La Galette des Rois: Histoire et Tradition d'une Fête Gourmande

Chaque mois de janvier, le partage de la galette des rois relance un débat gourmand qui divise les Français : la frangipane classique ou la version réinventée ? En France, la galette n'a pas qu'une seule forme, car une ligne de partage gourmande traverse l'Hexagone.

Au nord, c'est la galette à la frangipane, feuilletée et dorée, qui règne en maître. Au sud, on lui préfère souvent la brioche aux fruits confits, parfumée à la fleur d'oranger et façonnée en couronne.

Origines Païennes de la Galette des Rois

La véritable origine de la galette des rois plonge ses racines non pas dans la Bible, mais dans la Rome antique. Elle est l'héritière directe des Saturnales, ces grandes fêtes païennes organisées entre fin décembre et début janvier en l'honneur de Saturne, le dieu du temps. Durant ces célébrations du solstice d'hiver, l'ordre social était temporairement bouleversé : maîtres et esclaves partageaient un repas et un gâteau dans lequel était dissimulé un haricot, symbole de fertilité. Celui qui le trouvait était désigné "Prince des Saturnales" pour la journée.

L'historien romain Tacite écrit qu'un jeu consistait à tirer au sort la royauté lors des fêtes consacrées au dieu Saturne. Les Saturnales étaient des fêtes romaines se déroulant la semaine du solstice d'hiver, durant lesquelles les Romains désignaient un esclave comme « roi d’un jour », pendant un banquet. Le « roi d’un jour » dispose du pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître) avant de retourner à sa vie servile.

L'Église catholique, d'abord opposée aux coutumes païennes, prend le parti de se l'approprier sous le nom de « Galette des Rois » (en référence aux Rois mages).

La Galette des Rois au Fil des Siècles

Étienne Pasquier (XVIe-XVIIe siècle) décrit dans ses Recherches de la France les cérémonies qui s’observent en cette occasion. Le partage de la galette est associé à la célébration des rois mages lors de l'Épiphanie, pour les chrétiens.

Dans sa Vie privée des Français, Legrand d’Aussy écrit, que, dès 1311, il est question de gâteaux feuilletés dans une charte de Robert II de Fouilloy, évêque d’Amiens. Souvent même, on paye les redevances seigneuriales avec un gâteau de ce genre.

On « tire les rois » même à la table de Louis XIV. Dans ses Mémoires, Françoise de Motteville écrit, à l’année 1648, que : « Ce soir, la reine nous fit l’honneur de nous faire apporter un gâteau à Mme de Brégy, à ma sœur et à moi ; nous le séparâmes avec elle. Nous bûmes à sa santé avec de l’hypocras qu’elle nous fit apporter ».

En 1711, le Parlement de Paris décide, à cause de la famine, de le proscrire afin que la farine, trop rare, soit uniquement employée à faire du pain. Quand vient la Révolution, le nom même de « gâteau des rois » devient un danger et Pierre-Louis Manuel, du haut de la tribune de la Convention, tente sans succès d’obtenir l’interdiction du gâteau des rois, mais la galette triompha du tribun.

La Tradition de la Fève et du Partage

La tradition de « tirer les rois » à l’Épiphanie passe par la dissimulation d'une fève dans la galette ; la personne qui obtient cette fève devient le roi ou la reine de la journée.

Si la fève est découverte lors de la découpe, la main innocente demande aux convives de se retourner, et elle replace la fève dans la frangipagne d'une part au hasard. Le découpage doit se faire de manière équitable pour que chaque convive ait une chance égale de trouver la fève. L’usage commande de partager la galette en autant de parts que de convives, plus une.

Au Moyen Âge, cette dernière, appelée « part du Bon Dieu », « part de la Vierge » ou « part du pauvre » est destinée au premier pauvre qui se présentera au logis. La personne qui a trouvé la fève se voit remettre une couronne en carton, en papier doré ou en tissu doré. Elle est alors couronnée ou peut donner la couronne au roi ou à la reine de son choix parmi les convives.

Les gâteaux à fève ne sont pas uniquement associés à la fête des rois. L'utilisation de la fève remonte aux Grecs anciens, qui l'utilisaient pour l'élection de leurs magistrats. Les Romains utilisaient également ce moyen pour élire le maître des Saturnales.

Un poète du XIIIe siècle, racontant une partie de plaisir chez un seigneur, parle d’un gâteau à fève pétri par la châtelaine : « Si nous fit un gastel à fève ».

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La Galette des Rois Aujourd'hui

La galette des rois s'est installée comme un véritable phénomène de société. Selon une enquête Kantar, 92% des Français en consomment chaque année, représentant un colossal marché de 23,6 millions de galettes dégustées entre fin décembre et mi-janvier. Pourtant, une table de la République y échappe : celle du palais de l'Élysée. En vertu du principe républicain qui interdit symboliquement de "couronner un roi", la galette servie au Président est systématiquement sans fève.

Une galette géante (40 fois plus grosse qu'une galette classique en 2018) est livrée chaque année au président de la République depuis 1975.

Si l'emploi de véritables fèves est d'actualité, il existe une multitude de fèves fantaisie que collectionnent les adeptes de la fabophilie.

Dans le Sud de la France, l'usage pour l’Épiphanie est de préparer le gâteau des rois, un grand pain sucré, en forme de couronne, à la pâte plus ou moins aérée et parfumée à l'eau de fleur d'oranger.

Ventes de galettes des rois et de gâteaux des rois selon les départements :

Type de gâteau Pourcentage de ventes
Galette
  • Vert foncé : entre 75 et 100 %
  • Vert clair : entre 50 et 75 %
Gâteau
  • Orange foncé : entre 75 et 100 %

Dans le sud de la France, autour de la Méditerranée et dans le Bassin Aquitain, l’usage pour l’Épiphanie est de préparer le Gâteau des Rois : un grand pain au levain sucré ou une brioche en forme de couronne, évidé en son centre.

En Belgique francophone de tradition catholique, le jeu de « tirer les rois » autour de la galette est largement suivi. Ainsi, dans la région wallonne, l'engouement est massif : la vente y totalise chaque année près d'1 million de galettes pour une population de 3 millions d'habitants.

Alors que la vente des galettes des rois commerciale est chaque année l'occasion d'une promotion importante, la tendance moderne est de préparer soi-même la galette pour participer à ce jeu en famille et entre amis, voire sur le lieu de travail ou à l'école.

Variations et Créativité

Un rituel sans cesse réinterrogé, tiraillé entre attachement à la classique frangipane et désir d'innovation. La créativité des artisans et des grandes surfaces offre désormais un éventail de saveurs, de la pistache-framboise à la patate douce, jusqu'aux versions salées.

Si vous voulez tester des variantes, voici d’autres recettes Hervé Cuisine : Galette des rois pomme amande 2023, nouvelle recette ! la galette des rois pommes speculoos. Avez-vous déjà testé la version chocolat et noix de coco ? Cette superbe recette facile de galette des rois chocolat noix de coco qui reprends les codes de la frangipane (crème amande au chocolat cette fois), et une seconde couche à la noix de coco.

Elle est en fait aussi appelée « parisienne » dans les régions du sud où le Gâteau des rois est le plus répandu : une brioche en forme de couronne (circulaire avec un trou au centre) parfumée à la fleur d’oranger, fourrée et recouverte de fruits confits. Selon les régions, elle prend des noms différents, tels que « couronne des rois« , « fouace des rois« , etc. En plus de ces deux principales, il existe d’autres variations régionales. En outre, même pour les deux versions principales, les pâtissiers se livrent à des variations créatives.

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