Autonomie Alimentaire en France : Défis et Solutions

L'autonomie alimentaire est une aspiration de plus en plus partagée par de nombreux individus et communautés à travers le monde. Elle représente la capacité à produire localement la nourriture nécessaire pour une alimentation saine et équilibrée.

Les Défis de l'Élevage en France

L’élevage en France fait face à une série de défis, notamment liés aux fluctuations des prix des aliments pour le bétail. Ces variations compliquent la gestion quotidienne des troupeaux et impactent directement la rentabilité des exploitations. Parallèlement, la demande croissante de produits alimentaires locaux et de qualité soulève des questions cruciales concernant l’alimentation animale. Au moment où le renouvellement des actifs agricoles est un défi déterminant, les parcours à l’installation s’ouvrent à des personnes en reconversion professionnelle venant d’horizons divers.

Dans ce contexte, la formation continue agricole constitue une étape importante, en donnant accès à des diplômes. En France, comme dans la plupart des pays de l’OCDE, la question du renouvellement des actifs est au cœur des préoccupations actuelles concernant le monde agricole. Face à la diminution du nombre d’exploitations et au recul de l’âge moyen des exploitants, un Pacte d’orientation pour le renouvellement des générations en agriculture a été présenté par le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire.

Pour mieux comprendre ces évolutions de trajectoires professionnelles, une recherche a été conduite sur une étape encore peu étudiée des reconversions vers l’agriculture, celle de la formation continue. En effet, l’obtention d’un diplôme agricole équivalent au baccalauréat, comme le Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), donne accès à la capacité professionnelle et aux aides publiques à l’installation, pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros. Ces ressources financières sont d’autant plus nécessaires qu’elles compensent, en partie, l’absence d’héritage productif.

D’abord destinés à élever le niveau de formation des agriculteurs, les CFPPA ont connu des transformations importantes depuis les années 1980. Contrairement à d’autres centres publics de formation, certains CFPPA ont eu une forte croissance d’activité. Face à la diminution de leur public d’origine, une partie d’entre eux ont fait évoluer leur offre. Ainsi, le BPREA étudié, initialement spécialisé en grandes cultures et destiné aux agriculteurs, enfants d’agriculteurs et salariés agricoles locaux, est aujourd’hui consacré au maraîchage biologique. Il s’adresse à de nouveaux publics, éloignés du monde agricole, bénéficiant de dispositifs destinés aux salariés et aux demandeurs d’emploi.

Le Rôle du Réseau CUMA

Dans ce contexte, le réseau CUMA s’engage activement pour promouvoir l’autonomie alimentaire des élevages. En collaborant étroitement avec les éleveurs et en mettant en œuvre des solutions concrètes et adaptées à chaque contexte local, le réseau CUMA contribue activement au développement d’une agriculture plus résiliente et durable.

Les CUMA :

  • Encouragent les éleveurs à diversifier les sources d’alimentation de leur bétail.
  • Accompagnent les éleveurs dans l’optimisation de la gestion des ressources disponibles sur leur exploitation.
  • Encouragent les éleveurs à développer des pratiques d’élevage tournées vers l’autonomie fourragère.

L’autonomie alimentaire et protéique en élevage caprin est un sujet fondamental pour la rentabilité et la durabilité des exploitations. L’autonomie alimentaire et protéique représente un sujet fondamental pour garantir la durabilité et la rentabilité des exploitations caprines. La question de l’autonomie alimentaire et protéique en élevage caprin est fondamentale pour la durabilité des exploitations, incitant à réduire la dépendance aux intrants extérieurs et à mieux valoriser les ressources locales.

La rotation des cultures, les mélanges multi-espèces et l'organisation collective s'imposent comme des stratégies essentielles pour la durabilité des exploitations caprines.

Formations et Initiatives pour l'Autonomie Alimentaire

Les formations orientées sur la souveraineté protéique enrichies des résultats de CAP PROTEINES. La formation étant un levier permettant d’accompagner la stratégie d’autonomie française, VIVEA s’est positionné et mène actuellement deux expérimentations en région Auvergne Rhône-Alpes et Normandie pour développer une offre de formation exploitant les résultats de CAP Protéines. Des travaux en sous-groupe ont permis d’initier une réflexion sur les compétences à renforcer chez les éleveurs et les moyens à mettre en œuvre pour développer des formations sur l’autonomie fourragère et protéique en élevage.

