À l’heure où l’électricité coûte cher et où les pannes de courant sont fréquentes, une méthode ancestrale refait surface. Longtemps oubliée, cette astuce revient dans les foyers, séduisant par sa simplicité, son économie et son accessibilité. Elle s’appelle zeer, pot dans le pot, ou frigo du désert.
Schéma d'un pot Zeer
Cette technique ancestrale de réfrigération naturelle repose sur un principe physique simple : l’évaporation. On utilise deux pots en terre cuite de tailles différentes, emboîtés l’un dans l’autre, avec du sable humide entre les deux, le tout recouvert d’un linge mouillé. Ce système ingénieux est utilisé depuis des siècles, notamment en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Le secret de ce système repose sur le pouvoir rafraîchissant de l’eau qui s’évapore.
Lorsqu’on humidifie le sable entre les deux pots et qu’on pose un linge mouillé sur le dessus, l’eau s’évapore doucement. Ce processus absorbe la chaleur, refroidissant l’intérieur du pot. Pas de bruit, pas de gaz, pas de moteur. Les aliments ainsi stockés conservent leur fraîcheur, leur goût, et ne sont pas agressés par le froid du frigo classique.
Contrairement à une idée reçue, ce type de conservation n’est pas limité aux climats désertiques. Dans certaines configurations, on peut même conserver du lait pendant un ou deux jours, à condition de bien contrôler la température.
Ce qui séduit autant dans cette pratique, c’est sa cohérence écologique. En réduisant l’usage du frigo, on diminue non seulement la consommation électrique, mais aussi le gaspillage alimentaire. Dans un frigo, les produits ont tendance à s’oublier, coincés entre deux boîtes de restes. Dans un système visible comme le zeer pot, les aliments sont à portée de main. Sans parler des économies sur la facture d’électricité.
Selon l’ADEME, un réfrigérateur représente jusqu’à 25 % de la consommation électrique d’un foyer. Pas besoin d’être bricoleur de génie ni d’avoir un atelier d’alchimiste. On place le petit pot dans le grand, on remplit l’espace entre les deux de sable, on arrose abondamment. Ensuite, on humidifie le linge et on recouvre le tout.
Certains y ajoutent même une touche déco : peinture naturelle, couvercle en liège, motifs traditionnels. Il y a dix ans, personne n’en parlait. Aujourd’hui, les réseaux sociaux et les chaînes YouTube écolo s’en emparent. Et ce n’est pas un effet de mode. Cette technique répond à trois préoccupations majeures : l’autonomie, l’économie d’énergie et la réduction des déchets.
À l’heure où la transition écologique n’est plus une option mais une urgence, chaque geste compte. Ce vieux tour de main a traversé les siècles, les climats, les civilisations. Aujourd’hui, il renaît dans les foyers modernes, prouvant qu’on peut allier tradition, simplicité et efficacité. Et s’il fallait commencer par là pour repenser notre rapport à l’alimentation ?
Outre le pot en terre cuite, d'autres méthodes permettent de conserver les aliments sans réfrigérateur :
Certains aliments se conservent bien à température ambiante, comme les fromages à pâte dure (parmesan, cheddar), les jus de fruits et l'eau.
Tableau récapitulatif des méthodes de conservation :
| Méthode de conservation | Principe | Aliments concernés |
|---|---|---|
| Pot en terre cuite (Zeer) | Évaporation de l'eau | Fruits, légumes, lait |
| Beurrier à eau | Scellage par l'eau | Beurre |
| Salage | Absorption de l'humidité | Viande, poisson |
| Séchage | Exposition à l'air libre | Fruits, légumes |
| Fermentation | Enrichissement en probiotiques | Chou, cornichons |
| Conservation sous vide en bocal | Élimination de l'air | Fruits, légumes, viande, plats cuisinés |
Les jolis pots en grès que nous aimons tant chiner aujourd’hui pour notre décoration étaient utilisés autrefois pour conserver liquides et aliments. On disait « L’été est nourrisseur, l’hiver est consommateur ». La conservation des aliments débutait dès le mois de juin et continuait jusqu’au début du mois de décembre.
Aux premières et simples méthodes de conservation (le séchage), ont succédé les techniques de salaison, la conservation par le sucre (les confitures) et la fermentation (vin, fromage, choucroute…). Au 19° siècle est apparue la conservation par la chaleur.
L’importance du stockage des denrées, et par conséquent des méthodes de conservation, a de longue date été prise en considération par les historiens de l’alimentation. En vérité, l’essentiel de l’espace habitable était consacré à la mise à l’abri des provisions de bouche, équivalant voire dépassant parfois celui dévolu à l’habitation humaine.
Dans une maison paysanne de deux pièces, comme à Dracy, en Bourgogne, au xive siècle, l’une faisait fonction de resserre ou cellier et l’autre abritait un coin cuisine et des conserves. Seuls les urbains peu fortunés, nombreux, vivant dans des appartements trop petits, n’avaient pas la place de stocker des produits.
Dans les demeures aisées, le stockage ne concerne pas seulement l’année en cours, en prévoyant la fameuse soudure du printemps, voire la suivante. Si possible, on stocke pour plusieurs années, notamment les produits séchés, faciles à ranger, suspendus au plafond ou sous le manteau des cheminées.
Les matériaux des conteneurs, tissu, cuir, bois, terre cuite, métal, verre, sont connus pour jouer un rôle dans l’efficacité de la conservation. Au xvie siècle, la littérature agronomique fait même preuve d’une conscience de la dégradation par étapes des aliments, préalable à leur péremption.
