Gaspillage Alimentaire : État des Lieux et Initiatives en France et dans le Monde

Le gaspillage alimentaire est un problème mondial majeur qui a des conséquences économiques, éthiques et environnementales significatives. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), environ un tiers de la nourriture produite pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé chaque année.

Où en est le gaspillage alimentaire aujourd'hui et quelles sont les mesures mises en place pour lutter contre ce fléau ?

[Consomag] Comment limiter le gaspillage alimentaire ?

Définition du Gaspillage Alimentaire

Selon l’Ademe, le “gaspillage alimentaire est défini comme étant toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire, est perdue, jetée ou dégradée”. En France, une distinction existe entre le gaspillage, les déchets et les pertes. Nous parlons de « gaspillage » pour des produits qui sont écartés (tri, surproduction…), perdus (récolte, transformation, transport…) ou non consommés (périmés, servis mais jetés).

Les « déchets » comprennent les parties que nous n’avons pas l’habitude de consommer (peau de melon, os de poulet, queues de cerises…), qu’elles soient ou non récupérées. De plus, dans certains pays, on ne considère pas comme « gaspillés » des aliments réutilisés pour la nourriture animale ou la production d’énergie.

Il est important de noter que les niveaux de pertes les plus élevés se retrouvent dans les pays en développement, tandis que le gaspillage alimentaire est plus fréquent dans les pays développés.

L'ampleur du Gaspillage Alimentaire

En 2011, la FAO a présenté la première estimation à l’échelle mondiale : un tiers environ des parties comestibles des aliments produits pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé, ce qui correspond environ à 1,3 milliard de tonnes de nourriture par an.

Selon la Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO), la quantité astronomique de 1,3 Mds de tonnes de nourriture seraient jetées chaque année dans le monde, pour une valeur de 750 Md$ (556 Md€). La dernière étude de la FAO sur le sujet réalisée en 2011, estime qu’un tiers de la nourriture est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an.

En 2019, une étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estimait que 913 millions de tonnes de nourriture, soit 17% de la nourriture totale disponible aurait été jetée dans les poubelles des ménages, des commerçants, des restaurants et autres services alimentaires.

Sur le plan mondial, 121 kilos de denrées alimentaires sont gaspillés chaque année au niveau du consommateur, dont 74 kilos au sein des ménages. La réduction totale des pertes et gaspillages permettrait de nourrir environ 2 milliards de personnes selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI).

En France, l’Ademe a publié l’étude la plus complète en 2016 en croisant différentes données et en réalisant plus de 500 entretiens qualitatifs. L’ensemble des pertes et gaspillages alimentaires représentaient en masse, en 2016, 10 millions de tonnes. Le gaspillage généré au foyer équivaut à 30 kg par personne et par an, dont 7 kg de déchets alimentaires non consommés encore emballés, et représente environ 108 € par an et par personne (240 € si l’on considère l’ensemble des pertes et gaspillages générés tout au long de la chaîne).

Publiés en 2022 sur le portail Eurostat, les résultats se basent sur les données de l’année 2020. D’après le ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire, cette année-là en France, le gaspillage alimentaire s’élevait à plus de 8,7 millions de tonnes. En octobre 2023, le ministère a publié les chiffres de l’année 2021. Résultat ? Le gaspillage alimentaire est resté au même niveau qu’en 2020. Ces données permettront de suivre l’évolution du gaspillage alimentaire en France dans les prochaines années.

Selon l’étude du ministère de l’agriculture parue en 2022, les ménages seraient à l’origine de près de la moitié (46%) des déchets alimentaires. Viennent ensuite les industries agroalimentaires (20%), la production primaire (14%), la restauration (13%) et enfin la distribution (7%).

Les Causes du Gaspillage Alimentaire

Avant de plonger dans les initiatives, il est crucial de comprendre les causes du gaspillage alimentaire. Celui-ci peut se produire à différents stades de la chaîne alimentaire :

  • Production: Perte de récoltes due aux conditions climatiques, à la sur production ou à une mauvaise gestion des cultures.
  • Transformation et distribution: Perte de produits pendant la transformation, le transport ou le stockage.
  • Consommation: Gaspillage au niveau des consommateurs, des supermarchés, des restaurants et des foyers.

Un grand nombre de facteurs influencent le niveau de perte et de gaspillage des productions. Les pertes alimentaires font référence à des situations dans lesquelles les produits agricoles ou alimentaires sont détériorés avant d’atteindre la dernière étape de production ou d’entrer dans le circuit de vente au détail.

Les pertes relèvent principalement de limitations financières, techniques et de gestion touchant les récoltes, les infrastructures et conditions de stockage, les systèmes d’emballage et de commercialisation, auxquels viennent s’ajouter les conditions climatiques favorisant la détérioration des aliments.

On estime que le gaspillage alimentaire est notamment le fruit d’une méconnaissance de la signification des dates inscrites sur le produit par le consommateur, de la non-adéquation des produits à des normes de qualité ou d’apparence strictes et de mauvaises pratiques d’achat et de conservation par les consommateurs.

Initiatives et Législation contre le Gaspillage Alimentaire en France

En France, depuis 2013 et le lancement du pacte de lutte contre le gaspillage alimentaire, plusieurs mesures visent à limiter le gaspillage alimentaire. La mesure la plus importante est la loi Agec, ou loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, promulguée en février 2020. Celle-ci a pour objectif de lutter contre les gâchis et la surconsommation inutile. Elle a notamment entraîné la création du label national anti-gaspillage alimentaire et prévoit de réduire de 50% les déchets alimentaires d’ici à 2025 ou 2030. Cette date limite varie selon les secteurs et la réduction se mesure par rapport aux niveaux de 2015.

