légumes non consommés. Récupérer plutôt que gaspiller, c'est aussi avec cet objectif qu'à 600 km de là, la Berlinoise Fenja tire la porte d'un réfrigérateur fatigué, installé dans une cour d'immeuble du quartier de Prenzlauer Berg. Elle y dépose blettes et roquette et le fait savoir sur la plateforme Internet Foodsharing.
Depuis cinq ans, Foodsharing essaime ses plus de 300 réfrigérateurs et "garde-manger" en libre-service dans toutes les grandes villes allemandes. "Nous avons contribué à sauver plus de 8000 tonnes de nourriture", assure l'un des fondateurs, Frank Bowinkelmann.
Les réfrigérateurs et étagères de Foodsharing acceptent toute cette nourriture promise à une fin sans gloire au fond des containeurs d'ordure. "Tous parfaitement neufs" Dans le hangar d'Innatura, partout où porte le regard s'empilent paquets de couches, cartons de gels douche, tubes de crèmes solaires mais aussi lessives, robots ménagers et autres chaussures de sport répudiées. Au total 1500 produits différents.
L’édition 2026 de l’Internationale Grüne Woche, une foire dédiée à l'agriculture, a lieu du 16 au 25 janvier à Berlin. Osterland Agrar GmbH, une exploitation agricole près de Leipzig, doit se débarrasser de cet excédent de pommes de terre. Pourtant de bonne qualité, elles n’ont pas trouvé preneur sur le marché en raison d’un excédent d’offre et d’une demande insuffisante.
Des points de distribution sont établis un peu partout dans Berlin, où chacun peut venir récupérer gratuitement des pommes de terre. 152 lieux de collecte ont été confirmés, et les livraisons se déroulent en plusieurs vagues. Elles ont commencé le 15 janvier et devraient se terminer entre le 20 et le 23 janvier en fonction des points de collecte.
Mais pour le dirigeant de Foodsharing, "le consommateur n'est pas le seul responsable" de ce gigantesque gâchis. Juliane Kronen s'en prend elle aux réglementations absurdes. "En Allemagne, cela revient moins cher à une entreprise de brûler des produits que d'en faire don à une oeuvre caritative", s'indigne l'entrepreneuse. La tâche reste immense.
De fait, lorsqu'elle donne des produits à une association d'aides, une société doit payer des taxes sur ses dons. Incinérer des couches, des shampoings ou des chaussures de sport lui coûte moins cher. L'association Foodsharing est convaincue d'avoir avec son idée "touché un nœud sensible" dans la société, selon Frank Bowinkelmann.
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