Cette sensibilité aux interactions entre contenants et contenus comestibles inclut une attention particulière portée aux pots de conserve en terre cuite, matériau souvent représenté pour stocker, ainsi dans les images bibliques, la viande, la manne ou l’huile. En matière d’économie domestique, la céramique a longtemps joué un rôle considérable, mais ce n’était pas le seul matériau utilisé pour la conservation.
Enfin, il reste la terre cuite, qui emporte l’adhésion de tous les auteurs de traités d’économie domestique et de livres de cuisine. L’argile dont les pots en céramique sont composés, comestible, est compatible avec le corps humain, l’homme étant lui-même fait d’une part de terre (os, muscles, nerfs) selon la médecine hippocratique.
La littérature agronomique et domestique témoigne d’une connaissance bien maîtrisée de la chimie alimentaire, et montre que la matière du contenant fait l’objet d’une sélection effectuée selon la maturité du produit ou selon le temps prévisible de conservation : ainsi les nèfles, qui doivent être emballées dans de la paille ou stockées dans le miel si elles ne sont pas trop mûres.
Dans un vase de terre cuite, les produits même les plus sensibles peuvent être d’assez longue garde : les huîtres, une fois écalées, sont ainsi conservées des mois dans la saumure. Au xvie siècle, un potier, Piccolpassi, en dresse l’inventaire : « fioles à tenir huyle, vin aigre et eau », « urnes d’épiceries ou confiseries », « vases à laict et à onguents », « fiasques à vin, vin aigre et eau », « tasses ou conficturiers », « salière », « vases à poyre ou a pomme. »
Malgré leur relative fragilité, les conteneurs céramiques sont également souvent requis pour le transport à longue distance, par bateau, des épices, des fruits secs venus d’Orient, des agrumes, des olives, du poisson salé, voire du fromage, sans oublier les confitures et le sucre, moulé en pains dans des cônes d’argile et exporté dedans. De tous ces pots, il est dit qu’ils doivent être bien bouchés ou « bouchés exactement ».
Une recherche dans les textes normatifs culinaires, médicaux et d’économie domestique permet de retrouver les raisons de l’omniprésence des pots de terre dans la conservation des denrées alimentaires. Le choix du matériau céramique n’avait pas pour seule raison son faible coût, révélé par des inventaires après décès. C’était aussi une question de goût.
Les pots de terre, imputrescibles, n’abîmaient pas, estimait-on, les produits qu’ils renfermaient. Stocker dans un pot de terre prévient contre le pourrissement, affirme Hildegarde de Bingen, expliquant le protocole de préparation d’un médicament contre les parasites intestinaux.
Les pots de terre passent même pour améliorer le produit contenu. Du miel rosat, par exemple, Pierre de Crescens estime que, conservé en pot de terre, « de temps quil sera plus gardé il vauldra mieulx », proposition que reprend mot à mot Charles Estienne : « Avec le temps, il devient meilleur. »
Les pots de terre permettent aussi, le mot est souvent répété, de « garder longuement » fruits et jus de fruits. C’est en cruches de terre qu’est conservé le « sirop acide » du Tacuinum sanitatis d’Ibn Butlan, revu par un enlumineur allemand, au xve siècle. De même, sont conservés « longuement » la graisse d’oie et de pourceau, ainsi que le beurre.
En ce qui concerne les vases de terre cuite, la nature et la qualité des pots sont également précisées, montrant qu’elles entraient en ligne de compte dans la réussite des processus de conservation : il faut un pot soit neuf, soit bien net, s’il est en terre cuite ordinaire, soit encore en « terre vitrée » ou encore « à ce approprié », ainsi pour les poires au vin ; pour les confitures de cornoailles, Olivier de Serres exige qui plus est un pot peint.
Le contact alimentaire est connu pour varier selon l’âge et le degré de cuisson du récipient : dans le cas des poires au vin, Charles Estienne, au xvie siècle, recommande l’emploi d’un pot de terre « qui ne soit guère cuit », autrement dit qui soit poreux et tendre.
Même les produits frais réagissent mieux, disent les ménagers, au contact avec un conteneur en terre cuite, ce à condition de ne pas le remuer. Le Mesnagier de Paris estime justement que c’est en pot de bois ou de terre que le lait se conserve le mieux - soit « jour et demy ou deux jours », et il proscrit pour cet usage l’airain et le cuivre.
L’ère pré-réfrigération, qui s’étend du Moyen Âge jusqu’au milieu du XXe siècle, fut l’âge d’or de la cuisine ménagère française.
La conservation des aliments sans frigo est une démarche de plus en plus répandue chez celles et ceux qui ont fait le choix de la vie nomade. Que ce soit en camping, en van, en bivouac ou en pleine mer, nous sommes nombreux·ses à en avoir fait l’expérience, parfois heureuse, parfois plus compliquée… Pourtant, une bonne gestion du zéro frigo permet de réduire le gaspillage alimentaire et de s'inscrire dans une démarche écologique.
L'absence de réfrigérateur a été une révélation et une révolution dans notre approche culinaire ! Elle nous a conduit à découvrir des solutions alternatives et des techniques de conservation ancestrales, comme le salage, le séchage ou des dispositifs low-tech tel que le frigo du désert.
Oui, vivre sans frigo a un impact positif sur l’environnement ! Si cela réduit la consommation d’énergie, c’est aussi l’occasion parfaite pour découvrir des pratiques de consommation plus durables.
Expérimenter le "sans frigo" est un défi qui requiert adaptation et planification, mais les avantages sont nombreux. C'est un horizon de découvertes qui accompagne parfaitement l'esprit du voyage. Avec un peu de préparation et les bons réflexes, il est tout à fait possible de vivre sans réfrigérateur tout en profitant de la nature et de la liberté qu’offre l'expérience nomade.
Chez BocUp, il ne se passe plus une virée en van ou quelques jours sous la tente sans un bocal sous vide.
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