Les Britanniques ont commencé très tôt, dès 2005, en lançant les premières études ainsi que diverses actions, mais la France a été pionnière sur le plan législatif. Dans le cadre du Pacte national de lutte contre le gaspillage en 2013, elle a retenu un objectif de réduction des pertes alimentaires. En 2018, la loi Egalim 1 a élargi la possibilité de dons à la restauration collective et à l’industrie agroalimentaire. Enfin, la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) de 2020 étend la loi Garot au commerce de gros, et adopte des objectifs de réduction de 50 % des pertes et gaspillages. D’ici 2030 pour les producteurs, l’industrie agroalimentaire et les consommateurs, d’ici 2025 pour la distribution et la restauration collective.

Le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, créé en 2013, est un engagement collectif visant à « s’engager concrètement contre les dérives de la société de surconsommation » et de « retrouver du pouvoir d’achat ». Dans plan de 2017-2020, le Pacte comporte 16 mesures issues de la réflexion menée avec les acteurs de la chaîne alimentaire et fondées sur l’engagement des acteurs de l’ensemble de la chaîne alimentaire.

La loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire (dite Loi Garot) dresse un cadre légal contre le gaspillage et permettra notamment de répondre à l’objectif fixé par le pacte national de 2013, sur la réduction de moitié du gaspillage alimentaire d’ici 2025.

La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, adoptée en février 2020, vise à renforcer les mesures existantes pour lutter contre le gaspillage alimentaire. La loi se fixe comme objectif de réduire le gaspillage alimentaire de 50 % par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025 et de 50 % par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale d’ici 2030.

Elle crée également un label « anti-gaspillage alimentaire » visant à valoriser les initiatives vertueuses et à accompagner les objectifs définis. L’objectif est la fin progressive de tous les emballages en plastique à usage unique d’ici 2040.

Initiatives Mondiales contre le Gaspillage Alimentaire

Plusieurs initiatives mondiales sont en place pour lutter contre le gaspillage alimentaire :

  1. L'Objectif de Développement Durable 12.3 des Nations Unies: Cet objectif vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire mondial par habitant au niveau des ventes au détail et des consommateurs d'ici 2030, ainsi qu'à réduire les pertes alimentaires tout au long des chaînes de production et d'approvisionnement.
  2. La campagne SAVE FOOD de la FAO: Cette initiative vise à sensibiliser le public et à encourager les actions visant à réduire les pertes et gaspillages alimentaires. La campagne regroupe plus de 900 partenaires, dont des entreprises, des associations et des organisations gouvernementales.
  3. La plateforme de l'UE sur les pertes et le gaspillage alimentaire: Cette plateforme rassemble des experts et des parties prenantes de différents secteurs pour échanger des bonnes pratiques, des innovations et des politiques efficaces.
  4. Le Pacte de Milan sur la politique alimentaire urbaine: Ce pacte engage les villes à développer des systèmes alimentaires durables, à promouvoir l'agriculture urbaine et à réduire le gaspillage alimentaire.

L’initiative mondiale de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, SAVE FOOD, a été initiée en 2011 par la FAO et la société Messe Düsseldorf GmbH. L’initiative vise à encourager le dialogue entre les industriels, les chercheurs, les politiques et la société civile sur le sujet des pertes et gaspillages alimentaires.

La FAO a également lancé, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et plusieurs partenaires, la campagne « Pensez. Mangez. Préservez - Dites non au gaspillage alimentaire », destinée à soutenir l’initiative SAVE FOOD sur le volet de la prévention et de la réduction du gaspillage alimentaire.

En concertation avec les Etats-membres, la FAO élabore actuellement un « Code volontaire pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires ». L’objectif du Code est de présenter des principes directeurs et de normes de pratiques responsables afin de réduire les pertes et le gaspillage.

Le 29 septembre 2020, la FAO a célébré pour la toute première fois la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture.

Impacts du Gaspillage Alimentaire

Le gaspillage alimentaire a des impacts très importants sur l’environnement car il s’accompagne d’un gaspillage de ressources, en plus des pollutions liées à la production des aliments qui finissent à la poubelle sans passer par l’assiette. Pour sa production, cette nourriture nécessite des terres cultivées inutilement, auxquelles il faut ajouter une importante consommation d’eau, de carburant, d’engrais et de pesticides, sans oublier toute l’énergie nécessaire à son transport, sa transformation et sa distribution.

Selon la FAO, le gaspillage alimentaire génère environ 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Alors que près de 828 millions de personnes dans le monde souffrent de malnutrition, le gaspillage alimentaire apparait comme une injustice flagrante. Le gaspillage alimentaire contribue indirectement à la faim dans le monde, aux inégalités et à la surconsommation.

Selon la FAO, nous pourrions nourrir l’ensemble des personnes souffrant de sous nutrition avec seulement la moitié de la nourriture jetée dans les pays industrialisés.

Le gaspillage alimentaire représente également de nombreuses pertes économiques pour toute la chaîne. Il entraîne des pertes financières considérables pour les ménages, les entreprises et les gouvernements. L’ADEME estime le coût du gaspillage alimentaire à 16 milliards d’euros par an.

À l’échelle d’une personne, le gaspillage alimentaire couterait entre 100 et 160 euros par an.

Voici un tableau récapitulatif des principaux impacts du gaspillage alimentaire :

Impact Description
Environnemental Gaspillage des ressources naturelles (eau, terre, énergie), émissions de gaz à effet de serre.
Éthique Injustice envers les populations souffrant de malnutrition, contribution à la faim dans le monde.
Économique Pertes financières pour les ménages, les entreprises et les gouvernements.

tags: #fao #gaspillage #alimentaire

Articles populaires: