"Les Cochons!": Un Regard Intime sur la Production Porcine en France

« Les cochons ! Ils sont tout roses, si attachants avec leurs grands yeux. Et ils sont partout dans nos assiettes. » C’est avec ces mots qu’Olivia Mokiejewski introduit son documentaire explorant la réalité cachée derrière notre consommation de jambon. Le porc est la viande la plus consommée en France et dans le monde, avec plus de 2 millions de jambon-beurre consommés chaque jour en France.

Le jambon blanc figure parmi les dix produits les plus vendus en grande distribution. L’image que nous vend l’industrie est celle d’un produit simple, sain et authentique dans laquelle le cochon n’apparaît jamais. Pourtant, avec 1,2 milliard de cochons sur terre, on ne les voit jamais.

Olivia Mokiejewski a voulu savoir ce qu’il se cachait derrière cette tranche de jambon et son déguisement champêtre. Elle a tenté de suivre le parcours d’un cochon de l’élevage jusqu’à l’assiette. Et ça n'a pas été simple. La filière porcine est l’une des plus discrètes du secteur agroalimentaire. Et pour ne rien arranger, elle traverse une grave crise qui touche de plein fouet la Bretagne, la région du cochon.

Le documentaire donne la parole à certains acteurs de la filière, notamment des éleveurs et des salariés d'abattoirs, qui dénoncent ce manque de transparence. Comment sont élevés les cochons ? À quoi ressemble le quotidien de ceux qui nous nourrissent ? Pourquoi est-il si difficile de filmer dans une usine de jambon ?

L'Élevage Biologique Face à la Crise

Olivier Tanguy, ayant travaillé toute sa vie dans des élevages industriels de porcs en Bretagne, témoigne de la souffrance animale, des dégâts environnementaux, des pollutions et des mauvaises conditions de travail qui l'ont poussé à ouvrir un élevage de porcs biologiques il y a quatre ans. Le marché est prometteur. L’agriculture bio explose et la loi Egalim votée en France impose 20% de produits bios dans l’alimentation collective (écoles, hôpitaux, collectivités,…).

Mais aujourd’hui, une crise terrible frappe l’agriculture biologique. La banque d’Olivier lui a donné un an pour s’en sortir. Il risque de fermer son élevage et de tout perdre. Entre les rêves d’hier et la réalité d’aujourd’hui, que s’est-il passé ? Ses difficultés sont celles d’un système tout entier que l’état avait encouragé et qui se sent aujourd’hui abandonné.

Dans un contexte où la crise environnementale est au cœur des préoccupations des Français, la ferme d’Olivier incarne pourtant un modèle plein d’espoir. L’emploi des pesticides et des engrais chimiques sont responsables de l’effondrement de la biodiversité. Mais depuis quelques années, une crise terrible frappe le secteur et rien ne semble fait pour le protéger. De nombreuses exploitations ferment et les agriculteurs désespérés se sentent abandonnés.

La Loi Egalim et les Désillusions

Quand Olivier a décidé de monter sa ferme en 2018, la production nationale de porcs bio ne représentait que 0,5%. Pour répondre aux exigences européennes, le gouvernement a demandé à la filière de passer à 5 %. Pour soutenir son développement, il fait voter la loi Egalim pour contraindre la restauration collective à acheter des produits biologiques.

« Au plus tard le 1er janvier 2022, les repas servis en restauration collective dans tous les établissements chargés d’une mission de service public devront compter 50% de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques » annonce le communiqué du ministère de l’agriculture. Quatre années plus tard, cette loi nourrit toutes les déceptions de la filière biologique. Elle n’est tout simplement pas appliquée. Et rien n’est fait pour qu’elle soit respectée.

L’histoire d’Olivier est celle d’une trahison. De la faillite d’une promesse. De la vacuité de la parole politique. C’est l’histoire d’une filière vertueuse que tout le monde réclame mais qui risque de mourir si rien n’est fait pour lui venir en aide.

Tableau : Objectifs et Réalités de la Loi Egalim

A la découverte d'un élevage de porcs biologiques

Objectif Date Limite Réalité
50% de produits de qualité et durables en restauration collective 1er janvier 2022 Non atteint
20% de produits biologiques en restauration collective 1er janvier 2022 Non atteint

Porcs Géants en Chine : Une Conséquence de la Crise ?

Une grippe porcine a fait chuter le taux de production de viande de porc en Chine, incitant des fermiers à élever des bêtes plus grandes que nature afin de satisfaire la demande. Le prix du porc, viande très employée dans la cuisine chinoise, a explosé ces derniers mois, augmentant de près de 70 %.

La solution ? Elever des porcs plus grands que nature. Un poids déjà dépassé dans certaines fermes, où Bloomberg explique avoir vu un porc de près de 500 kilogrammes, dans le Guangxi. Si le poids de 500 kilogrammes reste une exception, il témoigne cependant de la course dans laquelle se sont engagés les fermiers pour compenser les pertes occasionnées par la fièvre porcine et satisfaire la demande des Chinois, qui sont parmi les plus grands carnivores au monde.

L’intervention de l’homme sur l’animal, qui passe de son état naturel à un état transformé, si elle n’est bien entendu pas nouvelle, rejoint ici la fiction d’Okja, film réalisé par le coréen Bong Joon-ho (Parasite) en 2017. Il y racontait l’histoire d’une jeune fille dont l’amitié avec une bête géante était mise à mal par l’ambition démesurée d’une multinationale agroalimentaire.

Le Tournage du Film

Le tournage du film a commencé début mai 2020, au moment du 1er déconfinement, avec la société SEQUENS. Celle-là même qui avait tourné le film de la Ciab. Sur deux jours et demi, les exploitations de 8 clients ont été transformées, pour quelques heures, en plateau de cinéma (petite production). L'objectif est de compléter le film de la Ciab avec toutes les espèces que nous nourissons, dans un contexte de bien-être, pour l'animal, et pour l'homme et la femme qui le soignent. Il s'agit de donner envie d'agriculture française.

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