Dans cette optique, la formation “Vers l’autonomie protéique de votre élevage” en ruminants, organisée par Ver de Terre Production fait intervenir La Vache Heureuse (LVH), experts et agriculteurs, dont Konrad Schreiber, sur des thématiques de rationnements et de bonnes conditions d’élevage, mais aussi d’agronomie, de conception de systèmes de culture et de mode de conduite sur sols vivants. Appliquer les préceptes enseignés permettra aux stagiaires de réaliser des économies substantielles en intrants (engrais azotés, compléments alimentaires protéinés, carburants), d’améliorer la santé des cultures et du troupeau et de stabiliser leur résultat financier dans le contexte actuel. En anticipant un futur proche, où les enjeux environnementaux perturberont les échanges internationaux, affectant le commerce des engrais, du soja et du carburant, les stagiaires seront préparés à produire de manière optimisée. L’objectif est de fournir aux agriculteurs (et techniciens) une compréhension globale, accompagnée d’outils techniques spécifiques pour chaque module de formation, applicables immédiatement.

Fermes d'Avenir propose une formation dédiée à l'autonomie alimentaire et énergétique. Inspirée de l'agroécologie et de la permaculture, cette formation est destinée à ceux qui souhaitent développer un lieu nourricier autonome, respectueux de l'environnement et socialement responsable. La formation couvre une variété de sujets, allant de la recherche d'un terrain agricole à la planification des investissements de départ, en passant par la définition des besoins énergétiques et en eau. La formation de Fermes d'Avenir est conçue pour être à la fois théorique et pratique. Elle comprend des apports théoriques illustrés, des études de cas, une journée en immersion dans un écolieu autonome, et une visite d'une ferme familiale autonome.

Pour s'inscrire à la formation de Fermes d'Avenir, il suffit de remplir le formulaire d'inscription disponible sur leur site web. Il n'y a aucun pré-requis pour suivre cette formation, à part le désir de lancer un projet d'autonomie alimentaire. Le coût de la formation dépend du type de financement. Pour un financement individuel, le tarif est de 690 €. Si la formation est prise en charge par Pôle Emploi, le tarif est de 1100 €.

Terre & Humanisme est organisme de formation depuis 2000. La certification qualité QUALIOPI a été accordée à l’ensemble de ses actions de formations, attestant de la qualité du processus mis en œuvre par les prestataires d’actions concourant au développement des compétences. L’adaptation au handicap et l’accessibilité sont prises en compte à Terre & Humanisme. Un entretien avec la référente handicap du pôle formation est nécessaire pour déterminer ensemble les aménagements possibles et les besoins en fonction du type de handicap. Par exemple, certaines parties du jardin pédagogiques ne sont pas accessibles pour les personnes à mobilité réduite. L’équipe pédagogique pourra le cas échéant proposer une adaptation des séquences d’apprentissage.

Un séchoir collectif en CUMA pour plus d’autonomie et de confortDans la région de Gaujacq, les agriculteurs d’une CUMA unifiée, issue de la fusion de la CUMA Vallée du l’œil et de la CUMA du Biélé, ont transformé leurs pratiques de séchage du maïs.

Ses BACS DE CULTURE sont extrêmement productifs et lui offrent une belle autonomie alimentaire

Le BPREA et les Reconvertis vers l'Agriculture

L’accès au BPREA dépend du statut d’emploi. Premièrement, le congé individuel de formation (CIF) permet aux salariés de suivre individuellement, et à leur initiative, une formation de longue durée. Elle concerne principalement les salariés en CDI dont l’ancienneté est égale ou supérieure à vingt-quatre mois consécutifs, et qui doivent élaborer un dossier auprès du fonds de gestion des CIF ou, dans certains cas, auprès de leur organisme paritaire collecteur agréé (OPCA), en charge de la sélection des dossiers.

La deuxième voie d’accès concerne les demandeurs d’emploi. Les lois de décentralisation ont confié aux Conseils régionaux le financement des places de stagiaires, par le biais de marchés publics. C’est également le cas pour la troisième voie d’accès au BPREA, qui concerne principalement les agents de la fonction publique et les indépendants, contraints de financer eux-mêmes la formation (11 000 euros). Les premiers peuvent continuer à percevoir leur revenu mais ils doivent ensuite trois années à l’État. Pour les indépendants, Pôle emploi peut dans certains cas prendre en charge le coût de la formation mais pas les indemnités, ce qui rend particulièrement onéreux son suivi pendant 9 mois.

À l’image de l’enseignement agricole secondaire, qui accueille aujourd’hui un public diversifié, cette formation en BPREA maraîchage biologique est suivie par des personnes de profils variés, comme le montre l’origine professionnelle des 127 personnes présentes entre 2015 et 2019 (tableau 1) : 18 % d’entre elles sont issues des cadres et professions intellectuelles supérieures, 32 % des professions intermédiaires, 22 % du groupe des employés. Parmi les 23 % d’ouvriers ayant participé à la formation, seulement un tiers sont des ouvriers agricoles.

Origine Professionnelle Pourcentage des Stagiaires (2015-2019)
Cadres et professions intellectuelles supérieures 18%
Professions intermédiaires 32%
Employés 22%
Ouvriers 23%

Les entretiens biographiques et l’analyse des dossiers de candidature des 15 stagiaires suivis par nous restituent les trajectoires scolaires et professionnelles de ces candidats, ainsi que leur rapport initial à l’agriculture. Ils peuvent être répartis en trois groupes : les « déclassés » (7 cas sur les 15 stagiaires), les « désenchantés » (5/15) et les « détachés » (3/15).

Les déclassés sont plutôt des jeunes hommes issus de familles qui accordaient beaucoup d’importance à la scolarité, mais qui n’ont pas pu convertir leur investissement scolaire en statut professionnel. Ils détiennent tous un baccalauréat mais ils ont abandonné leurs études supérieures pour occuper des positions subalternes du salariat. Leur aspiration à l’agriculture se fait moins en rupture qu’en continuité avec leur parcours. Certains cultivaient déjà des légumes au sein de jardins associatifs ou familiaux, avant l’entrée dans la formation, et ils ont appris à entretenir un potager lors de vacances chez des grands-parents agriculteurs, ou lors de luttes d’occupation comme à Notre-Dame des Landes.

Les désenchantés partagent avec les déclassés un investissement familial relativement important dans le domaine scolaire. Dans leur cas, il s’est concrétisé par l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Titulaires de diplômes pouvant aller jusqu’au doctorat, ils ont eu accès à des emplois stables d’encadrement et de direction. Ces emplois salariés leur ont permis d’avoir des situations financières avantageuses (propriétaires de leur résidence principale et parfois d’une maison secondaire). Mais ils ont vécu des crises qui les ont conduits à un « désenchantement professionnel ». L’accès au statut d’indépendant est alors perçu comme un moyen de mieux conjuguer leurs vies professionnelle et familiale, tout en valorisant leurs compétences.

Enfin, les détachés sont âgés de plus de 40 ans et ils ne peuvent donc plus prétendre au dispositif public d’aide à l’installation. Leurs parcours scolaire et professionnel ont été moins favorables que ceux des membres des deux autres groupes. Leur titre scolaire a une plus faible valeur que celui des autres stagiaires, soit parce qu’il est d’un niveau inférieur, soit parce qu’il s’est dévalué avec le temps. Ils ont changé plusieurs fois de secteurs d’activité, mais en restant dans des emplois peu qualifiés. Ces stagiaires sont relativement détachés des enjeux professionnels et ils peuvent s’appuyer sur leur conjoint qui ont des emplois plus stables (dans la fonction publique par exemple), pour suivre une nouvelle formation.

Le dispositif de formation du BPREA n’est pas sans contraintes sur les stagiaires. Devoir concilier le temps de formation et les autres activités familiales les met en situation d’urgence, surtout pour celles et ceux qui ont des enfants. La grande diversité des enseignements (comptabilité, agronomie, biologie, production, travaux pratiques) est également une source importante d’incertitude, notamment pour ceux qui ont suivi des cursus généraux. Les formateurs utilisent ces incertitudes pour confronter les stagiaires à la réalité du métier de maraîcher, marqué par une certaine marginalité économique et professionnelle.

La détention d’un BPREA n’est pas une condition suffisante pour devenir agriculteur, puisque ce diplôme ne peut compenser entièrement l’absence de terres, dont la disponibilité passe principalement par les circuits familiaux et professionnels. Nombreux sont les stagiaires à être issus directement ou indirectement du monde agricole. La mise en avant de cette filiation peut constituer une stratégie pour faire valoir une proximité avec l’agriculture, au moment d’entrer dans la formation par exemple, mais elle n’en est pas moins réelle pour un certain nombre d’entre eux. Les vacances passées chez des grands-parents agriculteurs ont pu participer à la construction d’une vision idyllique et même romantique de l’agriculture.

Une fois la formation terminée, vient le temps des premières confrontations avec les organisations professionnelles agricoles, plus particulièrement pour celles et ceux qui n’ont pas d’attaches avec le milieu et sont à la recherche d’opportunités foncières. Contrairement à ce que beaucoup espéraient, parmi les désenchantés principalement, le diplôme ne suffit pas à assurer une légitimité auprès des acteurs agricoles traditionnels.

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